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Abbaye de Tamié

Homélie Saint Benoit

Par dom Ginepro

Homélie pour la fête de saint Benoît

 

 « Quitter ». « Voici que nous avons tout quitté… ». Cette surprenante déclaration (avec la demande candide qui s’en suit de Pierre) ne manque pas de nous étonner et me fait imaginer une situation quelque peu tendue. Peut-être à la fin d’une journée vécue intensément…où tout le monde est fatigué… « Mais enfin, et nous qui avons tout quitté… ».

En général, déjà le terme quitter évoque une idée de déchirement et donc de malaise : nous ne quittons pas volontiers quelque chose ou quelqu’un qui est important pour nous, car cela implique toujours une rupture.

« Quitte ton pays, ta parenté, la maison de ton père pour le pays que je t’indiquerai ».

Ce texte fondateur qui nous reporte à Abraham, père des croyants, nous revient alors à la mémoire et fait appel à notre foi.

C’est vrai, dans ce « pour » il y a bien une ouverture, une lueur (bien que encore lointaine) ; et c’est aussi vrai que nous savons que ce que nous laissons n’est pas non plus parfait. Mais nous ne pouvons pas nier que nous restons toujours attachés à ce que nous abandonnons derrière nos épaules. Dans les paroles de Pierre nous devinons (et le contexte de l’évangile de Mathieu nous le confirme) que ce dialogue avec Jésus arrive dans une situation, peut-être une période, délicate. Nous sommes dans un moment de doute et un bilan s’impose : « … où allons-nous ? ». C’est le moment où les choix que nous avons fait révèlent leurs côtés faibles, leurs failles et dans ces paroles, que nous pouvons faire nôtres, nous pouvons voir un cri de détresse, un appel au secours.

Que de fois dans notre vie !

C’est principalement ce « tout » qui précède le terme « quitter » qui pèse lourd et laisse imaginer l’état d’âme de celui qui, après avoir tant donné, se rend compte de ne pas avoir, tout seul, les moyens pour s’en sortir et pour rejoindre la lumière tant désirée, espérée.

La réponse de Jésus à Pierre, la même que saint Benoît a dû entendre pour aller de l’avant, la même qui nous est adressée aujourd’hui, est celle de la foi ; la foi nous invite à persévérer dans l’élan initial, le même qui nous a fait lever, un jour, pour répondre : « Me voilà ».

Nous entendons Jésus nous dire : « Mon ami, ne te laisse pas décourager ! Cette phase est bien normale, ça fait partie du chemin, mais ce n’est pas le résultat final, c’est dans la logique des choses. La venue du Fils de l’Homme n’est pas un leurre. La route que vous suivez est la bonne. Allez-y ! ». Voilà ce que je vois dans la réponse de Jésus.

Voilà  l’invitation rassurante que Jésus adresse à ses disciples, à nous tous et que St. Benoît adresse, en particulier, aux moines qui, un jour, ont tout quitté pour suivre le Christ.  

Ecoutons, nous aussi, aujourd’hui, cette voix qui vient du Seigneur.

« Écoute, mon fils »