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Abbaye de Tamié
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Homélie - TO 29

Par Frère Patrice
croix - arcabas
Homélie pour le 29ème dimanche
du temps ordinaire - C

1ère lecture : La prière persévérante de Moïse obtient la victoire
Lecture du livre de l'Exode
(Ex 17, 8-13)

Le peuple d'Israël marchait à travers le désert.
Les Amalécites survinrent et attaquèrent Israël à Rephidim.
Moïse dit alors à Josué : « Choisis des hommes, et va combattre les Amalécites. Moi, demain, je me tiendrai sur le sommet de la colline, le bâton de Dieu à la main. »
Josué fit ce que Moïse avait dit : il livra bataille aux Amalécites. Moïse, Aaron et Hour étaient montés au sommet de la colline.
Quand Moïse tenait la main levée, Israël était le plus fort. Quand il la laissait retomber, Amalec était le plus fort.
Mais les mains de Moïse s'alourdissaient ; on prit une pierre, on la plaça derrière lui, et il s'assit dessus. Aaron et Hour lui soutenaient les mains, l'un d'un côté, l'autre de l'autre. Ainsi les mains de Moïse demeurèrent levées jusqu'au coucher du soleil.
Et Josué triompha des Amalécites au tranchant de l'épée.

2ème lecture : Méditer l'Écriture pour proclamer la Parole
Lecture de la seconde lettre à Timothée (2 Tm 3, 14-17; 4, 1-2)

Fils bien-aimé, 
tu dois en rester à ce qu'on t'a enseigné : tu l'as reconnu comme vrai, sachant bien quels sont les maîtres qui te l'ont enseigné.
Depuis ton plus jeune âge, tu connais les textes sacrés : ils ont le pouvoir de te communiquer la sagesse, celle qui conduit au salut par la foi que nous avons en Jésus Christ.
Tous les textes de l'Écriture sont inspirés par Dieu ; celle-ci est utile pour enseigner, dénoncer le mal, redresser, éduquer dans la justice ; grâce à elle, l'homme de Dieu sera bien armé, il sera pourvu de tout ce qu'il faut pour faire un bon travail.

Devant Dieu, et devant le Christ Jésus qui doit juger les vivants et les morts, je te le demande solennellement, au nom de sa manifestation et de son Règne : proclame la Parole, interviens à temps et à contretemps, dénonce le mal, fais des reproches, encourage, mais avec une grande patience et avec le souci d'instruire.

Évangile : Parabole de la veuve qui demandait justice (Lc 18, 1-8)
Évangile de Jésus Christ selon saint Luc

Jésus dit une parabole pour montrer à ses disciples qu'il faut toujours prier sans se décourager :
« Il y avait dans une ville un juge qui ne respectait pas Dieu et se moquait des hommes.
Dans cette même ville, il y avait une veuve qui venait lui demander : 'Rends-moi justice contre mon adversaire.'
Longtemps il refusa ; puis il se dit : 'Je ne respecte pas Dieu, et je me moque des hommes, mais cette femme commence à m'ennuyer : je vais lui rendre justice pour qu'elle ne vienne plus sans cesse me casser la tête.' »
Le Seigneur ajouta : « Écoutez bien ce que dit ce juge sans justice !
Dieu ne fera-t-il pas justice à ses élus, qui crient vers lui jour et nuit ? Est-ce qu'il les fait attendre ?
Je vous le déclare : sans tarder, il leur fera justice. Mais le Fils de l'homme, quand il viendra, trouvera-t-il la foi sur terre ? »

 
Homélie

J’aime bien ces scènes dans l’Evangile où l’on voit Jésus s’asseoir et regarder ce qui se passe tout autour de lui. Si vous avez eu l’occasion d’aller dans les pays du Sud, vous pouvez voir ce spectacle sur les marchés indigènes : on est là, on regarde, on parle, on s’agite ; tout cela sent la vie.

Quand Jésus donne un cours à ses disciples sur la prière, il ne les renvoie pas à l’exemple de ces grands hommes de l’Ancien Testament  (qui pourtant ne manquent pas). Non. Il leur dit : regardez cette petite  femme  du quartier ; regardez le parcours qu’elle fait depuis de nombreux jours jusqu’au tribunal quel que soit le temps ou sa fatigue. Regardez comme elle est tenace (on oserait même dire : regardez comme elle pugnace), suivez-là, prenez exemple sur elle.

Quelle est la particularité de cette femme : elle est veuve. Jésus a une prédilection  pour les veuves  dont déjà l’Ancien Testament se faisait l’avocat. Il a cette prédilection car elles représentent à cette époque ce qu’il y a de p lus faible, de plus démuni. Elles font partie de ce peuple des pauvres, avec les malades (paralysés, épileptiques), les lépreux. Et Jésus ne peut s’empêcher de leur venir en aide.

