- Exil à Géronde
- Les Trappistes à Géronde
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- Géronde - 1831-1834
1831-1834
La communauté s'installa dans un couvent désaffecté de Géronde le 7 juillet 1831, jour anniversaire de l'incorporation de Bellevaux à l'Ordre de Cîteaux. Le monastère était situé sur un rocher dominant le Rhône. Sur le peu de terrain dont ils disposaient, les moines eurent bien des difficultés à faire face à leurs besoins.
Malgré sa pauvreté elle vint en aide à la fondation de Saint-Sixt en Belgique, en envoyant dom Stanislas Lapierre en octobre 1832 qui en devint le supérieur, ainsi que deux novices les Frères Augustin et Victor et une partie notable des liquidités, en mars 1833.
Les trois ans passés sur le Rocher furent difficiles pour la communauté qui aspirait à revenir en France. Des démarches furent entreprises par l'intermédiaire de l'abbé Breuillot à Besançon (.pdf) pour trouver un établissement à acquérir en Franche-Comté.
Père Jérôme Verniolle rédigea plus tard une histoire de cette période en traitant des événements un peu à sa façon.
Le registre des prises d'habit fournit des renseignements sur les Frères venus de Bellevaux et ceux entrés directement dans la Communauté à Géronde.
Géronde et St-Sixte
Archives de l’Abbaye de Tamié
En novembre 1831 était fondé le monastère de Saint-Sixte en Belgique. Le prieur de Géronde, Père Stanislas Lapierre fut envoyé comme supérieur à Saint-Sixte début octobre 1832. Père Jérôme Verniolle le remplaça à la tête des moines en Suisse. Au début de l’année suivante dom Germain voulut réunir les communautés de Saint-Sixte et de Géronde en Belgique.
Le Registre des religieux signale deux départs de Géronde pour Saint-Sixte le 29 mars 1833 : P. Augustin et F. Victor, tous deux qualifiés de ‘bons novices’.
Extraits de la correspondance du prieur de Géronde, P. Jérôme Verniolle avec l’abbé Breuillot prêtre du diocèse de Besançon chargé de trouver en France un nouveau lieu d’implantation pour la communauté en exil en Suisse.
• Géronde 28 mars 1833
Le Père abbé et le père prieur laissent à ma disposition de rester encore à Géronde ou de partir pour la Belgique selon que je verrai que l'un ou l'autre convient davantage à notre communauté. Après de mûres réflexions je n'ai cru pouvoir mieux faire que de la laisser encore à Géronde pendant quelque temps et j'ai renouvelé le bail avec Mgr l'évêque de Sion. Si j'étais indécis sur le parti à prendre, votre lettre me tirerait de mon irrésolution et me déterminerait à ne pas bouger d'ici. J'ai trop à cœur de ramener mes chers frères dans votre diocèse pour refuser d'acheter cette satisfaction par un peu de patience et de fatigue.
(…) Les gens du Valais nous disent qu'ils nous verront avec grand plaisir rentrer dans le diocèse de Besançon d'où les circonstances nous sont forcés de sortir : mais ils ne veulent pas nous laisser partir pour la Belgique parce qu'ils trouvent qu'il est inutile d'aller chercher ailleurs et surtout dans un pays si éloigné un asile qu'ils nous donnent de si grand cœur. Ils ne veulent pas considérer que nous n'avons pas de propriété à nous et qu'il faut cependant que nous nous mettions en règle aux yeux de l'Église. Si vous réussissez à nous en procurer une chez vous, il suffira que nous y envoyons quelques frères en prendre possession si la communauté ne peut s'y rendre de suite : il ne faut pas nous dessaisir trop vite de Géronde qui nous sera un lieu de refuge en cas de besoin.
• Géronde, 10 avril 1833
J'ai fait part au P. abbé du Gard du dessein que nous avons formé de rentrer dans votre diocèse : il m'a répondu qu'il l'approuve aussi et qu'il s'empressera de vous récrire dès qu'il saura que vous nous êtes favorable et que vous voulez nous aider dans l'exécution de ce dessein. Je pense que vous recevrez bientôt sa première lettre.
(…) Je vous ai parlé de 1 200 f. que j'avais ici en réserve mais voici ce qui m'est arrivé depuis 15 jours. Votre charité est trop grande pour qu'elle puisse me blesser de mon indiscrétion. Le père abbé du Gard m'a fait savoir que le père Stanislas Lapierre était sans ressources à Saint-Sixte, c'est le nom de cette maison de Belgique qui a été fondée par un riche négociant de ce pays : il y a mis 60 000 F dont 3 000 F pour acheter les terres et le reste pour bâtir l'église et le couvent. L'église finie on travaille maintenant au couvent. La bourse est percée et le père Stanislas me dit dans une de ces dernières lettres que si nous allons le joindre il faut porter avec nous jusqu'aux paillasses et aux cuillères pour manger car ils n'ont rien de tout cela. Leur chœur [pour le chant de l’office] n'est guère moins dégarni que leur coffre-fort. Je n'ai pas craint pour l'aider un peu de lui envoyer deux bons sujets dont l'un est prêtre (P. Augustin et F. Victor) et de leur confier la bourse de Géronde qui contenait 1 800 F dont je n'ai réservé pour nous que 300 F les chargeant de la remettre à ce bon et cher frère Stanislas. C'est le denier de la veuve. Je prie Dieu de le multiplier dans ses mains. Mes frères ont approuvé mon offrande et n'ont pas conçu la moindre inquiétude pour l'avenir. Nous avons toutes nos provisions pour l'année courante. Nous ne devons rien à personne. Le même jour où ces deux religieux sont partis, j'ai reçu une lettre d'un vicaire général de Bourges, Mr Bonnin, qui me demandait si nous recevrions un ecclésiastique de son diocèse qui depuis 5 ans ne soupire qu'après la Trappe. Vous pensez que ma réponse à été favorable. Je l'attends de jour en jour.
