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Abbaye de Tamié

Chronique Mars 2015

Abbaye de Tamié
 

logoChronique de l'abbaye de Tamié
Mars 2015

Lundi 2 : Père abbé participa à Hautecombe à une journée lancée par le conseil diocésain pour la vie consacrée, pour une rencontre et un partage avec tous les religieux et religieuses des trois diocèses. Le Chemin Neuf s’est chargé de l’organisation. Le matin une femme russe orthodoxe mariée à un diacre congolais a présenté Séraphin de Sarov. La vie orthodoxe a connu un renouveau en Russie grâce à lui. Le but de la vie chrétienne est d’être habité par l’Esprit Saint. La foi et les dons sont reçus pour les autres, à cultiver par la prière.

Nous commençons au réfectoire un nouveau livre : l’Inattendue Le handicap ou la vie par les chemins de traverses, 152 pages, Éd. L’Harmattan, 2014, par Marie-Noëlle de Vaulx mère de trois enfants, médecin. Sa fille Anne-Soline, atteinte de trisomie 21, a bouleversé le destin de ses parents et de ses proches, transformant leur regard sur l'autre et sur le sens de la vie.

Mardi 3 : Père Claude est né il y a 90 ans à Paris d’une mère originaire de Lille et d’un père parisien qui s’est déplacé avec sa famille en Bretagne pour des raisons professionnelles. À Tamié il a remplit la tâche d’hôtelier pendant un quart de siècle et sa une grande capacité d’accueil l’a rendu très connu et apprécié. Quelques temps il remplit le ministère d’aumônier auprès des moniales de Cabanoule. Actuellement il va bien, participe aux offices, aide Fr. Marco à l’expédition des fromages. Il est atteint de cataracte de l’oeil droit. Sa famille viendra pour la fin de semaine le fêter.

  

Mercredi 4 : François Xavier Gilles nous présente un DVD. Palestine est l’histoire d’un peuple qui aspire depuis le début du siècle dernier à la liberté, la paix, la justice et l’égalité. Pendant des décennies les palestiniens ont été privés du droit de raconter leur propre histoire, la version israélienne étant toujours privilégiée par les média du monde entier. Dès le début du 20ème siècle les palestiniens ont cherché à obtenir leur indépendance. Ils espéraient fonder un état démocratique où palestiniens et juifs pourraient vivre en paix et avec les mêmes droits. Mais la communauté internationale a refusé et imposé la solution de deux états en 1947. Mustafa Barghouti présente cette réalité qu’il connaît bien et qu’il vit au quotidien résistance populaire non violente contre le mur et les colonies.

Jeudi 5 : Au chapitre du soir Père abbé nous annonce la venue de Frère Maurice en vue d’une rencontre avec le conseil pour faire le point de sa présence à Boscodon.

Vendredi 6 : Fr. Pierre-Yves Émery de Taizé arrive pour son carême en communauté, mais sans son dernier livre nouvellement édité à cause d’un problème du côté de l’éditeur, c’est la traduction de cette année de 70 sermons de Gauthier de St-Victor, assez scholastiques et intéressants. Sa présence parmi nous est très appréciée.

Samedi 7 : Le couloir du sous-sol des douches souffre de l’humidité ambiante. Des Frères et des stagiaires s’occupent de rénover murs et voûte pour apporter une solution à long terme.

Lundi 9 : Fr. Amédée assure le ministère de confesseur extraordinaire auprès des assomptionnistes à St-Sigismond. Nos voisins les frères Pavillet viennent visiter notre chaudière à bois. Père abbé et Fr. Benjamin leur servent de guide.

Jeudi 12 : Jour de désert, le temps est beau et la température en baisse, mais le printemps s’annonce par toute la végétation.

Vendredi 13 : Père abbé est invité à la bénédiction de l’église restaurée de ND des Neiges, il se fait accompagner par Fr. Christian. Ils reviendront dimanche. Père Victor est toujours aussi actif et père maître de deux postulants.

Nous invitons pour nous parler au chapitre Mgr Alain de Raemy évêque auxiliaire de Lausanne Genève Fribourg en retraite à l’hôtellerie. Il est en charge depuis un an. Il fut aumônier des gardes suisses au Vatican pendant 8 ans. Cette caserne un peu particulière est le meilleur fournisseur de vocations sacerdotales et religieuses pour l’Église helvétique.

Dimanche 15 : François 33 ans, couvreur est accepté pour un séjour en communauté jusqu’au 12 avril.

Notre évêque vient pour sa plongée mensuelle dans la paix monastique.

Mercredi 18 : Frère Pierre-Yves intervient au noviciat présentant le combat spirituel selon saint Bernard, un auteur cistercien qu’il connaît très bien.

Jeudi 19 : Solennité de St Joseph.

