- Les Trappistes en Russie - 1798-1800
- Mémoires en forme de lettres
- Relation de l'exode jusqu'en Russie
- Relation de l'exil jusqu'en Russie
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- Lettre de dom Augustin de Lestrange
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Mémoires en forme de lettres pour servir à l'histoire de la Réforme de La Trappe établie par dom Augustin de Lestrange à La Valsainte
Par un religieux qui y a vécu de 1793 à 1808
Fr. François de Paule Dargnies |
| Nicolas Claude Dargnies était un prêtre picard entré à la Valsainte moins d'un an après la fondation de 1792. Il a assisté à bien des transformations, à l'élaboration des Règlements. Il fut de l'émigration vers la Russie, à pied, jusqu'aux environs de l'actuelle Lovov en Ukraine. La rigueur de l'hiver, alliée à une alimentation très carencée sans protéines ni matière grasse, contraignirent dom Augustin de Lestrange à revenir vers l'ouest pour moines, moniales et enfants au nombre de plus de 250. Fr. François de Paule a beaucoup souffert du régime de La Valsainte, et particulièrement pendant l'émigration. Son état ne s'étant pas amélioré au retour en Suisse et il résolut de sortir de l'Ordre, ce qu'il fit en 1808. Pour justifier sa décision, il écrivit ses mémoires, en plusieurs centaines de pages, parfois en étant partial. Ce document est le plus long sur le sujet. L'original se trouve aux Archives de l'Abbaye de Tamié. © Communauté des moines de l'abbaye de Tamié, 1999 |
Première lettre [1] Il me sera bien difficile, Monsieur, de satisfaire votre curiosité selon vos désirs : vous voudrier que je vous mette au fait de tout ce qui s’est passé d’intéressant au monastère de La Valsainte depuis environs 15 ans que j’y ai habité. Il faudrait pour cela que j’eusse tenu un journal exact de tous les événemens et je n’ai absolument rien écrit. Il faut que je tire tout de ma mémoire. La vie silentieuse que nous menions, l’ignorance dans laquelle on nous laissait sur bien des choses qui pouvaient nous intéresser, la longueur du tems qui s’est écoulé, rien ne vous promet de trouver dans ma narration une grande exactitude. La plupart des époques m’ont échapé. Il y a bien des choses dont je n’ai entendu parler qu’imparfaitement et comme par hasard. Il y en a plus encore que j’ignore et qui cependant ont une connextion essentielle avec d’autres que je sais, de manière que mon travail ne peut être que très imparfait. Je ne laisse cependant pas de l’entreprendre. Comme mon intention est de laisser après moi quelque chose qui puisse servir à l’histoire de notre réforme en m’appliquant à la plus exacte vérité, je ne dissimulerai rien de tout ce que j’ai vue et observé, persuadé que vous saurez tirer édifier de tout. Je perderais à votre égard le titre d’historien véridique si vous pouviez m’accuser de partialité. Vous trouverer sans doute dans ces mémoires bien des choses propres à vous édifier, comme vous en trouverer aussi qui vous feront voir ce que l’expérience vous a déjà suffisament appris, que l’homme se trouve [2] partout et que le sanctuaire de l’innocence, n’est pas toujours exempt des faiblesses de l’humanité. Ce sera plus particulièrement dans ma propre conduite que vous aurez lieu de les observer. Je ne craindrai cependant pas d’en faire l’aveu, trop heureux si mon exemple peut un jour être aux autres de quelqu’utilité. En nous laissant le tableau de ses égaremens, saint Augustin n’a pas été moins utile à l’Eglise que celui qui nous a donné l’histoire de ses vertus. Voici à peu près l’ordre que je me propose de suivre dans ma narration. Je sens que déjà votre curiosité est picquée par ce petit apperçu. Déjà vous voudrier que mon entreprise fut terminée. Permetter-moi cependant de ne point encore entrer en matière aujourd’huy et de me contenter, en terminant cette lettre, de vous assurer du parfait dévouement avec lequel je suis…
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