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Blason - GD

Les moines à la Grâce-Dieu
1844-1909

(En construction)


Pour la communauté de Tamié actuelle, la Grâce-Dieu paraît n’avoir été qu’un accident de parcours. En 1982 l’Histoire des moines de Tamié publiée en 1982, à l’occasion du 850ème anniversaire de la fondation de l’Abbaye signale seulement :

- La communauté de la Grâce-Dieu acheta le couvent de Tamié en 1861, elle y envoya 9 choristes et autant de convers ;
- L’abbaye de la Grâce-Dieu fut vendue le 8 avril 1909 par expropriation forcée suite à une faillite. Les moines en partirent définitivement le 10 octobre 1909 et se replièrent à Tamié.

- Le 7 février 1911 un bref du pape transférait canoniquement l’abbaye de la Grâce-Dieu, avec tous ses droits et privilège à Tamié.

Heureusement l’Histoire de la Grâce-Dieu composée par l’abbé Richard en 1857 a été complétée par les moniales dans leur plaquette : « Notre-Dame de La Grâce-Dieu, 1139-1989 ».

 

Il faut dire que l’histoire de Tamié mérite bien un ouvrage à elle toute seule, puisqu’elle débuta en 1132 avec le don du terrain, l’arrivée des moines de Bonnevaux 7ème fille de Cîteaux, le 16 février 1133, avec Pierre à leur tête. 8 ans plus tard cet abbé fondateur devint archevêque de Tarentaise. Mort à Bellevaux en 1174 il fut le second canonisé, le 4ème le sera en octobre prochain.

Les archives du premier demi-millénaire de Tamié ont disparu. L’abbaye a dû connaître une évolution semblable à bien d’autres qui par suite des malheurs des temps, de la faiblesse humaine perdirent leur vigueur première. Avec le Concile de Trente il y eut un renouveau et un nombre important d’abbayes se réformèrent, jusqu’à une soixantaine, regroupées dans l’Étroite Observance. Il y eut la Grâce-Dieu.
- Pour La Trappe, ce fut l’abbé de Rancé en 1664 ;
- À Sept-Fons, dom Eustache de Beaufort, la même année. Un siècle plus tard Sept-Fons ouvrit une annexe au Val-des-Choux au nord de Dijon ;
- Dom Jean-François de la Forest de Somont réforma Tamié en 1677.
- Avant les moines : Mère Angélique Arnaud prit au sérieux son engagement à Port-Royal (1627) ;
- Mère Louise de Ballon
, la même année, sortit de sa communauté de Ste-Catherine du Semnoz, près de Tamié, pour fonder les Bernardines à Rumilly, qui se propagèrent à Collombey, qui fondèrent plus tard à leur tour Géronde.

 

La Révolution bouleversa bien des choses. Les biens furent confisqués, les communautés dispersées. Celle de saint Pierre de Tarentaise ne survécut pas.

En 1792 le monastère du Val-des-Choux fut envahi par la population et les moines expulsés. Parmi eux se trouvaient dom Eugène Huvelin, prêtre et deux convers Fr. Hyppolite Minet et Sabas Coquart.

En 1791 l’abbaye de la Trappe vit partir une vingtaine de moines avec à leur tête dom Augustin de Lestrange, pour fonder la Valsainte en Suisse avec des règlements plus austères que ceux de l’abbé de Rancé. Parmi les maisons qui en sortirent, il y eut Darfeld. Elle fit sécession en 1806 et abandonna ses Règlements pour ceux de Rancé. Elle fut à l’origine du Port-du-Salut, Le Gard (plus tard à Sept-Fons), Le Mont-des-Olives, Bricquebec, Le Mont-des-Cats ; pour les moniales, Laval, Mont-des-Olives (Altbronn).

La Valsainte fonda en France La Trappe, Bellefontaine, Aiguebelle. Les moines d’Angleterre s’établirent un peu plus tard à Melleray ; pour les moniales : les Gardes, Lyon-Vaise (Blauvac-Maubec), Mondaye (Clairfontaine).

Ainsi les Trappistes français se répartissaient en deux Observances distinctes, mais ce n’était pas pourtant les seuls.

 

En 1817, Dom Eugène Huvelin, Fr. Sabas Coquard alors âgés de 75 et 73 ans décidèrent avec Fr. Hyppolite Minet (54 ans), trois du Val-des-Choux, de reprendre la vie monastique. Y a-t-il eu beaucoup de fondateurs de cet âge ? Ils rachetèrent les bâtiments de Bellevaux, là où mourut saint Pierre de Tarentaise et décidèrent de reprendre les règlements de dom Eustache de Beaufort, de Sept-Fons. L’Ordinaire de Besançon les reconnut comme communauté religieuse de droit diocésain en 1819.

