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Blason Bellevaux
Incorporation de la communauté de Bellevaux
à l'Ordre de Cîteaux

4 ou 7 juillet 1830


 

Père Jérôme Verniolle ; Histoire des Trappistes du Val-Sainte-Marie, 4ème édition, Bruxelles, 1841,

p. [24...57]

 

[Dom Eugène Huvelin commença à Bellevaux avec Fr. Hyppolite, ancien convers de Sept-Fons devenu choriste et Fr. Sabas autre convers de Sept-Fons]. Bientôt il arriva des novices de chœur et des frères convers. En quelques années la communauté fut de vingt personnes. Sa joie aurait été au comble si le Seigneur lui eût envoyé quelques bon prêtre capable de le seconder et de le remplacer à mesure que ses infirmités augmentaient, mais il n’était pas facile à ceux qui avaient le désir d’aller joindre dom Eugène, de le réaliser. Mgr de Villefrancon, archevêque de Besançon, accablé par les demandes des paroisses sans pasteur ne souffrait pas que ses prêtres s’en allassent dans la retraite. Dom Eugène ne pouvait plus espérer du secours de ses confrères Sept-Fonistes s’adressa à l’abbé de la Trappe du Port-du-Salut, près Laval. il lui représenta que son grand âge l’avertissait de sa fin prochaine, qu’il devait songer à conserver la communauté et lui procurer un supérieur, qu’il le priait de lui en envoyer un capable de remplir cette fonction, avec quelques religieux pour soutenir Bellevaux. Dom Bernard abbé du Port-du-Salut ne s’y refusa point sous la condition cependant que Dom Eugène embrasserait la réforme de la Trappe [1]. Cette réponse si contraire aux désirs et aux espérances du vénérable vieillard de Bellevaux, l’afflige sensiblement mais ne le découragea pas. Il lui était comme impossible à l’âge de plus de 80 ans d’abandonner cette réforme de Sept-Fons qu’il avait embrassée dès son enfance et qu’il n’avait pas cessé d’observer même dans le monde [2]. Nous tenons de bonne source qu’en exil et après sa rentrée en France, il couchait sur des sarments et ne vivait que de laitage, que son régime était si austère qu’il ne dépensait pas plus de dix centimes par jour. Ses démarches auprès de l’abbé de Laval ayant été inutiles, il crut en avoir assez fait pour soutenir sa communauté. Dieu fera le reste, disait-il, s’il veut la conserver. L’avenir ne l’inquiéta plus autant. Il continua de travailler avec zèle à faire refleurir Bellevaux autant du moins que les circonstances pouvaient le lui permettre. Il mit le peut de terrain qu’il avait acquis en bon état de culture, répara les bâtiments dégradés et rétablit le culte de saint Pierre de Tarentaise. [...] Il mourut de la mort des justes le 29 mars 1828, il était alors des la 86ème année de son âge et la 66ème de sa profession religieuse.

 

Plusieurs personnes respectables avaient essayé d’établir la réforme de la Trappe à Bellevaux sans y pouvoir réussir. Dom Bernard, abbé de Laval l’avait propose à Dom Eugène, Dom Augustin de Lestrange, abbé de la Grande-Trappe était venu en Franche-Comté et avait été prié d’aller voir Dom Eugène à Bellevaux; il y fut accompagné d’un directeur du grand séminaire de Besançon. Ils représentèrent à Dom Eugène qu’à son âge, n’ayant personne pour le seconder, il aurait bien de la peine à soutenir la réforme, et qu’il ne pouvait mieux faire que de se réunir à la Trappe. Le bon vieillard ne se décida pas à cette démarche, il espérait toujours que le Seigneur lui enverrait quelques sujet instruit, capable de le remplacer et de consolider son ouvrage. Dieu ne jugea pas à propos de réaliser les espérances de Dom Eugène qui fut toujours seul jusqu’à la fin. Accablé d’infirmités et plus qu’octogénaire, il était oblige de tout faire dans sa maison. Cependant l’oeuvre de la réunion complète de Sept-Fons à la Trappe ne fut que différée et Dieu le permit ainsi, parce qu’il voulait l’opérer par l’entremise de Monseigneur de Rohan. [...]

