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Homélie pour le 5ème dimanche
du temps ordinaire - C Luc 5, 1-11 |
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Mais où faut-il donc se placer pour voir et entendre Jésus de plus près, pour être en contact avec lui ? C’est un peu la même question que se posent ceux qui ont obtenu d’assister à une audience avec le Pape, ou qui savent que le Président de la république va passer par là… Apparemment c’est la première solution : les gens viennent pour écouter Jésus. On est au début de l’évangile de Luc et il insiste beaucoup sur l’importance de la Parole que donne Jésus. Si on veut connaître Jésus il faut écouter sa Parole, aujourd’hui on dirait : il faut lire sa Parole. Et de fait jésus parle beaucoup. Il parle pour enseigner, il parle pour guérir, il parle pour chasser les démons, il parle par amitié avec ceux qu’il croise. Car la parole est l’arme la plus puissante pour communiquer. Parfois elle peut s’appuyer sur l’image, mais elle reste première. Car en effet, comment connaître Jésus s’il ne parle pas ; comment connaître son message s’il ne prêche pas ? Or nous avons besoin de connaître Jésus. Cela me rappelle cette très belle prière qui a été formulée dimanche dernier par une personne qui demandait que les enfants apprennent à connaître Jésus au cours de leur catéchèse. Parfois on en reste là : on l’a écouté et on s’en va ; et peut-être gardons-nous en mémoire l’une ou l’autre de ses paroles ; ou peut-être avons tout oublié dés qu’il a les talons tournés. Lire et relire l’évangile. Ce n’est pas facile me direz-vous ; je n’y comprends rien ; je suis dépaysé. Tout cela je le vis aussi. Dépaysé est le mot le plus juste : il faut s’habituer à un paysage, le regarder de ses yeux. Un des bons moyens pour entrer dans la Parole de Dieu c’est parfois ce que font les rabbins : se poser sans cesse des questions au sujet du passage que l’on vient de lire. Remuer le texte dans tous les sens. Comme les enfants juifs qui la veille du sabbat ou de Pâques posent des questions (parfois rituelles) à leurs parents pour se faire expliquer le sens des rites qu’ils accomplissent en famille. Jésus parle aux foules, il enseigne…et les foules repartent chez elles ; et le message risque bien de partir lui aussi. Mais les bains de foule ne satisfont pas Jésus : il recherche le contact de personne à personne. Oui, parfois Jésus va plus loin et il s’adresse personnellement à un individu. « Simon, j’ai une question à te poser, dit-il à un pharisien qui l’avait accueilli chez lui pour un repas ». Ici Jésus ne pose pas une question, mais il va procéder autrement : Simon, j’ai un service à te demander : conduis-moi un peu loin du rivage avec ta barque. Dieu ou Jésus amorcent un dialogue avec l’homme ; ils ne s’adressent plus aux foules, mais à un individu. La parole a beaucoup lus de poids et de portée lorsqu’elle est adressée directement, personnalisée. Et ici Jésus vient rejoindre Simon, vient rejoindre l’homme dans ce qui lui est le plus naturel, dans ce qui fait sa vie de tous les jours : son travail Tout comme un dialogue entre hommes commence le plus souvent par des banalités sur la vie quotidienne, pour ensuite aller au fond des choses. Mais cela souligne aussi l’importance de l’activité humaine : elle façonne l’homme ou la femme, elle lui permet de développer sa personnalité, elle lui offre l’occasion de la partager avec les autres et avec Dieu. Et quand Jésus sent que le courant est établi, que sa parole passe, alors il peut se faire plus directif. D’où l’injonction de Jésus à Simon : avance au large là où l’eau est profonde. Au sens le plus courant pour un pêcheur cela veut dire bien entendu : va jeter ton filet là où le poisson a le plus de chance d’être abondant. Mais je vous propose de le lire d’une autre façon. Ne restons pas à ce dialogue superficiel, mais va au fond de toi-même ; ouvre-moi la largeur et la profondeur de ton cœur. Et il faut du courage à Pierre, tant pour obéir à Jésus qui lui demande de revenir sur son échec, que pour aller au fond de lui-même. Le fond du cœur, le fond de l’âme, ce lieu que souvent nous n’aimons pas regarder car il nous révèle la vérité de notre vie et sa contradiction avec ce que notre conscience nous dicte. Il nous révèle notre pauvreté. Il nous la révèle encore plus si nous l’étalons devant Dieu ; car à ce moment là nous découvrons l’immensité ou la profondeur vertigineuse de Dieu, face à laquelle nous ne sommes plus rien. Alors l’effroi peut nous saisir. Ce qui risque de faire craquer notre filet c’est cette prise de conscience de notre pauvreté devant Dieu, de notre indignité. Dieu nous bouscule, nous réduit à notre faiblesse ; non pour nous humilier, loin de là ; mais pour nous faire saisir que sans lui nous ne pouvons rien. D’où ce cri de Simon, tout comme Isaïe dans la première lecture : "éloigne toi de moi, car je suis pêcheur". C’est à ce moment précis que tout bascule. A ce moment-là même, l’effroi qui avait saisi Pierre disparait. La peur a disparu, vaincue par la foi. La foi chasse la peur. Il y a ce très beau psaume 138 où il est dit « Seigneur tu me sondes et me connais, que je marche ou me couche tu le sais, c’est toi qui m’a créé dans le sein de ma mère ». Quand nous avons compris et accepté que Dieu nous connaisse ainsi au plus profond de nous-mêmes et nous accepte tels que nous sommes, qu’il nous reconnaît pour ce que nous sommes, alors nous pouvons vraiment à notre tour le connaître et l’aimer. Alors ? Mais je préfère vraiment traduire par « ils l’accompagnèrent ». Ce verbe traduit tout à la fois une grande intimité, venue de cette reconnaissance mutuelle ; elle rappelle ce bel épisode d’Emmaüs où deux hommes font route avec Jésus et sentent qu’il n’est pas comme les autres, qu’il a quelque chose à leur dire ; elle rappelle aussi un empressement à le suivre avec cette déférence que nous avons lorsque nous recevons quelqu’un et que nous lui disons : je vous raccompagne. |
