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Les statues de la Vierge du Salve à Tamié
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elle y fut retournée en 1932
Hauteur : 2,40 m
La Vierge en pierre a été remise aux moniales de la Grâce-Dieu en 1932.
Un autre statue a remplacé la première.
Aspect du choeur avant 1965.
Cette statue en bois provient de la paroisse d'Ugine en 1932.
Hauteur 1,40 m
Elle fut échangée contre un autre mobilier liturgique: un autel.
Une autre copie se trouve dans l'église toute proche de Verrens
L'originale est en marbre dans la cathédrale de Rouen.
Cette vierge est une copie dont l’original, exécuté par un certain Lecomte en 1775 se trouve encore actuellement dans la cathédrale de Rouen. Dans son livre La Vierge et l’Enfant dans l’Art français, Maurice Vloberg a eu soin de la recenser au chapitre : Les jeux et les soins de la Vierge-Mère : « Chez la Vierge de Lecomte, le jeu large et léger des voiles a lui-même quelque chose de berceur. Sauf une réserve pour la robe de Marie trop ajustée à la ligne des jambes, tout le groupe est à louer, le naturel du sommeil divin, le doigt laissé dans la bouche comme un biberon. Ce marbre, dû à la libéralité de Monseigneur de la Rochefoucauld, archevêque de Rouen, domine, dans la cathédrale de cette ville, l’autel adossé au pilier droit, à l’entré du chœur, emplacement de la chapelle dite du vœu, érigée dans l’ancien jubé à la suite d’un vœu pendant la peste de 1637 » (2)
Vierge du Voeu par Lecomte, cathédrale de Rouen
Photos : Hélène et Bernard Rossat*-*-*-*-*-*-*-*-*-*
Père André Fracheboud retraça ces changements en 1953
D’où vient notre vierge actuelle du « Salve » ? Nos juniors qui n’en ont jamais connu d’autre pourraient la croire dans notre église depuis toujours. Surtout qu’ils n’aillent pas la faire remonter au XIIème siècle. Aux origines il n’y avait aucune statue dans l’abside des églises cisterciennes. Comme beaucoup de nos usages actuels, la coutume semble être partie de La Trappe où il y en avait une lors du fameux exode de 1793. Elle datait de Rancé. Gaillardin précise même que « la Vierge tenait d’une main l’Enfant Jésus et de l’autre une suspense qui renfermait le saint Sacrement selon l'usage observé à Cîteaux pendant plusieurs siècles . On lisait au bas ce mot grec : Theotocos, c’est-à-dire Mère de Dieu et quatre vers latin composés par le révérend Père pour répondre à ceux qui n’approuvaient pas que la main de la sainte Vierge soutînt le saint Ciboire. (1)» Au retour de l’exil chaque nouvelle petite Trappe imita la Grande.
Mais remonter à 1793 c’est encore beaucoup trop pour notre statue qui n’est là que depuis une vingtaine d’années. C’est en 1932 en effet que notre Vierge en remplaça une autre, aux grands airs de matrone, beaucoup plus monumentale, elle occupait la niche tout entière, sans le secours d’aucun faux piédestal ! En son giron, pas le moindre Petit Jésus. Ses bras ouverts, comme sur la Médaille miraculeuse, semblait montrer la colombe eucharistique au conopée de soie blanche, dans laquelle on conservait le saint Sacrement à la manière antique.
Un beau jour la statue descendit de son trône. Gros émoi des novices. Allait-on leur enlever la Sainte Vierge ? Mais non, il s’agissait seulement de ramener à La Grâce-Dieu la statue qui en était venue en 1909. Notre vénérable Père Bernard [Krier] ne la laissa pas partir sans regret ! Le même soir, au pied de la statue laissée momentanément derrière la courtine, notre père prieur venait épingler ses doléances écrites au crayon bleu sur une page de cahier d’écolier : « Ô bonne Mère, en quoi donc avez-vous démérité pour qu’on vous descende ainsi de votre trône ? Si le saint abbé dom Benoît vous voyait en une telle posture ! » Et la plaintive élégie continuait en des mots que j’ai oubliés. Le coeur a ses raisons...
Le 27 avril 1932, la statue s’en fut emmenée jusqu’à La Grâce-Dieu par Frère Amédée Gaidioz et Frère Edmond Pourchet dans la camionnette de l’époque. Les archives conservent le récit de l’arrivée là-bas où l’abbesse était encore la Révérende Mère Marie-Joseph Gehant, 59ème abbesse de Port-Royal de Paris transféré à Besançon et qui avait encore porté le scapulaire blanc à grande croix rouge comme la Mère Angélique Arnaud.
Sa secrétaire, Mère Marguerite, l’abbesse actuelle écrivait :
Abbaye de la Grâce-Dieu le 7 mai 1932
Mon Révérend Père
Il y a 25 ans nos Pères, religieux de ce monastère de La Grâce-Dieu quittaient, le coeur bien gros et les larmes plein les yeux, cet asile béni, sanctuaire de prière et de pénitence. Dans leur ardente et filiale piété envers la sainte Vierge, ils ne purent se résoudre à y laisser sa statue devant laquelle ils avaient prié si souvent, chère statue, témoin de leur vie religieuse et de celle des saints moines leurs devanciers et dans un élan de pieuse et respectueuse vénération pour Marie, ils emportèrent avec eux, à l’abbaye de Tamié qui les accueillait comme on accueille des Frères pour y continuer leur vie monastique, son image bénie.