Dom Patrick abbé de Sept-Fons et notre Père immédiat (selon le jargon de l’Ordre de Cîteaux et de celui des cisterciens SO) rencontre les Frères en scrutin (autre jargon). En clair l’abbé de Sept-Fons comme tel est celui de la communauté qui a fondé la nôtre (père immédiat, il a la charge pastorale de notre communauté (nous sommes sa maison fille) et pour cela il nous visite régulièrement (à intervalles réguliers) pour se rendre compte de la façon de vivre des moines, spécialement en rencontrant chacun en particulier (scrutin). Il a des entretiens spécifiques avec le Père abbé, son conseil, avec l’économe. Au terme il laisse une « carte de visite » (soit rapport de ce qu’il a entendu, vu, constaté, senti pour proposer des changements éventuels, des attentions à porter, pour relancer un dynamisme, le tout selon le charisme de l’Ordre) pour aider la communauté à vivre plus régulièrement (selon la règle et les constitutions de l’Ordre) aux plans matériel et spirituel, pour qu’en tout Dieu soit glorifié de mieux en mieux. Cette institution date des origines de l’Ordre de Cîteaux au (12ème siècle) été s’est perpétuée de façon plus ou moins satisfaisante au gré des périodes de relâchement ou de réforme.

Vendredi 20 : Nous sommes invités par nos évêques à jeûner et prier pour les chrétiens d’Orient.

Dimanche 22 : Le soir dom Patrick nous propose sa carte de visite pour l’année 2015. Il enverra un rapport à l’abbé général de l’Ordre et cette carte de visite sera un élément présenté au prochain Chapitre général de l’Ordre pour permettre une aide mutuelle entre communautés, matérielle et spirituelle, selon les termes de la « Charte de Charité » (document législatif fondateur des cisterciens approuvé par le pape Calixte II en 1119).

Selon la Règle de saint Benoît : « la lecture ne doit pas manquer à la table des Frères », aussi dès la fin du précédent nous écoutons au réfectoire : En France de Florence Aubenas.
« Les lecteurs se demandent souvent comment un journaliste choisit ses sujets. C'est une question qui revient sans cesse : pourquoi cette histoire et pas une autre ? Pourquoi ce village-là ? Pourquoi cette usine? Et pourquoi cet homme ? Les explications ne manquent pas. On se rend à cet endroit-là parce qu'un événement s’y est déroulé, incendie ou élection, meurtre ou mariage, peu importe, quelque chose. Ça paraît simple, non? Écrits et publiés dans Le Monde, où je suis reporter, les textes rassemblés dans ce livre ont en commun d'être nés dans cette zone d'opacité-là, entre des questions et des réponses qui ne coïncident pas. » Fidèle à l’esprit du Quai de Ouistreham, ce livre nous fait entendre la voix de ceux et celles que Florence Aubenas a rencontrés ces deux dernières années au fil de ses reportages. À travers ces récits de vies multiples se dessine une France prise dans l'aventure du quotidien.

Pour le premier tour des élections départementales, le temps couvert et la bruine ne découragent pas quelques Frères pour se rendre à pied à la mairie leur valant 1 h 30 d’oxygénation, les autres remplissent leur devoir électoral en s’y rendant en voiture.

Mercredi 25 : Annonciation : second jour férié du mois, pour l’après-midi chômé un DVD : Pierre & Mohamed. Algérie 1er août 1996 est une pièce de théâtre qui est une médiation plus qu'un spectacle. Elle a été écrite par le dominicain Adrien Candiard à partir de textes de Pierre Claverie et mise en scène par Francesco Agnello pour le Festival d'Avignon 2011. Elle veut être un hommage au message d'amitié et de respect ancré dans la volonté de dialogue interreligieux de Pierre Claverie. L'auteur a repris les sermons de l'évêque, pour les croiser avec les sentiments qu'il prête à Mohamed. L'engagement de Pierre Claverie pour le dialogue interreligieux peut être illustré par ce court extrait de cette pièce : La religion peut être le lieu des pires fanatismes, car les hommes habillent du divin leur soif de toute-puissance ou, plus simplement, leur bêtise. Toutes les religions sont sans cesse exposées à devenir des instruments d'oppression et d'aliénation. Ne laissons pas l'Esprit étouffé par la lettre. Nous pouvons lutter contre ces dénaturations de la foi, la nôtre comme celle des autres, en maintenant le dialogue malgré les remous de surface et les apparents durcissements. Le dialogue est une œuvre sans cesse à reprendre : lui seul nous permet de désarmer le fanatisme, en nous et chez l'autre.

 
Fr. Christian profite du départ de la neige et d’un temps sec pour commencer la saison au jardin

Jeudi 26 : Père abbé nous présente quelques réflexions sur l’aumône comme partage des biens et accueil de l’autre et le jeûne.

Samedi 28 : Le lavement des pieds se pratique en communauté avec un temps de partage pour reconnaître ses manquements à l’égard des Frères et leur demander pardon.

