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Sermon - St Jean-Baptiste

Par saint Bernard
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Sermon de saint Bernard
Pour la fête de saint Jean-Baptiste

Écoutez donc, mes frères, ce qu'il nous dit de saint Jean, dont nous célébrons aujourd'hui la nativité. «C'est, dit-il, une lampe ardente et luisante (Jn 5, 35.) » Voilà, mes frères, un grand témoignage, grand à cause de celui à qui il est rendu, mais bien plus grand encore à cause de celui qui le rend. « Il était donc, selon lui, une lampe ardente et luisante. » Luire seulement, c'est quelque chose de vain; ne faire que brûler, c'est peu; mais luire et brûler en même temps, c'est la perfection. Écoutez encore un trot de la sainte Écriture : « Le sage est stable comme le soleil, pour l'insensé il change comme la lune (Si 27, 12). » Comme la lune a l'éclat sans la chaleur, elle paraît tantôt pleine, tantôt petite. et tantôt nulle; sa lumière n'étant qu'une lumière d'emprunt ne reste jamais dans le même état, mais elle croît, -décroît, s'affaiblit, se réduit presque à rien, et même ne paraît plus du font. Ainsi en est-il des personnes qui placent leur conscience sur les lèvres des autres, ils sont tantôt grands, tantôt petits, tantôt nuls même, selon qu'il plaît à la langue de leurs flatteurs de les louer ou de les blâmer. Au contraire, l'éclat du soleil est de feu, et plus il brille, plus il brille. Voilà comment brille au-dehors la chaleur intérieure du sage, et s'il ne lui est pas donné de briller et de brûler en même temps, il aime mieux brûler pour que son Père qui voit au dedans, le lui rende. Malheur à nous, si nous nous contentons du don des larmes; nous brillerons, il est vrai, et nous serons vantés par les hommes, mais c'est pour moi la moindre des choses que le jugement des hommes. Je n'ai qu'un juge, le Seigneur; or, il exige de tous qu'ils brûlent, non point qu'ils brillent. Il dit, en effet : « Je suis venu apporter le feu sur la terre, et que désiré-je sinon qu'il s'allume (Luc 12, 49) ? » C'est donc le précepte général, voilà ce qu'on demande à tous, et, s'il arrive qu'on manque en ce point, il n'y a pas d'excuse à faire valoir.

4. Au reste, c'est tout particulièrement aux apôtres et aux hommes apostoliques qu'il est dit : « Que votre lumière luise devant les hommes (Mt 5, 16), » parce qu'ils étaient allumés, fortement allumés mène, et n'avaient à craindre ni le souille, ni les coups même du vent. La même chose a été dite à Jean; mais, pour les apôtres, ces mots leur furent dits à l'oreille, tandis que pour saint Jean, il les entendit en esprit, comme un ange. Il se trouvait, en effet, d'autant plus près de Dieu, que la voix est plus près du Verbe à qui il n'est pas nécessaire qu'une voix humaine fasse connaître ce qui se passe dans le fond du tueur de l'homme. Ce n'est point par la prédication, mais par l’inspiration que fut instruit saint Jean; car le Saint-Esprit le remplit dès le sein de sa mère. En vérité, il fallait qu'il fût bien brûlant et bien . allumé celui qui se trouva animé par une flamme céleste, au point de sentir la présence du Christ, alors qu'il ne pouvait pas se sentir lui-même. Ce feu nouveau qui venait de descendre du ciel, était entre dans les oreilles de la Vierge en passant par les lèvres de Gabriel, et passa ensuite par celles de sa mère virginale pour entrer dans les oreilles de Jean encore au sein maternel, en sorte que à partir de ce moment le Saint-Esprit remplit ce vase d'élection et prépara cette lampe à Notre-Seigneur Jésus-Christ. Il ne fut donc dès lors une lampe ardente; mais il demeura placé sous le boisseau jusqu'au jour où il fut mis surie chandelier, pour éclairer tous ceux qui étaient dans la maison de Dieu.: En effet, il ne peut alors éclairer que le boisseau sous lequel il se touait placé, il ne luisait que pour sa mère à qui il révéla un grand mystère de charité par le seul tressaillement de son allégresse. « D'où me vient ce bonheur, s'écrie-t-elle, que la mère de mon Seigneur me visite (Luc 1, 43). » O femme sainte, qui donc vous a appris que je suis la mère de Notre-Seigneur? Comment me connaissez-vous sous ce titre? C'est que, répondit-elle, « votre voix n'a pas eu plutôt frappé mes oreilles, quand vous m'avez saluée, que mon enfant a tressailli de joie dans mon sein (Luc 1, 44). »