Dès que ce prélat fut arrivé dans son diocèse, il s’informa de la situation de Bellevaux et prit à coeur le bien et la prospérité de cet établissement. Dom Eugène n’existait plus, sa communauté privée de sa présence et de son secours, s’affaiblissait de jour en jour. L’archevêque voyait avec douleur ce dépérissement et désirait ardemment de pouvoir y porter remède ; Dieu exauça ses vœux, les religieux de Bellevaux lui écrivirent qu’ils étaient disposés à se réuni à la trappe et le prièrent de leur obtenir de quelques abbaye de cet Ordre des religieux qui voulussent venir à Bellevaux et soutenir leur maison. Monseigneur de Rohan accueillit avec un saint empressement le désir des religieux, il écrivit au R.P. Germain de la Trappe du Gard près d’Amiens, lui exposa les besoins de la maison de Bellevaux et l’intention qu’elle avait de se réunir à la congrégation la Trappe et le pria de lui envoyer quelques-uns de ses religieux, en promettant de les protéger et de ne rien négliger pour faire prospérer l’établissement. Les Frères de Bellevaux écrivirent eux-mêmes à Dom Germain. leur lettre était si humble et si pressante que l’abbé du Gard se hâta de faire partir six frères qui arrivèrent à Besançon au commencement de juillet 1830.

Il les chargea d’une lettre pour le cardinal auquel il témoignait le bonheur qu’il éprouvait de pouvoir se rendre à ses désirs, de secourir les religieux de Bellevaux, de soutenir leur maison affaiblie par la mort de dom Eugène et de leur envoyer quelques bons sujets. Il lui recommandait en même temps la petite colonie, partie du Gard, persuadé qu’elle trouverait dans Son Éminence un père et un protecteur qui la dédommagerait du sacrifice qu’elle faisait en s’éloignant du Gard pour aller dans une terre lointaine porter du secours aux enfants désolés de Dom Eugène devenus orphelins. [...] Monseigneur de Rohan embrassa les religieux à leur arrivée comme ses plus chers enfants, les conduisit lui-même dans sa cathédrale et alla se prosterner avec eux aux pieds de la Sainte Vierge ; il la pria de prendre de nouveau les Trappistes sous sa protection et de bénir leur entrée dans son diocèse. Il les fit loger au séminaire et s’empressa de les visiter. Le lendemain (c’était un dimanche 4 juillet) le cardinal devait officier à la métropole et à St-Pierre ; les religieux assistèrent aux offices divins dans ces deux églises. [...] Mgr voulut aller  installer lui-même les religieux à Bellevaux. Le clergé et les fidèles arrivèrent de tous côtés pour voir la cérémonie et prendre part à la joie du cardinal et des religieux. Dom Stanislas, prieur de la communauté adressa à Son Éminence un discours qui plut à tout le monde. [...] Il remercia au nom de la communauté le cardinal de l’insigne faveur qu’il lui faisait par sa visite et de la protection qu’il lui avait promise. Il l’assura que jamais cette communauté n’oublierait un jour si beau et qu’une de ses plus chères occupations serait de prier le Seigneur pour Son Éminence à qui elle était redevable de sa conservation et de son affiliation à la Congrégation de la Trappe. [...]

Le cardinal se proposait de faire nommer Dom Stanislas abbé, la nomination et la bénédiction devaient avoir lieu après le retour d’un voyage que Son Éminence était obligée des fair à Paris. Les circonstances ne lui permirent pas de réaliser ce projet.

Ainsi fut consommée cette union de Sept-Fons et de la Trappe qui avait autrefois commencé avec l’établissement de la réforme dans ces deux abbayes et qui s’accrut ensuite au point qu’on regardait ces ceux monastères comme ‘en faisant qu’un et que les séculier mêmes se plaisaient à les confondre par ces mots remarquables : Sept-Fons, c’est la Trappe.

