Aller au contenu. | Aller à la navigation

Outils personnels

Abbaye de Tamié

Chronique de Juillet

Dieu ne compte pas, il pèse.
 

Chronique de l'Abbaye de Tamié
Juillet 2006

La communauté de Tamiéla communauté de tamié - 2006 Juillet 2006

Les supérieurs des différentes maisons de l'Ordre se réunissent entre deux Chapitres généraux, regroupés par proximité géographique. Père Abbé nous en présente des comptes-rendus. Depuis 1988 les communautés ont évolué et les Constitutions approuvées à cette date ont besoin d’être revues, d’où la nécessité d’une réflexion sur la situation de l’Ordre, ses faiblesses, les défis. Certaines communautés ont des besoins en formation élevés et il n’y a pas suffisamment de possibilités pour y faire face. Les abbesses ont à trouver leur place avec l’unification des Chapitres généraux : quelle action pastorale peuvent-elles exercer ?
Autre thème : les défis actuels et les questions que posent notre travail monastique. Pourquoi travaille-t-on ? La place de l’argent dans les relations communautaires ? Quelles valeurs monastiques et humaines le travail permet-il de vivre ? L’éclatement des lieux de travail et des responsabilités risque de devenir un facteur d’isolement, d’où l’importance de l’information, de la coresponsabilité, de la transmission des compétences. Il y a deux niveaux économiques : le familial qui comprend l’alimentaire, le vestiaire, le chauffage, les voyages, où l’austérité, la simplicité peuvent trouver leur place, et le niveau technique, économique où les normes sont fixées de l’extérieur. De plus en plus de laïcs sont embauchés pour remplacer des moines. La collaboration peut être très positive.

Mercredi 5 - Dennis Gira nous parle de ce qui lui tient à cœur : le site internet qu'il a lancé theologia.fr plus de 1200 articles et un nombre de visiteurs en augmentation qui entrent dans le monde de la théologie et découvrent comment cette théologie se vit à travers le monde.
- Son livre Le lotus et la croix a pour origine les échanges épistolaires qu’il a entretenus avec un ami bouddhiste, dans une grande franchise de propos qui touche les lecteurs. Il parle du bouddhisme avec beaucoup d’enthousiasme et les bouddhistes se sentent acceptés. Ce livre peut être un modèle pour le dialogue entre chrétiens et musulmans.
- L’étude du langage est très importante pour le dialogue des chrétiens avec les bouddhistes, les mêmes mots : moine, moniale, prêtre, laïc, monastère, foi… recouvrent des réalités très différentes. Il y a une nécessité de clarifier le langage.
Il va participer, ainsi que Fr. Jean-Pierre à un colloque avec des Chrétiens et des Bouddhistes à Meylan. 90 participants, dont 7 membres du DIM (Dialogue intermonastique) 4 intervenants chrétiens et autant de bouddhistes, thème : Pratiques chrétiennes et pratiques bouddhistes.

Dimanche 16 : Au chapitre après Laudes, P. Nicolas-Bernard, dominicain à Montpellier : « La plus grande miséricorde est d’enseigner la Vérité, la Bonne Nouvelle : Dieu nous a tant aimés. » Depuis 2 ans il est aumônier de prison avec une équipe. Il y a, de la part des personnes incarcérées, une demande de prière, de partage sur la foi, la Parole de Dieu. Certains font un chemin de conversion profonde. « Ceux que je visite, je pourrais être à leur place ! »
Dom Giacomo abbé de Tre Fontane, abbaye de Rome se rendra en Afrique du Sud pour recréer des liens avec la congrégation de Mariannhill, fondée par P. Franz Pfanner en 1882 et séparée de l’Ordre cistercien en 1909 parce que ces moines et moniales avaient des activités missionnaires. Dom Giacomo ira ensuite en Angola visiter la communauté des moniales de Huambo qui a assuré de grands services sociaux au cours de la guerre et sut se faire respecter des deux camps.

Jeudi 20 : Le soir, présentation des comptes de communauté. Les principaux postes de dépenses sont indépendants des décisions des Frères: les dotations aux amortissements, les cotisations sociales, les frais d’entretien des bâtiments.

Samedi 22 : Le soir, Fr. Marie-Robert nous parle de son itinéraire monastique, né en 1972 à Goma, il est entré à Mokoto en 95. Quelques mois plus tard, les moines ont dû fuir précipitamment, abandonnant le matériel et les bâtiments qui furent pillés, un nombre important de réfugiés jusqu’alors aidés par la communauté a été tué. Retranchés à Keshero près de Goma, les Frères espéraient remonter chez eux au bout de quelques semaines. Le soir où lui-même a pris l’habit, la communauté devant l’impossibilité de retour décidait de se disperser : ceux qui pouvaient faire des études partaient dans un pays d’accueil, les novices profitèrent de l’hospitalité du monastère de Koutaba au Cameroun. De retour à Keshero, après ses vœux temporaires, Fr. Marie-Robert participe aux travaux de construction pour héberger progressivement les membres qui reviennent au bercail provisoire.