À la mort de dom Huvelin, en 1828, la communauté périclita. Pour la renflouer l’abbaye du Gard (Sept-Fons) envoya 3 moines et 3 convers. C’est ainsi que Bellevaux fut agrégée à l’Ordre de Cîteaux, abandonnant les Règlements de Sept-Fons pour suivre ceux de Rancé. C’était le 7 juillet 1830, date figurant sur l’elenchus de l’Ordre pour Tamié.

À la fin du mois éclata la Révolution de Juillet 1830 et devant les menaces anticléricales la communauté décida de s’exiler en Suisse. Après un an de démarches vaines pour s’installer à la Valsainte, les moines furent accueillis en Valais, à Géronde.

De 1831 à 1834, l’économie sur le Rocher de Géronde ne se maintint que grâce à des quêtes. Les moines n’avaient pas de terrain pour y planter une vigne, comme les moniales actuellement. Fr. Hyppolite le dernier fondateur de Bellevaux y mourut en 1832 et fut enterré dans l’église de Géronde.

Un retour en France était ardemment souhaité, mais les finances très limitées obligèrent à se contenter d’une exploitation agricole, dans une région peu fertile et difficile d’accès, à Malans, à une trentaine de km au sud de Besançon, le monastère fut baptisé Val-Sainte-Marie. Le bâtiment avec étable, grange, habitation, avait seulement 8 ans d’âge, entouré de 15 ha de terrain. Malgré leur travail intense, les moines ne parvenaient pas à couvrir leurs besoins alimentaires parce que la propriété était sans valeur. Il fallait en plus construire un monastère. La ferveur des religieux était reconnue par les visiteurs officiels, les demandes d’entrées étaient nombreuses. La communauté passa de 10 à 30 membres en 8 ans et à 94 en 25 ans.

 

Le décret de 1834 réunissant les monastères trappistes de France en une Congrégation instaurait un Chapitre général et un Vicaire général : l’abbé de la Trappe. De plus les communautés restaient soumises à la juridiction des évêques agissant comme délégués du Siège Apostolique. Ceci était source de conflits entre deux autorités. Il y eut des heurts entre le Gard et l’évêque d’Amiens, Le Mont-des-Cats et celui de Cambrai, il y eut des problèmes avec Aiguebelle et l’évêque de Valence. Avec l’évêque de Besançon et le Val-Sainte-Marie et bientôt La Grâce-Dieu, nous avons un autre exemple d’intervention épiscopale dans le gouvernement de la Congrégation des Trappistes.

 

Le supérieur du Val-Sainte-Marie, dom Jérôme, n’était pas doué pour l’administration ni pour le temporel. Les premières constructions entreprises se révélèrent mal adaptées, les dettes s’accumulaient. Pour faire face aux besoins, il fallut procéder à des quêtes. Le Vicaire général de la Congrégation, dom Joseph-Marie Hercelin fit tout ce qu’il put pour les faire arrêter, à cause des scandales qu’elles provoquaient, mais alors, le Val-Sainte-Marie comme le Gard se trouvaient dans l’impossibilité de vivre, cette dernière communauté criblée de dettes avait de nombreux membres âgés ou malades et devait trouver une autre implantation.

L’abbé de la Trappe, par son caractère cassant eut des relations difficiles avec l’abbé du Port-du-Salut et dom Jérôme, le supérieur du Val-Sainte-Marie. L’abbé du Gard, père immédiat du VSM soutenait sa fille.

Le Chapitre de 1838 décida de supprimer le Val-Sainte-Marie. Mgr Mathieu tenait à la présence de la vie contemplative dans son diocèse ; il s’opposa à cette décision en tant que délégué du Siège apostolique.
- En 1841 il invita les Bernardines de Port-Royal à s’établir à Besançon.
- La situation ne s’améliorant pas, le Chapitre général de 1843 interdit au Val-Sainte-Marie de construire, de faire des quêtes et de recevoir des novices qui n’apporteraient pas de dot : c’était la mort de la communauté. Mgr Mathieu éleva des objections, puis résolut de s’adresser directement à Rome. Les abbés du Port-du-Salut et du Gard, excédés par le comportement autoritaire du Vicaire général décidèrent de contacter la Sacrée Congrégation des Religieux pour résoudre le problème et obtenir la séparation des deux Observances. L’archevêque de Besançon les soutint, car ils n’avaient pas la permission de l’abbé de la Trappe pour ce déplacement.

