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Blason VSM

Livres acquis par le Val-Sainte-Marie

Extrait de : Histoire des Trappistes du Val-Sainte-Marie
[P. Jérôme Verniolle] 4° édition, 1843

(P. 336-342) Les religieux du Val-Sainte-Marie n’avaient pu jusqu’ici se procurer des livres de chant, des livres ascétiques et beaucoup d’autres objets indispensables à leur maison. Un de leurs confrères, chargé par ses supérieurs d’une mission importante, se rappelant dans son voyage ces besoins du monastère, a fait tous ses efforts pour y pourvoir. Il nous a fait le récit de ses recherches, des heureuses rencontres qu’il a eues et de l’empressement qu’il a mis à en profiter. Nous donnerons un précis de ce voyage qui n’est pas sans intérêt (…)

Le religieux trappiste, après avoir rempli partout où il passait sa mission principale, ne manquait jamais de prendre des renseignements sur les maisons de son Ordre qui avaient existé ou qui existaient encore dans le pays qu’il parcourait. On lui dit qu’il y avait tout près de Lille un monastère de Bernardines appelé La Plaine. Il s’y rendit et demanda madame Sophie, fondatrice de cet établissement. Il lui exposa le motif de sa visite, que la digne supérieure apprécia avec cette bonté qui la caractérise : elle fit aussitôt ouvrir les coffres où se trouvaient beaucoup de vieux livres ; la prieure, après les avoir fouillés par ordre de madame Sophie, entra dans le parloir, portant une grande corbeille remplie de bouquins concernant l’Ordre de Cîteaux : le religieux les examina ; les plus anciens furent ceux qu’il accepta avec le plus de satisfaction. Il témoigna à madame Sophie sa reconnaissance et la pria ensuite de lui laisser visiter son établissement. Il admira une communauté fervente composée de plus de cinquante religieuses dirigeant un pensionnat de trois cent cinquante élèves. C’est peut-être le plus nombreux qui existe en France.

Encouragé par un si heureux commencement, le religieux ne manqua pas de continuer ses recherches. Ayant appris qu’il existait dans la bibliothèque de Dunkerque deux antiphoniers manuscrits sur parchemin, de l’Ordre de Cîteaux, il la visita et trouva en effet ces deux ouvrages qui convenaient si bien à la communauté du Val-Sainte-Marie, presqu’entièrement dépourvue de livres de ce genre. Il fit une visite aux autorités de cette ville, leur parla de ces antiphoniers et leur proposa un échange. Les autorités lui firent un accueil qui le charma. Pour rendre sa demande plus régulière, on lui conseilla de dresser une pétition et d’y exposer les avantages que la ville trouverait dans l’offre qu’il faisait de donner une histoire ecclésiastique qui lui manquait et un magnifique antiphonier provenant de l’ancienne abbaye de Saint-Winoc de Berghes, à condition que la ville lui céderait les deux antiphoniers de Cîteaux, entièrement inutiles à cette bibliothèque. La pétition fut faite et envoyée à M. le maire de Dunkerque qui la communiqua à messieurs les adjoints et au bibliothécaire. Cette pétition leur plut. L’échange eut lieu à la satisfaction des deux partis.

En France malgré ses actives recherches, notre religieux ne recueillit de ces précieux livres que chez les dames Bernardines de la Plaine et dans la bibliothèque de Dunkerque. D’autres religieux du même Ordre l’avaient précédé dans son travail d’explorateur et avaient fouillé partout où l’on pouvait espérer trouver quelque débris de ces richesses.

Il passa en Belgique où un grand nombre d’abbayes de son Ordre avaient possédé ce qu’il y avait de plus beau en fait de livres de chœur : il espéra qu’il trouverait au moins des restes de ces monuments de la piété de ses pères. Il alla visiter les Bernardines de Gand, dont l’établissement porte le nom de la Grande Biloke. La dame prieure lui dit qu’il y avait à peine trois mois qu’un cistercien était venu lui demander ses in-folio et qu’elle les avait tous cédés. Cependant touchée de ce que lui dit le trappiste des besoins de sa maison, elle alla visiter son grenier, où elle trouva encore de vieux livres, dont plusieurs manuscrits concernant l’Ordre de Cîteaux ; elle les donna avec plaisir au Val-Sainte-Marie. C’est tout ce qu’il put trouver dans les Flandres, c’est-à-dire tout ce qu’on lui donna, car il fit une découverte de ce genre la plus précieuse qu’on puisse imaginer, mais qui fut sans succès pour le Val-Sainte-Marie : un ecclésiastique de Grammont possède de douze à quatorze in-folio, en parchemin vélin, six antiphoniers et six graduels, provenant d’un ancien monastère de l’Ordre de Cîteaux, situé non loin de cette ville : les vignettes y surabondent et l’on peut assurer que le moyen-âge n’a fourni rien de plus achevé ni de plus beau en ouvrages de ce genre. (…)

