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Abbaye de Tamié

Homélie TO 10

Par Frère Patrice

 

10ème dimanche du temps ordinaire

Homélie

Un évangile un peu difficile…et un peu décousu.

Deux démarches de gens qui veulent voir Jésus, qui encadrent un petit paragraphe sur les calomnies des scribes.

Que peut-on en tirer ce matin ?

Peut-être une réflexion pour chacun de nous sur sa façon d’aborder Jésus ?

Peut-être d’entrée de jeu, ne parlons pas des scribes et des pharisiens, ou peut-être si ! Car nous leur ressemblons bien souvent ! Eux ne veulent pas voir Jésus. Ils redoutent tout à la fois les gestes puissants et l’autorité de sa personne. Ils se rendent bien compte que la présence de Jésus met à nu, perce le cœur des hommes Et cela,  ils ne peuvent le supporter ; et du coup ils abordent Jésus dans une attitude d’adversité. Et nous, supportons-nous que Jésus perce notre intimité ?

Et les disciples ?

Il y a d’abord ceux qui sont de plein pied avec Jésus, qui n’ont aucun problème pour l’aborder, le côtoyer  ou marcher avec lui. C’est le cas des Disciples que, dans le paragraphe précédent, Jésus a institués. Qui souvent font route avec lui en parlant. C’est peut-être notre cas, à certains moments de notre vie. Notamment lorsque nous faisons certaines démarches importantes comme la réception des sacrements, comme la participation à certaines grandes assemblées où nous nous sentons tout proches de Jésus. Des moments de grâce dont il faut savoir profiter et garder mémoire. Tout à l’heure nous aurons la possibilité de recevoir le corps du Xist : que ce soit pour chacun de nous un moment où nous sentirons envahis par la présence du Xist…conscients que ce peut-être éphémère…mais comme un appel à renouveler cette présence intime au fond de nous !

Il y a ensuite ceux qui n’osent pas s’approcher de Jésus et qui choisissent de rester anonymes dans la foule. Peut-être en faisons-nous partie à certains moments de notre existence. Parce que nous nous en sentons indignes, parce que nous n’osons pas nous approcher de lui tellement nous avons honte de notre manière de vivre, un peu comme Adam et Eve au paradis. Et pourtant nous sentons qu’une force invisible nous y pousse. Je pense à cette femme malade qui, sans rien dire, touche le vêtement de Jésus au milieu de la foule pour être guérie de sa maladie. Je pense aussi  à Zachée ce publicain qui monte sur un arbre pour voir Jésus passer dans son village, tellement il se sent indigne de parler avec Jésus. Je pense aussi à cette femme de mauvaise vie qui, lors d’un banquet, vient laver les pieds de Jésus et les essuyer avec ses cheveux au grand dam du maître de maison ; et pourtant Jésus la regarde avec amour. Il y en aurait bien d’autres, avec lesquels vous pouvez facilement vous identifier. Mais ce qui est merveilleux c’est que Jésus ne les refoule jamais. A chacun Jésus adresse la parole, noue le dialogue et abolit tout ce qui les séparait de lui ! Richesse infinie de la rencontre avec Jésus et de la miséricorde de Dieu, désirée par tous, mais avec quelle crainte.

Et puis il y a, oh combien nombreux, ceux qui sont en marge de tout cela ! Cette foule qui prend d’assaut la maison où Jésus a trouvé refuge. Mais ils sont « dehors » avec Marie. Je crois que cette petite phrase  est importante. Marie accompagnée des « frères et sœurs » de Jésus. Qui sont-ils ? Peut-être tous ceux qui sont en marge de l’Eglise, aux frontières de l’Eglise comme dirait notre Pape, en dehors de nos croyances, en dehors de nos convictions. Mais ils sont là, car Jésus est venu pour tout le monde, et on l’oublie trop souvent, recroquevillés que nous sommes dans nos petits cercles isolés du monde qui les entoure . Et ils sont là avec Marie…qui a choisi d’être avec eux. Tout comme Marie a choisi d’être mêlée aux invités des noces de Cana. Ils sont en dehors de nos croyances, en dehors de nos convictions…mais ils n’en sont pas moins nos frères. Et Marie a choisi d’être avec eux. Et, ce qui est important, ils écoutent ; ils sont à l’écoute. Ils ne sont pas comme ces scribes qui critiquent Jésus. Non. Ils sont probablement touchés par l’Esprit Saint, Celui qui unit toute chose et qui unit tous les hommes et leur donne d’être frères, sœur et mère. Et ce très beau mot de Jésus qui clôt le débat « si quelqu’un fait la volonté de Dieu, celui la est mon frère, ma sœur, mère ». Faire la volonté de Dieu nous libère de toutes contraintes et contingences terrestres, car elle nous amène à aimer Dieu et notre prochain.