Ce fut l’épisode le plus noir de l’histoire des Trappistes.

 

En 1844 au Val-Sainte-Marie un nouveau supérieur fut nommé : Dom Benoît Michel jeune profès de 36 ans. Une de ses premières décisions importantes fut de trouver un autre lieu pour loger sa communauté mal installée et vraiment trop à l’étroit au Val.

L’ancienne abbaye de la Grâce-Dieu était à vendre par expropriation forcée. C’était une friche industrielle avec un haut-fourneau implanté dans le chœur de l’église, avec une tour de 10 m de haut à proximité. Les locaux étaient à l’abandon et dégradés.

Soutenu par son évêque, dom Benoît acheta en novembre 1844, outre les bâtiments, 160 ha de forêt et 36 ha de prés et terres labourables, le tout pour le prix de 145 000 Fr. La même année l’abbaye du Gard découvrit Sept-Fons (300 ha) et l’acquit pour 400 000 Fr. Ces deux communautés étaient accablées de dettes quelques années auparavant et se trouvaient brusquement en mesure (ou dans l’obligation) de réaliser des acquisitions très importantes pour s’installer correctement. Il fallait quêter ou bien trouver de généreux bienfaiteurs.

En 1845 dom Benoît Michel envoya du Val-Sainte-Marie un groupe de frères et de convers, avec des ouvriers pour mettre en état les bâtiments de la Grâce-Dieu. Il fallut un travail énorme avant de pouvoir accueillir la communauté et emprunter pour financer les réparations et la construction des moulins. Des difficultés politiques et économiques retardèrent encore les travaux.

 

Vu l’excitation des esprits, pour maintenir la paix et conserver l’union et la tranquillité des esprits, la Sacrée Congrégation des Religieux procéda à la séparation en deux congrégations en août 1846, décision ratifiée par le pape le 25 février 1847. Le premier Chapitre général de la Congrégation de Sept-Fons souhaita l’érection des monastères du Mont-des-Cats et de la Grâce-Dieu en abbayes. L’archevêque de Besançon effectua les démarches et avec l’autorisation du pape, Mgr Mathieu y procéda le 23 août 1848 en précisant :

Ces Moines cisterciens vivent selon la réforme de l’abbé de Rancé. Ils fixèrent d’abord leur demeure dans la localité de Bellevaux, de notre Diocèse, puis en 1831, à cause de la dureté des temps, s’en allèrent dans les dures montagnes du Valais à Géronde en Suisse. En 1834 ils s’en revinrent chez nous et y établirent un prieuré sous le titre de Val-Sainte-Marie. Mais comme les bâtiments s’avérèrent insuffisants et l’endroit difficile d’accès, les trappistes achetèrent les bâtiments de l’ancienne abbaye de La Grâce-Dieu. Nous transférons le monastère de la Trappe du Val-Sainte-Marie à la Grâce-Dieu et nous érigeons ledit monastère de la Grâce-Dieu en Abbaye.

Ainsi Bellevaux engendra Géronde, Géronde engendra le Val-Sainte-Marie, le Val-Sainte-Marie engendra la Grâce-Dieu, la Grâce-Dieu engendra Tamié. Ou plutôt ce fut la même communauté qui déménagea en ces différents lieux.

La bénédiction de l’église restaurée se fit le 29 septembre 1849 avec l’arrivée des derniers moines du Val-Sainte-Marie. Elle fut dédicacée le 22 septembre 1865.

Dom Benoît acceptait tous ceux qui se présentaient, même si beaucoup repartaient vite, il espérait qu’ils en retireraient bien quelques fruits. La sélection ne fut peut-être pas suffisante, une note sans date signale un noviciat orageux. Il pouvait y avoir 10 ou 15 jeunes en permanence.

L’économie de l’abbaye de la Grâce-Dieu était basée sur l’agriculture, l’exploitation des forêts et surtout les moulins. Ils furent d’un grand rapport pendant un certain temps puis périclitèrent, à cause de la concurrence. On chercha d’autres sources de revenus : en 1863 on lança une liqueur baptisée Trappistine, mais le Chapitre général l’interdit, surtout peut-être pour une question de publicité mal formulée. Enfin le fromage. Dans la région on était habitué au gruyère de Comté à pâte cuite. Au 19ème siècle les Trappistes et Trappistines fromagers s’étaient mis à une recette éprouvée, introduite au Port-du-Salut, par un convers ancien de Morimond : une pâte pressée, à croûte lavée.