Continuant ses courses, le trappiste s’enfonça dans les Ardennes pendant l’automne de 1841. Il arriva à Virton, où il fit des recherches sur la célèbre abbaye d’Orval. Il apprit qu’aucun trappiste n’avait encore parcouru ce pays, que s’il existait des livres de son Ordre, il les découvrirait en faisant des visites aux ecclésiastiques. Il s’adressa d’abord à M. Freymut curé de Ligneul, neveu de dom Arsène, ancien religieux d’Orval, mort depuis quelques années, qui lui avait laissé ses meubles. M. le curé de Ligneul accueillit avec joie le trappiste qu’on lui recommandait. Il ne se contenta pas de lui montrer les livres de son oncle provenant d’Orval, il lui en fit cadeau pour sa communauté. Parmi ces livres se trouvent ceux à l’usage de l’abbé d’Orval, tels qu’un bréviaire, une Imitation avec la sainte Règle et la vie de saint Benoît. Il lui remit aussi quelques pièces manuscrites très importantes. Le religieux, par le conseil de M. Freymut, se rendit ensuite à Tintigny, où dom Arsène avait été curé depuis le rétablissement du culte, jusqu’à sa mort. Là il trouva encore chez son prédécesseur, M. Thils, et chez un particulier, des livres très précieux qui lui furent cédés avec plaisir. Tous les ecclésiastiques qu’il visita s’empressèrent de l’aider dans ses recherches, chacun s’estima heureux de pouvoir lui être utile.

Le livre le plus précieux dont le trappiste fit l’acquisition est la vie de saint Bernard qu’il trouva chez M. le curé d’Anlier. Il eut de la peine à l’obtenir. La considération que la Trappe est du même Ordre et de la même observance que l’abbaye d’Orval déterminèrent enfin le bon curé à céder ce manuscrit. Il voulut écrire de sa propre main, sur une feuille de papier qu’on y a jointe, de qui il l’avait reçu et le motif qui le portait à s’en dessaisir.

Ce manuscrit se conservait dans l’abbaye d’Orval avec le plus grand soin : il échut au moment de la destruction de ce monastère à dom Martin qui crut faire un cadeau très important à M. le curé d’Anlier, lorsqu’il le lui offrit comme gage d’affection et d’amitié. Le trappiste le montra à une personne fort versée dans l’antiquité, surtout dans la connaissance des manuscrits. Elle considère celui-ci comme remontant au douzième siècle : tout le prouve, l’écriture, le parchemin et surtout la simple qualification donnée à celui qui est l’objet de cet ouvrage, Bernard, abbé de Clairvaux, ce qui fait voir qu’il n’était pas encore canonisé.

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Ce dernier manuscrit est Fragmenta de vita et miraculis S. Bernardi par Geoffoy d’Auxerre.

Il a été publié dans Analecta Bollandiana, tome L, 1932, p. 83-122, par Robert Lechat.
On lit dans l’introduction : Les Fragmenta Gaufridi constituent la source littéraire la plus ancienne sur la vie de saint Bernard, abbé de Clairvaux. Les Fragmenta sont de simples notes réunies par Geoffroy d’Auxerre, secrétaire de saint Bernard, du vivant même de son abbé, pour servir de matériaux à Guillaume de Saint-Thierry, qui s’apprêtait à écrire sa vie.

Le texte date de 1145 environ, le manuscrit daterait du XII° siècle.

L’identité de la pièce est suffisamment établie par l’inscription, d’une écriture ancienne : Liber sancte Marie Aureevallis, qui se lit au fol. 71° et par l’attestation autographe de l’abbé Clesse, curé d’Anlier, collée à l’intérieur de la couverture. Clesse déclare avoir reçu le manuscrit de dom Joseph Martin, religieux de l’abbaye d’Orval et en avoir ensuite lui-même fait présent au monastère de la Trappe du Val-Sainte-Marie près Besançon. En effet, en 1841, quand les trappistes de l’ancienne abbaye de Bellevaux près Besançon, réfugiés en Suisse, purent rentrer d’exil et se reconstituèrent au Val-Sainte-Marie, l’un d’entre eux se mit en quête de livres et de manuscrits pour reformer la bibliothèque. Il fit, paraît-il, ample moisson dans nos contrées et obtint de l’abbé Clesse le volume contenant les Vies de saint Bernard et de saint Humbert. La relation de ce moine peut se lire en appendice à la quatrième édition, parue en 1843, d’un livre peu connu : Histoire de l’abbaye de la Trappe du Val-Sainte-Marie p. 336-342 (…)

 

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