Aller au contenu. | Aller à la navigation

Outils personnels

Abbaye de Tamié
Navigation

Homélie Marie Mère de Dieu

Par dom Ginepro abbé
arcabas - vierge à l’enfant
Homélie pour la fête de Marie Mère de Dieu
1er janvier 2014


« Que le Seigneur tourne vers nous son visage,
qu’il nous apporte la Paix ! ».

Tels sont les vœux que la Parole de Dieu (que Dieu lui-même) nous adresse dans la liturgie, ce matin, premier jour de l’année 2014.

Vous remarquez qu’il est d’abord question de VISAGE. Il est vrai que, en y réfléchissant, si le visage d’une personne qu’on aime, surtout son regard, nous réjouit, ce visage, ce regard nous remet aussi en question et nous déstabilise. Vous ne trouvez pas ? Plus : un visage peut littéralement bouleverser notre vie ; au point qu’il peut aussi bien nous horrifier que devenir l’objet privilégié de notre quête.

Et pourquoi ? Parce que le visage d’autrui (comme le dit très bien le philosophe Emmanuel Lévinas) a un statut très particulier : tout d’abord, il est expressif, dans le sens qu’il nous parle de la personne ; en s’adressant à nous, il se révèle, il nous renvoie vers l’invisible de mon semblable ; il nous donne à voir ce qu’on ne peut pas voir. Et puis, du fait de sa mobilité, il ne se laisse pas facilement enfermer dans une forme particulière. Nous pourrions dire qu’il déborde: il est beaucoup plus que ses expressions).

 

Et bien, tout cela nous aide à comprendre cette parole que nous avons entendue au début, apparemment commune et anodine : « Que le Seigneur tourne vers nous son visage ! »

Cette Face de Dieu tournée vers chacun de nous, peut, effectivement, bouleverser notre vie. Elle nous interpelle et met en question notre isolement, notre égoïsme, notre petit « chez nous » privé. Elle brise ainsi notre enfermement. Cette Face peut devenir pour moi, pour chacun de nous ÉPIPHANIE de Dieu (c’est-à-dire : manifestation de Dieu). Oui, ce Visage de Dieu me réveille, me secoue, me questionne et me dérange. Il est signe et trace de la transcendance de Dieu ; autrement dit : de son mystère. Car Dieu, tout en se révélant, reste, en grande partie, inconnaissable et secret.

 

La Parole de Dieu que nous avons entendue va encore plus loin. Elle dit : « que ce visage de Dieu tourné vers nous  nous apporte la Paix ».

Tout homme, toute femme aspire à la paix (qui est, ne l’oublions pas, beaucoup plus que la tranquillité ou que l’absence de déchirements) ; alors que tous les jours, les télévisions, les journaux, les réseaux sociaux véhiculent des images de conflits ! Et, si ces images nous paraissent loin de nous, nous sommes, si souvent, au cœur de tensions familiales, personnelles, professionnelles, sociales...

Qu’il est difficile de sentir en nous la paix ! En effet, la Parole de Dieu nous apprend que la Paix est un don, un cadeau, une grâce de l’Esprit Saint. C’est pour cela que nous méditons sur ce : « qu’il nous apporte la Paix ! ».

Jésus (ce nom en hébreux : Yoshoua : Dieu qui sauve) n’est-il pas : LA PAIX ? Jésus est une Personne qui parle, un Évangile qui nous indique le chemin, un Pain qui nous nourrit. Jésus est vivant dans l’Eglise au sein de laquelle nous sommes. Jésus est présent (c’est lui qui le dit) dans la personne qui vit à côté de nous (c’est-à-dire celui que Évangile appelle : NOTRE PROCHAIN).

En parallèle à l’Esprit du Fils qui est dans nos cœurs, fait écho Marie qui « retenait tous ces évènements et les méditait dans son cœur¹ ». Tout en étant dans une situation précaire, qui rappelle la condition de tant de réfugiés aujourd’hui quittant leur terre, Marie, arrivant de Nazareth jusqu’à Bethléem pour mettre au monde son enfant, le dépose dans une mangeoire. Nous constatons que Marie est, étonnamment, en paix. Nous pouvons bien être surpris en imaginant de quelle nature est cette PAIX, qui pourtant se situe au cœur de nos précarités humaines.

Une paix intérieure qui ne peut venir que de Dieu, de la foi, au-delà de toutes les contingences matérielles et psychologiques. Tout ce petit monde des premiers témoins de l’événement, les bergers, s’étonne de ce qui leur est dit à propos de cet enfant et de ce qu’ils voient autour de lui. Marie, elle qui sait, accepte sans réserve le dessein de Dieu sur elle. Elle est en paix !

Elle met au monde un fils et, nous l’avons rappelé, le met dans une mangeoire d’animaux ! L’image, choquante, est à retenir : le Pain de Vie est placé par Marie dans une mangeoire. C’est biens de touts ces faits qu’elle devait méditer dans son cœur.

Au cœur de nos sociétés de consommation, gardons en mémoire cette image de la mangeoire, pour ne pas oublier le pauvre sur notre chemin et partager avec lui le pain. Nos situations sont très différentes, mais les pauvres ne manquent jamais autour de nous.

Soyons, par là, des artisans de paix ! Heureux les artisans de paix, car ils seront appelés fils de Dieu !

En ce début d’année, renouvelons notre foi et notre espérance en prenant la décision, et même la ferme résolution, si propice en ce moment, d’être joyeux, à l’image de ces bergers anonymes , pour pouvoir porter hors les murs de l’Église, la Bonne Nouvelle de l’Évangile et ainsi renouveler le monde,  afin qu’advienne la paix!