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Homélie - Toussaint

Par dom Victor
croix - arcabas
Homélie pour la fête
de la Toussaint

1ère lecture : La foule immense des rachetés (Ap 7, 2-4.9-14)

Lecture de l'Apocalypse de saint Jean

Moi, Jean, j'ai vu un ange qui montait du côté où le soleil se lève, avec le sceau qui imprime la marque du Dieu vivant ; d'une voix forte, il cria aux quatre anges  qui avaient reçu le pouvoir de dévaster la terre et la mer :

« Ne dévastez pas la terre, ni la mer, ni les arbres, avant que nous ayons marqué du sceau le front des serviteurs de notre Dieu. »

Et j'entendis le nombre de ceux qui étaient marqués du sceau : ils étaient cent quarante-quatre mille, de toutes les tribus des fils d'Israël.

Après cela, j'ai vu une foule immense, que nul ne pouvait dénombrer, une foule de toutes nations, races, peuples et langues. Ils se tenaient debout devant le Trône et devant l'Agneau, en vêtements blancs, avec des palmes à la main.

Et ils proclamaient d'une voix forte : « Le salut est donné par notre Dieu, lui qui siège sur le Trône, et par l'Agneau ! »

Tous les anges qui se tenaient en cercle autour du Trône, autour des Anciens et des quatre Vivants, se prosternèrent devant le Trône, la face contre terre, pour adorer Dieu.

Et ils disaient : « Amen ! Louange, gloire, sagesse et action de grâce, honneur, puissance et force à notre Dieu, pour les siècles des siècles ! Amen ! »
L'un des Anciens prit alors la parole et me dit : « Tous ces gens vêtus de blanc, qui sont-ils, et d'où viennent-ils ? »

Je lui répondis : « C'est toi qui le sais, mon seigneur. » Il reprit : « Ils viennent de la grande épreuve ; ils ont lavé leurs vêtements, ils les ont purifiés dans le sang de l'Agneau. »

Psaume : 23, 1-2, 3-4ab, 5-6

R/ Voici le peuple immense de ceux qui t'ont cherché.

Au Seigneur, le monde et sa richesse,
la terre et tous ses habitants ! 
C'est lui qui l'a fondée sur les mers
et la garde inébranlable sur les flots. 

Qui peut gravir la montagne du Seigneur
et se tenir dans le lieu saint ? 
L'homme au coeur pur, aux mains innocentes,
qui ne livre pas son âme aux idoles.

Il obtient, du Seigneur, la bénédiction,
et de Dieu son Sauveur, la justice. 
Voici le peuple de ceux qui le cherchent,
qui recherchent la face de Dieu !

2ème lecture : Nous sommes enfants de Dieu et nous lui seront semblables (1 Jn 3, 1-3)

Lecture de la première lettre de saint Jean

Mes bien-aimés,
voyez comme il est grand, l'amour dont le Père nous a comblés : il a voulu que nous soyons appelés enfants de Dieu - et nous le sommes. Voilà pourquoi le monde ne peut pas nous connaître : puisqu'il n'a pas découvert Dieu.

Bien-aimés,
dès maintenant, nous sommes enfants de Dieu, mais ce que nous serons ne paraît pas encore clairement. Nous le savons : lorsque le Fils de Dieu paraîtra, nous serons semblables à lui parce que nous le verrons tel qu'il est.
Et tout homme qui fonde sur lui une telle espérance se rend pur comme lui-même est pur.

Evangile : (Mt 5, 1-12a)

Acclamation : Alléluia. Alléluia. Venez au Seigneur, vous tous qui peinez sous le poids du fardeau : il vous donnera le repos. Alléluia. (cf. Mt 11, 28)

Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu

Quand Jésus vit toute la foule qui le suivait, il gravit la montagne. Il s'assit, et ses disciples s'approchèrent.

Alors, ouvrant la bouche, il se mit à les instruire. Il disait :
« Heureux les pauvres de coeur : le Royaume des cieux est à eux !
Heureux les doux : ils obtiendront la terre promise !
Heureux ceux qui pleurent : ils seront consolés !
Heureux ceux qui ont faim et soif de la justice : ils seront rassasiés !
Heureux les miséricordieux : ils obtiendront miséricorde !
Heureux les coeurs purs : ils verront Dieu !
Heureux les artisans de paix : ils seront appelés fils de Dieu !
Heureux ceux qui sont persécutés pour la justice : le Royaume des cieux est à eux !
Heureux serez-vous si l'on vous insulte, si l'on vous persécute et si l'on dit faussement toute sorte de mal contre vous, à cause de moi.

