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Abbaye de Tamié

Enquête de 1826

Demandée par le St-Siège
blason bellevaux
Enquête du Cardinal Pacca,
Préfet de la Congrégation des Évêques et des Religieux
Auprès des évêques de France ayant des monastères trappistes
dans leur diocèse


Lettre du cardinal Pacca à l’archevêque de Besançon

2 juin 1826

Très Illustre et Révérend Seigneur et Frère,

Rien ne peut être plus conforme à la paternelle attention et au zèle extrême de notre Très Saint Père le Pape Léon XII que des Ordres Réguliers réapparaissent et fassent fleurir dans la Maison de Dieu des germes de vertus, afin qu’ils en reviennent au premier parfum de la Sainteté, unique but poursuivi par leurs fondateurs au début de leur oeuvre.

Dans le très florissant Royaume de France, la Congrégation des Moines Cisterciens appelés “Trappistes de la Stricte Observance” se développe sans cesse et l’on voit se fonder dans différents diocèses des Monastères tant d’hommes que de femmes et du Tiers-Ordre. Toutefois, ils ne s’appuient pas sur l’édification absolue des fidèles : en effet, ils sont dirigés depuis trop longtemps soit par une orientation privée ou par un gouvernement douteux, soit selon une Règle non encore approuvée par l’Église ou avec une rigueur excessive. Ils se sont éloignés aussi de la primitive Règle de Saint-Benoît par le fait de fondations ou de réformes irréfléchies.

Des plaintes, et pas en petit nombre, ont été portées au Siège Apostolique, venant même des Révérends Évêques de France, pour lui demander instamment d’apporter les remèdes opportuns et nécessaires au bien tant spirituel que matériel des Monastères.

C’est pourquoi, afin de procéder en une si grave affaire à l’habituel examen, mûri et avec jugement et pour trouver des prescriptions et doctrines saintes, faisant converger entre elles les circonstances de temps, de personnes et de lieux, le Très Saint-Père, ayant tout d’abord fait venir à Rome le Père Augustin de Lestrange qui se trouve très bien au courant de ces fondations, a voulu confier l’affaire qui est à étudier, à la Sacrée Congrégation préposée aux affaires et consultations des Évêques et des Réguliers pour qu’elle lui apporte son jugement après avoir mûrement pesé chaque chose. Il ordonna aussi, avant que l’affaire ne fût proposée en Congrégation générale, que tout fût soumis au jugement de trois Éminentissimes Pères de la Sacrée Congrégation nommés spécialement, de façon qu’ils éliminent toute ambiguïté et tout doute possible et les déclarassent tels.

La Congrégation spécialement nommée s’est donc réunie dans mes locaux le 11 mars dernier et il fut décidé que les Évêques des diocèses respectifs des monastères feraient avec diligence et discrètement leur enquête sur tous les points de l’Instruction suivante et aussi que lesdits monastères y recouraient et y référeraient en tant que délégués du Siège Apostolique.

Le Saint Père a approuvé ce décret le 14 avril et en a ordonné l’exécution.

Ainsi donc, il reviendra à votre Grandeur d’enquêter sur le monastère de Trappistes dit “de Bellevaux”, qui se trouve dans votre diocèse.

La Sacrée Congrégation souhaite être instruite sur ces articles par un compte-rendu sur le Monastère de Bellevaux, qui compte environ douze moines, dont les biens se montent à 20.000 livres et qui a été fondé par le R.P.Augustin [de Lestrange]. Elle propose donc que Votre Grandeur veuille bien enquêter de façon secrète auprès du Chapitre des moines et de chacun pris séparément. Voyez l’état du monastère lui-même et tout ce qui doit être sérieusement examiné et réformé, et ajoutez votre avis personnel. Chaque article précisé plus haut est confié à la prudence et au zèle de Votre Grandeur, en qui la Sacrée Congrégation met sa plus haute confiance.