5. Il éclaira donc dès ce moment le boisseau sous lequel il était caché, lui à qui n'était point cachée la lampe ardente encore placée aussi sous le boisseau, mais qui devait bientôt jeter sur le monde entier un éclat nouveau. «C'était, dit le Seigneur, une lampe ardente et luisante (Jn 5, 35). » Il ne dit pas c'était une lampe luisante et ardente, car la lumière en saint Jean procédait de la chaleur, non point la chaleur de la lumière. Il y en a, en effet, qui ne brillent pas parce qu'ils brûlent, mais qui brûlent au contraire afin de briller; ceux-là ne brûlent point au souffle de la charité, ils brûlent des feux de la vanité. Voulez-vous que je vous dise comment saint Jean a brûlé et a lui ? Eh bien ! je vous dirai qu'il me semble qu'on peut trouver en lui un triple feu et une triple, lumière. Ainsi, il était consumé intérieurement par la grande austérité de sa vie, par son dévouement caché mais ardent à Jésus-Christ, et enfin par les ardeurs infatigables de ses libres reproches. Mais il ne brilla pas moins qu'il ne brûla, pour le dire en trois mots, par l'exemple, par l'index, et par la parole, en se montrant lui-même comme un exemple à suivre, en montrant du doigt, pour la rémission des péchés, l'astre plus grand que lui qui était encore caché, et enfin, en jetant un rayon de lumière dans nos ténèbres . selon ce mot de l’Écriture : « Puisque c'est vous, Seigneur, qui allumez ma lampe, éclairez mes ténèbres, ô mon Dieu (Ps 17, 29), pour me corriger.
` 6. Considérez donc, mon frère, cet homme promis par un ange, conçu par miracle, sanctifié dans le sein de sa mère, et soyez étonné de trouver dans cet homme si nouveau, la ferveur toute nouvelle aussi de la pénitence. « Si nous avons le vivre et le vêtement, dit l'Apôtre, sachons nous en contenter (1 Tm 6, 8). » C'est là la perfection pour un apôtre. Mais saint Jean a dédaigné cela. En effet, écoutez comment le Seigneur en parle dans son Évangile : « Jean est venu, ne mangeant ni ne buvant (Mt 11, 18), » on pourrait même presque dire aussi, ni se vêtant point. On ne peut pas donner le nom d'aliment à des sauterelles, ce n'en est un tout au plus que pour quelques animaux sans raison, de même qu'on ne peut guère voir un vêtement humain dans un tissu en poil de chameau (Luc 7, 27). Pourquoi t'es-tu dégarni de ton poil, hôte du désert, et pourquoi n'as-tu pas plutôt laissé là ta bosse ? Et vous, animaux sans raison, qui habitez la forêt; vous, reptiles du désert, vous recherchez des mets délicats? Jean, cet homme saint, envoyé de Dieu, que dis-je, cet ange même de Dieu, selon que le Père a nommé quand il a dit: « Voici que j'envoie mon ange devant vous, » ce Jean-Baptiste, dis-je, dont pas un homme né de la femme n'a égalé a grandeur, châtie sa chair si parfaitement innocente, l'exténue et afflige, comme nous avons vu qu'il le faisait; et vous, vous soupirez après des vêtements de lin et de pourpre, vous recherchez les repas somptueux ! Hélas ! c'est presque à cela que se réduit toute la solennité de la fête de ce jour, c'est tout le culte que nous rendons à saint Jean-Baptiste; la joie qui, selon la prédiction de l'ange, devait accueillir sa naissance, se résume à ces pratiques? De qui donc célébrez-vous mémoire par ces délicatesses? De qui fêtez-vous la naissance? N'est-ce pas d'un homme qu'on a vu au désert, vêtu de poil de chameau, hâve de faim ? Qui donc êtes-vous allés voir au désert, fils de Babylone? était-ce un roseau que le vent agite? ou quoi encore? Un homme vêtu avec mollesse? nourri délicatement? Car votre solennité n'est guère autre chose que cela, vous ne recherchez que le souffle de la faveur populaire, que le luxe des habits, que les délices de la table. Mais quels rapports y a-t-il entre toutes ces choses et saint Jean? Car jamais il n'a rien fait de pareil et rien de semblable n'a jamais pu lui plaire.

