Aller au contenu. | Aller à la navigation

Outils personnels

Abbaye de Tamié
Navigation

Homélie TO 27

Frère Antoine
arcabas - tamié
Homélie pour le 27ème dimanche
du temps ordinaire

La puissance de la foi - L'humilité dans le service (Lc 17, 5-10)
Évangile de Jésus Christ selon saint Luc

Les Apôtres dirent au Seigneur : « Augmente en nous la foi ! » Le Seigneur répondit : « La foi, si vous en aviez gros comme une graine de moutarde, vous diriez au grand arbre que voici : 'Déracine-toi et va te planter dans la mer', et il vous obéirait. Lequel d'entre vous, quand son serviteur vient de labourer ou de garder les bêtes, lui dira à son retour des champs : 'Viens vite à table' ? Ne lui dira-t-il pas plutôt : 'Prépare-moi à dîner, mets-toi en tenue pour me servir, le temps que je mange et que je boive. Ensuite tu pourras manger et boire à ton tour.' Sera-t-il reconnaissant envers ce serviteur d'avoir exécuté ses ordres ? De même vous aussi, quand vous aurez fait tout ce que Dieu vous a commandé, dites-vous : 'Nous sommes des serviteurs quelconques : nous n'avons fait que notre devoir'. »

© AELF Paris - 1980

 Homélie

« Augmente en nous la foi » Ce sont les Apôtres, futurs responsables des communautés et responsables de la mission évangélique qui font cette demande à Jésus.  A quelle occasion font-ils cette demande ? Pour le savoir, Il faut lire les deux versets qui précèdent. Il est dit qu’il faut toujours pardonner à ceux qui nous ont offensés. La foi a à voir avec le pardon parce que, comme la foi, le pardon est humainement impossible. On ne pardonne que l’impardonnable, sinon il s’agit d’excuses. Un enfant rwandais a vu ses parents tués par un assassin d’une autre ethnie. Recueilli par des religieuses avec d’autres orphelins, il apprend au catéchisme que Jésus demande de toujours pardonner. Réaction : « Je veux bien lui pardonner ( à l’assassin ) mais après l’avoir tué ! ».

« Si vous aviez la foi » L’intérêt de mettre en rapport la foi et le pardon c’est de ne pas limiter la foi à des croyances. La foi n’est pas des idées, c’est notre vie vécue à la lumière de ce que Jésus nous dit et que nous ne pouvons vivre qu’avec la force de son Esprit. La foi c’est une confiance. En théorie, ou on fait confiance ou on ne fait pas confiance : pas de milieu. En fait, Jésus sait bien que nous lui faisons un peu confiance mais que celle-ci a des limites. D’où l’image inimaginable de l’arbre qui irait se planter dans la mer.( cf le chameau qui pourrait passer par le trou d’une aiguille). En fait, l’arbre c’est nous, avec nos racines profondes qui nous tiennent à la terre.. C’est nous qui refusons de penser autrement qu’en « terrestres »violents, jaloux, meurtriers… Et la parole de Jésus nous déplace, nous propose de voir les choses autrement, elle nous déracine de nos certitudes pour aller où ? dans la mer ! c’est-à-dire dans un milieu hostile où se trouve Léviatan et les forces du mal ! Cela veut dire quoi ? Que l’impossible humain est possible à Dieu. Que le « bien » est plus fort que le mal, que la vie est plus forte que la mort. Que les apôtres, futurs évangélisateurs seront envoyés en mission impossible humainement mais possible avec la force de l’Esprit de Jésus. « Sans moi, vous ne pouvez rien faire »  « et rien c’est rien ». (St Augustin)

« Nous sommes des serviteurs quelconques » Ce que Jésus demande à ses apôtres, donc aussi à nous, est humainement impossible : le pardon comme la foi sont des dons de Dieu. A Dieu rien n’est impossible mais nous… ? Il y a au moins trois raisons qui font de nous des incapables de mission divine:
1) Nous devons annoncer la Résurrection de Jésus, un Royaume dont nous ne sommes pas propriétaires et qui nous est accessible que sous forme de promesse. Or, nous ne savons pas très bien ce qu’est cette Résurrection et ce Royaume promis.
2) La réponse des gens à qui nous nous adressons nous échappe, nous nous adressons à leur liberté
3) Nous-mêmes sommes des pécheurs, individuellement et collectivement, des hommes de peu de foi, malhabiles. Nous portons un trésor dans des vases d’argile. Impossible de faire les malins. En résumé : annoncer l’évangile est une mission impossible sans le secours de l’Esprit de Dieu. Mais Dieu a besoin des hommes. Nous sommes des serviteurs quelconques mais des serviteurs incontournables. Disciples de Jésus, nous sommes comme des catalyseurs qui, en soi, ne peuvent rien faire mais dont la présence est indispensable pour que la réaction ait lieu. Les disciples ne doivent pas se prendre pour Dieu !

 En cette période de rentrée pastorale, les animateurs cherchent des collaborateurs pour le catéchisme, la préparation des baptêmes, de mariages, des sépultures… Souvent la réponse est de dire : « je ne suis pas capable ! ». C’est vrai ! Si nous sommes seuls ! Mais, en Église et avec la force de l’Esprit, nous pouvons être des catalyseurs qui permettent l’impossible : la foi et le pardon.