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Abbaye de Tamié

Homélie TO 16

Par Frère Patrice
Homélie pour le 16ème dimanche du temps ordinaire - B
 

Déjà du temps de Jésus les Apôtres se plaignaient  d’une surcharge de travail dans leur mission, et aspiraient au repos. Ce n’est donc pas uniquement un phénomène du 21° siècle !

Les apôtres se réunissent autour de Jésus au retour de leur première mission, et ils sont fatigués. Il y a de quoi, d’autant qu’ils ont sous les yeux l’exemple de Jean-Baptiste dont certains  ont dû aller rechercher le corps et le déposer dans un tombeau. Cela fatigue, surtout nerveusement ; et on les comprend.

Mais il faut aussi analyser de près leur réaction devant Jésus qui ne les amène pas à l’écart pour évaluer leur travail sur la route ou pour savoir s’ils ont souvent pensé à lui ! Non, Jésus veut seulement leur donner le temps de goûter la joie d’être en sa présence. Jésus pose rarement des questions ; mais avant tout il est là pour écouter (ce que nous oublions trop souvent lorsque nous nous mettons en prière !) et il a une telle puissance d’écoute que l’interlocuteur souvent n‘hésite pas à se livrer.  Du Pape François (Exhortation n°136) « Il faut certes ouvrir la porte du cœur à Jésus, car il frappe et il appelle. Mais parfois je me demande si, à cause de l’aire irrespirable de notre auto-référentialité, Jésus n’était pas déjà en nous, frappant pour que nous le laissions sortir ».

« Reposez vous un peu » : il y a dans cette phrase toute la tendresse de Jésus, son attention à ses disciples. Souvent en relisant ces lignes, je me dis que l’Evangile nous révèle d’abord le vissage de Jésus : quand Jésus regarde quelqu’un, engage le dialogue avec lui, ses yeux parlent et disent l’amour ou toute la compassion pour celui ou ceux avec qui il veut dialoguer. Notez que Jésus ne va pas  porter de jugement sur la mission accomplie ; non ; son premier réflexe est de les inviter à venir à l’écart pour se reposer. Se reposer c’est aussi savoir trouver le sens de sa vie dans l’être et pas seulement dans le faire. Car on ne peut se donner que si on a pris le temps de se trouver soi-même.

 Au début de son pontificat, dans « La joie de l’Evangile »le pape François écrivait « J’invite chaque chrétien, en quelque lieu, ou situation ou il se trouve, à renouveler aujourd’hui même sa rencontre personnelle n avec Jésus Christ, ou au moins de prendre la décision de se laisser rencontrer par lui, de le chercher chaque jour sans cesse .Il n’y a pas de motif pour lequel quelqu’un puisse penser que cette invitation n’est pas pour lui, parce que personne n’est exclu de la joie que nous apporte le Seigneur ».

Regardons maintenant d’un autre côté et penchons-nous vers la foule. Surtout, ne cherchez pas à calculer l’itinéraire qu’elle emprunte pour rattraper Jésus, ni les kilomètres qu’elle fait ! Mais dites- vous plutôt que cette hâte de rejoindre Jésus, et les moyens  pris pour le rattraper, manifestent le désir profond de garder contact avec Jésus. La recherche d’une intimité avec celui en qui on a intuitivement confiance.

Tout d’abord ce mouvement de foules me rappelle ce passage de l’exhortation du pape « réjouissez-vous et exultez de joie »au paragraphe 6 « Personne n’est sauvé seul en tant qu’individu isolé, mais Dieu nous attire en prenant en compte la trame complexe des relations interpersonnelles qui s’établissent dans la communauté humaine. Dieu a voulu entrer dans une dynamique populaire dans la dynamique d’un peuple ». Et ce n’est pas pour rien que nous sommes rassemblés, nombreux, pour aller à la rencontre de Jésus ce matin.

Mais, cela doit aussi nous amener à nous poser la question : quel itinéraire j’emprunte à l’image de cette foule pour rattraper Jésus de l’autre côté du lac ? Car Dieu est parfois un Dieu caché et il nous faut prendre les moyens pour le trouver, le rejoindre. Ces moyens sont multiples et presque innombrables : la lecture de livres, de la Bible, de revues chrétiennes, de vidéos, d’entretiens, sans oublier bien sûr ces temps ou ces lieux où nous pouvons nous mettre en prière et nous retrouver tranquillement en face de Dieu Et cet appel s’adresse aussi à nous les moines de Tamié ! Chacun d’entre nous doit trouver SON itinéraire pour rejoindre Jésus de l’autre côté du lac, et s’y astreindre !

Et Jésus ?

St Marc nous dit qu’il fut pris d’émotion devant la foule, en utilisant un mot qui signifie que ce sont les entrailles qui réagissent  (littéralement « il fut pris aux tripes »). Il ne considère pas ou plus cette foule  comme un rassemblement de gêneurs, comme ceux qui empêchent de mettre à exécution son plan de se retirer pour souffler. Jésus ne dit pas « je suis fatigué, laissez-nous tranquilles ». Non, il a compassion de la foule. Et Jésus sent qu’il doit leur apporter quelque chose. Il les enseignera et les rassasiera par cette première multiplication des pains.

Là est le trait essentiel de ce court passage d’évangile. Jésus et les apôtres ont le sens de l’humain, de la personne humaine ; et ils font tout pour apporter ce qui leur paraît essentiel à leurs yeux à eux et pour le bien de ceux auxquels ils s’adressent.

Je ne peux m’empêcher de citer un extrait d’une lettre d’un pasteur protestant allemand Dietrich BONHOEFFER emprisonné puis exécuté pour avoir fait de la résistance au régime nazi. Lettre 190 :

« Je ne connais pas de sentiment qui rende plus heureux que celui de pouvoir être quelque chose pour d’autres êtres humains. Ce n’est pas le nombre de ces contacts qui importent, mais leur intensité. En fin de compte, les relations humaines sont tout de même ce qu’il y a de plus important dans la vie ; l’homme efficace d’aujourd’hui ne peut rien y changer, pas plus que les demi-dieux (= les nazis) ou les fous qui ignorent tout de ces relations. Dieu lui-même se sert de nous au travers des relations humaines. »