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Blason Bellevaux

Bellevaux et dom Augustin de Lestrange


Dom Eugène Huvelin relate en 1825 les relations qu’il a eu avec dom Augustin de Lestrange.

“Il y a maintenant trois ans, Dom Augustin est venu nous trouver [à Bellevaux]. Ses compagnons me dirent que son intention dans cette démarche était de m’amener à associer mon monastère à la Société de la Congrégation de la Trappe, à la tête de laquelle il se trouve ; ils me dirent aussi que Dom Augustin ne voulait pas me parler lui-même d’être désigné comme prieur de cette union, et ils me poussèrent à le faire moi-même.

Je signifiai alors franchement au Rév. Dom Augustin que je voulais instituer dans la propriété de Bellevaux que j’avais achetée, une maison de la Réforme de Dom de Beaufort, abbé de Sept Fons, réforme à laquelle j’avais fait profession.

Dom Augustin a paru approuver ma façon de voir et s’offrit même comme protecteur de notre Maison. Si donc il avait voulu réunir notre Maison aux Monastères dont il est le Supérieur et pour lesquels il sollicite l’approbation du Siège Apostolique, ce n’était pas en tant que fondateur ou Supérieur, mais seulement pour nous rendre service.

Tout cela ressort des lettres que Dom Augustin m’a écrites le 18 mai 1825, de ma réponse du 29 mai de la même année et des nouvelles lettres que Dom Augustin m’a envoyées de Rome le 22 juin 1826.

 

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Testament de dom Augustin de Lestrange

Le Mont-Cassin - 12 novembre 1826

Extrait de : Vie du vénérable abbé dom Augustin de LESTRANGE, supérieur des Trappistes,
Par un religieux de son Ordre - Deuxième édition, Aix, 1834 [Pages 114-123]

Chapitre XXVI
Il [dom Augustin] tombe malade au mont Cassin. Durant les vacances de 1826 dom Augustin fit un voyage à Naples où il fut très bien accueilli du roi, dans les états duquel il s'agissait de former un établissement. En revenant, il passa au mont Cassin, chef-lieu de l'Ordre de St Benoît, où il tomba dangereusement malade et où il reçut les derniers sacrements. Ce fut de ce lieu célèbre, berceau de l'Ordre monastique en Occident qu'il adressa à ses maisons de France une circulaire touchante que ses enfants considèrent comme son testament spirituel et qu'ils conservent dans leurs archives avec autant de soin que de respect. Nous ne pouvons nous refuser au plaisir de la mettre sous les yeux du lecteur ; la voici tout entière :

« La sainte volonté de Dieu. C'est du Mont-Cassin que je vous écris, mes très chers frères : vous en serez surpris ; mais vous le serez bien davantage lorsque vous saurez que c'est peut-être pour la dernière fois de ma vie, car j'ai reçu mes derniers sacrements. J'ai été, par la grâce et le secours de Dieu, les  recevoir à l'église sans y être même transporté, mais seulement soutenu par deux personnes. C'était une consolation pour moi de penser que je mourrais aux pieds de notre saint législateur et que je pourrais recommander à Ste Scholastique dont les reliques résident auprès des siennes, nos chères religieuses, ces chères âmes pour le soin desquelles j'ai eu et j'ai encore en ce moment tant de choses à souffrir, mais qui m'ont donné et me donnent même spécialement à présent tant de consolations par leur bonne union, leur conformité de sentiments dans tous leurs monastères, à l'exception d'un seul où je puis dire encore que ce n'est que le petit nombre qui ne marche pas dans la voie du Seigneur. Assurez-les bien que je suis pour elles dans les mêmes sentiments que St Cyprien lorsqu'il disait aux religieuses de son temps: [Passage en latin] (Dites à mon père Jean d'en faire la traduction en français, et de l'écrire dans ce que je laisse de blanc ci-dessus, parce que je n'ai ni le temps ni la force.) [Traduction] « Maintenant nous nous adressons aux vierges dont  le soin nous est d'autant plus précieux que leur dignité est plus sublime. C'est là la fleur de l'arbre mystique de l'Église ; en elles la grâce spirituelle brille avec plus d'honneur et d'éclat, la candeur naturelle est plus agréable, les oeuvres de salut et de récompense plus parfaites et plus incorruptibles. Elles sont cette image de Dieu qui réfléchit la splendeur de sa sainteté ; elles sont la plus illustre portion du troupeau de Jésus-christ. Dans sa fécondité, l'Église, notre Sainte Mère, se réjouit d'enfanter par elles (ceci est pour les mères prieures) et de développer en elles ses rejetons florissant, et plus elle voit ses vierges augmenter en nombre, plus elle se livre aux transports de sa joies. C'est à elles que nous parlons (ici nous parlons spécialement aux novices) ce sont elles que nous exhortons plutôt avec tendresse qu'avec autorité : ce n'est pas qu'étant les derniers et les plus petits et que connaissant notre indignité nous voulions donner du poids à nos paroles pour les reprendre de leurs imperfections, mais c'est que, plus inquiets dans notre sollicitude à leur égard, nous redoutons davantage de les voir harcelées par les attaques du diable. »

