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Homélie - Sainte Trinité

Par Frère Raffaele
trinité de roublev
Fête de la très sainte Trinité

1ère lecture : Notre Dieu est le Dieu unique (Dt 4,32-34. 39-40)
Lecture du livre du Deutéronome
Moïse disait au peuple d’Israël : « Interroge les temps anciens qui t'ont précédé, depuis le jour où Dieu créa l'homme sur la terre : d'un bout du monde à l'autre, est-il arrivé quelque chose d'aussi grand, a-t-on jamais connu rien de pareil ? Est-il un peuple qui ait entendu comme toi la voix de Dieu parlant du milieu de la flamme, et qui soit resté en vie ? Est-il un dieu qui ait entrepris de se choisir une nation, de venir la prendre au milieu d'une autre, à travers des épreuves, des signes, des prodiges et des combats, par la force de sa main et la vigueur de son bras, et par des exploits terrifiants — comme tu as vu le Seigneur ton Dieu le faire pour toi en Égypte ? Sache donc aujourd'hui, et médite cela dans ton cœur : le Seigneur est Dieu, là-haut dans le ciel comme ici-bas sur la terre, et il n'y en a pas d'autre. Tu garderas tous les jours les commandements et les ordres du Seigneur que je te donne aujourd'hui, afin d'avoir, toi et tes fils, bonheur et longue vie sur la terre que te donne le Seigneur ton Dieu. »

Psaume : 32, 4-5, 6.9, 18.20, 21-22
R/ Bienheureux le peuple de Dieu !
Oui, elle est droite, la parole du Seigneur ;
il est fidèle en tout ce qu'il fait.
Il aime le bon droit et la justice ;
la terre est remplie de son amour.

Le Seigneur a fait les cieux par sa parole,
l'univers, par le souffle de sa bouche.
Il parla, et ce qu'il dit exista ;
il commanda, et ce qu'il dit survint.

Dieu veille sur ceux qui le craignent,
qui mettent leur espoir en son amour.
Nous attendons notre vie du Seigneur :
il est pour nous un appui, un bouclier.

La joie de notre cœur vient de lui,
notre confiance est dans son nom très saint.
Que ton amour, Seigneur, soit sur nous,
comme notre espoir est en toi !

2ème lecture : Notre adoption filiale dans l’Esprit Saint (Rm 8, 14-17)
Lecture de la lettre de saint Paul Apôtre aux Romains
Frères, ceux qui se laissent conduire par l'Esprit de Dieu, ceux-là sont fils de Dieu. L'Esprit que vous avez reçu ne fait pas de vous des esclaves, des gens qui ont encore peur ; c'est un Esprit qui fait de vous des fils ; poussés par cet Esprit, nous crions vers le Père en l'appelant : « Abba ! » C'est donc l'Esprit Saint lui-même qui affirme à notre esprit que nous sommes enfants de Dieu. Puisque nous sommes ses enfants, nous sommes aussi ses héritiers ; héritiers de Dieu, héritiers avec le Christ, si nous souffrons avec lui pour être avec lui dans la gloire.

Évangile : Le baptême au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit (Mt 28, 16-20)

Acclamation : Alléluia. Alléluia. Gloire au Père, et au Fils, et au Saint-Esprit : au Dieu qui est, qui était et qui vient ! Alléluia. (cf. Ap 1, 8)
Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu
Au temps de Pâques, les onze disciples s'en allèrent en Galilée, à la montagne où Jésus leur avait ordonné de se rendre. Quand ils le virent, ils se prosternèrent, mais certains eurent des doutes. Jésus s'approcha d'eux et leur adressa ces paroles : « Tout pouvoir m'a été donné au ciel et sur la terre. Allez donc ! De toutes les nations faites des disciples, baptisez-les au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit ; et apprenez-leur à garder tous les commandements que je vous ai donnés. Et moi, je suis avec vous tous les jours jusqu'à la fin du monde. »
Homélie

