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Abbaye de Tamié

Billet du jour, mardi 2 octobre

Jb 3, 1-23


Job ouvrit la bouche et maudit le jour de sa naissance. Il prit la parole et dit : « Périssent le jour qui m’a vu naître et la nuit qui a déclaré : “Un homme vient d’être conçu !”
Ce jour-là, qu’il soit ténèbres ; que Dieu, de là-haut, ne le convoque pas, que nulle clarté sur lui ne resplendisse ! Que le revendiquent ténèbres et ombre de mort, qu’une nuée sur lui repose, que les éclipses l’épouvantent !
Cette nuit-là, que l’obscurité s’en empare, qu’elle ne s’ajoute pas aux jours de l’année, qu’elle n’entre pas dans le compte des mois ! Oui, que cette nuit soit stérile, que nul cri d’allégresse n’y résonne ! Qu’elle soit malédiction pour ceux qui maudissent le jour, ceux qui sont prêts à réveiller Léviathan !
Que s’éteignent les étoiles de son aube, que cette nuit attende en vain la lumière, et n’entrevoie pas les paupières de l’aurore ! Car elle n’a pas scellé pour moi les portes de la matrice ni voilé à ma vue la misère.
Pourquoi ne suis-je pas mort dès le sein de ma mère, n’ai-je pas expiré au sortir de son ventre ? Pourquoi s’est-il trouvé deux genoux pour me recevoir, deux seins pour m’allaiter ?
Maintenant je serais étendu, au calme, je dormirais d’un sommeil reposant, avec les rois et les conseillers de la terre qui se bâtissent des mausolées, ou avec les princes qui ont de l’or et remplissent d’argent leurs demeures.
Ou bien, comme l’avorton que l’on dissimule, je n’aurais pas connu l’existence, comme les petits qui n’ont pas vu le jour. Là, au séjour des morts, prend fin l’agitation des méchants, là reposent ceux qui sont exténués.
De même, les prisonniers sont en paix, ils n’entendent plus les cris du gardien. Petits et grands, là, sont égaux, et l’esclave est affranchi de son maître.
Pourquoi Dieu donne-t-il la lumière à un malheureux, la vie à ceux qui sont pleins d’amertume, qui aspirent à la mort sans qu’elle vienne, qui la recherchent plus avidement qu’un trésor ? Ils se réjouiraient, ils seraient dans l’allégresse, ils exulteraient s’ils trouvaient le tombeau.
Pourquoi Dieu donne-t-il la vie à un homme dont la route est sans issue, et qu’il enferme de toutes parts ? En guise de pain, je n’ai que mes sanglots ; comme les eaux, mes rugissements déferlent. La terreur qui me terrifie se réalise, et ce que je redoute m’arrive. Ni calme pour moi, ni tranquillité, ni repos, rien que tourment ! »

 

 


Ce cri de l’homme épuisé par la douleur ne cesse de résonner depuis le début du monde.
Il nous paralyse car nous ne pouvons pas le récuser. Et pourtant, on perçoit que la vie est bonne et désirable malgré tout.
C’est le cri lui-même qui l’atteste puisque celui qui l’émet cherche un auditeur pour convenir avec lui de ce que tout devrait se passer autrement. On finit donc dans l’attente : autre chose est désirable, le bonheur. L’erreur serait de garder un silence résigné ou, à l’inverse, orgueilleux et de ne pas crier vers Dieu. mais ce cri lui-même est un dépouillement, il met à nu. Comme au jour de la naissance. Or, c’est bien de là qu’il faut repartir.