7. « Beaucoup, dit l'Ange, se réjouiront à sa naissance (Luc 1, 14). » Et beaucoup, en effet, se réjouissent ce jour-là; on dit même que les païens en font aussi une fête joyeuse. Il est vrai qu'ils célèbrent ce qu'ils ne connaissent point; il n'en devrait pas être ainsi du chrétien. Mais enfin, les chrétiens en font une réjouissance, plût au ciel qu'ils se réjouissent de sa naissance, non point de la vanité. Or, qu'y a-t-il sous le soleil, sinon la vanité des vanités? Et qu'est-ce que l'homme retire de plus que cela de toutes les peines qu'il se donne sous le soleil? Or, mes frères, se trouve sous le soleil tout ec qui peut être éclairé de sa lumière matérielle. Qu'est-ce que tout cela, sinon une vapeur légère qui ne paraît que pour un moment (Jc 4, 15) ? Qu'est-ce encore, autre chose que de l'herbe et la fleur de l'herbe des champs ? « Toute chair, dit le Seigneur, n'est que de l'herbe, et toute sa gloire est comme la fleur des champs; l'herbe s'est desséchée, et la fleur est tombée; mais la parole du Seigneur demeure éternellement (Is 40, 6). » C'est, donc sous cette parole que nous devons travailler, mes frères, si nous voulons vivre et être heureux à jamais. Acquérons par nos travaux, non la nourriture qui périt, mais une nourriture qui dure jusqu'à la vie éternelle. Quelle est-elle, cette nourriture-là? « L'homme ne vit pas seulement de pain, mais encore de toute parole qui sort de la bouche de Dieu (Dt 8, 3, Mt 4, 4 et Luc 4, 4). » Semons donc dans cette parole, mes frères bien-aimés, semons en esprit, car celui qui sème dans la chair ne moissonne que la corruption. Que notre, joie soit tout intérieure, qu'elle ne paraisse point au soleil; au contraire, selon la recommandation de l'Apôtre « paraissons tristes (2 Co 6, 10), » c'est-à-dire, soyons humbles et graves, « mais réjouissons-nous toujours, » à cause de la consolation intérieure. Réjouissons-nous donc, mes frères, à la naissance de saint Jean, mais que notre joie ait sa source dans cette naissance.

8. Il y a, en effet, pour nous, dans le souvenir de cette naissance, de nombreux sujets de joie, une ample matière à allégresse. Il était lampe ardente et luisante, et les Juifs ont voulu se réjouir à son éclat. Mais lui aimait mieux se réjouir dans la chaleur de la dévotion, à la voix de l'Époux qu'il entendait comme ami de l'Époux. Pour nous, il faut nous réjouir de l'une et de l'autre, en même temps, nous réjouir de l'une pour lui, et de l'autre pour nous, car s'il était brûlait c'était pour lui, tandis qu'il n'a lui que pour nous. Réjouissons-nous donc de sa ferveur pour l'imiter, réjouissons-nous aussi de sa lumière, mais pour voir en elle une autre lumière, la vraie lumière qui n' est pas lui, mais qui est Celui à qui il a rendu témoignage. Le Seigneur a dit: « Jean est venu ne mangeant, ni ne buvant (Mt 11, 18). » Voilà de quoi allumer la ferveur en moi, et y faire, naître l'humilité. Qui d'entre-nous, mes frères, en voyant la pénitence de Jean, osera, je ne dis pas exalter la sienne, mais seulement la compter pour quelque chose? Qui se permettra de murmurer dans ses peines, et s'écrier assez, trop de souffrances? Quels homicides, quels sacrilèges, quels crimes enfin, saint Jean punissait-il par là en lui? Que cette vue nous enflamme pour la pénitence, mes frères; interrogeons nos consciences, excitons-nous à tirer vengeance de nous, pour échapper au terrible jugement du Dieu vivant. Que l'humilité d'une confession sincère supplée à la ferveur qui nous manque. Dieu est fidèle, et, si nous confessons nos iniquités, si nous exposons nos misères sous ses yeux, si nous n'excusons pas nos faiblesses, il nous remettra nos péchés.
