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Blason Bellevaux

P. Marie-Joseph DUNAND

1774-1850 - Moine de la Valsainte

Surnommé à la Restauration P. Joseph d’Amérique

P. 404 note b, 624, 634, 645, 677, 708, note 4, 721, 725-727

Jean-Pierre DUNAND est né le 29 avril 1774 à La Chapelle-lès-Rennes (maintenant La Chapelle-sur-Furieuse) près de Salins, dans le Jura, alors au diocèse de Besançon ; fils de Pierre-Claude DUNAND, vigneron et de Charlotte RICHELET. Il était petit séminariste quand éclata la Révolution. À 18 ans, au cours de l’été 1792 il se trouve enrôlé dans les Armées de la République. Plus tard, il serait passé en Suisse pour avoir refusé de tirer sur un prêtre réfractaire.

À la Valsainte - Il est admis à 23 ans, le 29 septembre 1797 comme maître du TIers-Ordre et trois ans plus tard, au retour de Russie, il obtient d’entrer au noviciat de chœur. Envoyé à Dribourg en avril 1801, il fait profession monastique en même temps que P. Paul-Augustin PIGNARD, le 13 décembre 1801, entre les mains de dom Augustin de Lestrange, en l’église cistercienne toute proche de Hardehausen, mais pour Darfeld, seule maison stable en cette région (cédule de profession, Archives de La Trappe -ALT-, cote 789 D). Il est envoyé ensuite à Velda.

Rentré à La Valsainte en 1803, il succède à P. Alexis DELAHAYE comme cellérier, au début de janvier 1804, quand celui-ci est envoyé à la fondation de Géronde et, dès le printemps, il va s’activer à l’aménagement de la Riedra pour les religieuses. Mais, au mois de mai dom Augustin le destine aux États-Unis pour aller seconder dom Urbain GUILLET et le fait ordonner précipitamment à Fribourg par Mgr Guisolan (1735-1814) sans préparation théologique suffisante, en même temps que P. Paul-Augustin PIGNARD : ordres mineurs et sous-diaconat le samedi des quatre-temps de Pentecôte : 26 mai, diaconat le 24 juin et sacerdoce le samedi des quatre-temps de l’Avent : 22 décembre 1804.

À 30 ans et demi, le 3 février 1805 il quitte donc La Valsainte avec un profès de chœur, trois autres devant aller les rejoindre directement à Amsterdam car lui avait une affaire à régler à Salins (Jura). Il embarque à Amsterdam le 20 mai.

Missions aux États-Unis - Arrivé à Baltimore le 14 août, il y trouve dom Urbain. Après quinze jours de repos il part pour le Kentucky où il rejoint la petite colonie le 10 octobre 1805. Il était porteur d’une lettre de dom Augustin qui l’instituait prieur. “Il ne tarda pas à faire valoir son autorité en tranchant assez fermement dans toutes les circonstances. Zélé pour l’observance littérale des Règlements, il voulait qu’on les observât sur tous les points, ce qui n’était guère possible dans ce climat, avec si peu de monde (…) Quand il était nécessaire de relâcher quelques crans, il disait qu’il était bon enfant, (…) mais il conservait toujours un fond de roideur”. (Relation anonyme, ALT, cote 55, pièce 39).

Le 3 février 1807 il va prendre possession de Casey-Creek avec les plus robustes du groupe. Au printemps 1089 il part avec le gros de la colonie pour Florissant (Missouri) et au printemps suivant, à cause de l’insalubrité du lieu, on se transfère à Indiana Mound, devenu Monk’s Mount près de Cahokia (Illinois), baptisé Notre-Dame du Bon-Secours. Fin juin 1810 il demande les pouvoirs de prêcher et de confesser à Mgr Flaget (1763-1850), nommé en avril 1808 évêque de Bardstown. Dom Urbain l’engage en effet dans le ministère et lui va y prendre goût.

