- Annales de Cîteaux - Tamié et sa région
- Voyage de Dijon à Rome en 1661
- Visite des monastères en 1654 - 1
- Visite des monastères en 1654 - 2
Manuscrit des Archives de l’Abbaye de Tamié
Le voyage de dom Vaussin, abbé de Cîteaux, en 1654, pour présider un Chapitre national de la Congrégation de Haute-Allemagne.
Dom du Chemin, prieur de Cîteaux en a rédigé une relation utilisée par Nicolas Cotheret.
Texte inédit
(Folio 337 verso) Le carrosse [de dom Vaussin abbé de Cîteaux et général de l’Ordre] était attelé de six chevaux conduit par un cocher et un postillon, suivi par Pierre Burette chirurgien, Pierre Leroy valet de chambre, Nicolas Givois, cuisinier, Jean Patin valet de chambre de Sept-Fons [tous à cheval] et trois laquais derrière le carrosse, nombreuse suite qui ne put que causer bien de la dépense à la maison qui cependant n’était guère en état de la soutenir et qui dut incommoder les monastères dans lesquels ce nombreux cortège s’arrêta.
Ils furent tous dîner à Saint-Jean de Lône et coucher à Dole, d’où ils continuèrent leur voyage et prirent la route de Suisse, dont ils visitèrent toutes les abbayes de l’Ordre.
Dom du Chemin qui nous en a laissé l’itinéraire, assure que le 12 de mai, passant par (f. 338) la petite ville de Dieshoffen, à trois heures de Schaffhouse, on leur fit voir l’église qui sert également aux Catholiques et aux Zwingliens, que dans les fonds baptismaux de ceux-ci, qui sont les plus proches de l’autel, ils n’oseraient y garder l’eau du Rhin qu’ils emploient à leur baptême, parce qu’elle se corromprait ; au lieu que dans ceux des Catholiques qui sont placés un peu plus bas à gauche en entrant par la porte du midi, l’eau bénite ne se gâte nullement au bout d’un an.
Le 14 étant arrivés à Constance, on leur fit remarquer dans l’église cathédrale proche la porte de la nef, une pierre de la largeur et longueur de 16 pieds sur laquelle l’hérésiarque Jean Hus avait ouï prononcer sa sentence de condamnation au feu.
De Constance, ils arrivèrent le lendemain 15, dans la célèbre abbaye de Salem [Salomonis-Villa], en Souabe dont l’abbé, comme premier abbé de l’Empire, a l’honneur de porter la couronne au couronnement du roi des Romains, honneur qu’avait eu l’abbé qui vivait alors. On offrit autrefois à l’abbé de cette maison le titre de prince de l’Empire, mais on refusa cet honneur pour éviter la dépense qu’il aurait fallut faire pour (f. 338v) en soutenir l’éclat.
Le 27 du même mois ils arrivèrent à Reusenghem [Caesarea], autre célèbre abbaye encore dans la Souabe, où le samedi des 4-temps, 30 de mai, dom Vaussin donna la tonsure et les [ordres] mineurs à deux religieux de ce monastère, le sous-diaconat à un troisième et le diaconat à deux autres.
Dom du Chemin rapporte qu’il avait lu dans l’ancienne chronique de cette abbaye, que le pape Urbain IV français de nation, de famille obscure et successeur d’Alexandre IV, était religieux de Fosseneuve de l’Ordre de Cîteaux en Italie, lors qu’il fut élevé au souverain pontificat. Ce fut dans cette abbaye où saint Thomas d’Aquin venant au concile de Lyon par ordre du pape Grégoire X tomba malade et mourut, après avoir poursuivi l’explication [du Cantique] des Cantiques par saint Bernard.
