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Abbaye de Tamié
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Homélie TO 29

Par Frère Raffaele
arcabas - tamié
Homélie pour le 29ème dimanche
du temps ordinaire
Dimanche des Missions

1ère lecture : La prière persévérante de Moïse obtient la victoire (Ex 17, 8-13)
Lecture du livre de l'Exode

Le peuple d'Israël marchait à travers le désert.
Les Amalécites survinrent et attaquèrent Israël à Rephidim. Moïse dit alors à Josué : « Choisis des hommes, et va combattre les Amalécites. Moi, demain, je me tiendrai sur le sommet de la colline, le bâton de Dieu à la main. »
Josué fit ce que Moïse avait dit : il livra bataille aux Amalécites. Moïse, Aaron et Hour étaient montés au sommet de la colline. Quand Moïse tenait la main levée, Israël était le plus fort. Quand il la laissait retomber, Amalec était le plus fort. Mais les mains de Moïse s'alourdissaient ; on prit une pierre, on la plaça derrière lui, et il s'assit dessus. Aaron et Hour lui soutenaient les mains, l'un d'un côté, l'autre de l'autre. Ainsi les mains de Moïse demeurèrent levées jusqu'au coucher du soleil. Et Josué triompha des Amalécites au tranchant de l'épée.

Psaume : Ps 120, 1-2, 3-4, 5-6, 7-8
R/ Notre secours, c'est Dieu, le Maître du monde !

Je lève les yeux vers les montagnes :
d'où le secours me viendra-t-il ?
Le secours me viendra du Seigneur
qui a fait le ciel et la terre.

Qu'il empêche ton pied de glisser,
qu'il ne dorme pas, ton gardien. 
Non, il ne dort pas, ne sommeille pas,
le gardien d'Israël. 

Le Seigneur, ton gardien, le Seigneur, ton ombrage,
se tient près de toi. 
Le soleil, pendant le jour, ne pourra te frapper,
ni la lune, durant la nuit. 

Le Seigneur te gardera de tout mal,
il gardera ta vie. 
Le Seigneur te gardera, au départ et au retour,
maintenant, à jamais.

2ème lecture : Méditer l'Écriture pour proclamer la Parole (2Tm 3, 14-17; 4, 1-2)
Lecture de la seconde lettre de saint Paul Apôtre à Timothée

Fils bien-aimé, tu dois en rester à ce qu'on t'a enseigné : tu l'as reconnu comme vrai, sachant bien quels sont les maîtres qui te l'ont enseigné. Depuis ton plus jeune âge, tu connais les textes sacrés : ils ont le pouvoir de te communiquer la sagesse, celle qui conduit au salut par la foi que nous avons en Jésus Christ. Tous les textes de l'Écriture sont inspirés par Dieu ; celle-ci est utile pour enseigner, dénoncer le mal, redresser, éduquer dans la justice ; grâce à elle, l'homme de Dieu sera bien armé, il sera pourvu de tout ce qu'il faut pour faire un bon travail.
Devant Dieu, et devant le Christ Jésus qui doit juger les vivants et les morts, je te le demande solennellement, au nom de sa manifestation et de son Règne : proclame la Parole, interviens à temps et à contretemps, dénonce le mal, fais des reproches, encourage, mais avec une grande patience et avec le souci d'instruire.

 

Parabole de la veuve qui demandait justice (Lc 18, 1-8)

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc

Jésus dit une parabole pour montrer à ses disciples qu'il faut toujours prier sans se décourager : « Il y avait dans une ville un juge qui ne respectait pas Dieu et se moquait des hommes. Dans cette même ville, il y avait une veuve qui venait lui demander : 'Rends-moi justice contre mon adversaire.' Longtemps il refusa ; puis il se dit : 'Je ne respecte pas Dieu, et je me moque des hommes, mais cette femme commence à m'ennuyer : je vais lui rendre justice pour qu'elle ne vienne plus sans cesse me casser la tête.' »

Le Seigneur ajouta : « Écoutez bien ce que dit ce juge sans justice ! Dieu ne fera-t-il pas justice à ses élus, qui crient vers lui jour et nuit ? Est-ce qu'il les fait attendre ? Je vous le déclare : sans tarder, il leur fera justice. Mais le Fils de l'homme, quand il viendra, trouvera-t-il la foi sur terre ? »

© AELF - Paris 1980

Homélie


- Frères et soeurs, tout le monde sait qu'un problème crucial de nos jours est celui des sources d'énergie. D'une part, parce que les énergies à notre disposition sur la terre ne sont pas inépuisables ; d'autre part, parce qu'elles sont de diverses sortes : énergies propres ou polluantes, énergies qui préservent l'environnement ou, au contraire, qui présentent de sérieux risques de destruction. La catastrophe de la centrale nucléaire de Fukushima au Japon nous l'a cruellement rappelé. Par ailleurs, il ne suffit pas d'avoir une source d'énergie, il faut encore des installations qui permettent de l'exploiter et de s'en servir. Pour en venir à notre vie quotidienne, il faut un interrupteur, qui mette en communication l'installation avec le lieu où l'énergie est utilisée.

