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Homélies de Pâques

Par dom Ginepro
il est ressuscité !
Ne cherchez pas parmi les morts
Celui qui est Vivant !


Terre cuite de Fr. Antoine Gélineau

Jour de Pâques

Le tombeau vide et la foi des Apôtres (Jn 20, 1-9)
Évangile de Jésus Christ selon saint Jean
Le premier jour de la semaine, Marie Madeleine se rend au tombeau de grand matin, alors qu'il fait encore sombre. Elle voit que la pierre a été enlevée du tombeau. Elle court donc trouver Simon-Pierre et l'autre disciple, celui que Jésus aimait, et elle leur dit : « On a enlevé le Seigneur de son tombeau, et nous ne savons pas où on l'a mis. »
Pierre partit donc avec l'autre disciple pour se rendre au tombeau. Ils couraient tous les deux ensemble, mais l'autre disciple courut plus vite que Pierre et arriva le premier au tombeau. En se penchant, il voit que le linceul est resté là ; cependant il n'entre pas. Simon-Pierre, qui le suivait, arrive à son tour. Il entre dans le tombeau, et il regarde le linceul resté là et le linge qui avait recouvert la tête, non pas posé avec le linceul, mais roulé à part à sa place. C'est alors qu'entra l'autre disciple, lui qui était arrivé le premier au tombeau. Il vit, et il crut.
Jusque-là, en effet, les disciples n'avaient pas vu que, d'après l'Écriture, il fallait que Jésus ressuscite d'entre les morts.

 Homélie

Il y a beaucoup de mouvement, beaucoup d'empressement dans cette page d'Evangile. Dans une ambiance sombre où la nuit domine encore sur le jour, des personnes courent ; même, se précipitent : on sort, on rentre, on repart en courant... On court. Mais, est-ce que ça vaut vraiment la peine de courir ? Question saugrenue, direz-vous !

Je la pose tout de même, car il se trouve que nous aussi, nous courons beaucoup, et de plus en plus. Qu'en dite-vous ? Cette civilisation qui nous porte (et que nous formons) n'arrête pas, dans toutes ses composantes, d'augmenter les rythmes, de mettre la pression : les communications, le TGV, notre travail, la circulation, les avions, les rapports humains... Surtout il faut faire vite ! Plus vite, plus vite, Messieurs-Dames !

Tout s'enchaîne à une vitesse de plus en plus frénétique. Il ne faut pas « PERDRE SON TEMPS ». On nous dit que, de telle manière, « ON GAGNERAIT DU TEMPS». Ah ! D'abord : qu'est-ce que cela signifie « gagner du temps » ? Il serait utile de se poser la question. D'autre part, il ne faudrait pas que ce temps supposé gagné soit ensuite employé pour... trouver le moyen d'aller, après encore plus vite ! Et pourtant telle est, aujourd'hui, l'impression que l'on a. Notre société, notre milieu de vie nous entraîne, nous pousse, nous tiraille, nous impose la mesure : impossible d'y résister ! Car, disons-nous, si nous faisons résistance, nous risquons d'être renversés. Et, le pire, c'est que cela n'est pas faux.

Ne croyez-vous pas qu'il faudrait avoir le courage de s'arrêter, de se poser autrement, de souffler, pour réfléchir, pour essayer de comprendre et... pour ne pas s'éloigner du chemin qui nous mène dans la bonne direction ? Je cite (sans contrôler ma source) un aphorisme de l'écrivain autrichien Arthur Schnitzler qui disait à peu près cela : « Mais où cours-tu ? Ne vois-tu pas que tu vas dans le sens opposé à ce que tu cherches et donc, que tu t'éloignes encore plus rapidement, de ton but ? ». Cette frénésie, cet emballement nous enlève souvent la lucidité nécessaire pour y voir clair et notre action désordonnée nous entraîne ailleurs.

Donc, frères et soeurs, la question : « courons-nous dans le bon sens ? » n'est pas superflue. Et il y a, c'est vrai, une mauvaise agitation, un mauvais empressement.

Mais, il y en a aussi un bon. 'Je me dis qu'il faut absolument trouver le moyen, tout d'abord, de réfléchir sur nos choix de fond, pour, ensuite, se hâter, s'il le faut, pour faire des bons choix.