La communauté de la Grâce-Dieu avait assez de vaches pour couvrir ses besoins en lait beurre, fromage. Les agriculteurs des alentours s’étaient réunis en coopérative pour travailler leur lait et ce ne fut que lorsque l’une d’elles se fut dissoute en 1908 que les moines purent en acheter assez pour produire du fromage pour la vente. Mais trouver des clients pour ce produit nouveau ne fut pas facile. Pendant plusieurs mois il fallut aux convers parcourir les marchés. On produisit jusqu’à 150 kg par jour. Ce fut trop tard.

 

Aumônes

L’abbaye de la Grâce-Dieu eut à coeur de se montrer généreuse envers tous ceux qui se présentaient. Chaque jour le portier offrait du pain et une soupe à plusieurs dizaines de pauvres. En 1846 les pluies continuelles avaient gâté les récoltes et ce fut la cause de la dernière disette en France. Même alors les moines restèrent généreux. Par la suite des familles furent recommandées par les curés et elles recevaient régulièrement de l’aide. Quand l’une parvenait à être tirée d’affaire, une autre était proposée.

 

Fondation

L’abbaye recrutait. De 10 en 1834 elle était passée à 94 membres 25 ans plus tard, avec 15 novices. Avec une telle affluence, une fondation était envisagée. Les Frères de la Sainte-Famille, fondés à Belley par Fr. Gabriel Taborin avaient transformé l’ancienne abbaye de Tamié en pensionnat et cherchaient alors à s’en défaire. Le Bâtiment était refait à neuf et meublé. Dom Benoît pressenti trouva l’offre intéressante. Mais tout le monde était contre ce projet, l’archevêque de Besançon et celui de Chambéry, surtout à cause du manque de ressources suffisantes de la Grâce-Dieu. En 1844 dom Stanislas Lapierre, abbé du Gard, revenant de Rome était passé par Tamié ayant alors en tête de trouver un autre lieu pour sa communauté, il écrivait :

J’ai vu Tamié, c’est une belle abbaye située dans une solitude parfaite et bâtie très régulièrement. Il faut gravir pendant deux heures des rochers presque inaccessibles pour y parvenir, mais une fois arrivé, on jouit d’un spectacle ravissant. Il faut redescendre pour arriver au monastère qui se trouve au milieu d’un vallon charmant tout entouré de hautes montagnes. Malheureusement le pays est renommé pour sa misère.

Dom Stanislas déconseillait aussi l’acquisition de Tamié.

Pourtant dom Benoît acheta. Il envoya à Tamié 9 religieux et 9 convers qui y arrivèrent le 10 octobre 1861, fondant  un monastère autonome, le supérieur siégeait au Chapitre général avec l’abbé de la Grâce-Dieu son père immédiat qui faisait chaque année la Visite régulière.

En 1897 la Grâce-Dieu offrit à sa fille une cloche. Une plus grosse mise en place par les Rosminiens en 1837, fêlée en 1951 fut refondue. Les deux sont encore actives au début du 3ème millénaire.

Le Val-Sainte-Marie libéré fut proposé aux moniales de St-Joseph (Ubexy) ainsi qu’aux Bernardines de Besançon qui étaient d’accord. Mais sans suite.

À la demande de leur Abbesse Mère St-Étienne en date du 19 sept 1876, le Chapitre général admet dans la filiation de la Grâce-Dieu les Bernardines de Port-Royal établies à Besançon sans changer en rien de leurs coutumes, conservant surtout l’adoration perpétuelle du Très Saint Sacrement.

 

Expulsion de 1880

Les décrets antireligieux de mars 1879 donnaient à toute communauté religieuse non-autorisée trois mois pour faire vérifier et approuver ses statuts, approbation le plus souvent refusée. Lors de l’expulsion des moines de la Grâce-Dieu, en novembre 1880, l’abbé d’alors dom Malachie exigea qu’en plus des malades, un religieux prêtre avec une douzaine de convers restent avec lui pour l’aider dans les différents ateliers de la maison. Ceci lui fut accordé par l’autorité civile, sous la pression de la foule hostile aux expulsions.

Les autres moines durent trouver un refuge dans l’actuelle Slovénie à Neudorf puis à Lansprez entre Zagreb et Ljubljana. Ils y restèrent 7 ans, alors que ceux de Tamié purent revenir discrètement au bout de quelques mois. Au cours de ces années en Slovénie, un seul postulant fit profession P. Bernard Krier, originaire du Luxembourg et les décès furent nombreux.

