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Abbaye de Tamié

Chronique de Décembre

Abbaye de Tamié - 2006

Chronique de l'Abbaye de Tamié
Décembre 2006

Dimanche 3 : Chapitre de Père Abbé - Le temps de l’Avent est un temps d’intériorité et de recueillement plus que de pénitence. C’est le temps de l’attention à Dieu, le temps de l’attente, du désir. Nous pouvons entretenir ce désir par l’expérience de Dieu, par le souvenir ou la memoria Dei, par le climat de silence et de recueillement. Jean-Paul II disait au Chapitre général de 2002 : « Cette haute spiritualité conserve toute sa valeur de témoignage dans le contexte culturel actuel qui attise trop souvent le désir des biens trompeurs et des paradis artificiels. Votre vocation, très chers Frères et Sœurs, est en effet de témoigner, par une existence recueillie à la Trappe, de l’idéal élevé de sainteté qui se résume en un amour inconditionnel pour Dieu, bonté infinie, et de refléter un amour qui embrasse mystiquement toute l’humanité dans la prière. » Dans l’Ordre, le silence est une des principales valeurs de la vie monastique. Il assure la solitude du moine dans la communauté. Il favorise le souvenir de Dieu et la communion fraternelle ; il ouvre aux inspirations de l’Esprit Saint, entraîne à la vigilance du cœur et à la prière solitaire devant Dieu. C’est pourquoi en tout temps, mais surtout aux heures de la nuit, les frères s’appliqueront au silence, gardien de la parole en même temps que des pensées. (Constitution 24)

Mercredi 6 : Après une session sur un programme informatique de calcul, une autre sur traitement de texte est proposée pour 5 frères, sur place et un autre groupe s’initiera la semaine suivante.

Vendredi 8 : Fête de Marie en son Immaculée Conception – Videoprojection l’après-midi : Carnets de voyage de Ernesto « Che » Guevara, une œuvre du cinéaste brésilien Walter Salles. « Janvier 1952. Deux jeunes argentins désinvoltes et dragueurs partent à la découverte de leur continent du sud au nord sur leur vieille moto. Alberto et Ernesto découvrent au cours de cette somptueuse odyssée une réalité qu’ils ne faisaient que soupçonner, la beauté de leur terre, la misère de ceux qui y vivent. La révélation de ce visage de l’Amérique latine transformera à jamais Alberto Granado et Ernesto Guevara de la Serra, le futur « Che ».

Dimanche 10 : Père Abbé prend comme thème pour son chapitre du matin l’hospitalité monastique. Les valeurs fondamentales de la vie bénédictine prônées depuis 15 siècles prière, lectio, travail, vie commune, hospitalité, transcendent les temps et les cultures. C’est toute la communauté qui accueille, mais seulement des moines désignés par l’Abbé qui reçoivent les personnes frappant à la porte. Paradoxe : solitude et accueil, les moines fuient le monde et les hôtes ne manquent pas au monastère. Les monastères sont des lieux de paix, les hôtes sont introduits dans notre paix. L’hospitalité est un critère de civilisation, les anciens peuples la pratiquaient amplement, l’étranger n’est pas perçu comme un ennemi potentiel. Aider Dieu à construire un monde meilleur.

Lundi 11 : Une personne revenant d’Israël témoigne de ce qu’elle a vu et vécu auprès des Palestiniens. Pendant un mois et demi elle était à Naplouse, ville la plus détruite après Gaza. Elle se rend régulièrement dans cette région, « de l’autre côté du mur » et y rencontre des groupes pour mettre en place et soutenir des projets souhaités par les personnes concernées. Elle fait partie d’une Association française et avec une douzaine d’autres membres elle a rejoint des habitants confrontés à de graves problèmes quotidiens. Entre autres, une famille ne pouvait pas récolter ses olives, elle en était empêchée par l’armée depuis plusieurs années. Comme un terrain qui n’est pas entretenu pendant 5 ans est confisqué par l’administration, cette famille risquait de perdre sa propriété. Le groupe d’étrangers s’est joint à cette famille pour la récolte et nettoyer le champ, l’armée est intervenue, mais voyant ces européens, elle n’a pas chassé les autochtones mais au contraire "leur a proposé de l’aide en cas de difficulté" : l’armée veut donner une bonne image d’elle à l’étranger. Dans Naplouse les gens ne peuvent pas sortir, c’est une grande prison et la violence se manifeste toutes les nuits : tirs, maisons détruites, arrestations, hommes, femmes enfants blessés ou tués. Une personnalité politique française a parlé de « génocide » pour cette région et l’intervenante de ce jour de « nettoyage ethnique » en ajoutant que  « cette affirmation est grave ».