Dans notre page d’évangile, nous retrouvons les apôtres, enfermés, dans l'impasse ; plutôt « sonnés » (passez-moi le terme), terrassés par ce qui venait de leur arriver. Il faut dire qu'à leur place nous n'aurions pas su faire autrement ! Et la nouvelle apportée par Marie Madeleine, encore assez énigmatique, les oblige à se mobiliser, à se hâter, à courir, oui, à courir pour voir, pour comprendre un peu plus.

Ont-ils donc déjà perçu, soupçonné ? Non, à l'évidence : D'ailleurs, l'événement est tellement au delà de toute attente, tellement impensable, qu'il leur a fallu du temps pour entrer dans cette nouvelle perspective. Ressusciter des morts ? « ... sur cette question nous t'entendrons la prochaine fois », disent à Paul les philosophes athéniens de l'Aréopage.

Mais, cette course de Pierre et de Jean nous révèle déjà une lueur dans les ténèbres : l'énergie nécessaire pour les dynamiser d'où vient-elle ? Et cette affirmation qui fait référence à Jean, au bout de la course : « Il vit et il crut » ne supposait-elle pas une espérance emprisonnée, un énorme désir enfermé quelque part ? Nous portons en nous ce désir puissant de VIE : la mort, bien que tragique, absurde, n'est donc pas définitive ! Nous le savons, maintenant.

Telle est notre joie en ce matin de Pâques. Cette course, cette « bonne course » vers le sépulcre vide nous entraîne vers celui que nous attendions depuis toujours, sans trop oser y croire.

Saint Paul, dans la Lettre aux Philippiens, utilise, lui aussi, la métaphore de la course : « je poursuis ma course pour tâcher de saisir, ayant été moi-même saisi par le Christ Jésus».

Que le Christ soit vraiment ressuscité, cela nous regarde tous : les apôtres, les femmes du récit et... nous, nous qui sommes ici pour entendre la proclamation de cet évangile, pour être confortés dans notre foi et pour pouvoir ensuite la transmettre aux autres...

La voilà la bonne nouvelle pour nous, frères et soeurs: le Christ est Ressuscité ! Oui, il est vraiment ressuscité !
                                          Alors courons !

 Nuit de Pâques

Le tombeau vide et la foi des Apôtres (Jn 20, 1-9)
Évangile de Jésus Christ selon saint Jean

Le premier jour de la semaine, Marie Madeleine se rend au tombeau de grand matin, alors qu'il fait encore sombre. Elle voit que la pierre a été enlevée du tombeau. Elle court donc trouver Simon-Pierre et l'autre disciple, celui que Jésus aimait, et elle leur dit : « On a enlevé le Seigneur de son tombeau, et nous ne savons pas où on l'a mis. »
Pierre partit donc avec l'autre disciple pour se rendre au tombeau.
Ils couraient tous les deux ensemble, mais l'autre disciple courut plus vite que Pierre et arriva le premier au tombeau. En se penchant, il voit que le linceul est resté là ; cependant il n'entre pas. Simon-Pierre, qui le suivait, arrive à son tour. Il entre dans le tombeau, et il regarde le linceul resté là, et le linge qui avait recouvert la tête, non pas posé avec le linceul, mais roulé à part à sa place.
C'est alors qu'entra l'autre disciple, lui qui était arrivé le premier au tombeau. Il vit, et il crut. Jusque-là, en effet, les disciples n'avaient pas vu que, d'après l'Écriture, il fallait que Jésus ressuscite d'entre les morts.

 Homélie de la veillée pascale

Homélie nuit de Pâques 2013.

 

Christ est Ressuscité. Pourquoi cette nouvelle serait-elle d'importance capitale pour chacun de nous ?

Je dis « pour nous » qui sommes ici, cette nuit et, aussi, pour les autres qui ne sont pas là mais qui cherchent, ailleurs, confusément, peut-être, le sens de leur vie...

En disant que Jésus, le Christ, est ressuscité, cela me fait penser d'abord à la mort. Il se peut que vous ne trouviez pas cette pensée très gaie, surtout une nuit de Pâques. Mais pour moi elle s'impose, elle est évidente : pour chacun de nous, grands et petits, la mort  est l'obstacle, l'échec infranchissable de chacune de nos vies.