Aussi, quand dom Urbain se transfère une fois de plus, en 1813, reste-t-il sur place avec l’autorisation de dom Augustin pour missionner vers le nord, le long du Mississipi, dans l’Illinois et Iowa, jusqu’à la hauteur de Prairie-du-Chien (Wisconsin). Comme il va rester huit ans coupé de l’Ordre et même, dit-on, passé à l’Institut Saint-Charles, cela lui vaudra plus tard à Bellefontaine, d’être traité d’apostat ! Mais en janvier 1818, Mgr Dubourg (1766-1833), évêque de la Louisiane, vient de La Nouvelle-Orléans se fixer à Saint-Louis avec une équipe de prêtres qualifiés. Il n’apprécie guère le missionnaire improvisé, franc-tireur, sans instruction qu’en P. Marie-Joseph et finit par le remercier en avril 1821, à son grand désappointement, l’obligeant à rentrer en France pour réintégrer sa communauté monastique. Il a 47 ans.

La Trappe et Bellefontaine - Débarqué au Havre, il arrive à La Trappe en février 1822. Tout dévoué à dom Augustin il se voit nommé prieur en juin, quand l’ensemble de la communauté se replie à Bellefontaine. Mais “grand parleur” il tient des propos déplacés à l’égard de Mgr Saussol qui finit par exiger son départ. Il est donc remplacé par P. Maur MORI le 1° mai 1823 et quitte La Trappe le 24 avril. Malgré son vif désir de retourner missionner en Amérique il est envoyé à Bellefontaine. Mais dom Augustin fait publier son Journal de Mission, à la suite du Mémoire de P. Vincent de Paule MERLE, sous le titre : Relation de ce qui est arrivé à deux religieux de La Trappe pendant leur séjour auprès des Sauvages, Paris, 1824, ouvrage tiré à deux mille exemplaires, dont un se trouve aux Archives de la Congrégation de la Propagande à Rome, mais dès le 16 avril 1825 l’abbé Badin, ancien vicaire général du Kentucky, alors en France, soumet à dom Augustin toute une liste de corrections à faire au Journal de P. Marie-Joseph (ALT, 218, dossiers 5 et 9, pièce 2)

Choisi par dom Augustin comme secrétaire pour l’accompagner à Rome, il vient le rejoindre à La Sainte-Baume fin juin 1825, mais “ayant pris la dysenterie deux jours avant le départ” (ALT 15, pièces 20 et 30) il doit rester pour se soigner et ne rentre à Bellefontaine qu’au mois d’octobre, après s’être attardé plus que de raison, semble-t-il, sur le chemin du retour. À Bellefontaine, il reste l’homme de confiance de dom Augustin qui en fait malheureusement son informateur privilégié, alors que c’est un intrigant qui trouble la paix et l’unité de la communauté par de faux rapports. La communauté, de son côté, le tient pour “un mauvais religieux, un mécontent, un irrégulier”.

 

Dom Augustin l’avait désigné dans son testament comme copropriétaire légal de La Trappe, avec P. Alexis DELAHAYE et P. Hilarion PÉCHOTTE. Lui, qui avait en effet perdu tout esprit religieux, exige sa part d’héritage et crée de telles difficultés à dom Joseph-Marie HERCELIN que l’Abbé Général par intérim, dom Antoine SAULNIER, doit intervenir. Très habilement, il lui suggère de vendre sa part pour une rente annuelle de 500 F payable par trimestre au supérieur du monastère où il accepterait de se retirer.

Bellevaux - Le contrat est passé devant notaire et il se retire à Bellevaux, où dom Eugène HUVELIN, seul prêtre de sa petite communauté, l’accueille volontiers au début de 1828 et le fait approuver comme confesseur. Mais après le décès de dom Eugène, le 29 mars, il devient supérieur de la communauté, il y est donc intégré, ce qui fait que La Trappe n’eut à verser à Bellevaux que 125 F de sa rente pour le premier trimestre de 1828. Au moment de l’arrivée des profès du Gard pour renflouer la communauté et la faire intégrer à l’Ordre de Cîteaux, P. Joseph passe dans le clergé diocésain.

Hors de l’Ordre - Il retourne à son village natal où il va faire fonction de vicaire avec le titre de prêtre habitué, mais sans demander (ou sans obtenir) la dispense de ses obligations monastiques et l’incardination au diocèse de Saint-Claude. C’est à La Chapelle-sur-Furieuse qu’il est décédé à 76 ans, le 11 juin 1850.