9. Après cela considérez la chaleur de Jean-Baptiste contre les fautes du prochain. L'ordre que la raison et les convenances prescrivent de suivre est, en effet, que nous commencions par songer à nous. Le Psalmiste a dit : « Purifiez-moi, Seigneur, de mes fautes cachées, et préservez votre serviteur dés fautes d'autrui (Ps 18, 13). - Race de vipères, qui vous a avertis de fuir la colère qui va fondre sur vous (Luc 3, 7) ? » De quel brasier ardent peuvent s'élancer de semblables étincelles, disons mieux, ces charbons incendiaires? Une autre fois encore, s'adressant aux Pharisiens qu'il n'épargne guère, il s'écrie : « N'allez pas dire : nous avons Abraham pour père; car je vous déclare que Dieu peut faire naître des enfants à Abraham de ces pierres mêmes (Luc 3, 8). » Mais qu'est-ce que cela, si on le voit ensuite ; trembler en présence des puissants, faire preuve d'une moins grande indépendance d'esprit pour reprendre les désordres d'un roi orgueilleux et cruel; si le zèle véhément et sacré qui le fait sortir du désert pour remplir ce ministère, vient expirer au pied de royales déférences, on dans la crainte de la mort? « Hérode, nous dit l'Évangéliste, qui craignait Jean, se réglait, en beaucoup de choses, sur ses conseils, et l’écoutait volontiers (Marc 6, 20). » Mais lui, ne perdant rien de son zèle pour cela, disait : « Il ne vous est pas permis d'avoir cette femme (Mt X14, 4).» Chargé de chaînes et jeté au fond d'un cachot, il ne tient pas moins fermement pour la vérité, et a même le bonheur de mourir pour elle. Puisse ce zèle brûler en nous, mes frères, puisse et amour de la justice, cette haine du mal, s'y trouver également allumés. Que personne parmi nous, mes frères, ne flatte le péché, que nul ne esse comme s'il ne voyait point le mal. Non, ne disons point : Est-ce que je suis le gardien de mon frère; non, que nul d'entre nous ne demeure indifférent quand il voit l'ordre périr et la discipline tomber. Garder le silence quand on peut protester, c'est consentir ; or nous savons que ceux qui consentent au mal subiront le même châtiment que ceux qui le font.
10. Et maintenant, que dirai-je de l'humble et fervent amour de Jean Baptiste pour Dieu? N'est-ce pas ce qui l'a fait tressaillir de joie dans le sein maternel (Luc 1, 44), se récrier de surprise quand Jésus vint à lui pour recevoir son baptême (Mt 3, 14), déclarer hautement qu'il n'était pas digne, non pas seulement de porter le Christ, mais même de dénouer les cordons de ses sandales (Marc 1, 7), se réjouir en ami à la voix de l'Époux (Luc. I, 44), proclamer qu'il avait reçu grâce pour grâce (Jn 3, 34), et crier à tous qu'il n'a point reçu l'Esprit-Saint avec mesure, mais avec une telle plénitude, que c'est de lui que nous le recevons (Luc. I, 44). « Ô mon âme, est-ce que tu ne te soumettras point à Dieu (Ps 61, 1) ? » Mais je ne saurais être une lampe brûlante, si je n'aime le Seigneur mon Dieu de tout mon coeur, de toute mon âme, et de toutes mes forces, car il n'y a que la charité qui soit le feu du salut, il n'y a qu'elle qui répande et qui allume dans nos âmes le Saint-Esprit qu'il nous est défendu d'éteindre (1 Th 5, 19). Vous avez vu de quelle ardeur était consumé Jean Baptiste, et vous avez pu remarquer avec un peu d'attention comment aussi il a brillé : vous n'auriez pu d'ailleurs connaître le feu qui le consume, si vous n'aviez aperçu sa lumière.
