Aller au contenu. | Aller à la navigation

Outils personnels

Abbaye de Tamié
Navigation

Homélie TO 23

Par Frère Patrice
arcabas - tamié
Homélie pour le 23ème dimanche
du temps ordinaire

La vraie sagesse, c'est de renoncer à tout pour le Christ (Lc 14, 25-33)
Évangile de Jésus Christ selon saint Luc
De grandes foules faisaient route avec Jésus ; il se retourna et leur dit : « Si quelqu'un vient à moi sans me préférer à son père, sa mère, sa femme, ses enfants, ses frères et sœurs, et même à sa propre vie, il ne peut pas être mon disciple. Celui qui ne porte pas sa croix pour marcher derrière moi ne peut pas être mon disciple. Quel est celui d'entre vous qui veut bâtir une tour, et qui ne commence pas par s'asseoir pour calculer la dépense et voir s'il a de quoi aller jusqu'au bout ? Car, s'il pose les fondations et ne peut pas achever, tous ceux qui le verront se moqueront de lui : 'Voilà un homme qui commence à bâtir et qui ne peut pas achever !' Et quel est le roi qui part en guerre contre un autre roi, et qui ne commence pas par s'asseoir pour voir s'il peut, avec dix mille hommes, affronter l'autre qui vient l'attaquer avec vingt mille ? S'il ne le peut pas, il envoie, pendant que l'autre est encore loin, une délégation pour demander la paix. De même, celui d'entre vous qui ne renonce pas à tout ce qui lui appartient ne peut pas être mon disciple. »

 Homélie


 

Une tradition ancienne de l’Eglise de Rome raconte que l’apôtre Pierre, sortant de la ville pour fuir la persécution de Néron, vit Jésus qui montait dans la direction opposée et étonné lui demanda  « Seigneur, où vas-tu ? ». La réponse de Jésus lui fût « je vais à Rome pour y être crucifié ». A ce moment là Pierre comprit qu’il devait suivre le christ avec courage, à fond, mais il comprit surtout qu’il n’était jamais seul dans sa marche ; avec lui il y avait toujours Jésus qui l’avait devancé pour mourir.

Si je devais résumer l’évangile de ce jour, je dirais qu’il est un appel de Jésus à prendre en main nos vies avec le même courage que St Pierre, à ne pas nous laisser ballotter par les évènements, mais, comme le marin, de nous fixer un cap puis de rester accroché à la barre du bateau de notre vie, et à tenir ferme, contre vents et marée, la direction que nous avons décidé de prendre.

Car il est bon, un jour donné, un moment donné, de nous demander quel sens nous voulons donner à notre vie, vers où désirons-nous nous orienter. Tous, nous avons une tour à bâtir, ou une paix à faire avec ceux qui nous font obstacle. Et c’est bon de se rappeler pourquoi, un jour, nous avons décidé de nous marier, de nous consacrer au Seigneur ou de rester célibataire. C’est la boussole qui nous permet de retrouver la direction quand nous sommes pris dans la tempête.

 

Il est sûr qu’il y a un tas de réformes à faire dans notre monde et dans nos vies pour tenir ou redresser le cap ! On demandait un jour à Mère Thérèsa ce qui devait changer dans l’Eglise et par où commencer ; et elle répondit tout de go : par toi et par moi.

Bien sûr, dans les évangiles, Jésus nous prêche souvent, comme ce matin, la prudence, la prévision : il y a les vierges folles et les vierges sages qui ont tout calculé pour accueillir l’époux à sa venue ; il y a le laboureur qui, prépare une bonne terre pour que le grain y tombe et porte du fruit. Mais à celui qui construit des greniers pour entasser son grain, Jésus dit «  tu es insensé »!

St Paul nous parle, lui, de la folie de la croix. Et Jésus nous dit aussi « avance en haute mer et jette tes filets ; même si nous lui disons que nous n’avons rien pris de toute la nuit », ou il dit au jeune homme riche « va vends tout ce que tu possèdes, laisse toutes tes sécurités, puis viens et suis-moi ». Là, aucune place pour la prévision : on va vers l’inconnu, tout comme le navire qui s’avance en haute mer.

Alors où est vraiment l’essentiel ?

Au-delà de l’orientation que nous avons voulu donner un jour à notre vie, il y a aussi l’imprévisible au fil des jours et des ans, et qui semble s’opposer à notre projet initial. Comment faire face ?

Benoît XVI et François nous apportent la réponse  « mets ta foi ».

Celle qui donne le courage de faire et refaire sans cesse un choix définitif, qui va à contre courant de la morale provisoire que nous ne connaissons que trop et qui veut jouir du moment présent et le rejette quand il est trop dur. « Oui, je me lèverai et j’irai vers mon père » dit le fils prodigue après avoir dilapidé tous ses biens. (Luc 15 :11-32)

Celle qui nourrit au contraire de celle qui remplit, ou celle qui au contraire d e l’argent reste toujours en nous et nous permet d’aller jusqu’au bout. « Travaillez pour acquérir la nourriture, non pas celle qui périt, mais celle qui subsiste pour la vie éternelle ». (Jn 6 :27)

Celle qui fait en nous une révolution qui nous décentre de nous-même et met Dieu à sa place et au centre de notre vie « Accueille-moi Seigneur selon ta parole et je vivrai, ne déçois pas mon attente » chantons-nous par 3 fois le jour de notre profession solennelle.(Ps 119 :116)

C’est probablement cela que Jésus veut nous dire quand il nous demande de donner congé à tous nos biens.

Mais alors, on peut se poser deux questions.

Si je donne congé à tous mes biens, si je dois rejeter toute ma famille ou toute ma lignée, que vais-je devenir ? En fait il y a derrière tout cela un appel à faire le vide pour que Dieu puisse trouver sa place en nous. Pour reprendre une image empruntée au Pape François, il nous faut trouver la simplicité : « les gens simples ont toujours un endroit où faire loger le mystère ». Dieu veut se faire emmener chez soi, veut réveiller en l’homme le désir de le garder dans sa vie, dans son cœur. Mais, nous le savons, c’est un Dieu jaloux, il veut toute la place.

Alors à ce moment-là nous prenons conscience que nous ne sommes plus seuls ; et que nous portons au fond de notre cœur celui qui peut nous aider à bâtir une tour inébranlable, ou à faire une paix durable avec l’ennemi.

Mais ce n’est pas facile d’en arriver là. Quel en est le chemin ? Jésus nous l’indique en nous demandant de porter notre croix.

Ne prenons pas cela en termes doloristes qui insinuent une souffrance recherchée ! Mais regardons plutôt la croix comme ce qu’elle est ; c’est-à-dire la manifestation d’un surplus d’amour qu’un homme a voulu donner un jour et qui nous appelle à notre tour à donner un surplus de force et d’amour dans l’oubli de nous-même pour accomplir sans hésitation le chemin que nous avons un jour décidé de tracer pour notre vie.