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Homélie - Christ-Roi

Par Frère Raffaële
croix - arcabas
Le Christ Jésus Roi de l'univers
Dernier dimanche de l'année liturgique

 

 1ère lecture : Dieu, roi et berger d'Israël, jugera son peuple (Ez 34, 11-12.15-17)
Lecture du livre d'Ézékiel
Parole du Seigneur Dieu : Maintenant, j'irai moi-même à la recherche de mes brebis, et je veillerai sur elles. Comme un berger veille sur les brebis de son troupeau quand elles sont dispersées, ainsi je veillerai sur mes brebis, et j'irai les délivrer dans tous les endroits où elles ont été dispersées un jour de brouillard et d'obscurité. C'est moi qui ferai paître mon troupeau, et c'est moi qui le ferai reposer, déclare le Seigneur Dieu. La brebis perdue, je la chercherai ; l'égarée, je la ramènerai. Celle qui est blessée, je la soignerai. Celle qui est faible, je lui rendrai des forces. Celle qui est grasse et vigoureuse, je la garderai, je la ferai paître avec justice. Et toi, mon troupeau, déclare le Seigneur Dieu, apprends que je vais juger entre brebis et brebis, entre les béliers et les boucs.

Psaume : 22

R/ Le Seigneur est mon berger : rien ne saurait me manquer.

Le Seigneur est mon berger :
je ne manque de rien.
Sur des prés d'herbe fraîche,
il me fait reposer.

Il me mène vers les eaux tranquilles
et me fait revivre ;
il me conduit par le juste chemin
pour l'honneur de son nom.

Si je traverse les ravins de la mort,
je ne crains aucun mal,
car tu es avec moi :
ton bâton me guide et me rassure.

Tu prépares la table pour moi
devant mes ennemis ;
tu répands le parfum sur ma tête,
ma coupe est débordante.

Grâce et bonheur m'accompagnent
tous les jours de ma vie ;
j'habiterai la maison du Seigneur
pour la durée de mes jours.

2ème lecture : La royauté universelle du Fils (1Co 15, 20-26.28)
Lecture de la première lettre de saint Paul Apôtre aux Corinthiens
Le Christ est ressuscité d'entre les morts, pour être parmi les morts le premier ressuscité. Car, la mort étant venue par un homme, c'est par un homme aussi que vient la résurrection. En effet, c'est en Adam que meurent tous les hommes ; c'est dans le Christ que tous revivront, mais chacun à son rang : en premier, le Christ ; et ensuite, ceux qui seront au Christ lorsqu'il reviendra. Alors, tout sera achevé, quand le Christ remettra son pouvoir royal à Dieu le Père, après avoir détruit toutes les puissances du mal. C'est lui en effet qui doit régner jusqu'au jour où il aura mis sous ses pieds tous ses ennemis. Et le dernier ennemi qu'il détruira, c'est la mort. Alors, quand tout sera sous le pouvoir du Fils, il se mettra lui-même sous le pouvoir du Père qui lui aura tout soumis, et ainsi, Dieu sera tout en tous.

 

Évangile : La venue du Fils de l'homme, pasteur, roi et juge de l'univers (Mt 25, 31-46)
Acclamation : Alléluia. Alléluia. Béni soit le règne de David notre Père, le Royaume des temps nouveaux ! Béni soit au nom du Seigneur celui qui vient ! Alléluia. (cf. Mc 11, 9-10)  

Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu
Jésus parlait à ses disciples de sa venue : « Quand le Fils de l'homme viendra dans sa gloire, et tous les anges avec lui, alors il siégera sur son trône de gloire. Toutes les nations seront rassemblées devant lui ; il séparera les hommes les uns des autres, comme le berger sépare les brebis des chèvres : il placera les brebis à sa droite, et les chèvres à sa gauche.
Alors le Roi dira à ceux qui seront à sa droite : 'Venez, les bénis de mon Père, recevez en héritage le Royaume préparé pour vous depuis la création du monde. Car j'avais faim, et vous m'avez donné à manger ; j'avais soif, et vous m'avez donné à boire ; j'étais un étranger, et vous m'avez accueilli ; j'étais nu, et vous m'avez habillé ; j'étais malade, et vous m'avez visité ; j'étais en prison, et vous êtes venus jusqu'à moi !'
Alors les justes lui répondront : 'Seigneur, quand est-ce que nous t'avons vu...? tu avais donc faim, et nous t'avons nourri ? tu avais soif, et nous t'avons donné à boire ? tu étais un étranger, et nous t'avons accueilli ? tu étais nu, et nous t'avons habillé ? tu étais malade ou en prison... Quand sommes-nous venus jusqu'à toi ?'
Et le Roi leur répondra : 'Amen, je vous le dis : chaque fois que vous l'avez fait à l'un de ces petits qui sont mes frères, c'est à moi que vous l'avez fait.' Alors il dira à ceux qui seront à sa gauche : 'Allez-vous-en loin de moi, maudits, dans le feu éternel préparé pour le démon et ses anges. Car j'avais faim, et vous ne m'avez pas donné à manger ; j'avais soif, et vous ne m'avez pas donné à boire ; j'étais un étranger, et vous ne m'avez pas accueilli ; j'étais nu, et vous ne m'avez pas habillé ; j'étais malade et en prison, et vous ne m'avez pas visité.' Alors ils répondront, eux aussi : 'Seigneur, quand est-ce que nous t'avons vu avoir faim et soif, être nu, étranger, malade ou en prison, sans nous mettre à ton service ?' Il leur répondra : 'Amen, je vous le dis : chaque fois que vous ne l'avez pas fait à l'un de ces petits, à moi non plus vous ne l'avez pas fait.'