Mardi 25 : Livre lu au réfectoire : après la seconde des Cinq méditations sur la beauté de François Cheng, nous commençons La haine n’aura pas le dernier mot, Maggy, la femme aux 10 000 enfants, Albin Michel, 2005, par Christel Martin, en collaboration avec Lorette Nobécourt.

Mercredi 26 : Un système à ultraviolet est mis en place au réservoir de la source pour stériliser l’eau d’alimentation : en automne il n’était pas rare que les analyses bactériologiques présentent des résultats hors normes.

Jeudi 27 : Henry Quinson nous parle de ce que fut la tournée de trois semaines pour des conférences avec John Kaiser, auteur du livre Passion pour l’Algérie, les Moines de Tibhirine. C’est d’abord le message des moines qui voulait être mis en valeur et l’accueil en général a été bon. Henry a put se rendre au monastère. Les bâtiments de Tibhirine sont bien entretenus, le verger de 2000 pommiers commence à être productif, la clôture en grillage est respectée par les villageois. Les moines ont marqué la population qui voudrait le retour d’une communauté.

Vendredi 28 : Réflexions sur le Statut de l’administration des biens du monastère. saint Benoît prévoit que les responsables fournissent aux moines ce dont ils ont besoin, mais que ces derniers sachent limiter leurs exigences. Ceci fournit un cadre économique non monétaire ni basé sur la hiérarchie, les diplômes, le mérite ou l’avancement. Avec les salariés et les personnes directement en contact avec la communauté les exigences légales s’imposent : respect des termes du contrat, juste salaire, cotisations sociales…

Samedi 29 et lundi 31 : M. François Cheng de l’Académie française, avec son épouse sont invités au chapitre pour parler à la communauté. La Chine a été très honorée qu’un de ses ressortissants ait été accueilli à l’Académie Française. La France a un grand rôle à jouer dans le dialogue avec l’Asie.
Nommé au Haut conseil à l’intégration, il est exalté par l’idée d’une culture commune. L’intégration est un des problèmes majeurs de la société française, multiethnique et multireligieuse. Seule une culture commune peut nous unir. Il est devenu français pour faire partie de l’aventure de la culture française. La diversité est positive, elle permet la créativité. Dans son livre Cinq méditations sur la beauté, il montre que la beauté de l’univers, de l’être humain vient de l’unicité et de la diversité des êtres, chacun est unique et l’ensemble peut participer à l’harmonie.
François Cheng a aussi été nommé au Haut Comité de la francophonie. Il rapporte que Paul Valéry avait l’habitude de dire : «La France a fini par devenir un creuset où l’on devient français». Cette formule, dans l’esprit du grand penseur, s’applique non seulement aux Français d’origine étrangère, mais aussi aux Français de naissance, en ce sens que tout Français, à un moment donné, doit faire effort pour prendre conscience de cette vocation spécifique de la France.
"En ces temps de misères omniprésentes, de violences aveugles, de catastrophes naturelles ou écologiques, parler de la beauté pourrait paraître incongru, inconvenant, voire provocateur. Presque un scandale. Mais en raison de cela même, on voit qu’à l’opposé du mal, la beauté se situe bien à l’autre bout d’une réalité à laquelle nous avons à faire face. Je suis persuadé que nous avons pour tâche urgente et permanente, de dévisager ces deux mystères qui constituent les extrémités de l’univers vivant : d’un côté, le mal ; de l’autre, la beauté. Ce qui est en jeu n’est rien de moins que la vérité de la destinée humaine, une destinée qui implique les données fondamentales de notre liberté." (Cinq méditations sur la beauté)

Dimanche 30 : Père Abbé alimente notre réflexion à partir d'un article de P. Patrick Prétot dans la revue Études d’avril 2006 : "Eucharistie, Assemblée, Dimanche : points de repère pour l’avenir du dimanche". Dans un temps de mutation rapide, il est bon de retrouver des repères en vue de discerner ce qu’il convient de faire ou de promouvoir. Il faut tenir ensemble les trois éléments : Eucharistie, Assemblée, Dimanche, mais de façon différenciée, c’est-à-dire de ne pas les tenir partout en même temps et de la même manière. Parler de « discernement » signifie se mettre à l’écoute de l’Esprit pour considérer la réalité dans sa complexité et entendre ce que l’Esprit dit aux Églises. Le sensus fidelium s’exprime dans l’étonnante fidélité du peuple chrétien à vouloir se rassembler pour célébrer son Seigneur malgré tant de raisons contraires.