Et entre autres choses, de tout mon coeur, j’implore du Seigneur pour Elle-même toutes choses heureuses. De Votre Grandeur,

Rome, 2 juin 1826
Rempli de zèle comme votre frère,
D. (?) Cardinal Pacca, Préfet

__________________________________________________________________________________
Réponse de l'évêque
Personnellement empêché de me déplacer et de peur que ma présence insolite donne lieu à des bruits vagues et téméraires, j'ai chargé M. Lombard, prêtre missionnaire...
Que soit précaire la condition de la maison de Bellevaux (dom Eugène Huvelin âgé, pas de supérieur en vue, très peu de sujet) c'est facile à comprendre. Votre Éminence pourra comprendre que je me persuade que cela ne pourra durer longtemps et que mon diocèse sera peut-être privé de ce stimulant de pénitence et d'édification ce que je ne perçoit sans douleur et sans crainte.
Comme il n'y a dans le diocèse de Besançon aucun monastère de Trappistes soumis à la juridiction de mon vieil ami, le R.P. Augustin de Lestrange, je ne puis répondre aux questions 14, 15, 16.

Réponses de Dom Eugène Huvelin prieur de Bellevaux,
aux questions du Cardinal Pacca,
et posées par l’intermédiaire de l’abbé Lombard,
missionnaire de Beaupré, délégué de Mgr de Villefrancon,
archevêque de Besançon
28 juillet 1826

 

Transcription et traduction de Mme Colette Barbier-Loichot

 

Nous, nommé le 27 juillet par l’Illustrissime et Révérendissime Archevêque de Besançon, en qualité de délégué pour nous rendre au monastère de Bellevaux, de la réforme de Sept-Fons, ayant été mandaté pour y poser les questions notifiées le 2 juin par Son Éminence le Cardinal Pacca au susdit Prélat, nous sommes venus en cette maison le 28 juillet 1826 et nous avons rempli notre mission comme suit.

Tout d’abord, nous avons rencontré le R.P. Eugène Huvelin, supérieur dudit monastère, auquel, après lui avoir fait part de notre mission en même temps que des lettres de S.E. le Cardinal Pacca, nous avons posé les questions suivantes.

En premier lieu, nous lui avons demandé pourquoi, dans les lettres de S.E., les moines de Bellevaux sont appelés Trappistes et non pas plutôt “de Sept-Fons”, pourquoi aussi est-il dit que le monastère a été fondé par le Rév. Dom Augustin de Lestrange, abbé de la Trappe, alors que c’est un fait établi que Dom Eugène, prêtre profès de l’abbaye de Sept Fons, est venu avec deux moines profès de cette même abbaye, a acheté la maison de l’abbaye de Bellevaux et qu’il s’y est installé en 1818 avec l’accord de l’Ordinaire, dans le but de ranimer l’antique réforme de Sept-Fons et de vivre selon cette réforme.

À cela, Dom Eugène a répondu :

Il y a maintenant trois ans, Dom Augustin est venu nous trouver. Ses compagnons me dirent que son intention dans cette démarche était de m’amener à associer mon monastère à la société de la Congrégation de la Trappe, à la tête de laquelle il se trouve ; ils me dirent aussi que Dom Augustin ne voulait pas me parler lui-même d’être désigné comme prieur de cette union et ils me poussèrent à le faire moi-même.

Je signifiai alors franchement au Rév. Dom Augustin que je voulais instituer dans la propriété de Bellevaux que j’avais achetée, une maison de la Réforme de Dom de Beaufort, abbé de Sept Fons, réforme selon laquelle j’avais profession.

Dom Augustin a paru approuver ma façon de voir et s’offrit même comme protecteur de notre Maison. Si donc il avait voulu réunir notre Maison aux monastères dont il est le supérieur et pour lesquels il sollicite l’approbation du Siège Apostolique, ce n’était pas en tant que fondateur ou supérieur, mais seulement pour nous rendre service.

Tout cela ressort des lettres que Dom Augustin m’a écrites le 18 mai 1825, de ma réponse du 29 mai de la même année et des nouvelles lettres que Dom Augustin m’a envoyées de Rome le 22 juin 1826.

Toutes ces lettres, nous les avons lues en entier.