Au moment de la Révolution, l’assemblée constituante ayant décrété la suppression de la Trappe et de Sept-Fons, comme celle des autres monastères, un très grand nombre de religieux de Sept-Fons se réunirent aux Trappistes de la Valsainte [Dom Augustin de Lestrange étant abbé] et ne formèrent avec eux qu’une seule communauté. Dom Eugène Huvelin y alla aussi, mais ne se sentant pas appelé à y rester, il en sortit avec le désir de faire revivre Sept-Fons, ce qu’il voulut exécuter à Bellevaux. Mais après sa mort, les religieux ne crurent pas pouvoir continuer cette réforme, ils se réunirent aux Trappistes de la Valsainte.



[1] - Cette réforme était celle très austère de la Valsainte qui était mise en cause par l’enquête demandée par le Cardinal Pacca. Les Frères Hyppolite et Sabas avaient suivi Règlements de la Valsainte alors qu’ils faisaient partie du monastère clandestin de Grosbois près de Paris, avant l’interdiction de 1811. Avec Dom Eugène ils avaient pratiqué ceux tout aussi austères que dom Jalloutz avaient fait accepter au Val-des-Choux et à Sept-Fons en 1765, jusqu’à la suppression en 1792. Tous trois devaient se rendre compte qu’une telle austérité passé le temps de l’enthousiasme des débuts, n’était guère soutenable à long terme, comme ce le fut également à la Valsainte en 1794.

[2] - Dom Eugène était rentré à Sept-Fons en 1762 alors qu’on y pratiquait les Règlements de Dom Eustache de Beaufort, établis en 1663 et proches de ceux de l’abbé de Rancé. Les Règlements de Dom Jalloutz avaient renchéris sur cette austérité. Au moment de la Révolution, la communauté de Sept-Fons et les autres furent dispersées, chacun vivant alors comme il pouvait ses engagements monastiques sans une communauté pour le soutenir. À la reprise de la vie communautaire à Bellevaux, les trois anciens décidèrent de se conformer aux Règlements de Dom Eustache de Beaufort.


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Actes du premier Chapitre général
Année 1835

Première session le 24 mai

Après la messe solennelle du Saint-Esprit, célébrée par le très Révérend Père Abbé de La Trappe, à l'issue de None, se sont réunis en Chapitre, au nombre de huit, les Abbés et Prieurs titulaires dont les noms suivent :

- TRDD Joseph Marie, abbé de la Trappe ;
- RD François d'Assise, abbé de Bellefontaine ;
- RD Fulgence, abbé de Port-du-Salut ;
- RD Stanislas, abbé du Gard ;
- RD Pierre, abbé du Mont-des-Olives ;
- RD Bernard, prieur claustral d'Aiguebelle, pour le RD abbé, âgé de plus de quatre-vingt-dix ans ;
- RD Jérôme, prieur titulaire du Val-Sainte-Marie ;
- RD Didier, prieur titulaire de Sainte-Marie-du-Mont.

1°- L'hymne du Saint Esprit étant chantée, tous prennent place et le TRP abbé prononce un discours [...].

2°- Les excuses des absents sont discutées. [...]

3°- Lecture est faite de la très honorée lettre du TR Archevêque de Besançon, lettre dans laquelle le prélat témoigne de sa bienveillance envers un de nos monastères [Le Val-Sainte-Marie] et envers notre Chapitre général. On désire qu'une réponse lui sera adressée.

4°- On propose la trop vieille querelle existant entre le TR évêque de Cambrai et l'abbé du Gard au sujet du monastère du Mont-des-Cats. [...]

 

Deuxième session - 25 mai

Après Prime.

1°- Le secrétaire lit la réponse à l'Illustrissime Archevêque de Besançon ; tous la signent.

2°- On juge opportun et très utile de signer une adresse à l'évêque du diocèse qui vient d'acquérir de nouveaux droits à la reconnaissance du monastère de La Trappe.

3°- Pour prévenir désormais toute dispute au sujet de la préséance dans l'ordre de siéger en Chapitre, cet ordre est réglé d'après l'origine des monastères et les raisons ci-dessous.

- Le TRP abbé de la Trappe, nommé par le Saint-Siège vicaire général perpétuel de toute la Congrégation à cause de son abbaye d'où toutes les autres Trappes tirent leur origine.

