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Baptême du Seigneur

Par le pasteur Serge Jacquemus
croix - arcabas
Homélie pour la fête du Baptême du Seigneur

1ère lecture : Le serviteur de Dieu consacré pour le salut des hommes (Is 42, 1-4.6-7)

Lecture du livre d’Isaïe

Ainsi parle le Seigneur : Voici mon serviteur que je soutiens, mon élu en qui j’ai mis toute ma joie. J’ai fait reposer sur lui mon esprit ; devant les nations, il fera paraître le jugement que j’ai prononcé. Il ne criera pas, il ne haussera pas le ton, on n’entendra pas sa voix sur la place publique. Il n’écrasera pas le roseau froissé, il n’éteindra pas la mèche qui faiblit, il fera paraître le jugement en toute fidélité. Lui ne faiblira pas, lui ne sera pas écrasé, jusqu’à ce qu’il impose mon jugement dans le pays, et que les îles lointaines aspirent à recevoir ses instructions.

Moi, le Seigneur, je t’ai appelé selon la justice, je t’ai pris par la main, je t’ai mis à part, j’ai fait de toi mon Alliance avec le peuple et la lumière des nations ; tu ouvriras les yeux des aveugles, tu feras sortir les captifs de leur prison, et de leur cachot ceux qui habitent les ténèbres.

Psaume : Ps 28, 1-2, 3ac-4, 3b.9c-10

R/ Dieu, bénis ton peuple, donne-lui la paix.

Rendez au Seigneur, vous, les dieux,
rendez au Seigneur gloire et puissance.
Rendez au Seigneur la gloire de son nom,
adorez le Seigneur, éblouissant de sainteté.

La voix du Seigneur domine les eaux,
le Seigneur domine la masse des eaux.
Voix du Seigneur dans sa force,
voix du Seigneur qui éblouit.

Le Dieu de la gloire déchaîne le tonnerre.
Et tous dans son temple s’écrient : "Gloire !"
Au déluge le Seigneur a siégé ;
il siège, le Seigneur, il est roi pour toujours !

2ème lecture : Le ministère du Sauveur commence à son baptême (Ac 10, 34-38)

Lecture du livre des Actes des Apôtres

Quand Pierre arriva à Césarée chez un centurion de l’armée romaine, il s’adressa à ceux qui étaient là : « en vérité, je le comprends : Dieu ne fait pas de différence entre les hommes ; mais, quelle que soit leur race, il accueille les hommes qui l’adorent et font ce qui est juste. Il a envoyé la Parole aux fils d’Israël, pour leur annoncer la paix par Jésus Christ : c’est lui, Jésus, qui est le Seigneur de tous. Vous savez ce qui s’est passé à travers tout le pays des Juifs, depuis les débuts en Galilée, après le baptême proclamé par Jean : Jésus de Nazareth, Dieu l’a consacré par l’Esprit Saint et rempli de sa force. Là où il passait, il faisait le bien, et il guérissait tous ceux qui étaient sous le pouvoir du démon. Car Dieu était avec lui. »

Évangile : Le baptême de Jésus (Mt 3, 13-17)

Acclamation : Alléluia. Alléluia. Aujourd’hui, le ciel s’est ouvert, l’Esprit descend sur Jésus, et la voix du Père domine les eaux : "Voici mon Fils, mon bien-aimé !" Alléluia. (cf. Mt 3, 16-17, Ps 28, 3)

Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu

Jésus, arrivant de Galilée, paraît sur les bords du Jourdain, et il vient à Jean pour se faire baptiser par lui. Jean voulait l’en empêcher et disait : « C’est moi qui ai besoin de me faire baptiser par toi, et c’est toi qui viens à moi ! » Mais Jésus lui répondit : « Pour le moment, laisse-moi faire ; c’est de cette façon que nous devons accomplir parfaitement ce qui est juste. » Alors Jean le laisse faire. Dès que Jésus fut baptisé, il sortit de l’eau ; voici que les cieux s’ouvrirent, et il vit l’Esprit de Dieu descendre comme une colombe et venir sur lui. Et des cieux, une voix disait : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé ; en lui j’ai mis tout mon amour. »