Ensuite, nous avons posé à Dom Eugène les treize questions contenues dans les lettres de S.E. le Cardinal Pacca, questions que nous reproduisons ici littéralement, avec les réponses.

1° Est-ce que les moines (de Bellevaux) dans leurs offices, dans leurs chants, suivent le rite prescrit dans le Rituel, le Missel, le Bréviaire et le Martyrologe romains et monastiques, ainsi que cela a été imposé le 20 avril 1822 par la Sacrée Congrégation des Rites, ou bien est-ce qu’ils suivent un autre rite ; sont-ils attachés à d’autres usages introduits récemment ou autrefois.

Réponse : Les moines se servent du Missel, du Bréviaire, du Rituel et du Martyrologe cisterciens, tels que prévus et approuvés depuis longtemps.

2° Quelle est la Règle suivie par les moines : est-ce l’ancienne Règle de Saint Benoît, ou celle issue de la réforme du Père Abbé de Rancé de Bouthilliers, ou encore une autre Règle introduite récemment, et quels sont les sentiments et le désir des moines quant à l’observance de cette Règle.

Réponse : Les moines suivent la Règle de Saint Benoît telle que réformée par Dom Eustache de Beaufort, abbé régulier de Sept-Fons du diocèse d’Autun, en 1663.

3° Dans les liturgies et le service divin, le chant est-il réduit en assez grande proportion et de combien, au point que les moines en subissent un grave dommage pour leur salut ?

Réponse : Toutes les parties de l’office divin sont chantées selon les règles tous les jours de fête et les dimanches. Si elles ne le sont pas les autres jours, c’est parce que les moines ne sont pas assez nombreux.

4° Est-ce que les travaux manuels ou toute autre pratique de travail sont de nature à épuiser les moines par leur violence et leur durée ; est-ce que ces travaux sont en rapport avec leurs forces ?

Réponse : Les moines de choeur vaquent à des travaux manuels seulement trois heures par jour, en partie avant, en partie après midi ; les frères convers quant à eux travaillent environ sept heures ; ces travaux consistent à cultiver la terre dans l’enceinte du monastère. Certains travaillent dans un petit atelier d’imprimerie.

5° Quelle est la nourriture des moines, aussi bien les jours d’abstinence que les autres jours de l’année, et est-elle suffisante ? Quels sont les aménagements prévus pour les vieillards, les faibles et les malades ?

Réponse : Les jours ordinaires, les moines sont nourris de soupe et de deux portions de légumes ; ils n’ont jamais de poisson, ni d’oeufs, ils reçoivent de plus un peu de fruits ou de fromage et du pain presque à volonté.

Au repas du soir, ils ont une seule portion et des fruits. Les jours de jeûne, si c’est un jeûne d’Ordre (en plus de ceux de l’Église) ils ont le même repas mais une heure plus tard, et vers le soir une collation avec fruits ou fromage.

Si c’est un jeûne d’Église, c’est le même repas mais il n’y a pas de fruits par trois fois dans les semaines de l’Avent et du Carême, et pour la collation, il y a seulement quatre onces de pain ; le sixième jour (= le vendredi) des semaines de Carême, il n’y a qu’une seule portion au repas de midi, et le sixième jour de la Pâque (= le Vendredi saint), il y a seulement du pain.

Les malades et les vieillards de la communauté prennent un petit déjeuner le matin, et pendant leur convalescence ils ont droit en plus à des oeufs.

À l’infirmerie, on donne des viandes ordinaires, sauf les jours d’abstinence prescrits par l’Église et de la Septuagésime jusqu’à Pâques.

6°- Les moines boivent-ils du vin chaque jour, spécialement s’il s’agit de soutenir la faiblesse des malades et des infirmes, et quel régime est appliqué à ces derniers ?

Réponse : Au repas de midi, chacun reçoit douze onces de vin et huit au repas du soir, et quatre onces de plus s’il s’agit de la boisson appelée vulgairement “piquette”. Les malades sont soignés aussi bien que possible, comme le prévoit la Règle de Saint Benoît. Ils reçoivent en quantité suffisante les soins médicaux, du vin et de la viande.

