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Abbaye de Tamié

Homélie TO 19

Par Frère Gaël

19ème dimanche du temps ordinaire

"Je suis le pain de Vie"

Depuis 2 dimanches, nous avons commencé le chapitre 6 de saint Jean sur le pain de Vie, et nous continuerons encore 2 dimanches après celui-ci. C’est dire l’importance accordée à l’événement de la multiplication des pains, rapportée par les 4 Evangiles. Moment décisif où les auditeurs de Jésus sont sommés de se prononcer sur leur foi ou leur refus de croire qu’il est le Fils de Dieu. Ce matin, je vous propose un parcours avec des mots crochets pris dans l’Evangile. Ce sera un jeu pour les plus jeunes qui pourront le redire facilement.

Dieu le Père a promis la vie éternelle

Dans nos sociétés occidentales sophistiquées, certaines personnes s’imaginent pouvoir parvenir à une vie éternelle par la technologie de pointe et les neurosciences qui leur procureraient l’immortalité, l’invulnérabilité, l’omniscience. Or la vie éternelle dont nous parle Jésus est d’un autre ordre ! Elle n’est pas de ce monde, puisqu’il dit : « Il a la vie éternelle, celui qui croit. » L’héritage que Dieu nous promet n’est pas dans un quelconque pouvoir humain, mais il est de l’ordre de la foi, c’est-à-dire d’une relation vivante entre Dieu et sa créature. Quand cette relation s’affaiblit du fait des épreuves de la vie, comme nous le voyons avec le célèbre prophète de l’ancien testament, Elie (1ère lecture) en proie à une dépression mortelle, Dieu peut intervenir et redonner courage par des choses très simples, presque dérisoires. Pour nous marcheurs en montagne, ce peut-être la découverte d’un arbuste couvert de mûres, de framboises ou de myrtilles ! Pour Elie, c’est un peu de pain, figure de l’Eucharistie. Ce peu de pain lui permet d’aller jusqu’à la montagne où il reconnaît Dieu non dans la puissance de l’orage ou du tremblement de terre, mais dans une brise légère. Là il goûte par anticipation la présence de Dieu, la vie éternelle. Demandons donc au Seigneur de nous disposer à sa rencontre et la grâce de goûter la vie éternelle promise.

La vie éternelle est dans son Fils

Dans l’Evangile, nous avons entendu les Juifs de la synagogue de Capharnaüm s’exprimer avec un certain agacement dans le ton de la voix à propos de Jésus, qui est là en face d’eux et les entend : « Celui-là n’est-il pas Jésus, fils de Joseph ? Nous connaissons bien son père et sa mère. Alors comment peut-il dire maintenant : ‘Je suis descendu du ciel’ ? » A Bethléem, et pendant près de 30 ans de vie à Nazareth, les Juifs n’ont pas réussi à percer le secret de Jésus, révélé aux simples et aux tout petits : il est le « Verbe fait chair », le Fils de Dieu qui s’est fait homme. Désormais leur cécité ne fait que s’aggraver face à l’action prophétique de Jésus, qui attise en eux des intérêts sociaux, économiques, voire politiques, et les rend incapables de croire en lui, alors même qu’en lui se trouve la vie éternelle dont tout homme a soif ! Frères et sœurs, sommes-nous si sûrs que cela de voir clair et de croire dans le Fils ? Saint Paul, juif converti, nous donne un moyen efficace pour y parvenir… c’est ce que nous avons entendu dans la 2e lecture : éliminer de notre vie en couple, en famille, en communauté, au travail… toute amertume cachée, toute colère tonitruante contre les autres, exercer la tendresse lorsqu’il y a besoin de pardon… Tout à l’heure, quand nous sera présentée l’hostie, nous souviendrons-nous, et pourrons-nous croire ce que Jésus nous disait à l’instant : « Si quelqu’un mange de ce pain, il vivra éternellement » ? La vie éternelle… c’est difficile à penser, à imaginer… Mais nous pouvons la recevoir par la foi. C’est pourquoi nous prions : Père, donne-nous de croire en ton Fils, et d’espérer la résurrection qu’il promet à tes fils et filles bien-aimés !

Son Fils est le pain vivant

Le premier geste du Fils de Dieu est de naître à Bethléem, la « maison du pain », dans une mangeoire : dès sa naissance, il est le « pain vivant » offert aux hommes. Son dernier geste au moment de sa mort sur la croix est d’offrir le repas de la Pâque à ses 12 apôtres où il leur donne du pain en disant : « Ceci est mon corps ». Il les avait préparés longtemps à l’avance à cette parole surprenante, puisque en saint Jean, c’est au début de sa vie publique qu’il leur a dit le mot que nous avons entendu et qui révoltera un grand nombre de ceux qui le suivent : « Moi, je suis le pain vivant… Le pain que je donnerai, c’est ma chair ». Depuis lors, Jésus ne cesse de se livrer en nourriture de vie éternelle à ses disciples dans chaque eucharistie, et ils répondent : « Amen ! », « je crois Seigneur ! ». Ainsi vivifiés et renouvelés au long de notre pèlerinage cahoteux sur la terre, nous pouvons devenir corps et sang du Christ, pain vivant pour tous, anticipation de la Pâque éternelle de l’Eglise dans la gloire de Dieu. De nos cœurs monte comme en écho la prière exprimée dans le refrain du chant d’entrée : « Jésus, tu es le pain de Dieu. Tu nous donnes la Vie ! »

Le pain vivant conduit à Dieu le Père

L’homme devenu fils/fille de Dieu dans son Fils, par assimilation du pain vivant descendu du ciel, en vient, sous l’influence du souffle de l’Esprit Saint qui l’habite de plus en plus, à se tourner vers la source de toute vie, Dieu le Père. Le disciple, nourri du Corps du Seigneur, est entraîné dans la dynamique même de son Seigneur, venu du Père et retournant au Père. L’Evangile de ce jour insiste sur l’initiative du Père : « Personne ne peut venir à moi si le Père… ne l’attire. » Et encore : « Quiconque a entendu le Père et reçu son enseignement vient à moi. » Les prières de l’Eglise dans la liturgie de la messe manifestent la réponse de l’homme entré en communion avec le pain vivant. Au début de la célébration, nous avons prié ainsi : « Toi que nous pouvons déjà appeler notre Père, fais grandir en nos cœurs l’esprit filial ». Mais c’est surtout la prière eucharistique, par laquelle le pain ordinaire sera changé en pain vivant, qui nous tournera entièrement, constamment vers le Père, Seigneur d’infinie bonté… jusqu’à l’acclamation finale chantée par les prêtres, à laquelle l’assemblée répond par un triple « Amen ! », manifestant sa foi et son action de grâce. [Reprise des titres] « Qu’il soit béni, le Dieu et Père de notre Seigneur Jésus, le Christ ! Amen ! » (Ep 1,3).