Une des particularités de ces pauvres  c’est qu’ils ont leurs moyens à eux de se faire entendre quand leur douleur devient trop grande : ils insistent et se mettent à crier au passage de Jésus, à le talonner  jusqu’à ce qu’ils se fassent entendre. Pensez à ces dix lépreux dont on a lu le récit de guérison il y a peu de temps. L’évangile nous dit bien que « longtemps le juge refusa d’entendre cette veuve » ; longtemps, c’est donc dire qu’elle a insisté et sûrement crié fort  longtemps pour se faire entendre du juge .Le pauvre est celui qui crie pour se faire entendre ; et devant ces cris nul ne résiste.

Qu’est-ce que Jésus veut bien alors nous dire sur la prière à travers cet exemple ?

Tout d’abord qu’il y a une continuité dans la prière : longtemps, avec insistance. St Paul nous dira qu’il faut prier sans cesse. Et cela quelle que soit la forme de notre prière.

Regardez Anne la prophétesse qui servait dans le temple du Seigneur et y priait jour et nuit, attendant la délivrance de Jérusalem : c’est ce qui lui vaudra de voir Jésus au moment où ses parents viennent le présenter au temple.

Regardez Jésus au Mont des Oliviers au moment de sa Passion, qui prie longuement dans la nuit.

Là je ne peux m’empêcher de faire le parallèle avec quelques exemples contemporains. Ill y a ces femmes qui toutes les semaines viennent crier sur des Places en Afrique du Nord ou en Amérique du Sud pour réclamer la vérité sur la disparition des leurs enfants ou de leurs maris.

Regardez ces femmes d’Albertville qui depuis de très nombreux dimanches se tiennent devant leur magasin pour refuser de travailler le dimanche, envers et contre toute menace ou tout procès.

Regardez tous ceux qui militent à Amnesty International ou à l’ACAT et qui par leurs courriers et leurs prières font  pression pour que justice se fasse.

Dans tout cela la prière engage toute la personne de celui qui s’y adonne ; elle prend toute sa personnalité et j’allais dire tout son corps. On ne prie pas qu’avec sa tête : on prie avec  tout son corps, et c’est pour cela que parfois on crie, on pleure, on rit !

Mais il ne faut pas pousser jusqu’au bout l’exemple que Jésus choisit.

Tout d’abord Jésus n’est pas le juge,  il n’est pas celui que l’on touche avec des arguments juridiques. Bien sûr dans le Credo nous disons que nous croyons qu’il viendra pour juger les vivantes et les morts : en fait c’est nous-mêmes qui nous jugerons devant lui.

Ensuite, si on allait jusqu’au bout on pourrait se dire que Dieu cède à tous nos caprices dès lors qu’on les présente comme une prière. Une prière dans laquelle la volonté de Dieu serait carrément et définitivement subordonnée à la volonté de l’homme ne serait pas une prière de la foi. La parabole met l’accent uniquement sur le fait qu’il faut prier avec insistance ! Il faut se souvenir de cette prière de Jésus au Jardin des Oliviers : « non pas comme je veux, mais comme tu veux ». La prière devient alors l’antidote de la tentation, l’antidote du doute, elle nous fait vivre d’espoir : « mon â me attend le seigneur, comme un veilleur attend  l’aurore » ; c’est pour cela qu’il nous faut prier sans cesse. Combien d’hommes et de femmes au fond des prisons, au fond des puits de mine, ont crié vers le Seigneur, attendant et espérant la délivrance.

Enfin la justice aspire à ne plus rien devoir à personne une fois qu’elle est rendue ; elle expire dès que le droit est fait. Combien de gens prient lors d’un moment difficile, puis abandonnent la prière dès que ce moment est passé ! C’est oublier la notion de charité ou d’amour ou de confiance qui est derrière toute prière tant du côté de celui qui la formule que de celui qui l’entend et l’exauce.  Or la charité ne se considère jamais comme quitte d’un côté comme de l’autre. Et le fondement profond de la prière réside justement dans le sentiment d’amour, de charité, de confiance réciproque. Et comme la charité ne se considère jamais come quitte, il faut prier sans cesse.

Dieu n’est pas devenu un autre Dieu en montrant qu’il exauce la prière ; mais sans cesser d’être lui-même, sans renoncer en rien à sa qualité de Seigneur et de Créateur de toute créature, il s’est fait connaître sous un autre aspect : celui d’un Dieu qui non seulement écoute, mais exauce, selon son dessein, ceux qui l’invoquent. Tout et là : Dieu nous appelle à la plus grade activité dans la prière, et il nous en donne l’audace en nous appelant ses amis.