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Immaculée Conception de Marie

Par Frère Raffaele
vierge visage - arcabas
Fête de Marie
en sa Conception immaculée

« Dieu vit que cela était beau. » Frères et soeurs, par ces mots l'auteur du livre de la Genèse exprime l'émerveillement de Dieu devant sa création. Et le sommet de cette oeuvre de Dieu c'est la création de l'homme et de la femme à son image et à sa ressemblance : l'homme, la femme, reflets de la beauté divine, destinés à faire la joie de leur Créateur. Hélas, la beauté de la créature humaine, qui consiste surtout dans sa liberté, la liberté de répondre à l'amour divin, est une beauté fragile, menacée. La première lecture nous a rappelé le drame des origines : au lieu de faire confiance à la Parole de Dieu, la femme a fait confiance à une autre parole, qui lui suggérait qu'elle-même et son homme n'étaient qu'un jouet entre les mains d'un Dieu jaloux de sa toute-puissance. D'où l'immense déception de Dieu en quête de sa créature égarée : « Adam, où es-tu ? » Le péché a défiguré la beauté de son chef-d'oeuvre, sans pour autant réussir à la détruire entièrement : comme disaient avec beaucoup de finesse les Pères de l'Église, la ressemblance divine en l'homme a été ternie, mais l'image demeure toujours, indélébile.

« Je suis noire et pourtant belle », déclare l'épouse du Cantique des cantiques, symbole de l'humanité, et surtout de cette portion d'humanité, le peuple d'Israël, que Dieu s'est choisie en vue de restaurer son oeuvre : noire à cause de mon péché, mais belle parce que Dieu m'aime toujours et qu'il a sur moi des pensées de paix et de salut. Oui, la sagesse de Dieu est polupoikilos, comme dit st Paul dans la lettre aux Éphésiens 3, 10 ; ce mot grec signifie « bigarrée, chatoyante », aux multiples couleurs, autrement dit, aux multiples trouvailles. Pour rendre à sa créature sa beauté originelle, et même une nouvelle beauté encore plus éblouissante, du jamais vu, Dieu a eu une trouvaille incroyable, digne de lui : il s'est fait lui-même homme. Le Christ est cet homme dont Dieu avait rêvé au moment de sa création, cet homme capable de donner à son amour une réponse pleine, totale et définitive : l'homme qui se reconnaît comme son fils bien-aimé et s'abandonne à lui. Mais, tout comme aux origines, « il n'est pas bon que l'homme soit seul », car il ne saurait pas accomplir à lui seul le salut de l'humanité sans la collaboration de la femme : « Il faut que je lui fasse une aide qui lui soit assortie », avait dit Dieu lors de la création. Aux origines, la femme n'avait pas fait confiance à la Parole de Dieu. Maintenant, pour que Dieu puisse réaliser son dessein de salut, il faut qu'une femme lui fasse confiance, qu'elle accepte d'être la collaboratrice de son plan. « Marie dit alors : Voici la servante du Seigneur : que tout se passe pour moi selon ta parole. » Cet acte de confiance plein, total et définitif efface l'acte de défiance des origines. « Le noeud de la désobéissance d'Ève a été dénoué par l'obéissance de Marie », a écrit S. Irénée, le disciple de S. Jean l'Évangéliste. Avec Marie, nouvelle Ève, c'est quelque chose de tout à fait neuf qui commence, quelque chose d'encore plus beau que la première création : une nouvelle genèse, une nouvelle alliance entre Dieu et l'humanité. En contemplant Marie, Dieu peut à nouveau s'exclamer, comme l'Époux du Cantique des cantiques : « Tu es toute belle, ma bien-aimée, et sans tâche aucune » ; Marie plus jeune que le péché, Marie rachetée par la Croix du Christ d'une façon plus sublime, en raison de sa place unique dans l'histoire du salut, comme le proclama le pape Pie IX en 1854, en se faisant le porte-parole de toute l'Église. Car elle devait être la terre vierge et intacte d'où serait tiré le nouvel Adam, Jésus, le plus beau des enfants des hommes, la fleur sans pareille éclose sur l'antique tige de Jessé.

Frères et soeurs, Dieu nous appelle aussi, chacun de nous, à faire le même acte de confiance que Marie en son amour sauveur et rédempteur. « Dieu nous a d'avance destinés à devenir pour lui des fils par Jésus Christ pour que nous soyons, dans l'amour, saints et irréprochables sous son regard », nous disait S. Paul. Puissions-nous ne pas décevoir cette attente divine, par la grâce du Christ et l'intercession de la Vierge Marie.

Amen.