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Abbaye de Tamié

Pâques 6

Par Frère Raffaele

6ème dimanche de Pâques - (Jn 15, 9-17)

 

 - « Mon commandement, le voici : Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés. » Voici le onzième commandement, celui qui ne figure pas au Décalogue, celui que Dieu n’a pas dicté à Moïse, celui qui est à la fois le plus beau et aussi le plus difficile à mettre en œuvre.

 Aimer. Ce sentiment tant chanté par les poètes, tant scruté par les philosophes, tant contemplé par les mystiques : que représente-t-il pour nous ? Soyons vigilants pour ne pas appeler amour ce qui n’est qu’émotion ou besoin d’être aimé. Ce n’est pas uniquement un élan du cœur, une source de joie personnelle. C’est la Source de la vertu suprême qui est la charité. L’amour que Dieu nous demande de vivre n’a rien de commun avec l’amour de convoitise, qui n’est que le désir de s’approprier autrui pour son plaisir à soi ; rien de commun non plus avec la seule attirance physique que peut ressentir un être pour un autre être. Cela n’est, tout au plus, qu’un point de départ. Mais les exigences de l’amour que Dieu attend de nous vont beaucoup plus loin : Il veut de l’homme un don total, une obéissance sans réserve à sa Parole.

 Ce qu’il nous demande avant tout – et c’est bien normal, puisqu’il nous a créés dan ce but – c’est de l’aimer, Lui, en l’adorant, en le priant, en nous conduisant selon ses commandements et en lui obéissant avec constance, car il n’y a pas d’amour sans fidélité. Mais cela n’est pas suffisant. Saint Jean, qui parle si souvent et si bien de l’amour divin, écrit dans sa première lettre : « Si quelqu’un dit : ‘J’aime Dieu’ et qu’il déteste son frère, c’est un menteur » (1 Jn  4, 20). Voilà qui est clair : notre amour pour Dieu est indissociable de notre amour pour ses autres enfants. Lui nous a montré, de toute éternité, qu’il est un Père attentif et très aimant. Les preuves en sont innombrables dans la Bible. Il n’a jamais laissé vaines les prières de ceux qui l’imploraient avec foi et amour. Mais le plus beau cadeau qu’il nous a fait est bien de nous avoir envoyé son Fils unique en sacrifice de pardon pour nos péchés, comme nous le disait la deuxième lecture.

 Déjà, il y a deux semaines, l’évangile de saint Jean nous rapportait une parole de Jésus qui se comparait au vrai berger, celui qui aime ses brebis au point de donner sa vie pour elles. Aujourd’hui, il nous le répète : « Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu’on aime. » Ainsi, le Christ lui-même a vécu cet amour parfait que le Père attend de nous. Et Jésus nous a choisis pour être ses amis : « Je ne vous appelle plus serviteurs…je vous appelle mes amis. »

 Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu’on aime. C’est cette consigne que nous devons essayer d’appliquer. Bien sûr, il ne s’agit pas pour nous de mourir pour nos amis. Offrir sa vie peut tout simplement vouloir dire préférer les autres à soi-même. Sans toutefois se délaisser complètement, car c’est comme nous-même que nous devons aimer notre prochain. Un juste amour de soi-même est le point de départ incontournable de tout amour. Mais, pour pratiquer cette charité, nous devons commencer par nous libérer de notre égoïsme envahissant dans lequel nous sommes emprisonnés ; apprendre à partager, à donner.

 Dans la vie de tous les jours, comment cet amour peut-il irradier de nous ? Il se manifeste par de petits gestes, tels qu’un sourire, un accueil, quelques instants d’écoute, une main tendue, un pardon, un premier pas vers l’autre ; et aussi en apportant un peu de cette joie que nous procure notre foi, en ne gardant pas Dieu pour nous, comme des avares. Souvent, il nous est difficile d’aimer telle ou telle personne, parce qu’elle nous gêne, par une attitude, par des paroles, par ses défauts (car il est bien évident que nous, nous n’en avons pas !), ou simplement parce qu’elle est différente. Pourtant, il suffirait d’essayer, de s’exercer, de voir en tout être le Christ souffrant. Au début, nos efforts risquent d’être plutôt laborieux, mais il ne faut pas non plus s’imaginer que, du jour au lendemain, on pourrait aimer le monde entier, consoler toutes les peines, secourir toutes les misères. Ce serait un leurre.

 L’amour est un don de l’Esprit-Saint. Lorsqu’il nous fait défaut, c’est par la prière que nous pouvons l’obtenir. Lorsqu’il nous paraît inaccessible, c’est que nous comptons sur nos seules forces. Nous ne pouvons pas faire autrement que de nous tourner vers la source de l’Amour, comme une fleur vers le soleil. Saint Jean nous l’a dit, dans la deuxième lecture : « Celui qui n’aime pas n’a pas connu Dieu, car Dieu est amour. »

 Mais ces exigences ne sont pas sans raison. Dieu nous dit que ces efforts ont pour but de substituer, au-delà de notre mort, une vie divine à notre vie terrestre. Nous ne pourrons être libres et heureux que par l’amour. C’est l’unique chemin qui mène au bonheur, à la lumière. Alors, n’ayons pas crainte d’être généreux en amour. Comme le disait saint Bernard dans son traité sur l’amour de Dieu : « La mesure de l’amour, c’est d’aimer sans mesure. » (Dil I, 1)