7°- Quel pouvoir, quelle autorité exercent les supérieurs locaux sur ceux qui leur sont soumis ; de qui dépendent ces supérieurs, surtout dans les affaires qui dépassent le niveau ordinaire de leurs pouvoirs ?

Réponse : L’autorité des supérieurs sur ceux qui leurs sont soumis s’exerce suivant la Règle de Saint Benoît pour le for interne ; pour le for externe, l’autorité procède de l’Illustrissime et Révérendissime Archevêque de Besançon.

Le 20 mai 1818, les moines ont reçu de Dom Durand, administrateur du Diocèse pendant la vacance du siège, de pouvoir de se retirer à Bellevaux, suivre la règle de leur pieux réformateur, porter l’habit monastique, choisir leur supérieur, admettre des postulants au noviciat, puis à la profession, construire une chapelle domestique.

Tout cela a été confirmé le 15 novembre 1819 par Mgr l’Archevêque de Pressigny.

8° Qui organise et effectue les visites du monastère ? Quand sont-elles faites et par qui ?

Réponse : Les visites du monastère ont lieu selon le jugement et à la discrétion de l’Ordinaire.

9°- Est-ce que, à cause de la rigueur de l’une ou de l’autre des règles de l’observance, ou à cause des ordres des supérieurs, surgissent de fréquentes maladies qui rendent les moines inaptes au service divin et à la vie de la communauté. Est-ce que, parmi les moines des murmures surgissent ? Y-a-t-il lieu de censurer, modérer, réformer ?

Réponse : Les moines ne suivent aucune autre règle que celle de Saint Benoît et le supérieur n’a pas le pouvoir de s’en éloigner. Ainsi les moines se sont-ils toujours bien portés et depuis huit ans, aucun d’eux n’est mort de maladie. Le supérieur a affirmé qu’il n’avait jamais entendu des moines se plaindre à ce sujet.

10°- Quelles sont les mortifications corporelles et les pénitences tant publiques que privées dont sont frappés les moines, et est-ce que, dans les contraintes qu’on leur inflige, on peut relever quelque chose d’excessif ou de peu convenable ?

Réponse : Les pénitences publiques : au réfectoire, manger à genoux, se prosterner à la porte, embrasser les pieds des religieux, réciter le Miserere en se prosternant ; il faut aussi se prosterner si on fait tomber quelque chose de la table par sa faute.

En ce qui concerne les pénitences privées, les moines se donnent la discipline à leur discrétion pendant l’année, deux fois le sixième jour de la semaine au temps de l’Avent, trois fois pendant le Carême.

11°- Est-ce que le monastère a des moyens d’existence suffisants, proportionnés au nombre des moines ; leurs revenus sont-ils assurés, constitués de revenus sûrs, assis sur les largesses de donateurs ; par qui sont-ils gérés et sous quel nom ?

Réponse : Nos moyens d’existence sont les suivants :

1- Les récoltes levées sur 10 arpents clos et 3 autres arpents hors clôture ; ces 3 arpents, les moines se les sont procurés depuis huit ans grâce à leur épargne ;

2- Le produit de notre petite imprimerie ;

3- Les offrandes versées spontanément par les pélerins qui viennent à notre chapelle extérieure de l’archevêque Pierre de Tarentaise, qui est mort dans cette abbaye de Bellevaux et dont les reliques, ici, sont entourées d’une grande veneration ;

4- Enfin, les pensions ecclésiastiques auxquelles ont droit trois d’entre nous.

Bien que nous soyons pauvres, non seulement nous n’avons pas de dettes, mais encore nous exerçons une généreuse hospitalité envers beaucoup de gens qui nous jalousent ; nous servons chacun selon son état, mais nous ne donnons pas de viande.

12° Combien y-a-t-il de moines, de prêtres et de convers, combien de novices, de postulants ? Est-ce que les limites du monastère constituent une clôture ?

