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Abbaye de Tamié

Tamié dans le Parc régional des Bauges

Présentation de dom Victor
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L'Abbaye de Tamié dans le Parc des Bauges

[Un groupe de responsables du Parc Régional des Bauges a tenu son Assemblée au Centre d’accueil de l’Abbaye le samedi 9 février 2008. Père Abbé l’a accueilli.]

Chers amis,

Non seulement je suis très heureux de vous accueillir pour les travaux de votre assemblée mais je tiens même à vous remercier d’avoir choisi notre abbaye pour cette réunion. C’est pour moi l’occasion de vous dire combien la communauté est heureuse que vous existiez et que nous soyons intégrés dans le contexte géographique du Parc Régional des Bauges.  

            Nous sommes heureux d’être des vôtres pour plusieurs raisons. Tout d’abord, il nous semble comme à vous que la vie monastique s’inscrit tout à fait dans l’objectif du Parc. Vous voulez respecter l’environnement naturel de cette région sans en exclure le développement humain des habitants. Dans ce développement humain, il y a évidemment l’agriculture et l’élevage qui depuis toujours se sont développés dans ce cadre naturel et qui continuent de contribuer à  la préservation de la flore et de la faune. Il y a aussi l’artisanat pratiqué surtout durant les mois d’hiver autrefois. L’industrie peut trouver aussi sa place lorsqu’elle est suffisamment maîtrisée pour ne pas perdre sa dimension pleinement humaine. Inutile de souligner l’importance du tourisme qui permet de faire partager à d’autres les richesses de notre patrimoine et de nous enrichir de certains aspects des cultures étrangères. Cet aspect ira en se développant avec l’agrandissement de l’Europe et la mondialisation.

 

            Comment Tamié se situe-t-il dans ce cadre ? Depuis 9 siècles des moines cisterciens sont dans ce vallon. La réforme monastique de Cîteaux date de 1098 et a essaimé dans toute l’Europe après l’entrée à Cîteaux de saint Bernard 15 ans plus tard. L’Ordre était donc encore à ses débuts quand s’est faite la fondation de Tamié – les premiers moines sont arrivés en 1132 ou 1133 – sur un terrain donné par les comtes de Chevron dont la famille demeure aujourd’hui encore très liée à la vie de l’abbaye. Leur château est à Giez, près de Faverges. Depuis neuf siècles les moines ont entretenu l’environnement naturel par l’agriculture et l’élevage. Non seulement ils ont mis en valeur le vallon mais aussi des alpages en altitude comme celui d’Orgeval. La fabrication du fromage est donc très ancienne. Aux 17e et 18e siècles, ils ont aussi développé l’industrie du fer et installé des martinets le long du torrent du Bar. On voit aujourd’hui encore, en montant à la Sambuy des galeries d’exploitation mais l’essentiel du minerai venait de plus loin. Cette industrie fournissait du travail aux habitants, surtout pendant les longs mois d’hiver. Nous avons au monastère quelques plaques de cheminée en fonte datées de 1712 et 1752. Le tourisme s’est développé récemment surtout à partir des années 1970. Quand je suis entré en 1955, l’abbaye n’avait pas encore le téléphone, il fallait descendre à la cabine chez les Pavillet ! Depuis juillet dernier, comme nos voisins du Col, nous avons l’ADSL. Ce seul détail montre l’évolution de l’abbaye en 50 années. Des chambres pour les retraitants ont été aménagées dans l’abbaye même en 1988. Ce centre d’accueil fut construit en 1990. La maison Saint Benoît a été réaménagée en 1995 et permet à des groupes de jeunes de venir passer quelques jours de réflexion et de prière. Toute l’année nous pouvons ainsi recevoir jusqu’à 36 jeunes en deux groupes indépendants de 24 et 12 avec deux cuisines, des salles de réunion, des chambres collectives, tout en étant rigoureusement en règle avec les normes de Jeunesse et Sports.

 

            Cela m’amène à parler de l’aspect plus spécifique de l’abbaye dans le cadre du Parc, son aspect spirituel. Tamié offre à ses visiteurs de plus en plus nombreux un cadre de silence et de paix. Il permet à ceux qui le souhaitent de partager notre prière liturgique : l’eucharistie et l’office chanté en français, tous les jours de l’année. Ceux qui veulent rester quelques jours sont accueillis gratuitement à l’hôtellerie dans les limites de nos possibilités. Vous avez dans le Parc des vestiges d’autres monastères, comme la Chartreuse d’Aillon, mais Tamié vous donne l’avantage d’une abbaye vivante, lieu de prière et de rencontres mais aussi lieu important pour l’économie agricole grâce à la fromagerie et qui contribue à la recherche de nouvelles sources d’énergie depuis l’installation de la méthanisation du lactosérum et des eaux usées de la fromagerie. La communauté, de taille modeste, est composée de 28 moines, chiffre qui a été rarement dépassé dans l’histoire séculaire de l’abbaye. Sans avoir fondé aucun autre monastère l’histoire a envoyé des moines de Tamié initier la vie monastique en Chine en 1883. En 1979 quelques frères sont allés renforcer une jeune fondation monastique en Rép. Dém. du Congo. Ces deux communautés sont aujourd’hui bien vivantes malgré toutes les difficultés qu’elles ont eu à traverser.

            Ce que nous avons pu transmettre à la Chine ou à l’Afrique, c’est précisément cet essentiel de notre vie qui est l’ouverture au spirituel par une vie fraternelle et une recherche humble et constante d’une présence que nous nommons Dieu. Et nous le faisons à travers une vie qui soit le plus proche possible de celle de nos voisins, d’où la nécessité de l’inculturation. Cette capacité qu’a la vie monastique de s’adapter à toutes les époques et à toutes les cultures nous permet d’envisager sans peur la mondialisation si nous savons lui garder son orientation profondément humaine. Et je reste convaincu que nous travaillons ensemble en ce sens en collaborant à la vie et au développement du Parc Régional des Bauges. Merci.

Merci.