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Manuscrit de Tamié Ms 29 Les Fragmenta de Vita et Miraculis S. Bernardi par Geoffroy d’Auxerre Présentation par Robert Lechat, Analecta Bollandiana, 1932, p. 83-89 L’importance de la pièce connue sous le nom de Fragmenta Gaufridi de Vita et Miraculis S. Bernardi (BHL. 1207) a été mise en pleine lumière, il y a bon nombre d’années déjà, par Georges Hüffer[1]. Une étude détaillée du texte et la comparaison avec les autres pièces du dossier hagiographique de S. Bernard, montrent que les Fragmenta Gaufridi constituent dans ce dossier la source littéraire la plus ancienne, rédigée — comme d’ailleurs la Vita Prima (BHL. 1211-1216) — du vivant même du saint. Les Fragmenta sont de simples notes réunies par Geoffroy d’Auxerre, secrétaire de S. Bernard, pour servir de matériaux à Guillaume de Saint-Thierry qui s’apprêtait à écrire la Vie du saint abbé. Ainsi s’explique le désordre des premiers paragraphes, où le même événement est raconté à deux reprises (n. 2 et n. 6) ou rappelé une seconde fois avec renvoi au récit fait plus haut (n. 8 et 14; 7 et 15; 11 et 15). Ainsi s’explique de même cet incipit assez inattendu (n. 6) après plusieurs pages de texte. Au n. 32, on aperçoit nettement que l’auteur travaille pour un autre, à qui il s’adresse directement : Quae in Flandria egerit... melius ipsi nostis, siquidem et presentes fuistis, ni fallor. Sic et de electionibus Catalaunensi etc... si describendas iudicaveritis eas, nichil michi opus est tradere vobis. Les Fragmenta servirent en effet à Guillaume de Saint-Thierry pour la composition du livre Ier de la Vita, puis, après la mort de Guillaume, à Arnould de Bonneval pour la composition du livre II, et finalement à Geoffroy d’Auxerre lui-même qui en incorpora le restant dans le livre IV. De nombreux indices convergents ont amené Hüffer à fixer à l’année 1145 la date de composition des Fragmenta, opinion ratifiée par Vacandard [2]. Jusqu’en ces toutes dernières années, on ne connaissait les Fragmenta que par : 1° Les dix passages que Pierre-François Chifflet en a publiés dans ses Opuscula Quatuor (Parisiis, 1679), d’après un manuscrit de l’abbaye d’Orval (prov. de Luxembourg). Ces mêmes dix passages ont été reproduits, d’après l’édition de Chifflet, par Mabillon dans son édition des oeuvres de S. Bernard (Opera S. Bernardi, t. II, 1719, col. 1292-1295[3]). 2° Par deux autres passages insérés par Mabillon quelques pages plus loin[4] avec la mention : « praetermissa apud Chiffletium ex Gaufrido superius col. 1278 [lire: 1295], post art. X et postea reperta »; il ne dit pas d’après quel manuscrit. 3° Par d’autres extraits, également « ex ms. monasterii Aureae-Vallis, submisso a P. Alex. Wiltheim rectore Luxemburgensi », disséminés par le P. Pinius dans son Commentarius praevius sur S. Bernard (Act. SS., Aug. t. IV, p. 105, 107-108, 364-65). La copie intégrale du document fournie aux Bollandistes par le P. Wiltheim (+ 1684; recteur du collège de Luxembourg, de 1656 à 1662), se trouve encore actuellement dans notre bibliothèque, parmi les Collectanea Bollandiana, n. 130. Une autre copie, faite aussi sur le manuscrit d’Orval « ex ms. abbatiae Aureae Vallis in Lucemburgo » (fol.2) ... « ex antiquo codice qui fuit penes Chiffletium» (fol. 1), se trouve à la bibliothèque Nationale de Paris, fonds latin 17639. Elle date de 1721 et est de la main de Jean Bouhier, sénateur de Dijon. C’est sur ces deux copies des XVIIe et XVIIIe siècles que Hüffer a basé son étude. Lui-même au cours de son travail a reproduit plusieurs passages non encore édités jusque-là. Plus récemment, tout le début de la pièce (nn. 1-16 de notre édition) a été imprimé d’après la copie de Paris, par l’abbé Chomton, en appendice à son S. Bernard et le château de Fontaines-les-Dijon[5]. Mais le manuscrit d’Orval, d’où dérivent toutes les copies et toutes les éditions d’extraits, était réputé perdu. Vacandard, dans la dernière édition (1910) de son Saint Bernard, en exprime encore le regret [6]. Or, au congrès de l’Association Bourguignonne des Sociétés savantes, tenu à Dijon en 1927, le Révérendissime abbé des Trappistes de l’abbaye de Tamié en Savoie, Dom Alexis Presse, fit connaître que le manuscrit d’Orval n’était nullement perdu : il se trouve à l’abbaye de Tamié[7]. L’identité de la pièce est suffisamment établie par l’inscription, d’une écriture ancienne: Liber sancte Marie Aureevallis, qui se lit au fol. 71° et par l’attestation autographe de l’abbé Clesse, curé d’Anlier, collée à l’intérieur de la couverture. Clesse déclare avoir reçu le manuscrit de D. Joseph Martin, religieux de l’abbaye d’Orval et en avoir ensuite lui-même fait présent au monastère de la Trappe