Réjouissez-vous, soyez dans l'allégresse, car votre récompense sera grande dans les cieux ! »

© AELF

Homélie

        Cette fête se présente comme une anticipation de notre Salut. Elle figure déjà l’aboutissement de la Révélation, l’aboutissement même de toute l’œuvre de Création : Dieu en tous et tous en Dieu. Le mystère pascal du Christ : sa naissance de Marie, sa vie sur la terre de Palestine, sa mort à Jérusalem sous Ponce Pilate, sa résurrection, son ascension et le don de son Esprit à Pentecôte, tout ce grand mystère de Dieu avec nous et de Dieu en nous se trouve réalisé dans les élus connus et inconnus fêtés aujourd’hui. Nous contemplons en eux l’Amour aux cent visages, comme nous le chantions au début de cette messe, qui a triomphé de la haine, la Vie qui a triomphé de leur mort. Adam, privé de l’accès à l’arbre de vie est désormais, lui et tous ses fils, dans la Cité de Dieu. Déjà se réalise la promesse faite dans l’Apocalypse aux chapitres 2 et 3:

- au vainqueur, je donne à manger de l’arbre de vie qui est dans le paradis de Dieu (Ap.2,7)

- le vainqueur, j’inscrirai sur lui le nom de mon Dieu (3,12) et je lui donnerai de siéger avec moi sur mon trône, comme moi aussi j’ai remporté la victoire et suis allé siéger avec mon père sur son trône (3,21)

        Aujourd’hui, frères et sœurs, nous fêtons ceux qui ont été marqués du sceau du Christ et qui sont déjà dans la gloire ; non seulement les douze mille, - chiffre symbolique qui multiplie le chiffre douze par celui de la multitude qu’est mille – de chacune des douze tribus d’Israël mais cette foule immense que nul ne peut dénombrer, de toutes nations, races, peuples et langues. La Semaine de prière pour les missions qui s’est terminée dimanche dernier et le récent synode des Eglises du Moyen Orient nous ont rappelé cette richesse de cultures et de langues qui font que l’église est catholique. Si on pouvait définir qui faisait partie d’Israël, chacun sachant à quelle tribu il appartenait, ainsi Joseph et Marie allant se faire recenser à Bethléem, nul ne peut définir ni dénombrer ceux qui appartiennent à l’Eglise du Christ : ils ne sont pas tous inscrits sur nos registres de baptême… Dieu seul les connaît. Ce sont tous ceux qui ont vécu selon les Béatitudes : Heureux les pauvres de cœur, le Royaume des cieux est à eux ! Heureux les doux, ils obtiendront la terre promise ! Heureux les cœurs purs, ils verront Dieu ! Heureux les artisans de paix, ils seront appelés fils de Dieu !

        Dans la seconde lecture, saint Jean, nous rappelle avec force que, déjà, par grâce nous sommes enfants de Dieu, ses fils en Jésus le Fils unique. Voyez comme il est grand l’amour dont le Père nous a comblés : il a voulu que nous soyons appelés enfants de Dieu, et nous le sommes…Bien-aimés, dès maintenant nous sommes enfants de Dieu mais ce que nous serons ne parait pas encore clairement. Nous le savons : lorsque le Fils de Dieu paraîtra, nous serons semblables à lui parce que nous le verrons tel qu’il est.

        L’apôtre a soin de préciser que le monde ne peut connaître cette réalité cachée, ce que nous sommes réellement devant Dieu, puisqu’il n’a pas découvert Dieu.

Aussi, ne soyons pas étonnés d’être incompris de la part du monde ; méfions-nous plutôt des jugements de ce monde. Jésus n’a-t-il pas dit : Heureux serez-vous si l’on dit faussement toute sorte de mal contre vous à cause de moi, car votre récompense sera grande dans les cieux !

        Dans le passage de l’Apocalypse que nous avons entendu, saint Jean décrit sa vision  comme une grande liturgie céleste : les anges et les anciens se prosternèrent devant le Trône et devant l’Agneau. Ils disaient: Amen ! Louange, gloire, sagesse et action de grâce à notre Dieu pour les siècles des siècles Amen ! L’un des Anciens me dit : Tous ces gens vêtus de blanc, qui sont-ils et d’où viennent-ils ? Je lui répondis : c’est toi qui le sais. Il reprit : Ils viennent de la grande épreuve, ils ont lavé leurs vêtements, ils les ont purifiés dans le sang de l’Agneau.

        Cette grande épreuve c’est notre vie à chacun. Oui, la vie humaine, avec ses joies et ses peines, est une épreuve, une épreuve pour grandir dans l’amour. Certains connaissent plus que d’autres la souffrance : le handicap, la maladie, la misère, la trahison, l’échec, le désespoir… La crise sociale actuelle est une épreuve : je peux la vivre de façon égoïste en ne pensant qu’à défendre mes intérêts ou comme une occasion de grandir dans l’amour en cherchant à écouter, comprendre et soutenir les plus défavorisés.

          Contemplons les saints, cette foule innombrable qui a cru au Seigneur, qui a mis en lui son espérance ; contemplons Marie, la première des rachetés, la comblée de grâce, elle qui a cru ; contemplons surtout dans cette Eucharistie Jésus lui-même qui mène notre foi à sa perfection. Il est à la fois pleinement homme et pleinement Dieu, divinement homme et humainement Dieu. Et tout homme qui fonde sur lui une telle espérance, se rend pur comme lui-même est pur, nous disait saint Jean. Heureux les cœurs purs, les cœurs purifiés dans le sang de l’Agneau, ils verront Dieu !