© AELF

Homélie

 

Avant d’être crucifié entre deux malfaiteurs, Jésus se mêle aux pécheurs pour recevoir de Jean le baptême de pénitence et accomplir la prophétie d’Isaïe 53 : « Ce sont nos souffrance qu’il a portées ... Il était broyé à cause de nos perversités et dans ses meurtrissures se trouvait notre guérison. Le Seigneur a fait retomber sur lui le péché de nous tous ... Il a porté les fautes des foules. »

Est-ce que nous acceptons vraiment qu’il porte nos fautes ? Ce n’est pas évident d’accepter qu’un innocent paie pour des coupables. C’est même intolérable. Jean Baptiste refuse et moi aussi. Alors Jésus lui dit : « Laisse faire maintenant, c’est ainsi qu’il convient d’accomplir toute justice ». Oui, c’est ainsi que Jésus justifie les pécheurs et les impies... La fin du verset 15 dit : « Alors il le laisse faire ». Jean Baptiste s’est laissé faire. Moi, j’ai eu du mal, j’avais tellement honte que Lui, l’Innocent, meure pour mes péchés. Mais j’étais tellement perdu et désespéré et je voulais tellement être pardonné de mes péchés, que moi aussi, finalement, je l’ai « laissé faire » ... Et c’est pour cela que je suis devant vous ce matin.

Il y a un autre homme qui a été aussi empoigné par cette parole de Jésus : « Laisse faire maintenant ! » C’était il y a 18 ans, Frère Christophe, à Tibhirine, en la fête du Baptême de Jésus, le 10 janvier 1993.

« Laisse faire maintenant ! » C’est ce que Jésus te dit ce matin mon frère, ma soeur. Accepte qu’il meure à ta place sur la croix, accepte que ton péché retombe sur lui. « Dans ses membres se trouve ta guérison. » Par son sang Jésus te lave de tout péché. Ton orgueil est brisé et ta condamnation est tombée sur lui. En Jésus Christ crucifié et ressuscité ton coeur trouve Dieu, le pardon, la pureté, la vie, l’amour, la joie. Tu peux naître de nouveau « si tu crois de tout ton coeur » De tout son coeur on ne peut pas croire en une religion des idées. De tout son coeur on ne peut croire qu’en Jésus Christ.

Si cette question de la nouvelle naissance et de la conversion vous travaille, c’est qu’il y a, en ce moment un appel direct de Jésus sur vous. Restez simples, restez vous-mêmes, n’essayez pas de reproduire la démarche des autres. Quand Jésus dit à quelqu’un : « Toi, suis-moi ! » la seule réponse c’est : « Cet homme se leva et le suivit ! » Cette rencontre personnelle avec Jésus Christ comme personne vivante nous met en contact avec lui. Il s’agit de venir à Lui personnellement, d’accepter son nom, de nouer un pacte avec lui, d’accepter son sacrifice pour nos péchés, de le prendre pour Maître, de donner son coeur à Jésus, de « le laisser faire ».

Voilà pour le baptême d’eau, celui de Jésus et le nôtre. Mais une surprise nous attend au bord du Jourdain. À Noël nous avons vu le Verbe naître et porter le nom « Jésus ». Ce matin, allons avec le peuple d’Israël au bord du Jourdain pour voir le Verbe se faire connaître et porter le nom de Christ. Vous le savez ce n’est pas son nom de famille ! Christ est la traduction grecque du mot hébreu Messie et signifie l’Oint, celui qui a reçu l’onction de l’Esprit Saint. Il y a aujourd’hui 300 000 juifs qui ont reconnu Jésus comme Messie et Fils de Dieu.