Le 3 de juin suivant ils arrivèrent en l’abbaye de Schontal [Pulchra-Vallis] en Franconie, où l’on fit lire à dom du Chemin une bulle du pape Innocent VIII du 16 février 1488 qui permet à l’abbé de ce monastère et à ses successeurs, de décorer les mors, brides et selles de leurs chevaux, de garnitures de cuivre doré et même de porter les éperons de même métal. Qu’était devenu le grand zèle de ce bon pape qui le fit tant déclamer contre (f. 339) les dérèglements de l’Ordre de Cîteaux dans sa bulle du 10 août précédent, de laquelle on a parlé en son temps ? Ce serait en vain qu’on voudrait réprimer le faste et le luxe des moines, quand les papes les autorisent.
Ils trouvèrent une autre bulle bien plus extraordinaire dans l’abbaye de Brumbach [Brumbacum], où ils arrivèrent le sept du même mois de juin. Elle est du 17 novembre 1538, et fut accordée à Vienne par un légat a latere en Bohême, Hongrie et autres pays, qui permet à Marc abbé de ce monastère et à ses successeurs, de conférer les ordres sacrés, même la prêtrise, nonobstant toutes choses contraires. Ce légat, sans doute se crut un pouvoir plus étendu que n’en eût le pape Innocent VIII lui-même qui n’estima pas avoir celui de le transmettre à l’abbé de Cîteaux auquel il permit de conférer le sous-diaconat et le diaconat. Il est à présumer que l’abbé de Brumbach voulait être plus que son général. Voilà la preuve comme l’ambition et l’orgueil ont toujours été de tous les états et de toutes les nations. Dom Vaussin pourtant obligea cet abbé à lacérer ce prétendu privilège, mais ce ne fut pas sans peine.
De Brumbach, ils furent le 10 suivant voir la célèbre ville de Witzbourg [Herbipolis], capitale de la Franconie. On les conduisit d’abord à l’église cathédrale dont le Chapitre n’est composé que de (f. 339v) 18 chanoines auquel nul autre n’est agrégé à ce qu’on leur dit, que l’un des six expectants et qu’on appelle domicelli, dont le plus ancien succède au premier chanoine qui décède, mais qui n’est admis au nombre des capitulants qu’après avoir été émancipé, c'est-à-dire après avoir passé, les épaules nues à travers du corps des chanoines rangés dans une grande salle, lesquels ont chacun une poignée de verges à la main dont ils frappent sans ménagement, en présence des enfants de choeur et de leur maître.
Que l’élection de l’évêque de ce lieu [il était duc de Franconie] venant à tomber sur quelqu’un qui n’est point capitulant, il doit irrémissiblement avant que d’être reçu, passer par cette singulière émancipation, et celui qui l’était alors n’en avait pas été dispensé, n’y aucun autre, quoique plusieurs auraient donné des trésors pour éviter de faire cette cérémonie.
Étant le 23 du même mois de juin dans l’abbaye de placs Plag [Plassum] en Bohême, dom Vaussin reçut la lettre suivante pour l’Empereur, écrite entièrement de la propre main du roi Louis XIV.
A l’Empereur Monsieur mon frère.
Monsieur mon frère. Le sieur abbé chef et général de l’Ordre de Cîteaux, qui est personne de mérite et de vertu singulière, (f. 340) allant faire les visites des monastères qui dépendent de son Ordre, dont il y en a plusieurs de situés dans l’étendue de votre obéissance, j’ai désiré l’accompagner de cette lettre, dont le sujet n’est pas tant afin de prier Votre Majesté de le favoriser pour un si bon dessein, sachant assez que les actions de piété n’ont pas besoin de recommandation auprès d’Elle, que plutôt pour lui faire connaître que je ne désire point laisser passer d’occasion de donner à Votre Majesté des marques de la continuation de mon estime et affection vers elle, que je ne les embrasse avec tout le sentiment qu’elle peut désirer, étant, Monsieur mon frère votre bon frère Louis.