Et ils s'en iront, ceux-ci au châtiment éternel, et les justes, à la vie éternelle. »

 © AELF
Homélie
  
- Frères et soeurs, pour commenter cet évangile, je vais vous raconter une histoire. Ce n'est pas moi qui l'ai inventée : c'est une histoire vraie, même si elle ne date pas d'aujourd'hui, et je suis sûr que certains d'entre vous la connaissent déjà. Faisons donc un saut de plusieurs siècles dans le passé, jusqu'au milieu du IVe siècle. Nous sommes dans le nord de la France, ou plutôt de la Gaule, aux portes de la cité d'Amiens. L'empire romain est déjà bien ébranlé par les incursions des barbares et le christianisme se répand de plus en plus en Occident. Un jeune officier de l'armée romaine chevauche près de la porte de la ville. Dans son coeur, il est déjà chrétien, mais il n'a pas encore reçu le baptême ; il s'y prépare, il est ce que l'Église appelle : un catéchumène. C'est l'hiver, un hiver particulièrement rigoureux, à tel point que bien des gens succombent à la violence du froid. Voilà que ce jeune cavalier rencontre à la porte de la ville un mendiant presque nu. Ce misérable a beau supplier les passants d'avoir pitié de sa misère, personne ne s'arrête ; ils vont tous leur chemin. Touché de compassion, le cavalier saisit l'épée qu'il porte à la ceinture et partage son manteau en deux, en donne une moitié au pauvre et se rhabille avec le reste. Plusieurs des assistants s'esclaffent, car ils lui trouvent bien piètre allure avec son habit mutilé. Certains en revanche, voyant ce beau geste de générosité, regrettent leur indifférence. La nuit suivante, après s'être endormi, le cavalier a un songe : il voit le Christ vêtu de la moitié du manteau dont il avait couvert le pauvre. Puis il entend Jésus dire d'une voix claire à la foule resplendissante des anges qui se tiennent autour de lui : « Ce jeune homme, qui n'est encore que catéchumène, m'a couvert de ce vêtement. »

Bon nombre d'entre vous, je pense, ont reconnu le personnage protagoniste de ce récit : il s'agit de Martin de Tours, celui qui allait devenir saint Martin, dont l'Église a célébré la fête il y a une dizaine de jours, le 1l novembre. Nous sommes peut-être tentés de considérer cette histoire comme un beau conte poétique de légende dorée. Pourtant, je crois que cet épisode de la vie de saint Martin n'a rien perdu de son actualité. Il est une illustration bien vivante de l'évangile que nous venons d'entendre.'

Frères et soeurs, cet évangile nous pose une question redoutable. Au dernier jour, lorsque le Roi de l'univers reviendra, dans l'éclat de sa gloire, entouré de tous ses anges, est-ce qu'il va nous dire, à nous aussi : « Cet affamé que tu as laissé mourir, cet immigré que tu n'as pas accueilli, cette prostituée que tu as méprisée, ce sorti de prison que tu as refusé d'aider, c'était moi ! Mais tu ne m'as pas reconnu dans mon abaissement » ?

Eh oui, frères et soeurs ! Il n'est pas difficile d'adorer, ou d'aimer spirituellement un Dieu invisible, là-haut dans le ciel ; il peut même être rassurant. Mais le reconnaître ici-bas sous certains traits, le rencontrer en certains mauvais lieux, l'apercevoir sous des habits en loques ! Et pourtant, nous savons que notre Dieu aime à se manifester sous les déguisements les plus impensables. Il n'y a que regarder l'évangile. Souvenez-vous des habitants de Nazareth : « Oh ! On le connaît bien, celui-là ! C'est le fils du charpentier ! » Et les notables de Jérusalem : « Celui-là, nous savons d'où il est ! (Jn 7,27) Mais ce n'est pas de la Galilée que surgit le Prophète ! » (Jn 7, 52) Et la Samaritaine, au puits de Jacob : « Comment ! Toi, un Juif, tu me demandes à boire à moi, une Samaritaine ? » Et Jésus de répondre : « Si tu savais qui est celui qui te dit : Donne-moi à boire ! »

Frères et soeurs, nous le savons maintenant : il nous l'a dit clair et net, dans cet évangile. Le Roi de gloire se cache dans le serviteur souffrant, dans le pauvre, l'affamé, l'étranger, le malade. Il est le Dieu caché, Deus absconditus, disait Pascal. Aujourd'hui, il nous demande humblement de lui ouvrir les portes de notre coeur et de notre maison. Plus tard, au dernier jour, c'est lui qui nous ouvrira toutes grandes les portes de sa maison. Alors, nous connaîtrons ce que l'oeil n'a pas vu, ce que l'oreille n'a pas entendu, ce qui n'est pas monté au coeur de l'homme, tout ce que Dieu a préparé pour ceux qui l'aiment (1 Co 2,9).