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Homélie - Pâques 4

Fr. Raffaële
croix - arcabas
4ème dimanche de Pâques
Le Bon Pasteur


 Homélie

Frères et soeurs, les chrétiens des premiers siècles ont été fascinés par l'image de Jésus Bon Pasteur. Ceux d'entre vous qui ont eu le bonheur de visiter Rome ont pu admirer, dans les catacombes, dans les basiliques, dans les musées, ces représentations très anciennes et très émouvantes du Christ-Berger, tenant autour du cou sa brebis retrouvée.

Aujourd'hui, nous sommes peut-être plus réticents à l'égard de cette image du Christ pasteur, car nous n'aimons pas être comparés à un troupeau de moutons. Mais justement, la Bible, et en particulier l'évangile de S. Jean, donnent à l'image du pasteur un sens tout différent. Dans la Bible, cette image évoque une affection, presque une tendresse entre le berger et chaque membre du troupeau. Pensons au verset si beau du prophète Isaïe : « Tel un berger, le Seigneur fait paître son troupeau, de son bras il le rassemble ; il porte sur son sein les agneaux, procure de la fraîcheur aux brebis mères. » (Is 40,11)

Dans cet évangile, st Jean nous dit que le Christ-Berger connaît chaque brebis personnellement, « par son nom », et ses brebis le reconnaissent au son de sa voix. Malheureusement notre verbe « connaître » a perdu toute la richesse de sens qu'il avait dans la langue biblique. Pour nous, ce verbe désigne la connaissance intellectuelle, un savoir. En revanche, dans la Bible, il signifie une intimité entre deux personnes qui n'ont plus de secrets l'une pour l'autre, jusqu'à la communion la plus profonde. Ainsi, par exemple, la Bible nous dit qu'Adam connut Ève, sa femme. C'est à cette intimité profonde avec lui que le Christ nous appelle. « Ses brebis à lui, il les appelle chacune per son nom..., et elles le suivent, car elles connaissent sa voix. »

Connaître la voix de quelqu'un ! Quand on aime, on sait ce que cela veut dire. « J'entends la voix de mon bien-aimé ! », s'écrie dans la Bible l'épouse du Cantique des cantiques (2,8). Pensons aussi à la scène extraordinaire, dans l'évangile de S. Jean, où le Christ ressuscité apparaît à Marie-Madeleine dans le jardin. Elle ne le reconnaît pas, de prime abord ; elle le prend pour le jardinier. Mais lorsque le Christ l'appelle par son nom : « Marie », aussitôt elle reconnaît la voix de celui qu'elle aime, son Seigneur Sauveur. « Il les appelle chacune par son nom, et elles connaissent sa voix. »

À ce propos, je cite un passage d'un auteur que j'aime beaucoup, le cardinal John-Henry Newman, béatifié par le pape Benoît XVI, lors de son voyage en Angleterre, il y a quelques mois. Quand il était encore curé anglican de l'église Saint-Mary, à Oxford, il prêcha à ses paroissiens sur cet évangile du bon Pasteur, le 30 avril 1843. Voilà ce qu'il dit au sujet de ce verset : « Ayons le désir d'entendre sa voix ; prions afin qu'il nous soit donné d'avoir des oreilles attentives et un coeur bien disposé. Il n'appelle pas tous les hommes de la même façon ; Il nous appelle chacun à sa manière... Il n'est pas toujours aisé de reconnaître sa voix... Mais quelque difficile qu'il soit de savoir quand le Christ appelle, et où il nous appelle, du moins tenons-nous prêts à guetter sa voix. » (Le Berger de nos âmes)

Frères et soeurs, comment le Christ nous manifeste qu'il est notre bon pasteur, « le berger qui veille sur nous », disait S. Pierre dans la deuxième lecture ? Il nous le déclare lui-même dans cet évangile : « Moi je suis venu pour que les hommes aient la vie, pour qu'ils l'aient en abondance. » C'est en donnant sa vie pour nous que le Christ nous montre son amour. Son amour l'a poussé au milieu des hommes, il a partagé notre faiblesse, il a accepté la mort pour que nous ayons la vie en abondance : dès ici-bas, dans une relation de foi et d'amour avec lui, et plus tard, là-haut, où nous le verrons face à face. Ainsi, cet évangile du Bon Pasteur nous ramène au coeur du Mystère pascal. Et il marque par là la différence radicale entre le Christ, qui donne sa vie pour ses brebis, et tous les prétendus bergers qui pullulent dans notre monde : leaders, gourous, chefs de secte, qui dérobent la liberté, exploitent les personnes et étouffent la vraie vie.

Je termine en vous rappelant que c'est aujourd'hui la journée de prière pour les vocations. Que le Christ daigne assister ceux qu'il a associés plus intimement à son ministère pastoral par le sacrement de l'Ordre ou la consécration religieuse. Qu'il daigne aussi susciter toujours dans son peuple les ministres dont l'Église a besoin pour continuer sa mission. Et n'oublions pas non plus que nous tous, disciples du bon Pasteur, que nous soyons prêtres, religieux ou laïcs, nous sommes tous responsables les uns des autres, appelés à être, les uns pour les autres, témoins de la tendresse et de la sollicitude du Christ.