En 1867, la communauté était enfin de retour à la Grâce-Dieu. Son nouvel abbé dom Laurent, pour la repeupler, fit revenir d’un coup une douzaine de moines de Tamié. Ce fut un coup dur pour le monastère savoyard qui n’avait pas de recrutement. Il fallait faire appel à des religieux d’autres communautés. Les difficultés financières étaient persistantes, l’ambiance en communauté restait difficile jusqu’à ce que le Chapitre général de 1905 « décide que la communauté de Tamié restera jusqu’à nouvel ordre, sous la juridiction immédiate de l’Abbé de la Grâce-Dieu ». C’était son arrêt de mort juridique : le supérieur ne siégea plus au Chapitre général et il n’y eut plus de visite régulière.

 

Difficultés économiques

À la Grâce-Dieu les difficultés économiques s’accumulaient, les moulins ne devenaient plus rentables. En 1901 la situation fut jugée critique par le Chapitre général. En 1907, permission est donnée de vendre la Grâce-Dieu en tout ou en partie pour payer les créanciers : les dettes s’élevaient à 250 000 Fr à la banque Mairot.

En janvier-février 1907 il est envisagé une fusion provisoire de la Grâce-Dieu avec Sept-Fons pour un refuge au Brésil, projet sans suite.

 

Les actes du Chapitre général 1909 indiquent : La Grâce-Dieu ayant été vendue, la communauté est transférée provisoirement à Tamié, Mgr de Chambéry sur la demande de la communauté d’Hautecombe, a commencé des négociations en cour de Rome pour faire passer à notre Ordre et au profit de la communauté de la Grâce-Dieu cette antique abbaye ainsi que la communauté qui s’y trouve et qui accepterait notre Observance. Le Chapitre général consulté approuve volontiers les négociations commencées et permet de les continuer.

 

Vente de la Grâce-Dieu - Le prieur P. Bernard Krier donne un complément d’informations en précisant qu’il y avait une conjonction d’événements particulièrement favorables.

1er élément - Sous le combisme une menace constante de confiscation pure et simple pesait sur tous les biens monastiques. La Grâce-Dieu qui avait hypothéqué ses propriétés auprès de la Banque Mairot en 1891 et 1903 et même 1870 pour la création des moulins, donc avant les fameuses lois sur les associations, se trouvait dans une situation privilégiée en quelques sortes. Une vente consécutive à une saisie, déclenchée sur demande des principaux créanciers constituait par le fait même une opération légale. Aussi nos hommes d’affaires, précisément parce que dévoués à la communauté, conseillaient-ils fortement cette vente comme seul moyen d’échapper à la confiscation.

- Au Congrès eucharistique de 1908 à Favernay (Hte-Saône) dom Augustin Dupic abbé de la Grâce-Dieu rencontre Mgr Dubillard, vicaire général de Besançon récemment appelé au siège archiépiscopal de Chambéry. Le nouvel archevêque ami de la communauté de vieille date, désireux de lui venir en aide à une heure aussi critique, proposa à dom Augustin l’abbaye d’Hautecombe, sur le lac du Bourget, propriété privée du roi d’Italie, occupée à cette époque par les Cisterciens de la Commune Observance de la congrégation de Sénanque, communauté qui s’éteignait faute de sujets.

- 2nd élément - L’abbaye d’Hautecombe jouissait d’une certaine exterritorialité prévue dans le traité d’annexion de la Savoie à la France de 1860. En cas d’expropriation des religieux, la communauté n’y risquait rien, puisqu’elle n’en était pas propriétaire. Dom Augustin Dupic s’en ouvrit au Chapitre général qui fut favorable. La Banque Nairot, principal créancier de la Grâce-Dieu fut sollicitée pour faire procéder à une saisie judiciaire. En ce temps d’anticléricalisme virulent, l’affaire fit scandale. La vente fut signée le 8 avril 1909 et les moines la quittèrent définitivement le 12 octobre 1909.

 

L’archevêque de Chambéry entreprit des démarches pour obtenir de l’Ordre de Cîteaux l’arrivée à Hautecombe de moines de l’Ordre cistercien de la Stricte Observance. Il se disait sûr du résultat. Mais lors de l’arrivée des moines en Savoie les pourparlers duraient toujours, la communauté se réfugia provisoirement à proximité, c’est-à-dire à Tamié. L’abbé général de l’Ordre de Cîteaux s’opposant au transfert, la solution d’Hautecombe n’était pas envisageable, aussi dom Dupic demanda au Pape de réaliser le transfert de l’abbaye de la Grâce Dieu à Tamié.

Les moniales qui les remplacèrent plus tard n’étaient pas lésées, puisque c’était Port-Royal à la Grâce-Dieu.

 

Tamié - Mai 2009

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