Monsieur mon frère. Le sieur abbé chef et général de l’Ordre de Cîteaux, qui est personne de mérite et de vertu singulière, (f. 340) allant faire les visites des monastères qui dépendent de son Ordre, dont il y en a plusieurs de situés dans l’étendue de votre obéissance, j’ai désiré l’accompagner de cette lettre, dont le sujet n’est pas tant afin de prier Votre Majesté de le favoriser pour un si bon dessein, sachant assez que les actions de piété n’ont pas besoin de recommandation auprès d’Elle, que plutôt pour lui faire connaître que je ne désire point laisser passer d’occasion de donner à Votre Majesté des marques de la continuation de mon estime et affection vers elle, que je ne les embrasse avec tout le sentiment qu’elle peut désirer, étant, Monsieur mon frère votre bon frère Louis.
A Paris ce 15 avril 1654.
Le 26 ils arrivèrent en l’abbaye de Ronigsael [Aula Regia], d’où le lendemain 27, ils partirent pour aller à Prague rendre leurs devoirs au vice-roi de Bohême, auquel il envoya demander l’audience par l’abbé de Ronigsael, qui lui présenta de la part de dom Vaussin des lettres de confraternité et d’association à l’Ordre, lesquelles ce seigneur reçut avec de grandes démonstrations de bonté et de reconnaissance et donna heure au lendemain dans le château, où l’abbé de Cîteaux et (f. 340v) ceux qui l’accompagnaient furent invités à manger.
Dom du Chemin qui profita de cette petite remise pour s’informer des antiquités de cette grande ville, dit qu’entre autres choses on lui fit remarquer dans ses chroniques imprimés à Hayn, Hanno-viae, ville de la Silésie du Royaume de Bohême, que ce qui avait occasionné en partie la révolte et le schisme de Jean Hus bohémien et bachelier en théologie, avait été la bulle du pape Jean XXIII, qui ordonnait la Croisade contre Ladislas roi de Naples qui lui faisait la guerre en 1412, que cette bulle étant venue à la connaissance de Jean Hus cet hérésiarque en prit le prétexte de faire afficher une thèse à tous les carrefours de Prague laquelle il soutint publiquement : savoir, si la Croisade ordonnée par le pape Jean XXIII contre Ladislas roi de Naples et ses adhérents, pouvait être approuvée par les fidèles, comme une guerre entreprise selon la loi de J.C., pour l’honneur de Dieu, le salut du peuple chrétien, et pour l’utilité de l’État.
Le recteur de l’université ayant prié le peuple de se retirer du lieu où se faisait la dispute, les docteurs reprochèrent (f. 341) à Hus sa témérité ; sur quoi le peuple voulant les lapider, Jérôme de Prague harangua et dit qu’il soutiendrait la même doctrine en plein Sénat et que quiconque serait de son avis n’aurait qu’à le suivre, à quoi le peuple applaudit et le suivit.
Ainsi s’éleva l’une des plus grandes et des plus dangereuses hérésies qui aient affligé l’Église et dont les suites ont été les plus funestes et les plus tragiques.
Le dimanche 28 du même mois de juin, dom Vaussin retourna à Ronigsael pour assister à la première messe de dom Bouchu son neveu abbé de Sept-Fons. Dom du Chemin assure qu’ils eurent mille peines d’empêcher les religieux de chanter à la grande messe, le gloria in excelsis, le credo, l’offertoire et la post-communion en langue bohémienne [usage des Église de Bohême].
Etant arrivés le 8 de juillet dans l’abbaye d’Hohenfurth [Altum-Vadum] sur la Moldave, on leur donna le divertissement de la pêche des perles, qu’on trouve dans des coquilles semblables à celles des moules qui sont dans les étangs de France.