Vingt ans après leur départ, en 1927, les moniales cisterciennes de Besançon - nous-mêmes - vinrent prendre possession de ces lieux sanctifiés par les anciens moines, leurs pères. Depuis lors, la place vacante semblait réclamer et attendre le retour à La Grâce-Dieu de la Vierge aimée. [...]
Le Père Tharin écrivait de La Grâce-Dieu : « Vous savez que j’ai avec moi, comme socius, le Père Yves d’Aiguebelle. Je profite de lui pour faire remonter dans notre église l’ancien maître-autel de nos pères. Vous savez et vous le voyez, j’ai le culte du souvenir et je l’infuse à nos soeurs toujours si ferventes. Pourriez-vous savoir d’où vient cet autel ? On me dit que la Vierge de bois qui vient, grâce à vous, de nous revenir, a été faite par un de nos frères convers. Savez-vous son nom et à quelle époque ? »
L’année suivante c’étaient les lampes de chœur qui, à leur tout s’en retournaient à La Grâce-Dieu et nous valaient un nouveau merci de l’abbesse et de sa communauté.
Mais à Tamié, la niche de Notre Dame n’avait pu rester vide. On y installa l’actuelle Vierge de bois qui, elle aussi à son histoire. Avant d’être hissée à la place d’honneur, elle était restée longtemps sous le cloître, entre la porte de l’église et celle de la sacristie où, depuis, saint Benoît lui a succédé. Elle venait cependant de bien plus loin. La paroisse d’Ugine l’avait offerte au monastère qui lui avait fait don d’un magnifique autel en bois découpé - son propre maître-autel - venu sans doute de La Grâce-Dieu en 1909. Les archives conservent la lettre où le conseil paroissial d’Ugine exprime à l’abbé de l’époque sa vive reconnaissance. En voici la teneur :
Au Révérendissime Père Abbé de Tamié.
Les membres du conseil paroissial, réunis à la maison presbytérale sur l’invitation de monsieur l’archiprêtre Pierre Perret, curé d’Ugine, viennent vous exprimer, au nom de la paroisse tout entière, leur profonde reconnaissance pour le don magnifique que vous avez bien voulu faire à l’église d’Ugine.
Nous possédions déjà une chaire venant de Tamié, devenue monument historique depuis 1911. Grâce à votre générosité, notre sanctuaire a retrouvé le caractère primitif que lui avivaient donné les Pères bénédictins qui l’édifièrent en 1220. [...]
Fait et dressé en séance à Ugine le 27 avril 1930, dimanche de Quasimodo.
Suivent 9 signatures dont celle de l’archiprêtre.
La main gauche ignorant ce que donne la droite, ces messieurs ne font aucune mention de la vierge offerte en retour. Un document sur cette provenance eut été pourtant bien utile aux archives. En vain j’ai interrogé plusieurs anciens pour en avoir la preuve. J’ai écrit à Chimay d’où le Père Anselme Dimier m’a répondu : « La Vierge du Salve vient en effet d’Ugine, échangée contre un magnifique autel en bois découpé qui venait de La Grâce-Dieu. La vierge était peinturlurée de toutes les couleurs. C’est Frère Edmond qui a mis je ne sais combien de temps à la décaper. » Père Anselme, lui non plus, ne dit pas qu'il a sculpté un nouveau bras gauche de l'enfant Jésus, alors que sur l'original cet élément aussi a disparu.
*-*-*-*-*-*-*-*
Il existe une copie en bois doré de cette Vierge à l’Enfant de Rouen dans l’église toute proche de Verrens-Arvey.
(1) - GAILLARDIN Casimir, Les Trappistes, Paris, 1844, tome I, p. 238.
Si quaeras natum cur matris dextera gestat,
Sola fuit tanto munere digna parens.
Non poterat fungi majori munere mater,
Non poterat major dextera ferre Deum.
Vous demandez pourquoi la main de la mère porte le fils ;
Apprenez que la mère seule était digne d'un si grand honneur.
Il n'était pas de plus noble fonction pour la mère ;
Il n'était pas de plus noble main pour porter un Dieu.
La suspense eucharistique est aussi mentionnée dans les Règlemens de la Maison-Dieu [...] de la Valsainte, Fribourg, 1794, tome I, p. 429 « Il y aura toujours une suspense au-dessus du grand autel où résidera le Saint-Sacrement, afin d'avoir la consolation d'être d'une manière plus spéciale sous les yeux de notre divin Rédempteur. Le saint Ciboire sera couvert d'un petit voile ou pavillon blanc de soie et propre. (Super majus Altaere sacrum Christi Corpus suspensum sit in vase deaurato. (Rit. p. 7) ».
(2) - Maurice VLOBERG, La Vierge et l’enfant dans l’Art français, Arthaud, 1934, tome II, p. 40-42.
Depuis cette date, l'église subit plusieurs restaurations et la statue en bois de la vierge du Salve fut remplacée par d'autres représentations. Depuis le 15 août 1988, la Vierge du Salve est une tapisserie, oeuvre du maître lissier Christian Corio.
En 1948 il fut demandé au sculpteur Serraz une statue de la Vierge Marie
pour orner le milieu du cloître.