Notice rédigée par dom Gérard Guénot - Archives de La Trappe

 

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Le Registre des vêtures de Bellevaux porte 7 procès-verbaux de vêtures signés de F. M.-Joseph supérieur, le 21 sept. 1828 : deux ; les 16 oct. 1828, 31 mai 1829, 24 mars 1830, 25 avril 1830 et 6 juin 1830, une seule.

Le registre La Grâce-Dieu Tamié, Archives et livre des professions présente l’Origine et commencements de la communauté de la Grâce-Dieu note :

P. 2 - La mort de dom Eugène, arrivée le 29 mars 1828 dans sa 86° année de son âge, replongea Bellevaux dans de très grands embarras et mit son existence en danger. Depuis ce temps en effet, la règle et la discipline furent négligées, le supérieur ou plutôt celui qui s’était arrogé ce droit sans l’être en effet, contribua encore à augmenter le mal, en s’aliénant l’esprit des religieux et des habitants de la contrée, et la maison s’affaiblissant de jour en jour, était menacée d’une dissolution prochaine si un prompt secours n’était arrivé. (L’abbaye du Gard envoya 3 religieux de chœurs et 3 convers et Bellevaux fut rattaché à l’Ordre cistercien, dans la congrégation de La Trappe, le 4 juillet 1830)

P. 23 - Après sa mort (de dom Eugène) la communauté est dirigée pendant deux ans par un ancien profès de la Valsainte qui, sans avoir le titre de supérieur, y administre les sacrements et y remplit les autres devoirs du saint ministère, du consentement des autorités ecclésiastiques.

 

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AAb7F - Abbaye du Gard

2 juin 1830 - Besançon — Copie d’une lettre de Delongpray à l’abbé du Gard

[...] Ce religieux profès de la Valsainte dont je vous ai parlé, qui dessert les religieux de Bellevaux, comme aumônier a fait un tel ascendant comme confesseur, comme prêtre, qu’il a pris beaucoup de part dans les affaires temporelles à l’insu de Mgr l’archevêque. Il convient qu’on lui fasse rendre des comptes en règle. Mgr le désire et l’exige. [...] Ce père Marie-Joseph [Dunand] qui avait demandé sa sécularisation à Rome à la mort de dom Augustin, pour pouvoir prendre du service dans une paroisse, fait tout son possible pour faire appréhender les bons religieux de Bellevaux. Il leur dit : « On va vous remettre tous au noviciat. Vous verrez comme on vous mènera ! » Ces bons religieux qui sont las d’être sous une telle conduite attendent leur père immédiat dom Germain et leurs autres supérieurs avec beaucoup d’assurance, dans l’espoir de trouver dans ces anges de paix cette précieuse vertu qui a, depuis la mort du vertueux dom Eugène Huvelin, leur supérieur, abandonné le cloître de Bellevaux. Il faut que ces bons religieux soient aussi attachés à leur état qu’ils le sont, pour avoir subi tous les mauvais traitements qu’ils ont eu à essuyer, sans se décourager. Mais ils ne se sont jamais découragés. Ce sont de bien bons religieux.

Ils ne sont que 7 profès, 3 de chœur et 4 convers, mais ils sont bien attachés à leur état. [...] Le F. Dunand, aumônier de Bellevaux dit qu’il attendra que les religieux soient arrivés pour faire connaître leurs mauvaises têtes. S’il arrivait que par hasard il vous en écrive, veuillez, je vous prie, ne rien croire des données qu’il pourrait vous apporter. Elles ne seront guidées que par le déplaisir de se voir détrôné d’une place qu’il gouvernait en despote. Tous ces bons religieux sont du diocèse et très aimés de Mgr l’archevêque et du grand vicaire et de tous les prêtres. [...] Delongpray

 

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AAb7F - Abbaye du Gard - 16 juin 1830 - Besançon — Lettre de l’archevêque de Besançon à l’abbé du Gard

