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Homélie Avent 2

Par Frère Patrice
2 cierges
Homélie pour le 2ème dimanche de l'Avent

Jean Baptiste annonce que le Messie vient juger le monde
Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu

En ces jours-là, paraît Jean le Baptiste, qui proclame dans le désert de Judée : «Convertissez-vous, car le Royaume des cieux est tout proche ». Jean est celui que désignait la parole transmise par le prophète Isaïe : À travers le désert, une voix crie : Préparez le chemin du Seigneur, aplanissez sa route.

Jean portait un vêtement de poils de chameau, et une ceinture de cuir autour des reins ; il se nourrissait de sauterelles et de miel sauvage.

Alors Jérusalem, toute la Judée et toute la région du Jourdain venaient à lui et ils se faisaient baptiser par lui dans le Jourdain en reconnaissant leurs péchés.
Voyant des pharisiens et des sadducéens venir en grand nombre à ce baptême, il leur dit : « Engeance de vipères ! Qui vous a appris à fuir la colère qui vient ? Produisez donc un fruit qui exprime votre conversion, et n'allez pas dire en vous-mêmes : 'Nous avons Abraham pour père' ; car, je vous le dis : avec les pierres que voici, Dieu peut faire surgir des enfants à Abraham. Déjà la cognée se trouve à la racine des arbres : tout arbre qui ne produit pas de bons fruits va être coupé et jeté au feu. Moi, je vous baptise dans l'eau, pour vous amener à la conversion. Mais celui qui vient derrière moi est plus fort que moi, et je ne suis pas digne de lui retirer ses sandales. Lui vous baptisera dans l'Esprit Saint et dans le feu ; il tient la pelle à vanner dans sa main, il va nettoyer son aire à battre le blé, et il amassera le grain dans son grenier. Quant à la paille, il la brûlera dans un feu qui ne s'éteint pas. »

© AELF Paris 1980

Homélie

Quoi de plus normal en ce temps de l’Avent que de nous demander de préparer nos cœurs à rencontrer Jésus. Mais l’évangile de ce jour nous y prépare d’une façon un peu singulière car il est centré sur le baptême… et la majorité d’entre nous est déjà baptisée !

Mais on a beau être déjà baptisé, être déjà marié, avoir déjà fait des vœux monastiques, il y a toujours quelque chose à changer dans nos vies si nous ne voulons pas nous scléroser !

Tout se joue dans cette réflexion que font les Pharisiens et les docteurs de la loi « nous avons Abraham pour père ». Ils viennent se faire baptiser, mais ils ne veulent rien changer à leur mode de vie : ils n’en ont pas besoin, selon eux. Ah, le beau prétexte ! Comme dans tout groupe humain, il y a toujours la multitude qui, bon an mal an, se plie à ce qui lui est proposé. Et puis il y a le groupe des « fortes têtes » qui renâclent, qui argutient, qui se débattent. Et c’est à eux que Jean-Baptiste veut s’adresser.

Arrêtez de jouer la comédie leur dit-il. Tous les autres viennent se faire baptiser et reconnaissent humblement leurs péchés et donc le chemin à faire pour se convertir ; et vous, vous ne voulez pas. Vous vous réfugiez derrière un faux prétexte : « nous avons Abraham pour père ». Un peu comme beaucoup dans notre monde actuel qui, face aux réels problèmes existentiels, se réfugient plus ou moins inconsciemment, derrière un certain nombre de prétextes pour ne pas les affronter avec courage : nous avons la technique pour nous, nous avons des assurances de toutes parts, nous avons notre petit cercle d’amis, nous avons notre individualisme bien augmenté et concocté grâce à internet. Bref nous avons tout pour nous passer de Dieu, pour nous éviter de nous convertir.

A ceux-là Jean Baptiste pourrait bien dire : vraiment vous ne voulez pas vous convertir, vous êtes tout comme le jeune homme riche à qui Jésus proposait la voie de la conversion et qui recule devant l’obstacle, tout comme Élisée qui dans un premier élan refuse de suivre le prophète Elie, tout comme celui qui a la main à la charrue et qui regarde à l’arrière. Notez qu’à tous ceux-là l’appel à changer se fait dans une grande simplicité, laissant à l’autre tout loisir d’accepter ou de continuer son chemin.

Vous ne voulez pas vous convertir, car vous ne voulez pas regarder au fond de votre cœur, là où est l’essentiel de vos vies et que vous avez enfoui sous une profonde couche de terre (alors qu’un simple effort de votre part suffit à la déblayer, et c’est peut-être en cela que consiste la conversion !). Car le vrai Dieu nous est caché tant que nous sommes cachés à nous-mêmes.

Vous ne pouvez pas vivre le rapport à Dieu dans la liberté et c’est pourquoi le langage de Jean Baptiste est au diapason de votre conscience pleine de crainte et de peur.

Arrêtez de jouer la comédie car elle vous empêche d’accueillir la naissance de Dieu en vous. Or c’est là aussi tout le message de Noël auquel nous nous préparons : Dieu veut prendre naissance en nous.

Aussi il ne s’agit pas de savoir si vous êtes de fils d’Abraham : il y en a des milliers et des millions comme vous. Il s’agit de savoir si vous voulez maintenant donner naissance à Dieu en vous et de devenir ses fils. Or le baptême de Jean est cela même : donner naissance à Dieu en nous, faire place à l’Autre. Car la conversion c’est cela aussi ; c’est accepter une rencontre avec le Christ qui doit changer notre vie. Et pour concrétiser ce changement il faut accepter que soit brûlé en nous tout ce qui parasite la rencontre, tous ces fruits mauvais issus de notre arbre et qui ne sont bons qu’à être coupés et brûlés, toutes ces bales mélangées au bon grain qui est en nous. Vous connaissez peut-être cette phrase célèbre prononcée par l’évêque saint Rémy qui baptisa Clovis « Courbe la tête, fier Sicambre, brûle ce que tu as adoré, adore ce que tu as brûlé » !

Alors en fait il convient aux pharisiens et aux sadducéens de tirer la conclusion logique de leur appartenance à la lignée d’Abraham. Abraham, le Père des croyants, celui-là même qui entendit Dieu lui dire « sors de ton pays, quitte ta parenté, la maison de ton père, pour venir au lieu que je montrerai ». Abraham qui a entendu la parole de Dieu « marche en ma présence et sois parfait » et qui est parti pour une nouvelle vie.