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Homélie TO 14

Par Frère Patrice
croix - arcabas
Homélie pour le 14ème dimanche
du temps ordinaire


Le Messie qui vient est un roi humble
Lecture du livre de Zacharie
(Za 9, 9-10)
Exulte de toutes tes forces, fille de Sion ! Pousse des cris de joie, fille de Jérusalem ! Voici ton roi qui vient vers toi : il est juste et victorieux, humble et monté sur un âne, un âne tout jeune. Ce roi fera disparaître d'Éphraïm les chars de guerre, et de Jérusalem les chevaux de combat ; il brisera l'arc de guerre, et il proclamera la paix aux nations. Sa domination s'étendra d'une mer à l'autre, et de l'Euphrate à l'autre bout du pays.

 

« Je suis doux et humble de cœur » (Mt 11, 25-30)
Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu

En ce temps-là, Jésus prit la parole : « Père, Seigneur du ciel et de la terre, je proclame ta louange : ce que tu as caché aux sages et aux savants, tu l'as révélé aux tout-petits. Oui, Père, tu l'as voulu ainsi dans ta bonté.
Tout m'a été confié par mon Père ; personne ne connaît le Fils, sinon le Père, et personne ne connaît le Père, sinon le Fils, et celui à qui le Fils veut le révéler.
Venez à moi, vous tous qui peinez sous le poids du fardeau, et moi, je vous procurerai le repos. Prenez sur vous mon joug, devenez mes disciples, car je suis doux et humble de cœur, et vous trouverez le repos.
Oui, mon joug est facile à porter, et mon fardeau, léger. »

 Homélie

La lecture du livre de Zacharie parlant d’un sauveur humble, montant un petit âne, introduit le très beau texte d’évangile de St Matthieu. Comment ne pas penser à notre pape François qui ne craint pas de délaisser tous les honneurs qui lui sont dus pour se mettre à la hauteur de ceux qu’il veut approcher, et qui marque sa prédilection pour les petits tout en sachant honorer les grands de ce monde.

Vous avez sûrement connu de ces familles dont un des enfants est handicapé alors que les autres ont tout pour réussir. Et personne ne s’étonne de voir les parents avoir souvent plus d’attention pour celui qui est handicapé que pour les autres. Alors, pourquoi s’étonner de ces paroles de Jésus « ce que tu as caché aux sages et aux savants, tu l’as révélé aux tout petits ». Les sages et les savants ont tout ce qu’il faut en leur possession pour connaître Dieu, tout comme pour se débrouiller dans la vie. Alors que les tout petits ont besoin d’une aide sans laquelle ils sont perdus et sans défense dans la vie.

Et non seulement ils ont besoin d’une aide, mais ils ont besoin de quelqu’un qui sache se mettre à leur niveau et leur inspire confiance. Et Jésus est celui qui justement vient à eux, monté sur un âne, et non pas dans un carrosse comme la reine Élisabeth (pour qui j’ai beaucoup d’admiration par ailleurs), ou dans une voiture dernier cri (mais là je ne m’y connais pas du tout !).

Là est l’humilité de Dieu : se mettre au rang des plus petits pour mieux leur venir en aide. Vous connaissez cette phrase du Père Charles de Foucauld « Jésus a tellement pris la dernière place que personne ne peut la lui ravir ». Mais cela n’est possible que parce que Jésus aime les plus petits. D’ailleurs quand il s’adresse à son Père, Jésus dit bien « tu as voulu ainsi dans ta bonté ». On raconte que St François d’Assise s’agenouillait devant le pape, mais surtout qu’il s’agenouillait aussi devant des pauvres pour leur marquer tout le respect et l’amour qu’il leur portait.

Etre comme Jésus : doux et humble de cœur. Un mystique qui a beaucoup médité sur l’humilité nous dit «  l’homme vraiment humble n’a pas besoin de demander à Dieu, il peut commander à Dieu. L’homme humble a pouvoir sur Dieu, comme Dieu a pouvoir sur lui-même….et si cet homme était en enfer, Dieu devrait aller vers lui en enfer, et l’enfer serait pour lui comme un royaume céleste ».

 ( Eckhart, sermon 14).

Mais Jésus veut aller plus loin : non seulement il se préoccupe des petits, mais il veut aussi se préoccuper de ceux dont le fardeau est trop lourd. Une autre forme de petitesse et de pauvreté qui affecte tant de gens de nos jours ! Là Jésus touche un autre monde des tout petits. Un fardeau ? Quelque chose qui nous pèse, qui nous blesse, qui nous entrave dans notre vie quotidienne, qui nous colle à la peau, et que nous avons bien du mal à porter et à supporter. Je n’ai pas besoin de vous faire de dessin ! Et ceux qui le portent aspirent à souffler, à se reposer, c’est-à-dire à poser ce fardeau un moment ou définitivement.

Alors que nous propose Jésus ? Non pas de le supprimer. Il nous propose de le partager avec nous, de le porter avec nous. C’est l’image du joug : s’atteler à deux pour tirer ou porter le fardeau qu’on ne peut traîner seul indéfiniment. On dirait aujourd’hui « faire équipe » : j’aime bien ce terme car il signifie une action qui se prolonge dans le temps ; le temps d’une course, le temps d’une épreuve. Combien de situations trouvent une issue ou une explication quand nous sommes aidés par quelqu’un qui accepte de les partager avec nous. Mais là aussi, il lui faut être doux et humble de cœur. Doux, parce qu’il doit savoir marquer son amour pour celui qu’il accompagne, tout en le laissant libre. Là aussi est l’humilité.

Il n’y a rien de plus fatiguant que de marcher sans savoir où l’on va (où tout cela va-t-il me mener ?), de marcher sans savoir qui l’on suit ( puis-je vraiment lui faire confiance ?), de marcher sans savoir quoi faire de sa vie surtout si on est au chômage, sans logement. Et Jésus nous propose de nous accompagner sur le chemin. Et son joug, nous dit St Bernard, est celui de ses bienfaits. Alors, comment le refuser?

Acceptons, comme l’avaient fait les disciples d’Emmaüs de nous laisser accompagner un bout de chemin par Jésus, pour en sortir transformés. Et nous pourrons alors, comme le disait le prophète Zacharie, exulter de toutes nos forces, crier de joie, car voici le Seigneur qui vient à nous.