[...] Il paraît que ces bons religieux de Bellevaux soupirent après le moment où ils pourront vivre sous une règle. Depuis longtemps ils me demandaient un supérieur et le seul prêtre religieux qui habite avec eux et qui n’est même pas de la même Réforme, ne m’a jamais inspiré de confiance. Enfin la divine Providence, par le moyen de la sainte Vierge à laquelle j’ai consacré tout mon diocèse, a inspiré à ces bons religieux le désir d’adopter la Réforme de l’abbé de Rancé et de recevoir pour supérieur un de ses religieux. Il faudra agir avec prudence au commencement, le P. Marie Joseph Dunand doit être ménagé, c’est sous nom que beaucoup d’acquisitions ont été faites et nous ne devons pas … l’intention de le … Il se retirera de lui-même car il n’a de vocation que pour être supérieur. [...]

 

 

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Archives de l’Abbaye de Tamié- Dossier Val-Sainte-Marie

Lettre de Joseph Dunand à M. Breuillot, encien procureur du Séminaire

11 mai 1835 - De La Chapelle [lès-Rennes] -

 

Monsieur le Procureur

Il est vrai que j’étais à Bellevaux quand on défricha l’avenue. C’est moi-même qui fis faire cet ouvrage en dépit des gens des Neuves-Granges qui s’oposèrent à ce défrichement, cela ne m’empêcha pas de faire continuer les travaux malgré les vociférations qu’ils vomirent contre nous pendant l’espace de deux mois que nous mîmes pour les achever. Nous avions le titre de ce morceau de terre donné par J. L. Pichegru qui accusait en avoir reçu le montant. Le 31 de mars 1830 à midi, les gens de Neuves-Granges virent avec toutes les voitures du village charger de pierres qu’ils mirent sur nos travaux. Le lendemain, je portai plaintes à M. le préfet et M. le procureur du roi fut chargé de poursuivre les délinquants qui furent condamnés aux frais et dépens et les quatre meneurs furent mis en prison. Vous dites dans votre lettre qu’ils gagnèrent leur procès, quand on gagne on ne va pas en prison et on est pas condamné à payer les frais. Je fis ôter les pierres le 11 de may suivant, j’ensemençai le dit terrain d’orge et il en vint plus de 30 mesures la première année, en suite j’y mis du blé qui avait au moins cinq pieds de hauteur. Je ne l’ai pas vu moissonner car M. Dulongpray étant venu par l’ordre de M. de Rohan se fixer à Bellevaux, révolta tous les religieux contre moi, j’eus beau instruire Mgr de ce qui se passait, il ne daigna pas me répondre. Enfin, quand ces cinq religieux du Gard furent venus et que Mgr en eût nommé un d’entre eux pour être supérieur, celui-ci me dit de lui donner 3 000 fr pour être agréé parmi eux, quelques jours après il vint auprès de moi pour me dire qu’il devait tout à M. Dulongpray que comme il voyait bien que je ne m’accorderais pas avec ce dernier qui lui promettait beaucoup d’argent, je pouvais me retirer… convenait-il à un religieux qui n’était pas encore né quand je fis mes vœux, de se conduire ainsi à mon égard ? Si je lui en avais donné le sujet, je dirais c’est bien fait, mais après avoir gouverné cette communauté pendant 29 mois avec des peines incroyables et en avoir augmenté les propriétés des deux tiers, je n’aurai pas dû être traité de la sorte. M. Dulongpray savait bien que tant que je serais à la maison il ne pourait pas la faire tomber la maison. Il fallait donc me sacrifier pour pouvoir venir à bout de son dessein.

J’ignore si après mon départ les religieux se sont départis désistés de cette terre en faveur des Neuves-Granges, si cela est, M. Voisard n’a rien à répéter. D’ailleurs s’il réclame 2 800 fr, on peut dire en bonne conscience qu’il réclame 100 louis de trop. Après ce qu’on m’en a dit, il paraît qu’il est bien afamé d’argent, si j’avais à traiter cet affaire avec ce banquier, je ne serais pas bien en peine de le débouter de sa demande, mais comme il n’a à faire qu’à des enfants, ils auront de la peine à s’en tirer.

Je suis, avec un profond respect, Monsieur le procureur, votre très humble et obéissant serviteur.   Dunand, prêtre.

 

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