Dom du Chemin observe que celle qu’ils virent pêcher étaient encore trop petites pour avoir pu y trouver de belles perles (f. 341v) qu’elles avaient été épuisées par les soldats de Galas étant en Bohême qui pêchèrent indifféremment toutes les coquilles grosses et petites qu’ils trouvèrent, ce qui causa une perte de plus de 50.000£ à l’abbaye, et que n’ayant pas eu soin de les rejeter dans l’eau à mesure qu’ils les ouvraient et en tiraient les perles, la pourriture si mit à un tel point, que la puanteur qui en sortait infectant l’air, Galas qui craignit qu’elle n’occasionnât une maladie contagieuse parmi ses soldats, les fit toutes jeter dans l’eau, après que sa femme eut fait provision de ces perles ; qu’en particulier un soldat en avait trouvé une assez belle pour avoir été vendue 60 patagons, monnaie de Flandre qui valut d’abord 48 et ensuite 58. Il ajoute qu’à la vérité, ces perles n’ont pas autant d’éclat que celles d’Orient, mais que cependant elles sont assez luisantes, qu’elles se nourrissent et grossissent de l’aliment qu’elles prennent de la chair du poisson enfermé dans les coquilles auquel elles tiennent par des petites pointes qui y sont comme des petites mamelles ou canaux d’où elles tirent leur aliment, quelles sont mûrs et dans leur perfection quand elles tombent d’elles-mêmes, mais que lorsqu’on les arrache (f. 342) plus tôt, elles sont de peu de valeur, fussent-elles rondes, grosses et éclatantes, parce qu’alors elles étaient sujettes à se casser, ou escacher (= s’écailler ?).
Dom Vaussin qui n’avait reçu jusque là que des honneurs partout où il avait passé et qui avait tout lieu d’être content de son voyage, commença à essuyer des contrariétés fâcheuses. L’abbé de Wilhering [Hilaria] en Autriche, qui était venu ce même jour pour la forme seulement, lui offrir sa maison, en attendant qu’il eût obtenu le consentement de l’Empereur pour entrer dans cette province, lui fit cependant entendre qu’il serait plus à propos de choisir un autre monastère, quoique le sien fût plus proche parce que (dit-il) il convenait d’aller à Vienne avant que d’entreprendre la visite des monastères d’Autriche, attendu les défenses qu’il avait eu de recevoir aucun visiteur sans le consentement de l’Empereur ainsi qu’il avait été réglé, depuis deux ans, pour tous les Ordres.
À ce discours qui ne put que causer de la défiance, dom Vaussin répondit qu’il commencerait dès le lendemain la visite de ses monastères d’Autriche, par celui de Wilhering même, et cependant écrivit au (f. 342v) gouverneur de Linz, ville la plus prochaine de l’abbaye d’Hohenfurth, et 25 lieues d’Allemagne au-dessus de Vienne, pour demander l’original des prétendues défenses de Sa Majesté impériale ; le prieur d’Hohenfurth fut porteur de cette lettre de même que de celle de son abbé pour le même sujet.
Mais ce religieux n’ayant pas trouvé le gouverneur de Linz, il fut obligé de lui envoyé ses lettres où il étai, et fut à Wilhering, distant de deux lieues de cette ville ; il eut soin d’engager l’abbé et ses religieux de recevoir honorablement dom Vaussin, qui y arriva le lendemain 9 comme il l’avait dit, et le 10 le gouverneur de Linz lui fit faire des excuses de n’avoir pu le recevoir lui-même chez lui pour lui témoigner l’estime qu’il faisait de sa personne et l’assurer qu’il était le bienvenu en Autriche, ce qui était bien opposé à ce que cet abbé avait dit deux jours auparavant.
Sur ces assurances n’hésita pas à continuer son chemin. Cependant le 19 étant dans l’abbaye de Zwethl [Clara-Vallis] un religieux de celle de Heyligen-Creutz [Cancta Crux] arriva à onze heures du soir avec une lettre de son abbé qui donnait avis à dom Vaussin qu’au moment (f. 343) qu’il se disposait pour aller à sa rencontre, il reçut un ordre le comparaitre au Conseil aulique qui lui enjoignit, de la part de l’Empereur de notifier à son général les défenses de Sa M. impériale d’entrer plus avant dans l’Autriche.