11. Il a donc éclairé, comme je l'ai dit plus haut, de l'exemple, de l'index et de la parole, car il s'est lui-même montré à nous par ses oeuvres, il nous a montré le Christ du doigt, et enfin il nous a montré nous-mêmes à nous par ses discours. « Et toi, petit enfant, tu seras appelé le prophète du Très-Haut, disait Zacharie, son père, car tu marcheras devant le Seigneur pour lui préparer les voies, pour donner à son peuple la science du salut (Luc 1, 76). » Pour donner, dit-il, non le salut, car il n'est pas la lumière, mais « la science du salut pour la rémission des péchés. » Le sage peut-il ne pas faire un grand cas de la science du salut? Supposons que Jean n'est pas encore venu, qu'il ne nous a pas encore montré le Christ, où irons-nous chercher le salut? Mon péché est trop grand pour être effacé par le sang des veaux et des boucs, et d'ailleurs, le Très-Haut ne se complaît point dans les holocaustes. Ma mémoire est infestée de la lie de cette huile, il n'y a point de grattoir qui puisse enlever la tache dont est souillé mon parchemin, elle l'a pénétré dans toute son épaisseur. Si je perds mon péché de vue, je suis un insensé et un ingrat, et si je l'ai devant les yeux, il est pour moi un reproche éternel. Que ferai-je donc? J'irai à Jean, j'entendrai sa voix pleine d'allégresse, ses paroles dé miséricorde, ses discours de grâce, ses mots de rémission et de paix. « Voici, dit-il, voici l'Agneau de Dieu qui ôte les péchés du monde (Jn 1, 29). » Et ailleurs : « Celui qui a l'épouse est l'époux (Jn 3, 29). » Il nous montre donc que Dieu est venu, que l'Époux, que l'Agneau est venu. Puisqu'il est Dieu, il est sûr qu'il peut remettre les péchés; mais le vent-il? Là est la question. Oui, il le veut, car il est l'Époux, et il est aimable. Or Jean est l'ami de l'Époux, l'Époux né peut avoir que des amis. Mais quoiqu'il veuille avoir une Épouse sans tache ni rides, ni rien de tel, il n'en cherche pourtant point une pareille : où la pourrait-il trouver en effet? Mais il s'en fait une qu'il se met lui-même devant les yeux. Entendez-le dire, en effet, par la bouche d'un prophète : « On dit ordinairement : si une femme passe la nuit dans le lit d'un autre homme que le sien, retourne-t-elle ensuite à son premier mari! Eh bien, quoique vous vous soyez livrée à tous vos amants, revenez à moi, et je vous accueillerai (Jr 3, 1). » Voilà ce qu'il peut, voilà ce qu'il veut faire.
12. Mais vous, peut-être avez-vous peur de cette purification même qu'il vient faire de vos souillures; peut-être craignez-vous qu'il ne porte le fer et le feu jusqu'aux os, jusqu'à la moelle même des os, et qu'il ne vous fasse endurer des souffrances pires que la mort même. Écoutez : C'est un Agneau, il vient plein de douceur, avec la laine et le lait, il lui suffit d'un mot pour justifier l'impie. « Or, dit le Comique, quoi de plus facile qu'un mot à dire ? » Dites seulement un mot, lui dit-on un jour, et mon serviteur sera guéri (Mt 8, 8). D'où vient donc à présent notre hésitation, mes frères, et pourquoi ne nous approchons-nous point en toute confiance du trône de la gloire ? Rendons grâces à Jean, et par lui, allons à Jésus-Christ, car, comme il l'a dit lui-même : « Il faut qu'il croisse à présent, et moi que je diminue (Jn 3, 30). » En quoi diminuerai je ? En éclat, non en ferveur. Il a retiré ses rayons, il est rentré en lui-même, pour ne point ressembler à un homme qui est tout au dehors. « Il faut qu'il croisse, » dit-il; il ne saurait s'épuiser, et nous recevons tout en sa plénitude; mais il faut que je diminue, car je n'ai reçu l'esprit qu'avec mesure, et ce que j'ai à faire, c'est plutôt de brûler que de luire. Je devançais le soleil comme l'astre matinal, maintenant que le soleil est levé, je n'ai plus qu'à disparaître. C'est à peine s'il me reste encore quelques gouttes d'huile pour m'en oindre le corps, j'aime bien mieux la conserver en sûreté dans un vase, que de l'exposer dans ma lampe.