Mais faites observer à nos chères soeurs que les louanges qu'on donne à leur état, dont je leur fais l'application bien volontiers, ne seront véritablement méritées que par celles qui ont soin de joindre la pureté du coeur à la pureté du corps, c'est-à-dire qui au renoncement des plaisirs sensuels et des pompes du monde auront soin d'ajouter une soumission parfaite pour leurs supérieurs, parce que le détachement de son propre jugement et l'abandon de sa volonté sont aussi nécessaires à la pureté du coeur que la chasteté à la pureté du corps.

Quant à nos frères, je sens en ce moment que mon affection pour eux n'est  pas moindre que pour nos chères soeurs ; ils sont même mes fils aînés et non seulement je chéris avec la plus tendre affection ceux qui sont restés fidèles et c'est bien le plus grand nombre, mais même les faux frères qui se sont trouvés dans quelques-uns de nos monastères que je ne veux pas nommer, parce que je ne veux pas même m'en souvenir. Dites-leur que je leur pardonne de bon coeur tout le mal qu'ils m'ont fait. Je prie Dieu qu'il leur pardonne celui qu'ils ont fait à sa gloire et j'engage tous nos frères à leur pardonner celui qu'ils ont fait à tout l'Ordre ; mais je crois devoir leur tracer ici ce qui est marqué dans les constitutions auxquelles ils désiraient peut-être d'être soumis.

Chapitre LXX - Comment doivent être punis ceux qui sollicitent des lettres contre les statuts de la congrégation ?

Quiconque aura la témérité de solliciter sans permission... des privilèges, des indulgences, des mandements ou des lettres quelconques contraires aux statuts de la congrégation, ou qui aura la hardiesse d'en user, encourra la sentence d'excommunication et la privation de son  abbaye et de son office, s'il est en charge. S'il est simple religieux il sera détenu tant que...; de plus, ceux qui enverront en cour romaine des lettres d'où il pourrait résulter quelque chose de nuisible à la congrégation ou à ses constitutions, seront privés de voix active pendant trois ans, s'ils sont en dignité.

Chapitre LXXXIII - Quelle peine doit-on infliger à ceux qui résistent à l'ordre de leurs supérieurs ?

Quoiqu'il soit tout à fait contre nature que l'on prenne les armes contre sa propre mère, cependant, comme il n'est aucune action si détestable dont un homme méchant ne soit capable, on a résolu par le présent décret que quiconque aura commis ce crime abominable,... sera condamné à la peine portée par les lois contre les conspirateurs.

Cette lettre est demeurée un jour et une nuit sur l'autel du tombeau de St Benoît, entre ses reliques et celles de Ste Scholastique ; ainsi recevez-là comme venant de leur part.

 Je dis mille choses tendres à nos chers frères convers et donnés que je n'oublierai jamais. Dites à nos chers et petits enfants,  car s'ils sont sages, talium est regnum caelorum, combien leur salut m'est à coeur et combien j'étais prêt à faire de choses pour les sauver ; j'en ai vu au Mont-Cassin qui n'ont que sept ans et qui vont à matines tous les jours.

Je me recommande instamment aux prières de tous et suis, en leur souhaitant toutes les bénédictions possibles, tout à eux pour le temps et pour l'éternité.

F. Augustin,
Abbé des Religieux et Religieuses de Notre-Dame de La Trappe.  

N.B. Je vous prie tous en général et chacun en particulier, comme si cette lettre n'était que pour lui, de me pardonner tous mes manquements à votre égard, qui sont partis de mon imperfection, mais non pas de mon indifférence et de mon défaut d'amour pour vous.

Faites des copies bien en règle et bien écrites de cette lettre et envoyez-les dans toutes nos maisons, 1° à Aiguebelle; 2° à Belle-Fontaine pour les frères et les  soeurs ; 3° à La Meilleraie, par Nantes, département de la Loire Inférieure ; 4° à Lyon ; et chargez nos soeurs d'en faire des copies pour Bayeux, pour Montigny, pour l'Angleterre, pour Louvigné-du-Désert, par Fougères, (Ille-et-Vilaine). N'oubliez pas Westmal, par Anvers, et nos frères qui sont en Alsace, non plus que ceux de Belleveaux, par Besançon, mais commencez par Lyon.

P. S. Rome, ce 12 novembre 1826. Mettez à la fin de la lettre : Le grand danger est passé, mais il peut revenir. Ainsi je me recommande encore une fois aux prières de tous, mais bien plus pour le salut de mon âme que pour la santé de mon corps. Vous devez comprendre que ce sont mes dernières volontés et que ce serait un grand crime de ne pas les remplir exactement et promptement. (La lettre est adressée au prieur du monastère de la Sainte-Baume.)

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