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Homélie - Immaculée Conception

Par Frère Patrice
vierge visage - arcabas
Fête de la Conception immaculée de Marie
8 décembre

Quand la Vierge apparut à Lourdes à Bernadette, et que celle-ci lui réclamait une preuve de l’authenticité de tout ce qu’elle lui avait dit, elle lui transmit ces simples mots «  je suis l’Immaculée conception ». Bernadette n’en avait jamais entendu parler, son curé pas beaucoup plus je pense. Et nous alors ! Un mystère immense, dont il est bon se savoir  qu’il a été un sujet de discorde entre théologiens !

Et pourtant ce mystère a été porté, médité et propagé par la piété populaire qui en a instinctivement perçu l’importance, au point d’entraîner le ralliement des théologiens.

Car le lien le plus profond d’un être humain c’est bien souvent sa mère, au point que c’est souvent elle qu’il appelle au moment de sa mort. Notre filiation divine est sous les auspices de la Vierge Marie, que certains d’ailleurs invoquent sous le nom de « Maman ».

Ce matin lors des Vigiles nous avons lu un très beau texte du Père Zundel qui  reprend une expression utilisée par Dante (mais bien antérieure à lui) : « Marie fille et mère de ton fils ». Ce que Bernanos formulera plus tard avec ses mots à lui : «  plus jeune que le péché, plus jeune que la race dont elle a été issue ».

Oui Marie a été la première des rachetées, dès avant sa naissance, de façon à pouvoir engendrer sans péché celui qui allait être le Sauveur du monde. Et en ce sens elle est d’abord fille, la première des filles et fils de Dieu, rachetés de la faute originelle. Aussi l’Ange peut-il s’adresser à elle en lui disant « pleine de grâce ». La Bonne Nouvelle de l’Evangile est que le bien est en excès, que la grâce est toujours donnée en abondance, et qu’elle peut tout…à condition que l’homme y consente. Et Marie y avait consenti dès le début et elle le redit «  qu’il me soit fait selon ta volonté ».

Ce consentement c’est à nous que Dieu le demande, lui qui veut prendre chair en nous, et naître en nous en cette de fête de Noël qui approche. Et le premier acte que nous avons à poser est de nous reconnaître pécheurs ; comme nous le chantons au ps 58 «  j’étais pêcheur dès le sein de ma mère ». Et nous pouvons le dire avec d’autant  plus de franchise qu’au ps 138 nous disons à Dieu que c’est lui qui nous a tissés dès le sein de notre mère ! Pourquoi cette reconnaissance est-elle essentielle ? Pcq comme dit un mystique «  tout ce qui doit recevoir doit être pur, net et vide », reprenant en cela St Augustin qui dit « vide-toi pour que tu puisses être rempli ; sors afin de pouvoir entrer ». Si nous voulons que Dieu naisse en nous, il nous faut lui préparer sa  place ; et donc reconnaître que la place est bien encombrée ! Un peu comme le fonds d’un puits profond où jaillit une source qui devient inaccessible tellement le trou du puits est encombré de gravats ou autres matières.

Comment s’y prendre? Ecoutez  Marie aux noces de Cana qui dit aux serviteurs « tout ce qu’il vous dira de faire, faites-le », tout comme elle répond à l’Ange « qu’il me soit fait selon ta volonté ». Bien sûr le péché originel est ce consentement congénital au mal ; mais il ne rompt pas pour autant la relation avec Dieu. Bien au contraire, Dieu va toujours au devant de nous, tout comme il allait au devant d’Adam et d’Eve au jardin d’Eden, tout comme il va au devant de Marie pour lui annoncer la nouvelle. Et au lieu de nous cacher, nous avons à repartir sans cesse à sa rencontre ou à sa recherche.

C’st ce que fit inlassablement Marie toute sa vie ; c’est ce que nous tentons de faire au fil des jours, tant que le péché ne nous emmène pas ailleurs! Et cela m’amène à vous dire combien j’aime me représenter les diverses scènes de l’Evangile où l’on voit Marie. Regardez-là. Elle est toujours présente aux côtés de Jésus dans les moments les plus innocents comme les plus importants de sa vie. Discrète, certes ; mais présente. Et combien son regard a dû être un réconfort pour Jésus lorsqu’il l’aperçoit sur le chemin du calvaire ou au pied de la croix. Et quand Jésus ne l’aperçoit pas, c’est elle qui part à sa recherche,  comme lors d’une montée à Jérusalem pour la Pâque. Dès le premier moment de son existence Marie est toute entière rapportée à Jésus, et il n’y a rien en elle qui ne soit pour Jésus ou par Jésus. Libérée du péché originel elle est totalement disponible, donnée à son Fils. Elle peut se faire comme le dirait St Paul « toute à tous ». Combien il est réconfortant pour moi en certains moments de me retourner et de voir que Marie est là, à mes côtés. Mais combien aussi Marie a dû être réconfortée de rester à côté de son Fils, dont rien ne les séparait ! Une femme oublie-t-elle l’enfant qu’elle nourrit, cesse-t-elle de chérir le fruit de ses entrailles dit Isaïe ? Marie a reçu de Dieu le pouvoir illimité d’aimer, mais aussi de nous rendre sensibles à la tendresse illimitée de Dieu dont elle a été comblée.