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Abbaye de Tamié
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Le Corps et le Sang du Christ

Fr. Antoine

Fête du Corps et du Sang du Christ

cène
Terre cuite de Fr. Antoine Gélineau


Icône écrite par Fr. Antoine Gélineau

Homélie

« Le pain que je donnerai, c’est ma chair, donnée pour que le monde ait la vie ». Les juifs ne comprennent pas. Nous non plus ! Demandons au Père de nous donner son Esprit pour que nous entendions un peu mieux ce que Jésus veut nous dire, à nous, aujourd’hui.

Quand on parle de la foi à des gens qui ne l’ont pas, il y a incompréhension parce que les mots sont interprétés de façon différente. Ainsi une fillette à sa grand-mère qui lui dit « regarde Jésus » quand le prêtre lève l’hostie, répond tout fort : « T’es sûre que c’est Jésus » ? Elle illustre ce que st Thomas d’Aquin dit : « La présence du corps du Christ ne s’apprend pas par les sens mais par la foi ». La fillette a besoin d’aller au catéchisme. Nous aussi.

Le titre officiel de ce dimanche : « Solennité du Saint Sacrement du Corps et du Sang du Christ ». Dans la tradition théologique chrétienne, l’expression « Corps du Christ » a trois sens différents mais liés.
a)
Le corps historique et glorieux de Jésus ;
b) Le corps qu’est l’Eglise, corps mystérieux, mystique, sacramentel que sont les disciples de Jésus. Cf. « Ce que vous avez fait au plus petit d’entre les miens, c’est à moi que vous l’avez fait » Ou bien la réponse de Jésus à Saul : « C’est moi que tu persécutes ».Saint Irénée au II° s. a une belle image : les fidèles sont comme de la farine sèche. Pour faire le pain (corps du Christ), il faut de l’eau, cette eau c’est l’Esprit Saint unificateur ;
c)
Enfin, le corps eucharistique, « le pain de la Vie » est devenu vers le XI° s. « corps mystique » à la place de l’Église. C’est aux X°-XI° s. qu’une « césure meurtrière » (de Lubac) s’est produite. Pour mieux souligner la présence réelle, on néglige et on finit par oublier la finalité première de la messe : l’Église fait l’eucharistie et l’eucharistie fait l’Église. Quand le prêtre présente l’hostie pour la communion, il dit : «le Corps du Christ ». Ce sont, ou ce devrait être, ces trois sens différents mais liés que le communiant reconnaît en disant : « Amen!».

Le « Sang du Christ ». Normalement, le sang fait partie du corps. Si le sang est séparé du corps, c’est qu’il y a eu une blessure, un accident ou un meurtre. Cette distinction que la liturgie fait en séparant le Sang du Corps du Christ rappelle que Jésus n’est pas mort de maladie ou de vieillesse. Il a été tué. Comment ça se fait ? Lui qui est passé en faisant le bien, en guérissant les malades ? Par son Incarnation, Il est venu mettre la révolution dans l’humanité ! Désormais, tout être humain doit être un frère aimant pour les autres et on ne peut pas aimer Dieu sans passer par l’amour du prochain quel qu’il soit ! Or, depuis Caïn et Abel, les hommes ont des tendances fratricides. Et Jésus est venu restaurer l’image de l’homme, créé à l’image de Dieu, c'est-à-dire capable de communion dans la différence. À l’époque de Jésus et encore aujourd’hui, dire aux gens qu’ils sont créés à l’image de Dieu ne les intéresse pas vraiment. Dire que tout homme est un frère à aimer, ça dérange. Surtout si ce frère est un pauvre, un handicapé, un étranger ou « autre » que moi. Cf. st Paul « C’est moi que tu persécutes ! » L’autre me dérange parce qu’il m’empêche d’être tranquille. Surtout si je suis riche et influent.

Aimer c’est donner sa vie pour ceux qu’on aime. C’est tuant ! Et personne n’a spontanément envie d’être tué. Jésus a dérangé les chefs des prêtres et ceux qui avaient le pouvoir, on l’a tué. Et ça continue aujourd’hui encore avec tous les artisans de fraternité, de justice et de paix. Faire le choix de donner sa vie par amour, c’est ce que Jésus propose à tous les hommes, quels qu’ils soient, et les chrétiens sont chargés de le faire savoir, en commençant par vivre eux-mêmes ce commandement. C’est ce que la messe leur rappelle ou devrait leur rappeler. C’est ce qui fait que nous sommes « catholiques » c'est-à-dire universels, parce que le « Royaume des cieux » inauguré par Jésus est universel.

Le « Saint sacrement » évoque le culte eucharistique en dehors de la messe. La foi en la présence réelle de Jésus dans l’eucharistie n’a fait aucun problème jusqu’aux X°-XI° s .La plus ancienne colombe eucharistique connue se trouve à St-Pierre de Rome et remonte au III° s. C’est en elle qu’on mettait « la réserve eucharistique »pour les malades et les mourants mais sans provoquer de culte particulier.

1) Les processions de la « Fête Dieu » ont pratiquement disparues en France, pour diverses raisons mais elles existent toujours, par exemple à Lourdes. « À travers l’ostensoir, je ne vois pas seulement la présence de Jésus dans l’hostie que je porte mais aussi tous ces malades, infirmes, handicapés, brancardiers… réunis par la même foi en Jésus » (Mgr Marcel Perrier). Cette foule est aussi « le Corps du Christ ».

2) Chaque dimanche, à l’abbaye, nous avons une demi-heure d’adoration du Saint Sacrement (ouverte à tous). Aujourd’hui, elle commencera dès la fin de la messe. Cette adoration eucharistique en dehors de la messe peut être comparée à un arrêt sur image. Et le Christ ne donne aucune image de Dieu autre que celle qu’il donne lui-même dans l’acte de donner sa vie. L’adoration nous invite à faire de même, elle nous pousse vers la mission. Elle est vraiment liée à ce que nous avons médité du Corps et du Sang du Christ, de la célébration de la messe.

Pouvoir participer à la messe chaque dimanche est aujourd’hui une chance quand elle réunit une communauté vivante, Corps du Christ. Avec le manque de prêtres, les eucharisties se font moins nombreuses. Beaucoup de baptisés n’ont pas faim ni soif de Jésus, Pain de Vie. Peut-être faut-il retrouver la foi pour avoir faim de ce pain vivant. Comment avoir la foi ? La foi vient par l’oreille, par la catéchèse, par la connaissance de l’Évangile, de la Parole de Dieu. Quand les chrétiens n’ont plus de prêtres pour assurer l’eucharistie, ils peuvent se retrouver au nom de Jésus pour écouter la Parole de Dieu, la partager et en vivre. Comme Jésus est venu pour le monde, même des non baptisés peuvent être invités. Si les chrétiens ne se rassemblent pas, il n’y a plus d’Église. S’il n’y a plus d’Église, il n’y a plus d’eucharistie ! Rendons grâce à Dieu pour celle qui nous réunit aujourd’hui.