Dimanche des Rameaux début de la Semaine sainte - « Laissons l’Esprit Saint décaper nos murailles. »

Cette nuit Fr. Jean-Baptiste se casse le col du fémur et est emmené à l’hôpital d’Albertville.

L’eucharistie débute par la procession à l’intérieur de l’église. Jésus a voulu inaugurer sa passion en projetant sur elle une lumière prophétique annonciatrice de sa victoire, c’est la raison de son entrée triomphale à Jérusalem : « Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur ! » Que le Seigneur nous accorde la grâce de retenir les enseignements de sa passion et d’avoir part à sa résurrection. L’homélie est donnée par Fr. Pierre-Yves.

Lundi 30 : Antoine, 33 ans, de Lyon se jette à l’eau pour une immersion en communauté jusqu’au dimanche de Pâques.

La messe chrismale est célébrée cette année à la cathédrale de Moûtiers, l’une des trois de notre évêque Mgr Philippe Ballot. Père abbé y participe avec Fr. Laurent. Le pape François dans son homélie de la messe chrismale de 2013 : « [...] Les lectures nous parlent de ceux qui ont reçu l’onction: le serviteur de Dieu chez Isaïe, le roi David, et Jésus, Notre Seigneur. Les trois ont en commun que l’onction qu’ils reçoivent, est pour oindre le peuple des fidèles de Dieu dont ils sont les serviteurs. Leur onction est pour les pauvres, pour les prisonniers, pour les opprimés… Une très belle image de cet « être pour » du Saint Chrême est celle que nous offre le psaume 133 : « On dirait un baume précieux, un parfum sur la tête, qui descend sur la barbe, la barbe d’Aaron, qui descend sur les bords de son vêtement » (v. 2). L’image de l’huile qui se répand - qui descend de la barbe d’Aaron jusqu’à la bordure de ses vêtements sacrés, est l’image de l’onction sacerdotale qui, à travers celui qui est oint, arrive jusqu’aux confins de l’univers représenté par les vêtements. [...] L’huile précieuse qui oint la tête d’Aaron ne se contente pas de parfumer sa personne mais se diffuse et atteint toutes les ‘périphéries’. Le Seigneur le dira clairement: son onction est pour les pauvres, pour les prisonniers, pour les malades, pour ceux qui sont tristes et seuls. L’onction, chers frères, n’est pas destinée à nous parfumer nous-mêmes, ni davantage pour que nous la conservions dans un vase, parce que l’huile deviendrait rance … et le cœur amer.

Mardi 31 : Une pluie abondante et la fin de la fonte des neiges provoque l’inondation du plateau sous l’abbaye comme rarement. Un torrent de l’autre côté du vallon déborde et traverse la pâture déposant bois et cailloux.

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Du livre L’inattendue le chapitre : Corps médical

« Je me suis inscrite à un DU de gynécologie pour parfaire ma formation dans ce domaine. J'aime apprendre, l'ambiance des cours, la rencontre avec les autres médecins. Vient le cours sur les malformations génétiques. Le professeur, chef de service de la Conception s'occupe lui-même d'enseigner celui sur le dépistage de la trisomie 21. Il n'hésite pas à dire que les enjeux économiques ont guidé le choix du dépistage, que la société a décidé de ne plus porter le poids de l'éducation de ces enfants qui coûtent cher. Il parle de syndrome, de déficience, de handicap, de rentabilité, d'eugénisme, osons le mot. Je sais déjà tout cela, je le laisse parler. Tous les autres étudiants prennent des notes sans rien dire. En tant que médecins, nous sommes obligés de participer au dépistage. Il a intérêt à nous formater.

Quand il a fini de parler, je prends la parole et je leur dis ce que je vis avec Anne-Soline [sa fille trisomique]. Ce n'est pas que le médecin mais aussi la mère qui parle. Je veux qu'ils entendent, eux qui vont conseiller des mères, des parents. Je veux leur dire que sa vie vaut la peine, qu'ils n'ont pas le droit de condamner une vie sous prétexte qu'elle n'est pas rentable. Je leur dis ma joie de vivre aux côtés de mon enfant et l'amour qu'elle nous apporte.

Il est trop facile de dire que les parents ont le choix quand tout le corps médical condamne. Laisse-t-on réellement le choix aux parents ? Leur permet-on de prendre leur décision en toute tranquillité ? Une société qui ne se donne pas les moyens d'accueillir convenablement les plus faibles peut-elle faire porter le poids de la décision sur les parents ? Quand je termine, il y a un grand silence. Le chef de service conclut par : « Je sais, les parents disent cela... » Et chacun repart, en évitant de me regarder. J'ai jeté un malaise, tant pis, ils auront au moins entendu la voix d'une mère une fois dans leur vie et peut -être y repenseront-ils quand ils auront à annoncer un diagnostic, avant de proposer un avortement. »