C'est pareil dans la vie spirituelle. Nous rencontrons tous des difficultés et des problèmes dans notre vie, nous avons besoin de lumière et de force, mais nous essayons de surmonter ces moments critiques par nos seules capacités ou bien nous perdons courage, sans penser que la connexion avec la centrale énergétique la plus puissante, c'est-à-dire la grâce divine, est toujours possible ; encore faut-il que j'allume l'interrupteur pour la rendre active et opérante, autrement dit, je dois prier.

Ce recours immédiat et confiant au Seigneur dans toute nécessité, tout danger, toute obscurité et toute peine, c'est bien cela l'interrupteur qui nous met en contact avec la source de la grâce. Saint Benoît, dans le prologue de sa Règle des moines, l'affirme en quelques mots percutants : « Quant à ce qui manque en nous aux forces de la nature, prions le Seigneur d'ordonner à sa grâce de nous prêter son aide. »

Jésus, dans l'évangile que nous venons d'entendre, nous invite à une prière qui ne se lasse pas, qui ne se décourage pas. Telle est la vraie prière. A moins que je rêve d'une prière magique qui déclencherait l'exaucement automatiquement, sur-le-champ, et à peu de frais. Mais lorsqu'il s'agit de prière vraie, Dieu demande qu'on y mette le prix. La parabole que Jésus nous raconte dans l'évangile est assez paradoxale : il s'agit d'un raisonnement a fortiori. Si même un juge sans justice, pour avoir la paix, se laisse fléchir par la prière instante d'une pauvre veuve, à plus forte raison, Dieu ne fera-t-il pas justice à ses élus, qui crient vers lui jour et nuit ? Mais justement, il faut que notre prière devienne ce cri, il faut qu'elle livre bataille avec Dieu, si l'on peut dire. Je me souviens de ce petit bout de femme, très énergique, me disant, d'une voix résolue, avec son bel accent de Marseille : « Ce soir, je vais discuter


avec Dieu d'homme à homme ! » Oui, la prière en vient jusqu'à lutter avec Dieu, comme Jacob, toute une nuit, lutta avec l'ange, dans le récit si beau du livre de la Genèse. Dieu attend cette lutte de l'homme avec Lui, cet affrontement entre la pauvreté de l'homme et sa grâce, parce qu'il désire ardemment se laisser vaincre par la prière de l'homme. Un grand poète chrétien, le plus grand de tous à mon sens, Dante, dans la Divine Comédie, l'exprime en des vers admirables, que je vous cite dans la belle traduction française de Jacqueline Risset :

Le royaume des cieux souffre violence

De grand amour et de vive espérance,

Qui vainquent la divine volonté ;

Non comme l'homme l'emporte sur l'homme,

Mais elle vainc, parce qu'elle veut être vaincue,

Et, vaincue, elle vainc par sa bénignité. (Par XX, 94-99)

Mais vous m'objecterez peut-être : c'est bien joli ce que vous nous dites là, cher frère, mais ce n'est pas toujours ainsi que ça se passe. Bien des fois nous avons prié, avec instance, avec confiance, en y mettant tout notre coeur, et, apparemment, nous n'avons pas été exaucés. Alors, à quoi bon continuer ?

Difficulté redoutable, et qui revient très souvent sur les lèvres de nos contemporains : le silence de Dieu et, par conséquent, la crise de la foi. D'où l'interrogation troublante de Jésus à la fin de cet évangile : « Le Fils de l'homme, quand il viendra, trouvera-t-il la foi sur la terre ? » Un de nos chants de Tamié, que j'aime beaucoup, fait écho à cette question, en disant : « L'attente est longue dans la nuit, Seigneur, / et le vent aigre de l'ennui / menace en nos coeurs la flamme ; / brillera-t-elle encore / pour éclaire ton visage, / quand tu frapperas à notre porte ? »

Qu'allons-nous répondre à cette question inquiétante de Jésus, frères et soeurs ? Le livre de l'Apocalypse nous offre une réponse, que nous pouvons faire nôtre ; une réponse qui est une prière, un cri, d'autant plus saisissant, d'autant plus émouvant que ce sont là les derniers mots du Nouveau Testament, et donc de la Bible tout entière :

L'Esprit et l'épouse disent : Viens !

Que celui qui entend dise : Viens !

Oui, je viens bientôt.

Amen, viens Seigneur Jésus ! (Ap 22, 17.20)

Frères et soeurs, répondons à la question de Jésus par ce cri de l'épouse, c'est-à-dire de l'Église, animée par l'Esprit : Viens, Seigneur Jésus !