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Abbaye de Tamié
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Homélie TO 30

Par Frère Antoine
arcabas - tamié
Homélie pour le 30ème dimanche
du temps ordinaire

Parabole du pharisien et du publicain (Lc 18, 9-14)

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc

Jésus dit une parabole pour certains hommes qui étaient convaincus d'être justes et qui méprisaient tous les autres : « Deux hommes montèrent au Temple pour prier. L'un était pharisien, et l'autre, publicain. Le pharisien se tenait là et priait en lui-même : 'Mon Dieu, je te rends grâce parce que je ne suis pas comme les autres hommes : voleurs, injustes, adultères, ou encore comme ce publicain. Je jeûne deux fois par semaine et je verse le dixième de tout ce que je gagne.' Le publicain, lui, se tenait à distance et n'osait même pas lever les yeux vers le ciel ; mais il se frappait la poitrine, en disant : 'Mon Dieu, prends pitié du pécheur que je suis !' Quand ce dernier rentra chez lui, c'est lui, je vous le déclare, qui était devenu juste, et non pas l'autre. Qui s'élève sera abaissé ; qui s'abaisse sera élevé. »

©AELF - Paris 1980

 Homélie

L’évangile de dimanche dernier se terminait par une interrogation pessimiste de Jésus : «  quand  le Fils de l’homme viendra, trouvera- t-il la foi sur terre ? ». La «  foi », pas la « religion ». L’évangile d’aujourd’hui, qui suit immédiatement celui de dimanche dernier, nous  permet de faire la distinction

 FOI et RELIGION - Un bon chrétien arrive aux portes du paradis. Il est accueilli par st Pierre qui lui dit qu’avant d’entrer il doit passer un petit examen et qu’il doit  totaliser cent  points.  Question : Qu’avez-vous  fait de bien dans  votre vie ? Réponse : « J’ai fait ma communion…, je me suis marié à l’église…, je suis allé à la messe le dimanche…, j’ai fait un pèlerinage à Lourdes… » Total : « deux points » ! «  Pas plus ? Je n’entrerai jamais ! Je n’ai plus qu’à me confier à la miséricorde de Dieu ! » - « Bravo, Jackpot ! dit st Pierre, cent points ! Vous  pouvez entrer. »  Cette histoire est probablement inspirée  par  la parabole d’aujourd’hui. Elle est caricaturale mais, comme la parabole (qui, elle est inspirée par l’Esprit Saint) elle met l’accent sur la foi, la confiance en Jésus, en ses paroles et promesses de miséricorde divine. Elle fait ressortir que la foi chrétienne n’est pas d’abord une morale, une Loi, une religion mais une relation  confiante avec Quelqu’un qui nous connaît et qui nous aime. Il n’y a pas de foi sans religion mais il y a des actes religieux sans  foi. Ainsi retrouvons-nous  l’exemple du pharisien et du publicain. Tous deux sont  montés au Temple pour prier mais leur attitude profonde  est très différente. Le pharisien n’a pas besoin d’être sauvé  (« devenu juste » dans le texte liturgique), l’autre oui. Pourtant Jésus ne dit pas que les actes du pharisien sont mauvais ou n’ont pas de valeur ni que les péchés du publicain ne sont pas de vrais péchés mais il s’intéresse, en priorité, à ce que la Bible appelle « le cœur de l’homme » et son rapport à Dieu, à l’importance décisive de ne pas compter sur nos mérites personnels mais sur la grâce de Dieu manifestée en Jésus.

Nous sommes tous, pharisiens  et publicains. Pharisiens nous le sommes car nous pouvons tous afficher des comportements et des réussites honorables. Heureusement !  Publicains nous le sommes aussi,  quand nous reconnaissons nos faiblesses, en particulier notre incapacité d’aimer nos frères mais nous avons recours à un Autre pour demander miséricorde. Un exemple concret, en citant quelques phrases d’une lettre reçue récemment (j’ai demandé l’autorisation à l’auteur !). « Que te dire depuis les jours à Tamié qui ont illuminé mon été ? J’étais venue avec le cœur un peu confus, à la croisée des chemins, sans trop savoir au fond ce que je voulais ni ce que je cherchais. J’ai pourtant trouvé, à profusion, l’abondance de la Grâce silencieuse qui pleut sur nos terres asséchées et fait venir les pousses. J’ai simplement ouvert la porte, laissé venir, et, c’est vrai, l’Orient de la Parole m’a cueillie au vol. J’ai tout aimé ! ma chambre protectrice et vaste, le silence partout comme un ange qui passe, la joie des gens de passage, le Notre Père devant l’autel avec vous, sentinelles humbles et penchées, chantantes, serviables et attentives à notre bien être, le paysage qui s’ouvre sur le ciel et nous parle de Dieu, j’ai fait la paix… ». Voilà la foi : « ouvrir sa porte à la grâce, laisser venir... » Quelqu’un…. « Voici que je me tiens à la porte et je frappe. »  (Ap 3, 20)

Quelle Bonne Nouvelle nous est révélée dans cette parabole ? Celle que le pape François résumait en affirmant : «  j’ai une conviction dogmatique : chaque homme est aimé de Dieu ».Dieu ne se barricade pas derrière les portes d’un ciel imaginaire avec St Pierre comme douanier, la porte est de notre côté, nous sommes la demeure de Dieu. « Si quelqu’un m’aime, il observera ma parole, Mon Père  l’aimera , nous viendrons à lui et nous ferons notre demeure en lui »  Jean 14,23. En fin de compte, la foi n’est rien d’autre que d’ouvrir notre porte avec confiance et de laisser Dieu entrer.