Aller au contenu. | Aller à la navigation

Outils personnels

Abbaye de Tamié
Navigation

Homélie TO 19

Par Frère Marco
croix - arcabas

 19ème dimanche du temps ordinaire


Homélie

 

Les faits de l’Evangile ne sont pas écrits pour être seulement écoutés, mais pour être revécus. A chaque fois, celui qui les écoute est invité à entrer dans la page de l’Evangile, à passer de spectateur à acteur... Oui, nous sommes invités à écrire notre cinquième Évangile, celui de nos vies.

Après avoir nourri une foule nombreuse dans le désert, Jésus oblige les disciples à monter sur la barque et à le précéder sur l’autre rive, tandis que lui s’en allait dans la montagne à l’écart pour prier.

La montagne dans la Bible est le lieu privilégié de la rencontre de Dieu. Dans la première lecture nous avons vu Elie, traqué par la reine Jézabel trouver refuge sur l’Horeb, la montagne de Dieu. Là, dans la solitude d'une caverne, dans le silence de la brise légère il a vécu l'expérience d'une communion profonde avec son Seigneur, expérience de communion qui lui a redonné courage pour reprendre la route.

Comme jadis, le prophète Elie, Jésus se retire lui aussi dans la montagne à l’écart pour prier. Cela est très important... Si Jésus, lui le Fils de Dieu prenait du temps pour prier combien plus nous devons prendre du temps, ce tête à tête, ce cœur à cœur avec le Seigneur dans la prière !

Tandis que Jésus prie, les disciples eux traversent   la mère de Galiléen en butte aux vents contraires. Puis, ils voient Jésus venir vers eux en marchant sur la mer...

Qu’est ce que cela signifie ? Est-ce que Mt, veut nous dire que Jésus est une sorte de superman ? Je ne le pense pas. Dans la Bible, et pour les juifs du temps de Jésus, la mer, évoque la mal, les forces obscures du mal, c'est-à-dire toutes les puissances hostiles à l’homme. Quand Jésus marche sur les eaux déchaînées, c’est pour nous dire qu’il est le maitre de la puissance du mal... Rappelez-vous qu’avant de marcher sur les eaux Jésus avait passé la nuit en prière... Comme le disait saint Alphonse de Liguori, la prière c’est elle qui nous permet de traverser les tempêtes de la vie...

Quand Mt écrit cette page d’Evangile, il s’adresse à des chrétiens en proie à la persécution, leur barque, c'est-à-dire l’Eglise est secouée dans tous les sens et les communautés chrétiennes sont désemparées. Aujourd’hui, nous vivons une situation semblable, l’Eglise, comme le rappelait récemment Benoît XVI est secouée dans tous les sens, à l’intérieur comme à l’extérieure... L’Evangile d’aujourd’hui est une Bonne Nouvelle. Jésus est là avec nous, il est là non pas pour nous éviter la tempête... mais il est là pour nous dire Confiance n’aie pas peur, ensemble nous allons la traverser... « Le Seigneur est mon berger... si je traverse les ravins de la mort  je ne crains aucun mal, car tu es avec moi... » Oui, Seigneur Jésus j’ai confiance en toi car tu es avec moi !

Me viennent à l’esprit les mots d’une prière du P. Talec :
« Seigneur, tu n’es pas un Dieu qui sauve facilement.
Mais comme le guide de montagne, Tu nous assures...
Seigneur quand les vents sont contraires sur la mer et que la nuit s’en mêle...
Que ton cri parvienne jusqu’à nous :
« Rassurez-vous, c’est moi, n’ayez pas peur. »
Seigneur à chacun d’entre nous tu dis : « Viens ».
Force un peu la voix...
Ordonne que nous allions vers Toi.

 

La traversée de la mer de Galilée indique aussi la traversée de la vie. Combien de fois notre vie ressemble à cette barque « battue par les vagues à cause du vent contraire ». La barque en difficulté peut être notre communauté, notre famille, notre mariage, les affaires, la santé...

Le « vent contraire » peut être l'hostilité et l'incompréhension des personnes, des revers permanents de fortune, la difficulté de trouver un travail, une maison. Peut-être, au début, avons nous affronté avec courage les difficultés, décidés à ne pas perdre la foi, à avoir confiance en Dieu. Pendant quelques temps nous avons, nous aussi marché sur les eaux, comme Pierre, c'est-à-dire en nous fiant uniquement à l'aide de Dieu. Mais ensuite, voyant l'épreuve toujours plus longue et plus dure, il nous a semblé à un moment donné ne pas pouvoir y arriver, perdre pied. Nous avons perdu courage.

C'est le moment de cueillir et de ressentir comme adressée à nous personnellement, la parole que Jésus adresse à ses disciples : « Confiance ! C'est moi ; n'ayez pas peur ! ».

Oui, la Confiance, la Foi en Dieu : voilà le message de l'Evangile. Le mot foi en hébreu, vient d’un verbe qui signifie « tenir », « être fondé », c’est aussi la racine du mot Amen.

Jésus nous invite à croire,...même si nous sommes au cœur de la tempête... Dans le passé quand la tempête se déchainait, les marins avaient l’habitude de jeter de l'huile sur les flots pour les calmer. Pour saint Bernard cette huile, c’est l’invocation du Nom de Jésus... « Sommes-nous en plein danger, haletants et tremblants ? Le nom de Jésus une fois invoqué, ne ramène-t-il pas immédiatement la confiance en chassant la peur ?... Pour celui qui perd confiance au sein de l’adversité, et déjà commence à perdre pied, le courage a-t-il jamais manqué, s’il a prononcé ce nom de Jésus ? Voici l’antidote que tu possèdes, ...le nom ce de Jésus...Qu’il soit toujours sur ton sein, toujours dans ta mains, afin que tous tes sentiments et tes actes soient orientés vers Jésus, comme d’ailleurs lui-même t’y invite quand il dit : « Pose-moi comme un seau sur ton cœur, comme un sceau sur ton bras »

Une courte histoire bien connue parle d'un homme qui fit un rêve. Il voyait deux rangées de pas imprimés sur le sable du désert et comprenait que l'une correspondait à ses propres pieds et l'autre à ceux de Jésus qui marchait près de lui. À un moment donné, une rangée de pas disparaît et il comprend que cela correspond précisément à un moment difficile de sa vie. Il se plaint auprès du Christ qui l'a laissé seul au moment de l'épreuve. « Mais j'étais avec toi ! » répond Jésus. « Mais comment pouvais-tu être avec moi si les traces de tes pas n'apparaissent pas sur le sable ? ». « Les traces sont celles de mes pas à moi, répond Jésus. À ce moment-là je t'avais pris dans mes bras ! ».