Avant-hier les français de Fribourg en Suisse m'ont écrit que la Trappe du Valais (Géronde) est l'objet de leur sollicitude, qu'ils ne l'oubliaient pas dans les distributions qu'ils font de leurs charités, qu'ils ont confié à un jésuite de Brigg une certaine somme pour notre maison. Je ne leur ai rien demandé. Dieu seul a pu leur inspirer de faire cette bonne œuvre. Ainsi vous voyez que tandis que je vidais notre petite bourse, la Providence se plaisait à y remettre ce que j'enlevais. Jusqu'ici nous avons toujours été ses enfants chéris. Malheur à nous s'il nous arrivait jamais de porter nos regards ailleurs que sur ses mains qui (…) répandent cependant encore tant de bienfaits sur notre Ordre. (…)
• Géronde, 15 mai 1833
Vous avez peut-être ouï dire qu'il y a eu des troubles dans le Valais, maintenant le pays est tranquille mais si tranquille que la révolution n'a presque plus d'espoir de pouvoir troubler l'ordre. Le Haut-Valais est imperturbable. C'est toujours dans le Bas que la révolution fait ses tentatives.
(…) Je ne vous recommande pas de bien garder nos petites ressources : jamais elles ne nous seront plus nécessaires. Je ne vous demanderai rien pour Géronde, mais que ne vous faudra-t-il pas pour nous acheter un local s'il n'y a pas d'âme charitable qui veuille avoir devant Dieu le mérite inappréciable d'avoir fondé une Trappe à ses frais ?
• Géronde, 28 mai 1833
(…) Vous savez mieux que moi ce qui se passe en France et s'il convient de différer d'y ramener la communauté : je ne puis mieux faire que de suivre vos avis et de rester avec mes frères sur le roc de Géronde tant que vous ne me conseillerez pas de l'abandonner pour rentrer dans votre diocèse. Cependant j'espère que vous continuerez à faire des recherches et que lorsque vous aurez trouvé un local convenable vous tâcherez d'en faire l'acquisition pour notre communauté. Dans le cas où nous pourrions rentrer, notre intention ne serait pas de nous dessaisir de Géronde, nous voudrions y laisser trois ou quatre frères convers avec un prêtre pour travailler le bien [la terre] et nous conserver la maison, ce serait un lieu de refuge s'il arrivait de nouveaux malheurs. Vous savez que nous sommes dans l'embarras à cause du vœu de stabilité que font tous ceux qui s'engagent dans notre Ordre. Il y a un moyen de lever cet obstacle quoique nous ne puissions pas revenir encore dans votre diocèse : il suffit que nous y ayons une propriété. Les novices peuvent promettre à Géronde la stabilité pour cette demeure où ils ne sont pas encore, mais qui nous appartient et où nous avons la volonté d'aller nous fixer aussitôt que les circonstances nous le permettront. (…) Quand vous nous aurez trouvé un local, si la communauté ne peut pas s'y rendre, nous y enverrons au moins quelques frères habillés en séculiers qui travailleront le bien. Deux ou trois ou quatre frères ne donneront de l'ombrage à personne.
(…) Si vous prévoyez que nous n'aurons pas assez de ressources pour nous procurer un local et qu'il ne se trouvera pas assez d'âmes charitables pour fournir ce que nous manquera, daignez me dire, quand vous m'écrivez, si je ferai bien d'envoyer quelqu'un à la quête. Plut à Dieu qu'on sût le bien qu'une Trappe fait dans le diocèse où elle est placée, on ne verrait pas les pauvres trappistes courir le monde pour aller demander l'aumône : chacun s'empresserait de porter son superflu à la Trappe. (…) Le père abbé du Gard dans sa dernière lettre en date du 14 mai me parle ainsi de notre future rétablissement dans votre diocèse : “J'approuve toutes vos idées quant à l'établissement projeté dans le diocèse de Besançon. (…) Dieu vous délivre du besoin de la quête.” Fr. Germain, abbé très indigne.
• Géronde, 18 juillet 1833 - A M. l'abbé Breuillot
(…) Il n'est plus question d'aller en Belgique parce que nous avons tous à cœur de rentrer dans votre diocèse.