de Val-Sainte-Marie près Besançon[8]. En effet, en 1841, quand les Trappistes de l’ancienne abbaye de Bellevaux près Besançon, réfugiés en Suisse, purent rentrer d’exil et se reconstituèrent au Val-Sainte-Marie, l’un d’entre eux se mit en quête de livres et de manuscrits pour reformer la bibliothèque. Il fit, paraît-il, ample moisson dans nos contrées et obtint de l’abbé Clesse le volume contenant les Vies de S. Bernard et de S. Hubert. La relation du voyage de ce moine peut se lire en appendice à la quatrième édition, parue en 1843, d’un livre peu connu (encore, l’appendice ne se trouve-t-il pas dans tous les exemplaires) : Histoire des Trappistes du Val Sainte-Marie. Le passage qui nous intéresse est reproduit par Dom Canivez en appendice à l’Histoire de l’abbaye d’Orval [9]. En 1849, les moines du Val-Sainte-Marie se transférèrent en l’abbaye de la Grâce-Dieu, puis en 1909 à Notre-Dame de Tamié, emportant avec eux dans leurs divers déplacements le précieux manuscrit. D’après la tradition du monastère, Léopold Delisle, ayant eu l’occasion d’examiner le codex, aurait émis l’avis qu’il datait du XIIe siècle. Le Révérendissime abbé de Tamié a bien voulu, offrir aux Analecta Bollandiana l’édition des Fragmenta Gaufridi. Non content de nous adresser une copie faite sous sa surveillance, il a poussé la complaisance jusqu’à nous envoyer en communication à Bruxelles le manuscrit même. Qu’il veuille bien agréer l’expression de notre respectueuse gratitude. Le codex d’Orval a été décrit récemment, très en détail, dans la Dublin Review[10] 2 par M. Watkin Williams. Nous pouvons donc nous borner ici aux indications essentielles. Il comprend, sous une reliure ancienne, en cuir, 71 feuillets de parchemin, mesurant 145 x 100 cm. Entre les feuillets actuels 26 et 27, un feuillet a été arraché. Sur le lambeau qui en reste, on aperçoit encore, vers le milieu du recto, la haste gauche d’un H capital, signe qu’à cet endroit commençait un nouveau paragraphe. Du fol. 65 il ne subsiste que la partie supérieure, étroite bande où s’achève le Liber tertius Miraculorum. Au verso de cette bande on lit les mots : fortis a leone rugiente et a dracone furiente qui vi(vis) et reg(nas) D(eus) per o(mnia) s(aecula) s(aeculorum). Sous sa forme actuelle le codex semble bien réunir deux manuscrits originairement indépendants, l’un concernant S. Bernard, l’autre S. Hubert. Voici l’analyse du contenu. 1- (Fol. 1-39v) <Fragmenta Gaufridi> = BHL. 1207. Plusieurs scribes du XIIe siècle ont collaboré à la transcription de ce manuscrit. Mais les Fragmenta Gaufridi sont tout entiers d’une même main. [... Ce n'est pas le document primitif de Geoffroy d'Auxerre, mais une copie.] Il a paru intéressant de montrer dans le tableau ci-joint quels passages de notre texte ont été édités précédemment et à quels endroits. Sur nos 65 paragraphes, 20 sont entièrement inédits, 10 le sont partiellement. On aurait tort pourtant de se promettre de notre édition des renseignements nouveaux sur S. Bernard. Comme on pourra s’en rendre compte par les renvois aux passages parallèles de la Vita qui accompagnent en note presque chaque paragraphe, les premiers biographes de S. Bernard ont exploité à fond les matériaux que leur avait préparés Geoffroy. Nous reproduisons le texte tel quel, avec son orthographe, nous contentant de corriger, en les signalant en note, les fautes trop déconcertantes. La division en paragraphes est de nous. Elle correspond la plupart du temps aux alinéas du manuscrit, clairement marqués par une lettrine ornée. Nous n’avons pas cru devoir tenir compte des e cédillés. Ils sont d’ailleurs très rares et se présentent presque toujours dans le mot ecclesia. Robert LECHAT S. I. [1] - G. HUEFFER, Der heilige Bernard von Clairvaux, t. I [seul paru]. Vorstudien. Munster, 1886, p. 27-69. [2] - HUEFFER, p. 48 ; VACANDARD, Vie de S. Bernard, 4e édit., Paris, 1910, t. I, p. XXII. [3] - P.L., t. CLXXXV, p. 523-28. [4] - Col. 1309-1311 ; P. L., t. c., p. 528-30, [5] - T. III, Dijon, 1895, p. 188-98. Ajoutons, pour être complet, que HENRIQUEZ, Menologium Cisterciense (1630), p. 23, note, a reproduit textuellement notre § 46, relatif à Gaufridus de Ainaio, et que le songe de notre § 44 a été édité dans les M. G., Script. t. XXVI, p. 107. [6] - T. I4, p. XXI. [7] - Saint Bernard et son temps. Recueil de mémoires et communications présentés au Congrès de Dijon, t. I (Dijon, 1928), p. 2. [8] - Le texte de cette déclaration est imprimé dans S. Bernard et son temps, t, c., p. 5, et dans la Dublin Review, 1930, p. 134. [9] - N. TILLIÈRE, Histoire de l’abbaye d’Orval, 3e édit. Gembloux, 1927, p. 271-72. [10] - The Codex Aureaevallensis, dans Dublin Review, N°, 372, 1930, p. 130-40, |