1°- Le RD abbé de Meillerey. Ce monastère entièrement transféré en France en .............avait été fondé en Angleterre dans l'année .............. Cette dernière date est celle de sa véritable origine.

2°- Le RD abbé du Port-du-Salut (21 février 1815)

3°- Le RD abbé de Bellefontaine (1816)

4°- Le RD abbé du Gard (1816) Les abbés de ces monastères sont désignés dans un décret de Rome (3 octobre 1834) à l'instar des quatre premiers assesseurs de l'abbé de Cîteaux, comme visiteurs du monastère de la trappe, et eux plutôt que d'autres, non pour des raisons particulières, mais seulement à cause de leur rapprochement.

5°- Le RD abbé d'Aiguebelle (27 janvier 1816) ;

6°- Le RD abbé du Mont-des-Olives (1825) ;

7°- Le RD Prieur titulaire de Briquebec (1825). Le Chapitre déclare cette maison fille de Port-du-Salut, attendu que c'est par des moines envoyés par cette dernière qu'elle a été affiliée à l'Ordre, bien qu'elle existât auparavant. (Voir les actes de la dixième session) ;

8°- Le RD Prieur titulaire du Mont-des-Cats (26 janvier 1826) ;

9°- Le RD prieur titulaire du Val-Sainte-Marie (4 juillet 1830). Ces deux monastères sont filles du Gard.

4°- Le RRDD abbé désigne comme promoteur du Chapitre, le RD Fulgence, et comme secrétaire, le RD François d'Assise. À cause du petit nombre de pères, il ne juge pas nécessaire de nommer à d'autres fonctions.

 

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Le Registre des vêtures et profession du monastère de Bellevaux
porte la mention suivante :

 

Le 28 juillet 1817, l’abbaye de Bellevaux fut acquise par les religieux de Sept-Fons, aidé de M. l’abbé Barlay, ladite acquisition ainsi que la réunion desdits religieux a été ensuite autorisée par Monseigneur l’archevêque de Besançon, avec la permission d’y admettre les sujets qui auraient la volonté d’embrasser le genre de vie établi dans ladite maison, cette réunion a encore été approuvée par Monsieur le Préfet de la Haute-Saône, ainsi que cela paraît par sa lettre en date du 8 octobre 1817.

Les supérieurs ecclésiastiques ayant permis de consacrer une aile du cloître en chapelle privée et encore une autre chapelle extérieure en l’honneur de saint Pierre de Tarentaise, la première fut bénite le 5 juin 1818, par dom Eugène Huvelin, supérieur de la maison ainsi que la seconde qu’il bénit le 20 février 1820. Le Saint Sacrement est déposé dans ces deux chapelles où il doit se dire tous les jours la sainte messe.

 

[Adition postérieure] En 1830 se trouvant sans supérieur depuis deux ans, les religieux demandèrent unanimement à s’unir à l’Abbaye du Gard, au diocèse d’Amiens et à embrasser la réforme de M. de Rancé. Le R.P. Germain Gillon, alors Abbé du Gard consentit à devenir le Père immédiat de Bellevaux et leur envoya 6 de ses religieux, trois de chœur et trois convers. Ils furent installés le 7 du mois de juillet de l’année 1830 par Monseigneur le Duc de Rohan, prince de Léon, Cardinal nommé, archevêque de Besançon.

 

Le 2 juin 1830, il se trouve 7 religieux : 3 de chœur, 4 convers

Les Religieux envoyés du Gard sont :

- Dom Stanislas (Léopold Lapierre) de Paris (Seine) ;

- P. Jérôme (Jean Verniolle) de Prades (Arriège) ;

- Fr. Martin (Théodore Hermsen) de Maseyck (Gueldre-Belgique) ;


Les Frères convers :

- Fr. Marc (Pierre, Victor Aubé) d’Évreux (Eure) ;

- Fr. Pierre Joseph (Pierre, Joseph Léger) de Palluel (Pas-de-Calais) ;

- Fr. Antoine (Joseph Dechange) de Thuin (Belgique).

 

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