Il n’en fallut pas d’avantage pour faire retourner dom Vaussin sur ses pas. En effet il reprit la route de Baumgastenberg [Mons-Pomerius] dont l’abbé était aimé de ses religieux, à un point, dit dom Chemin, qu’ils le considéraient comme un ange, il ajoute qu’il était vêtu de mêmes étoffes de laine qu’eux et non pas de soie comme la plupart des autres abbés de ce pays-là. Quel sujet de gémissements que des moines croient pouvoir s’attirer l’estime et la vénération du public quand ils lui sont une pierre de scandale et qu’ils sortent des bornes de la modestie religieuse ! Quel aveuglement !
Ce fut dans ce monastère que dès le 22 du même mois de juillet, dom Vaussin indiqua son Chapitre national de la Congrégation de la Haute-Allemagne au 27 du mois d’août suivant, dans la ville impériale de Rottweil, en Souabe, comme l’endroit de toute l’Allemagne le plus convenable pour assembler les abbés, et qui l’approchait (f. 343v) le plus de la ville de Fribourg-en-Brisgaud où il voulut passer parce que le sieur de Crespan son frère, premier capitaine au Régiment de Condé, mort des blessures qu’il reçut à la bataille que Louis de Bourbon, duc d’Anguien et ensuite prince de Condé, donna aux Bavarois, et qu’il défit sur la montagne entre cette ville et celle de Brisach, était inhumé dans l’église de Saint-Georges qui est sur le grand chemin qui conduit à ces deux villes.
Le 26 étant dans l’abbaye de Furten-Cel [Cella-Principum] en Bavière, il reçut une lettre du 22 précédent de l’abbé d’Heyligen-Creutz qui le priait de ne point sortir de Zwethl [Clara-Vallis] ainsi que l’Empereur le souhaitait, jusqu’à ce que son affaire eût été davantage examinée, se flattant de l’heureux succès des mémoriaux qu’il avait présentés à Sa Majesté impériale.
Dom Vaussin qui lui fit réponse le lendemain, lui manda qu’après l’ordre que lui-même lui avait signifié de la part de l’Empereur, il n’avait pu rester d’avantage en Autriche sans se rendre coupable, ce qui l’affligeait d’autant plus qu’il ignorait ce qui pouvait lui avoir attiré une disgrâce de cette nature, d’autant (f. 344) plus qu’avant d’entrer en Autriche il avait eu l’honneur d’informer Sa Majesté impériale des motifs de son arrivée dans ses États, en attendant qu’il eût celui d’aller en personne lui rendre ses hommages à Vienne ; qu’au surplus ayant indiqué son Chapitre national de la Congrégation de la Haute-Allemagne au 27 d’août suivant, il ne lui était plus possible de retourner en Autriche.
Le 31, dernier jour de juillet, dom Bouchu ayant pris la maladie du pays et se dégoûtant du voyage, prit la poste avec son valet de chambre pour se rendre à Sept-Fons.
Ce même jour dom Vaussin arriva en l’abbaye de Raitenhaslach [Raitenhaslachium] où un exprès de l’abbé de Heyligen-Creutz lui apporta le décret du Conseil aulique du 24 du même mois par lequel l’Empereur ordonnait à l’abbé général de l’Ordre de Cîteaux de surseoir à ses visites des monastères situés dans ses États. On apprit dans la suite que l’ambassadeur d’Espagne et l’abbé de Rein [Runa] en Styrie, de même que celui de Lilien-Feldt [Campus-Liliorum] en Autriche avaient été les moteurs de tout ceci et avaient fait éprouver ce contretemps à dom Vaussin.
Les R.R.P.P. Jésuites de la petite ville (f. 344v) de Burghusim, dit dom du Chemin, sollicitaient vivement l’union de cette abbaye de Raitenhaslach, à leur collège, imputant aux moines de cette maison d’avoir été dans les cabarets de cette vilotte (= petite ville). Les confrères de France de ces zélés religieux ne furent pas si scrupuleux, environ trente ans après, que le recteur et le procureur de leur fameux collège de La Flèche [Isaac Magnan] attirèrent dans un cabaret de la ville d’Angers un religieux de l’abbaye de Belle-Branche avec lequel par traité du onze de février 1684 ils stipulèrent pour la vente de la manse conventuelle de son monastère. Nous parlerons plus au long de cet événement dans son temps.