Sur cette évidence on peut bien glisser, détourner son attention, ou encore passer rapidement, afficher un manque d'intérêt, la renvoyer à une autre fois (c'est ce qu'on fait d'habitude). Mais nous ne pouvons pas indéfiniment tricher. Non, qu'on le veuille ou non, cette dure réalité nous accompagne d'un bout à l'autre de notre vie. Tous. Tous, les moins jeunes d'abord, mais aussi, les plus jeunes. La découverte de ce tombeau vide, de cet espace béant, ouvre donc, pour nous aussi, une fenêtre là où l'horizon était indéniablement bouché.

Devant ces femmes qui, courageusement, s'aventurent dans la nuit pour accomplir, bien plus qu'un rite funéraire, ce qui semble plutôt être un acte d'affection, d'amour et aussi un cri vers le ciel, devant elles s'ouvre une page absolument inédite. Et pas seulement pour elles.

J'ai parlé de rite. Le fait d'aller au sépulcre n'était-ce pas davantage une manière d'atténuer une angoisse inexprimable, sans borne. Qu'en dites-vous ? La perte définitive d'un être cher. Que dire, comment faire face à la mort d'une personne aimée ? Quelle réponse peut-on se donner ? Vous le savez aussi bien que moi : aucune. Aucune. Il n'y a pas de réponse possible.

Et voilà l'inattendu, l'inouï. On leur dit : « Celui que vous cherchez n'est pas ici, dans son tombeau, parmi les morts. Non, il est vivant ! IL EST VIVANT ! ». Cela veut dire quoi : « il est vivant ? ». Qu'il est revenu à la vie ? Non, beaucoup plus que cela : qu'il est entré dans une vie nouvelle.

Cette bouleversante, surprenante nouvelle (que les femmes, tout de suite n'ont pas pu comprendre à fond) ne sort pas du néant, comme un coup de foudre, bien qu'insoupçonnable, elle s'inscrit dans un parcours complexe, qui vient de loin; c'est l'aboutissement d'un long, très long cheminement humain et divin, un chemin d'alliance, que nous appelons : histoire du salut. Une histoire chargée d'espérance, d'échecs, de trahisons et de pardons. Une histoire que la belle liturgie de cette nuit nous a aidés à reconsidérer, actualiser, revivre. Tous ces signes, ces symboles nous aident à comprendre à quel point nous y sommes impliqués. Car dans cette histoire du salut nous y sommes !

C'est vrai, à nous aussi, il nous faut du temps pour comprendre : la nouvelle est tellement bouleversante que nous avons, forcement, du mal à y croire. Comme pour les Apôtres, ces propos des femmes qui reviennent avec leur étrange annonce nous semblent délirants (c'est le mot même de l'évangile): beaucoup trop beaux, n'est-ce pas, pour être crus ; au premier abord nous les estimons invraisemblables. Et effectivement, si la foi ne venait pas nous éclairer, comment pourrions-nous les accepter, les recevoir. Comment pourrions-nous y croire ?

Mais voilà que l'espérance nous conduit au-delà du doute, de la déception et de la peur. Bien au-delà de nos horizons limités, de nos impasses, de nos déceptions, l'espérance nous pousse ; elle est plus grande, plus forte que nos résistances, que nos doutes. L'apôtre Pierre nous entraîne et, avec lui nous courons au tombeau. Pierre constate, nous dit le texte de Luc, que le tombeau est vide. VIDE ! Le corps du mort n'est plus là. Et pourtant c'est bien là qu'on l'avait mis ! Il voit le linceul qui enveloppait le corps de Jésus, plié, à part. Donc on n'est pas venu prendre, voler son corps.

Croit-il aussitôt ? Non, Le texte nous le fait comprendre. Il nous dit : « Il s'en retourna chez lui tout étonné de ce qui était arrivé ». Étonné. Point.

Nous le savons par expérience : long est le chemin de la foi ! Toutefois, une lueur grandit en lui, tout comme cette aube qui est radicalement différente des autres qui l'ont précédée.

Mes propos ont commencé par une question : en quoi la résurrection du Christ serait-elle importante pour chacun de nous ? Maintenant nous allons rentrer chacun chez soi. J'aimerais vous poser une autre question encore, pour que vous l'emportiez avec vous ; une question qui est en étroite relation avec notre foi : de même que pour les femmes et pour l’Apôtre Pierre que nous avons vécu, vu et entendu en cette nuit, comment pourrions-nous le TÉMOIGNER, le VIVRE dans notre quotidien ? C'est à chacun de nous, de vous, de répondre.

À chacun de nous dans l'action, le témoignage de notre vie.