- Accueillir l'autre dans ma vie
- Accueillir Dieu dans nos différences
- L'écoute mutuelle
- Écouter ses frères pour apprendre à écouter Dieu
- Le souvenir de Dieu
- Humilité et relation
- Le temps de l'Avent
- L'hospitalité monastique
- La confiance, un chemin de liberté et de joie
- L'espérance, c'est le désir qui nous pousse vers l'avenir
- La discrétion, art de la charité
- Foi, confiance mutuelle et fidélité
- L'expérience spirituelle
- Un désir qui nous ouvre à la vraie vie
- Commentaire de la Règle
- Qui vous écoute m'écoute.
- L’autre, objet d’émerveillement ou d’accusation ?
- Psaume 31 - L'aveu du péché
Commentaire de la Règle de saint Benoît
Par dom Victor
Chapitre 3 : La convocation des Frères au conseil
En toutes choses, par conséquent, tous suivront ce maître qu'est la Règle, et nul n’aura la témérité de s'en écarter. Nul dans le monastère ne suivra le désir de son propre cœur. Et nul n'aura le front d’entrer insolemment en contestation avec son abbé, même hors du monastère. Si quelqu'un avait cette audace, qu’on le soumette à la rigueur de la Règle. Toutefois, l’abbé lui-même fera toutes choses dans la crainte de Dieu et en observant la Règle, sachant qu’il devra sans aucun doute rendre compte de toutes ses décisions à Dieu, le très juste juge. Mais s’il s’agit d’affaires de moindre importance pour le monastère, il lui suffira du conseil des anciens, selon l’Écriture : « Fais tout avec conseil, et, la chose faite, tu n’auras pas à te repentir. » (Si 32,24)
Quelques principes se dégagent de ce chapitre :
1. Après le chapitre 2 qui traite de l’abbé, ce chapitre concerne tous les frères. Ceux-ci doivent donner leur avis. Refuser de le faire n’est pas acte d’humilité. C’est dans l’écoute de l’avis de chacun que se fait le discernement communautaire.
2. Chercher à imposer son avis est un manque de foi. C’est perdre de vue la recherche de la volonté de Dieu. C’est aussi un manque d’amour et de confiance envers la Communauté qui est un mystère plus grand que la somme des individus. Un chapitre conventuel, comme un synode ou un concile sont des manifestations de la présence de l’Esprit de Jésus ressuscité. C’est la célébration d’un mystère.
3. Comme dans le dialogue œcuménique il convient d’être en recherche sincère d’une vérité plus totale, être en marche, s’informer, avancer... Un dialogue où personne ne bouge, où chacun reste sur sa position n’est plus un dialogue. Un vrai dialogue exige une démarche de conversion et donc de changement.
4. Le but de la consultation est d’arriver à un consensus. « Le dialogue ne se limite pas à un échange d’idées. En quelque manière, il est toujours un échange de dons » (Ut unum sint, n° 28) Il faut pour cela un certain temps ; c’est pourquoi on demande de toujours laisser un délai de réflexion et de prière entre la consultation et le vote. (Statut 36,2A).
5. L’information doit être franche et complète. C’est une marque essentielle de confiance envers la communauté. Taire une partie de l’information peut rendre invalide la consultation.
6. L’Abbé a un rôle de discernement. Il doit, dit saint Benoit, « écouter le conseil des frères et réfléchir pour lui-même ». La majorité des voix ne le dispense pas de ce rôle de discernement. Un délai peut s’avérer nécessaire pour obtenir une plus grande unanimité.
7. Il y a des cas où l’urgence d’une décision s’impose sans qu’on soit parvenu à un consensus. L’Abbé devra prendre seul la décision qui lui semble correspondre à la volonté de Dieu sur la communauté. Il est alors très seul et prend le risque de se tromper et d’entraîner des conséquences malheureuses pour la communauté. Toute décision humaine est passible d'erreur. Ce sont des moments d'épreuve.
8. « Tous doivent suivre en tout la Règle comme leur maîtresse... L’Abbé fait tout dans la crainte de Dieu et le respect de la Règle ». Bien des souffrances seraient évitées si toutes les décisions se faisaient dans le respect de la Règle, des Constitutions et du Droit de l’Église.
9. Au-dessus de la Règle, il y a la présence du Seigneur lui-même. Un discernement communautaire n’est pas la simple juxtaposition du discernement personnel de chacun, mais une recherche commune de la volonté de Dieu. Le cas le plus beau, je trouve, est celui d’une élection. Chacun prie et discerne. Après le premier ou deuxième tour on change, en fonction du choix de la communauté. A la fin on accepte celui pour qui on n’avait peut-être pas voté.
10. Enfin saint Benoit demande « que nul ne suive la volonté de son propre cœur ». Nous sommes là au cœur de notre vœu d’obéissance. Jésus lui-même a connu ce combat : « non pas ce que je veux…» Cela ne veut pas dire que l’on doive abandonner ses convictions intimes mais qu’on obéisse de bon cœur à la volonté de l’ensemble.