Le 13 d’août dom Vaussin étant sortit de La Bavière, entra en Souabe et vint coucher à Augsbourg et le 19 à l’abbaye de Salem, d’où le lendemain, jour de la fête de saint Bernard, il écrivit aux magistrats de Rottweil pour leur demander sûreté et assistance pour le Chapitre national qu’il avait convoqué dans leur ville.
Le 24 étant à Tuttlingen il reçut la réponse de ces M.M. qui le remerciaient de (f. 345) l’honneur qu’il leur faisait de choisir leur ville pour la célébration de son Chapitre national, lui témoignant le déplaisir qu’ils avaient de ne pas se trouver en état, depuis les guerres, de le recevoir selon ses mérites et selon leur désir.
De Tuttlingen il fut coucher le même jour à Rottmunster, abbaye de filles où il fit sa visite et ouvrit son Chapitre le jeudi 27 d’août dans la sacristie de cette maison, après la messe célébrée pontificalement par l’abbé de Saint-Urbain, à la fin de laquelle il donna la bénédiction solennelle, cette première session dura depuis huit, jusques à dix heures du matin, après laquelle il transféra son Chapitre à Rottweil où tous les abbés l’accompagnèrent en cortège et où les magistrats lui rendirent tous les honneurs possibles, ayant fait tenir leur milice sous les armes aux portes à son entrée dans la ville, le firent complimenter par leurs députés qui le conduisirent dans l’appartement qu’ils lui avaient fait préparer en la grand-rue qu’ils avaient fait nettoyer exprès, de même que les autres et lui firent présent de vin, de viande, de boisson et d’avoine pour ses chevaux.
(f. 345v) Le 30 d’août, lendemain de la clôture du Chapitre, après que dom Vaussin eut célébré la messe basse au grand autel de la maîtresse église de cette ville, à laquelle tous les abbés assistèrent, qu’ils l’eurent reconduit dans son logis et remercié de l’honneur qu’il leur avait fait et à leur Congrégation, il ordonna qu’au nom du Chapitre national on ferait présent à la ville de Rottweil d’un vase d’argent doré sur lequel ses armoiries et celles des abbés qui avaient assistés au Chapitre seraient gravées, lesquels donnèrent pour cela chacun deux sequins [le sequin vaut un écu d'or de Venise] et dom Vaussin en donna six, quatre pour lui et deux pour l’abbé de Neubourg qui n’était pas en état de rien donner, à cause des pertes que son monastère venait de faire pendant la guerre, ce qui faisait en tout 38 sequins, dont six furent distribués partie aux Dominicains, partie aux pauvres religieuses et à ceux de l’hôpital, les 32 qui restèrent furent déposés entre les mains de l’abbé de Wettingen en Suisse qui se chargea de tout. Ensuite dom Vaussin se mit en chemin pour retourner en Bourgogne par la Forêt-Noire, l’Alsace, la Franche-Comté, et arriva de Dole (f. 346) à Cîteaux le 9 de septembre tout d’une traite. [Maria-Stella]
Son arrivée en Bourgogne n’arrêta pas le cours des chicanes de l’abbé des Prières et n’en diminua pas le nombre, au contraire, il les avait augmentées et rendues plus intéressantes en incidentant de nouveau sur son élection de laquelle il interjeta appel comme d’abus au Parlement de Paris, de même que de l’exécution des bulles confirmatives d’icelle, ce qui faisait le douzième chef d’appellation comme d’abus interjeté de sa part et de celle des autres réformés.
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La suite dans Analecta cistercuiensia, Annus XLI - 1985, Fasc. 1-2 - Jan.-Déc. Louis J. Lekai, Les « Annales de Cîteaux de Nicolas Cotheret » (II), p. 205 et ss.
Lekaï dans son résumé signale les noms suivants :
Königsaal - Hohenfurt - Baumgartmenberg - Rottweil- Raitenhaslach - Heiligenskreuz - Lilienfeld - Rein
