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Abbaye de Tamié

Billet du jour, samedi 30 juin

Lm 2

Comment ! Dans sa colère, le Seigneur a couvert d’ombre la fille de Sion, il a précipité du ciel sur la terre la splendeur d’Israël, oubliant, au jour de sa colère, qu’elle a été le socle de ses pieds !

Le Seigneur a englouti sans pitié tous les pâturages de Jacob ; dans son emportement, il a détruit les forteresses de la fille de Juda ; il a jeté à terre et profané le royaume et ses princes. Il a brisé dans l’ardeur de sa colère toute la force d’Israël ; il a retiré sa main droite de devant l’ennemi, allumé dans Jacob un feu brûlant qui dévore alentour.

Comme un ennemi, il a tendu son arc et, comme un adversaire, levé sa main droite ; tout ce qui charmait les yeux, il l’a tué, et sur la demeure de la fille de Sion il a déversé sa fureur comme un feu. Le Seigneur est comme un ennemi : il a englouti Israël, englouti ses citadelles, rasé ses forteresses, répandu sur la fille de Juda plaintes et complaintes. Il a forcé sa clôture comme celle d’un jardin, rasé le lieu de la Rencontre ; le Seigneur a fait oublier dans Sion fêtes et sabbats ; dans l’excès de sa colère il a déshonoré le roi et le prêtre.

Le Seigneur a délaissé son autel et maudit son sanctuaire ; il a livré aux mains de l’ennemi les remparts des citadelles ; des cris éclatent dans la Maison du Seigneur comme aux jours de fête.

Le Seigneur a décidé de raser la muraille de la fille de Sion ; il va niveler, sans retirer sa main avant que tout soit englouti ; il met en deuil muraille et avant-mur : ensemble on se désole. Ses portes s’enfoncent sous la terre : il en a détruit et brisé les barres ; son roi et ses princes sont chez les païens : la Loi n’existe plus, ses prophètes eux-mêmes ne reçoivent plus de visions du Seigneur.

Les anciens de la fille de Sion, assis par terre, se taisent, ils ont couvert leur tête de poussière et revêtu des toiles à sac ; elles inclinent la tête vers la terre, les vierges de Jérusalem. Mes yeux sont usés par les larmes, mes entrailles frémissent ; je vomis par terre ma bile face au malheur de la fille de mon peuple, alors que défaillent petits enfants et nourrissons sur les places de la cité. À leur mère ils demandent : « Où sont le froment et le vin ? » alors qu’ils défaillent comme des blessés sur les places de la ville et qu’ils rendent l’âme sur le sein de leur mère.

Que dire de toi ? À quoi te comparer, fille de Jérusalem ? À quoi te rendre égale pour te consoler, vierge, fille de Sion ? Car ton malheur est grand comme la mer ! Qui donc te guérira ? Tes prophètes ont de toi des visions vides et sans valeur ; ils n’ont pas dévoilé ta faute, ce qui aurait ramené tes captifs ; ils ont de toi des visions, proclamations vides et illusoires. Tous les passants du chemin battent des mains contre toi ; ils sifflent et hochent la tête devant la fille de Jérusalem : « Est-ce la ville que l’on disait “Toute-belle”, “Joie de toute la terre” ? » Contre toi ils ouvrent la bouche, tous tes ennemis, ils sifflent et grincent des dents ; ils disent : « Nous l’avons engloutie ! Voilà bien le jour que nous espérions : nous y arrivons, nous le voyons ! »

Le Seigneur fait ce qu’il a résolu, il accomplit sa parole décrétée depuis les jours d’autrefois : il détruit sans pitié ! Il réjouit à tes dépens l’ennemi, il accroît la force de tes adversaires. Le cœur du peuple crie vers le Seigneur. Laisse couler le torrent de tes larmes, de jour comme de nuit, muraille de la fille de Sion ; ne t’accorde aucun répit, que tes pleurs ne tarissent pas !

Lève-toi ! Pousse un cri dans la nuit au début de chaque veille ; déverse ton cœur comme l’eau devant la face du Seigneur ; élève les mains vers lui pour la vie de tes petits enfants qui défaillent de faim à tous les coins de rue. Vois, Seigneur, et regarde : qui as-tu traité ainsi ? Les femmes doivent-elles manger leurs enfants, les petits qu’elles choyaient ? Le prêtre et le prophète doivent-ils être tués au sanctuaire du Seigneur ? Ils gisent par terre dans les rues, l’adolescent et le vieillard ; mes vierges et mes jeunes gens sont tombés par l’épée : tu as tué, au jour de ta colère, tu as massacré sans pitié. Tu as convoqué, comme pour un jour de fête, mes terreurs de toute part ; il n’est pas de rescapé ni de survivant au jour de la colère du Seigneur ; ceux que j’avais nourris et choyés, mon ennemi les a exterminés.

 

 

Ruine et mort. À quoi bon se lever au début des veilles de la nuit ?

À quoi bon se tourner vers Dieu ?

Peut-il encore rester quelque chose ?

Oui, car Dieu est Dieu de justice mais aussi de miséricorde, d’une miséricorde dont il ne faut jamais désespérer. Le cri de désolation ne se perd pas.