- Le mystère de la Très Sainte Trinité : voilà de quoi donner des frissons à un prédicateur ! On a écrit là-dessus des bibliothèques, et les plus grands génies du christianisme, théologiens, poètes, artistes, ont essayé de nous faire entrevoir la beauté éblouissante de ce mystère. Pourtant, frères et soeurs, on peut écrire de gros livres de théologie sans parvenir à égaler la richesse d'un simple geste, un geste que nous avons appris à faire depuis notre enfance. Lequel ? Voici : avec la main droite, on touche d'abord le front, puis la poitrine, puis l'une et l'autre épaule, en traçant une croix. En même temps, on accompagne ces mouvements par les paroles : « Au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit. » Oui, le signe de la croix. Nous n'y pensons peut-être pas, mais il y a dans ce geste une synthèse théologique étonnante de profondeur et de densité. Il y a là tout ce qu'il faut pour exprimer le mystère de notre Dieu - dans la mesure où nous pouvons balbutier l'indicible.
Tout d'abord, il y a trois noms noués dans l'unité, mais une unité qui en même temps les distingue. Et ces trois noms sont prononcés comme s'ils jaillissaient d'une croix. Pour expliquer tout cela, un théologien aurait besoin d'un cours fort savant, farci de références à l'Écriture, aux Conciles, aux docteurs de l'Église ; or, un enfant exprime tout cela par un simple geste, lorsqu'il franchit le seuil d'une église ou qu'il commence sa prière.
Qu'est-ce que ce geste veut dire, et qu'est-ce qu'il nous révèle du mystère de Dieu ? Deux choses.
En premier lieu, un fait à la fois simple et extraordinaire, au-delà de toute intelligence humaine : Dieu, l'unique Dieu, le seul Dieu qui existe, comme disait le livre du Deutéronome dans la première lecture, recèle en son sein un mystère de communion. Dans l'intimité de Dieu se déploie une vie mystérieuse, que nous exprimons par ce mot : « Trinité ». Ici, notre signe de croix est suggestif, plein de sens : le Père en haut, source de la vie, origine de tout ce qui existe, principe sans principe, disent les théologiens ; le Fils qui vient du Père, et qui en descend presque, représenté par le mouvement de la main qui descend sur la poitrine ; l'Esprit qui en quelque sorte enveloppe, entoure, unit le Père et le Fils, symbolisé par le mouvement de la main qui touche les épaules. Voilà les Trois, bien distincts, et pourtant enlacés, noués dans un geste unique, pour signifier une unité indivisible, plus profonde encore que la distinction.

Voilà la première chose que le signe de croix nous enseigne. Mais il y en a une deuxième, et elle est très importante. Ce Dieu unique, qui pourtant n'est pas solitaire, mais communion de Trois Personnes, vient à notre rencontre. Il se fait connaître en Jésus, et tout spécialement dans cet événement central de la vie de Jésus qu'est sa mort sur la croix. C'est là, sur la croix, que Jésus nous dévoile le secret de son être et de sa mission. Ce secret, c'est l'offrande de sa vie au Père par amour des hommes. Dans l'Esprit-Saint, dans l'Esprit d'amour, Jésus le Fils remet sa vie entre les mains du Père, et par sa mort il efface tout le péché du monde, il prend sur lui tout le poids de nos fautes et nous en délivre, nous obtient le pardon de Dieu. Dans la croix de Jésus, Dieu qui est Père, Fils et Esprit, nous révèle son visage, le mystère de son être : il est Amour, Miséricorde et Pardon.
Frères et soeurs, je laisse le mot de la fin à un saint moine de l'Église russe, peut-être le plus grand peintre d'icônes qui ait jamais existé : Andreï Roublev. Je crois que, presque tous, vous avez eu l'occasion de voir, une fois ou l'autre, une reproduction de son chef-d'oeuvre : l'icône de la Trinité.  Le Père, le Fils et l'Esprit, représentés sous les traits de trois anges éblouissants, enlacés entre eux par le jeu des ailes dans un demi-cercle de lumière, sont assis sur des tabourets autour d'un autel. Cependant, le cercle n'est pas fermé : le devant de l'autel est complètement dégagé, comme pour faire place à un quatrième convive. Sur l'autel est posée une coupe avec un petit agneau : allusion transparente à l'eucharistie.
Il me semble que par là le peintre a voulu suggérer ceci : c'est dans le sacrifice du Christ que se révèle pleinement l'Amour sauveur de Dieu, l'amour du Père, du Fils et de l'Esprit, qui n'est pas fermé sur lui-même, mais qui déborde sur le monde, s'incarne en Jésus et se fait eucharistie, Corps livré et Sang versé pour la rémission des péchés. Chacun de nous est invité à occuper la place vide que les Trois Personnes ont laissée devant l'autel ; chacun de nous est invité à s'asseoir à cette table eucharistique et à se nourrir de l'agneau immolé, afin d'entrer ainsi dans le cercle divin, dans l'échange d'amour éternel qui unit le Père, le Fils et l'Esprit. Nous allons maintenant célébrer et recevoir ce grand sacrement de l'eucharistie qui nous introduit dans la vie trinitaire, dans le mystère de ce Dieu qui est amour, communion et don, pour que nous soyons à notre tour les témoins de son amour parmi les hommes.