Dimanche 17 : Choisir c’est accepter de renoncer. Puisque nous avons le souci de faire la volonté de Dieu, il nous faut nous mettre sous le regard aimant de Dieu. Toute décision est pascale et nous fait passer par une mort pour entrer dans la vie, celle de fils. La démarche spirituelle qui nous rend libres pour aller vers le Père peut se résumer : - se laisser fasciner par la contemplation de la personne de Jésus, - grâce à notre amour reconnaître en tout un signe de la présence du Christ, le sceau de son image, - se laisser dépouiller par sa présence qui nous envahit, pour enfin passer avec Lui vers le Père.

Mardi 19 : Session de 4 jours donnée par P. Jean-Pierre Sonnet jésuite à Bruxelles sur la poésie dans les psaumes. « La poésie est à la parole ce que la danse est à la marche. » Toute culture a essayé d’exprimer une émotion à travers un code particulier pour aller au-delà des mots. Il faut connaître les règles de poésie d’une langue pour y devenir sensible. Les auteurs ont fait une expérience spirituelle et veulent la communiquer, à nous de nous mettre à leur diapason pour mieux entrer dans la prière. L’hébreu utilise les accents toniques par 2 ou par 3 dans le stique et surtout le parallélisme qui est d’abord un phénomène de renchérissement sémantique : un stique dit une chose, le suivant la redit de façon différente. Les assonances sont utilisées, mais le plus souvent intraduisibles, de même que les strophes alphabétiques.

Vendredi 22 : Père Abbé est invité permanent au Conseil presbytéral ; le thème de celui-ci : comment est perçue la diversité des ministères et la variété des courants dans l’Église ?

Lundi 25 : Noël - Un Enfant nous est né !

Mardi 26 : Au réfectoire, lecture du livre de Mgr Georges Gilson, évêque émérite de Sens-Auxerre, Les prêtres, parlons-en, DDB, 2006. « Avec courage et sans langue de bois, Mgr Gilson ouvre un débat crucial pour l’avenir de l’Église et l’annonce de l’Évangile. »

Dimanche 31 : Un des thèmes du discours de Benoît XVI à la Curie pour ses voeux de Noël : le célibat des prêtres. « Le véritable fondement de la vie du prêtre est Dieu lui-même. Le célibat des prêtres, ne peut être compris et vécu qu’à partir de ce fondement. La référence à une plus grande disponibilité ne suffit pas. Le véritable fondement du célibat ne peut être que théocentrique. Il ne peut signifier être privés d'amour, mais il doit signifier se laisser gagner par la passion pour Dieu, et apprendre ensuite, grâce à une présence plus intime à ses côtés, à servir également les hommes. Le célibat doit être un témoignage de foi : la foi en Dieu devient concrète dans la forme de vie qui a un sens uniquement à partir de Dieu. Placer sa vie en Lui, en renonçant au mariage et à la famille signifie que j'accueille et que je fais l'expérience de Dieu comme réalité et que je peux donc l'apporter aux hommes. Notre monde devenu totalement positiviste, dans lequel Dieu entre en jeu tout au plus comme une hypothèse, mais non comme une réalité concrète, a besoin de s'appuyer sur Dieu de la façon la plus concrète et radicale possible. Il a besoin du témoignage de Dieu qui réside dans la décision d'accueillir Dieu comme terre sur laquelle se fonde notre existence. C'est pourquoi notre célibat est si important aujourd'hui, dans notre monde actuel, même si son application à notre époque est constamment menacée et remise en question. »

Commentaire de la Constitution concernant les fondations – Quand un nouveau monastère est approuvé par le Chapitre général tous les abbés se trouvent engagés et deviennent responsables de cette nouvelle fondation, au plan financier, en personnel, en moyen de formation.
L’adaptation à la culture locale dans une fondation – A chaque Église de vivre l’Évangile dans sa culture propre. Il y a plusieurs façons de vivre dans un pays étranger : ne rien adopter, ne rien recevoir et garder la façon de vivre du pays d’où l’on vient –  vouloir vivre exactement comme vivre les gens du lieu sans les aider à  une évolution qu’elles sont en droit d’attendre – l’adaptation véritable suppose le partage de la langue, des repas, du mode de vie et surtout accepter de recevoir de l’autre. L’inculturation demande d’assimiler les richesses des personnes environnantes et de relire leurs valeurs à la lumière de l’Évangile. Il y a alors un véritable enrichissement mutuel.