Réponse : Il y a deux prêtres ; nous en attendons un troisième en octobre, Dom Bertrand, de l’abbaye de Morimont. Il y a quatre religieux de choeur, cinq convers, quatre novices de choeur et deux novices convers. Nous n’avons pas de postulant.

Les limites du monastère constituent une clôture parfaite.

13°- Enfin, y-a-t-il des abus et lesquels, qu’il faille immédiatement réformer dans les cloîtres ?

Réponse : Dom Eugène ne remarque aucune déviation, du moins pas essentielle, et la rumeur publique ne les accuse de rien.

Ensuite, et pour nous conformer entièrement aux souhaits de S.E. le Cardinal Pacca, nous avons rassemblé la communauté et après lui avoir adressé une courte allocution, nous avons interrogé les moines à part, un par un, sur l’observance des règles, sur les déviations qui peut-être se seraient glissées. Nous leur avons demandé s’ils avaient à se plaindre de leur supérieur, au sujet des pénitences imposées, de la dureté des travaux, de leur santé, de la nourriture. Sont-ils satisfaits de leur état ? La paix règle-t-elle entre eux ? etc...

Tous unanimement comblèrent leur supérieur de louanges, chantant ses vertus, son discernement, sa bonté parfois excessive ; aucun d’eux ne s’est plaint du travail, des pénitences, de l’état de santé, de la nourriture.

Ils nous ont tous semblé apprécier et aimer leur état.

Il y en a un cependant qui prétend avoir émis ses voeux par respect et obéissance vis-à-vis de ses parents, ce qui est difficile à croire car il avait alors 22 ans.

Un autre nous a signalé un petit défaut de clôture ; nous avons pris aussitôt les dispositions nécessaires.

Quelques-uns s’étonnent de ce qu’un moine-prêtre espagnol n’est pas toujours du même avis que le supérieur ; il a parfois toléré des observances insuffisamment conformes à la réforme de Dom de Beaufort. Nous avons cherché à y remédier. Du reste, cet espagnol, que Dom Eugène a nommé maître des novices avec plus de bonté que de discernement, nous a paru d’un naturel un peu rude, inconstant et aimant dominer.

Quelques-uns se sont plaints de ce qu’on ne gardait pas assez bien le silence. Nous en avons fait l’observation au supérieur.

Tous se font du souci et éprouvent même une certaine angoisse quant à l’avenir : qu’arrivera-t-il d’eux après la mort de Dom Eugène, puisqu’aucun parmi eux ne peut devenir supérieur à sa place ?

Nous nous sommes efforcé, quant à nous, de leur rendre espoir et courage, leur représentant bien sûr que la Providence n’abandonne jamais ceux qui se confient en elle. Peut-être leur enverra-t-elle, du vivant encore de Dom Eugène, un supérieur qui leur convienne, Dom Bertrand ou un autre, surtout s’ils se montrent parfaitement fidèles à la Règle ?

 

Toutes choses ayant été consciencieusement évaluées, ce monastère nous a paru être grandement utile à la religion, en offrant un asile aux grands pécheurs aussi bien qu’aux bons prêtres et même aux laïcs désireux de faire retraite, comme c’est arrivé plusieurs fois ; aussi faut-il grandement souhaiter qu’il puisse se maintenir.

Mais hélas ! outre que ce monastère n’a pas d’existence légale, il semble qu’il ne puisse que très difficilement survivre après la mort du Révérend Dom Eugène, qui est déjà âgé de 84 ans ; il y a en effet peu de religieux-prêtres ; il sera extrêmement difficile de trouver à cette maison un supérieur convenable ; en effet, il n’est pas du tout assuré que Dom Bertrand, qui fut religieux prêtre à Morimond, vienne se retirer à Bellevaux en octobre prochain, ni qu’il puisse être un bon supérieur.

Et ces observations, bien que nous les fassions à contre-coeur, nous avons estimé de notre devoir de les soumettre à notre Illustrissime et Révérendissime Archevêque de Besançon.

En foi de quoi, nous avons signé le présent procès-verbal.

À Bellevaux, le 28 juillet 1826,
Jean Lombard, prêtre de la Mission de Beaupré du diocèse de Besançon