Oui, il faut oser le dire, au bord du Jourdain Jésus a fait une expérience qui a bouleversé sa vie. Dans l’histoire de l’Église on n’a pas voulu insister sur cet événement à cause des hérésies qui enseignaient que Jésus était devenu Fils de Dieu et Messie à son baptême. C’est faux ! Il n’est de toute éternité. Pourtant quelque chose d’extraordinaire c’est produit en tant qu’homme, c’est à son baptême que Jésus a été oint du Saint Esprit par le Père. « Dès qu’il fut baptisé, Jésus sortit de l’eau. Voici que les cieux s’ouvrirent et il vit l’Esprit descendre comme une colombe et venir sur lui. » Ce qui s’est passé là l’a confirmé dans la conscience humaine qu’il avait de sa mission. En sortant de l’eau, il reçoit une révélation céleste par les cieux ouverts comme annoncé par Isaïe : « Où est Celui qui fit remonter de la mer le pasteur de son troupeau ? Où est Celui qui mit en lui son Esprit saint ? ... C’est Toi, Seigneur qui es notre Père... Ah ! Si tu déchirais les cieux et si tu descendais ... (Is 63, 11, 16, 19)

Il réalise au travers de la voix du Père, « voix du Seigneur sur les de eaux, voix du Seigneur dans sa force » disant : « Tu es mon Fils bien-aimé en qui j’ai mis tout mon amour ». Il réalise humainement que sa mission est celle du Serviteur de l’Éternel décrite par Isaïe : « Voici mon serviteur que je soutiens, mon Élu qui a toute ma faveur. J’ai mis mon Esprit sur Lui » (Is 42, 1). Oui, Jésus s’appelle le Christ parce qu’il a été Oint, consacré du Saint Esprit par le Père.

Ce baptême du Saint Esprit n’ajoute rien à sa nature de Fils de Dieu, mais marque le début de sa mission : transformer la nature humaine par la puissance du Saint Esprit. En descendant sur Jésus, l’Esprit Saint s’est habitué à demeurer en l’homme et pendant toute sa vie terrestre Jésus a imprégné le corps humain de l’Onction. C’est un peu comme un vase d’albâtre qui, à force de contenir un parfum devient lui-même parfum. À la Croix le vase s’est brisé et le parfum, comme à Béthanie, s’est répandu dans toute la maison de l’Église. La descente du Saint Esprit sur Jésus dans le Jourdain nous donne part à son Onction. « Vous êtes le Temple de Dieu et l’Esprit de Dieu habite en vous. » Oui, le Père donne le Saint Esprit à Jésus et Jésus nous le donne. Jean Baptiste avait été prévenu : « Celui sur lequel tu verras l’Esprit descendre et demeurer, c’est Lui qui baptise dans l’Esprit Saint » (Jn 1, 33). C’est clair quand Jésus est lavé et oint, nous sommes nous aussi lavés et oints, christifiés, chrétiens, quoi !

À de multiples reprises le Nouveau Testament dit : « Moi (Jean) je baptise d’eau  mais Lui (le Chsit) vous baptisera du Saint Esprit ». Le parfum céleste imprègne aussi les vases d’albâtre de nos corps pour que nous soyions partout « la bonne odeur du Messie, du Christ ». Nous participons à la plénitude de l’onction du Christ et la répandons si nous brisons le vase en crucifiant la chair.

« Celui qui s’unit au Seigneur devient un seul Esprit avec Lui (1 Co 6, 17). Nous participons à la nature divine par cette communion avec le Saint Esprit. Le vase d’albâtre humain et le parfum céleste se mélangent. Le fer plongé dans le feu devient feu. « Nous sommes baptisés dans un seul Esprit pour former un seul Corps. » Après avoir cru en Jésus de tout notre coeur dans le baptême d’eau, nous nous consacrons de tout notre être à Lui dans le baptême d’Esprit. Cela transforme notre nature humaine dans 4 domaines.
1- J’accepte toute chose dans ma vie comme expression de la volonté de Dieu ;
2- Dieu me rend capable de comprendre Sa Volonté pour moi ;
3- Je deviens capable de recevoir la Parole de Dieu et d’y obéir comme un enfant dans le concret de ma vie ;
4- « Baptisé dans un seul esprit, je deviens un seul Corps » avec mes frères et soeur chrétiens. Je deviens plus moi-même parce que je suis en relation avec les autres. Le pied est vraiment pied parce qu’il tient au corps.

