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Homélie Baptême de Jésus

Par Frère Raffaele
bouquet
Homélie pour la fête du Baptême du Seigneur

(Mt 3, 13-17)

Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu
Jésus, arrivant de Galilée, paraît sur les bords du Jourdain, et il vient à Jean pour se faire baptiser par lui. Jean voulait l'en empêcher et disait : « C'est moi qui ai besoin de me faire baptiser par toi, et c'est toi qui viens à moi ! » Mais Jésus lui répondit : « Pour le moment, laisse-moi faire ; c'est de cette façon que nous devons accomplir parfaitement ce qui est juste. » Alors Jean le laisse faire.
Dès que Jésus fut baptisé, il sortit de l'eau ; voici que les cieux s'ouvrirent, et il vit l'Esprit de Dieu descendre comme une colombe et venir sur lui.
Et des cieux, une voix disait : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé ; en lui j'ai mis tout mon amour. »

© AELF Paris 1980

 Homélie

Frères et soeurs, une fois une personne qui découvrait la foi chrétienne et qui cheminait vers le baptême m'a posé une question à propos du baptême de Jésus. Les nouveaux convertis, vous le savez bien, ont l'art de poser des questions déroutantes dans leur simplicité et  leur fraîcheur ; des questions que nous, chrétiens de vieille date, ne nous posons plus peut-être, parce que l'habitude nous a ôté la capacité de nous étonner. Voici la question : pourquoi le Christ a-t-il voulu être baptisé ? Quel besoin en avait-il, lui, l'homme sans péché ?

Question tout-à-fait pertinente ; elle affleure aussi dans l'évangile, à travers les protestations de Jean Baptiste : « C'est moi qui ai besoin de me faire baptiser par toi, et c'est toi qui viens à moi ! » Mais oui, c'est le monde à l'envers !

Qu'auriez-vous répondu à cette question ? Pour ma part, après réflexion, je suis arrivé à la conclusion qu'il y a plusieurs réponses possibles. J'ai suivi la méthode des Pères de l'Église, ces grands saints des premiers siècles du christianisme, qui aimaient expliquer la Bible par la Bible. Eux, qui connaissaient la Bible presque par coeur, étaient passés maîtres dans l'art de découvrir des correspondances, des harmonies secrètes entre l'Ancien et le Nouveau Testament. Ainsi, ce passage du baptême de Jésus en évoque un autre de l'Ancien Testament, et les deux passages s'éclairent mutuellement grâce à ce rapprochement.

Mais je ne vous dirai pas tout de suite quel est ce passage de l'Ancien Testament. Regardons d'abord attentivement les éléments de cette scène du baptême de Jésus, comme s'il s'agissait d'un tableau ou d'une icône. Le Christ plonge dans le fleuve, les cieux s'ouvrent, l'Esprit descend et plane sur cet homme qui émerge des eaux, la voix du Père retentit. Tout cela n'évoque-t-il pas une autre page de la Bible ? Mais oui, bien sûr ; et justement, la première page de la Bible, au livre de la Genèse. Là aussi, aux origines du monde, l'Esprit de Dieu plane sur les eaux primordiales, d'où vont émerger la terre et ensuite le premier homme, appelés à l'existence par la voix créatrice de Dieu. Là aussi, Dieu communique à l'homme son souffle, son Esprit, comme une semence de vie qui aurait dû germer et faire grandir l'homme jusqu'à sa taille parfaite de fils de Dieu.

Hélas, nous connaissons la suite de l'histoire : l'homme a péché, il a perdu l'Esprit qui le rendait enfant de Dieu. D'où la phrase terrible du livre de la Genèse : « Désormais l'Esprit de Dieu n'a plus de demeure permanente parmi les hommes. » (Gn 6, 3) Or, si l'Esprit est absent, toute relation avec Dieu devient impossible, les cieux se ferment. L'homme est condamné à la sécheresse et à la soif. De là vient la supplication qui parcourt tout l'Ancien Testament et se concentre dans le cri du prophète Isaïe : « Ah ! si tu déchirais les cieux et si tu descendais ! » (Is 63, 19) Eh bien, la fête que nous célébrons aujourd'hui nous montre la réponse de Dieu au cri de l'humanité assoiffée. Cette réponse, c'est le Christ.

Dans le Christ, Dieu vient lui-même reprendre en main sa création déchue. Bien sûr, le Christ n'avait pas besoin d'être baptisé, lui qui est sans péché. Mais, en plongeant dans le Jourdain avec les hommes qui demandaient un baptême de pénitence, Jésus se fait solidaire de notre humanité pécheresse. Et sa descente dans les eaux du fleuve annonce déjà, de façon prophétique, une autre descente, bien plus redoutable : sa descente dans les profondeurs de la mort et des enfers pour délivrer l'humanité captive.

Voilà le sens du mystère que nous célébrons aujourd'hui. Le baptême du Christ signifie la nouvelle création du monde et de l'homme. C'est une nouvelle genèse, une renaissance. Les cieux fermés par le péché s'ouvrent et l'Esprit, exilé de l'humanité, se repose à nouveau sur cet homme, le Christ, nouvel Adam, et sur ces eaux qui vont devenir des sources vivifiantes. Un univers renouvelé, rajeuni, sanctifié, émerge avec le Christ des eaux du Jourdain. Dans le Christ, l'homme redevient fils de Dieu. C'est à chacun de nous que Dieu dit désormais : « Tu es mon fils bien-aimé ; en toi j'ai mis tout mon amour. » Mais l'histoire ne s'arrête pas là. L'effusion de l'Esprit commencée au baptême s'achève sur la Croix où le Christ exhale son souffle, et l'eau jaillie du côté transpercé de Jésus devient ce fleuve d'eau vive où nous sommes plongés le jour de notre baptême, lorsque l'Esprit descend aussi sur nous, murmure à nouveau dans nos coeurs le nom du Père et fait de notre corps son temple.

Voilà, frères et soeurs, la joyeuse nouvelle que nous annonce la fête de ce jour. Elle nous engage aussi à revenir aux sources vives de notre baptême pour y puiser des forces neuves, une nouvelle jeunesse spirituelle. Comme le disait de si belle façon un Père de l'Église que j'aime beaucoup, S. Clément d'Alexandrie : « Toute notre vie est un printemps, parce que nous avons en nous la Vérité qui ne vieillit pas, et que cette Vérité irrigue toute notre vie. »