« Baptisés pour former un corps » celui du Christ. En recevant ce baptême de l’Esprit qui est consécration totale à Jésus Christ, toutes les Églises formeront un seul Corps. Alors laissez-moi vous demander : « Nous avons tous reçu le baptême d’eau mais avons-nous tous reçu le Baptême du Saint Esprit comme à la Pentecôte ? Avons-nous vécu notre Pentecôte personnelle ? Ce n’est pas réservé aux grands comme saint Bernard, sainte Thérèse d’Avila ou saint Vincent de Paul. Blaise Pascal décrit sa seconde conversion comme une expérience d’union et de feu : « L’an de grâce 1654, lundi 23 novembre ... Depuis environ dix heures demie du soir, jusques environ minuit et demi : ‘Feu’. »

Alors si certains parmi vous se sentent très clairement conduits par Dieu à demander le baptême du Saint Esprit, abandonnez-vous sans crainte aux directions d’En-Haut. Écoutez Jésus vous dire, comme à Jean Baptiste ou Christophe : « Laisse faire maintenant ! » Nous le savons, le baptême de Jean vient du ciel. Combien plus celui de Jésus !

« Laisse faire maintenant. » Cette parole est un secret entre Jésus et vous. Laissez-vous faire par le Seigneur. Laissez-vous aimer. Recevez-vous du Père en Jésus Christ comme son fils bien-aimé au travers de sa Parole nommante et adoptive : « Tu es mon Fils bien-aimé, en toi je mets tout mon amour ».

Se recevoir du Père et laisser l’Esprit du Fils ouvrir nos lèvres pour dire : « Abba - Père ! » ! Telle est la grande joie mystérieuse du christien ! Laissez Jésus vous baptiser dans l’Esprit. Lui seul peut le faire. Le désirez-vous, Il vous dit : « Laisse faire maintenant ... N’aie pas peur ! »

Jésus a répandu sur l’Église l’Esprit qu’il a reçu du Père au moment de son baptême. Le Saint Esprit vient en nous exactement comme il vient sur Jésus, c’est-à-dire « envoyé par le Père ». Dieu a envoyé dans nos cœurs l’Esprit de son Fils qui crie : « Abba - Père ! » (Ga 4, 6) Le fait que l’Esprit Saint s’écrie en nous : « Abba - Père ! » est la meilleure preuve qu’il s’agit là du même Esprit qui descendit sur Jésus de Nazareth. De lui-même le Saint Esprit ne pourrait pas dire à Dieu « Père » car il n’est pas son Fils comme Jésus. Il procède du Père pas spiration et non par filiation.

Vous vous dites peut-être que vous n’avez rien fait pour mériter une telle faveur, mais Jésus non plus ! Avant son baptême il n’avait fait aucun sermon, aucun miracle et n’avait guéri aucun malade. Pourtant, « le Ciel s’est ouvert, la colombe est descendue et le Père lui a dit : ‘Tu es mon Fils bien-aimé’ ». À ton baptême tu n’as pas vu ces choses, mais elles ne sont passées dans l’invisible. D’ailleurs même dans le visible, à Ravenne, quand le responsable du P.C. a été baptisé, une colombe est entrée dans Saint-Éloi et s’est posée sur la croix. Oui, ça se passe à notre baptême comme ça s’est passé au baptême de Jésus. Et la colombe porte bien mieux qu’un rameau d’olivier, elle porte le mystère de notre adoption. Entends le Père dire : « Tu es mon Fils bien-aimé, en toi je mets tout mon amour », tu n’es plus coupable de rien, tu n’as rien à mériter, tu as la permission illimitée d’être, d’être toi-même. Tu n’es pas un faire humain, mais un être humain. Tu n’as rien à faire. « Tu ne peux rien faire sans moi » dit le Seigneur. Il faut que le parfum sorte du vase. Briser le vase crucifie la chair.

Mais « si tu es un seul Esprit avec moi », alors tu porteras du fruit. Tu ne le feras pas, tu le porteras à la gloire du Père.