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Père Anthelme

Au matin de la fête de sainte Claire 11 août 2007
il est entré dans la clarté et la joie de Dieu



                     Gérard Marie Anthelme ARMINJON (1923-2007)


Que le Seigneur l'accueille dans sa joie éternelle !

Il était né à Chambéry le 2 mars 1923, 9ème de 10 garçons dont 5 deviendront prêtres

Entré à Tamié le 27 janvier 1946, il prend l'habit le 7 mars et fait profession le 19 mars 1948 et profession solennelle le 29 avril 1951.

Il est ordonné prêtre le 25 juin 1954.

Il fut envoyé aider la communauté de Mokoto en République démocratique du Congo, du 9 juillet 1979 au 25 août 1983.



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Témoignage sur P. Anthelme par dom Victor, Père Abbé

            Après dom Guérin, l’abbé d’alors, P. Anthelme est le premier visage de moine que j’ai rencontré en venant à Tamié en 1955. Il était alors hôtelier. J’étais frappé par son amabilité et sa prévenance un peu scrupuleuse. Quand il vous demandait ce dont vous aviez besoin il aurait fallu deviner ce que lui-même pensait vous être profitable…Aussi on mettait un certain temps à lui faire admettre qu’on n’avait besoin de rien !

            En 1979 il fut mon compagnon pour aller au Zaïre aider la communauté de Mokoto. Il y est demeuré quatre ans comme père-maître. Je le sentais souvent inquiet et un peu dépassé par sa charge. Il faut dire que plusieurs de ses novices ont dû partir. Il en reste tout de même 4 ou 5 qui ont persévéré et qui gardent un excellent souvenir de leur père-maître. Quand je suis à mon tour revenu à Tamié en 2003 je l’ai retrouvé identique à lui-même mais je le sentais moins inquiet, plus confiant.

            J’ai trouvé dans son dossier ces quelques lignes d’une étude de son caractère très judicieuse : Cet homme vit d’aphorismes profonds, mais plus juxtaposés qu’ordonnés à l’intérieur d’une synthèse…. C’est dans le domaine affectif qu’il sait mettre les nuances, bien que là aussi on le sent scrupuleux et parfois mal à l’aise… Seul son cœur d’enfant adoucit cette tendance à une certaine inquiétude.

            Né à Chambéry en 1923, dans une famille profondément chrétienne, Gérard était l’avant dernier de dix garçons.  Quatre de ses frères deviendront prêtres : l’aîné, Ernest, dans le clergé diocésain, François et Blaise chez les Jésuites et Victor chez les Augustins. Gérard se présente à Tamié en janvier 1946, après une première retraite en nov.1945. Il a 23 ans mais a connu la guerre. Voici comment il décrit lui-même une nuit terrible de 1944 : « J’ai été blessé pendant la guerre. Je ne sais comment je m’en suis sorti. Un soir, avec 44 camarades en forêt, près de Belfort, nous avons été pris sous un tir de mortier, toute la nuit. Nous étions encerclés. Ça pleuvait de partout. Un régiment de chars nous a dégagés. Seuls cinq d’entre nous ont survécu (5/45 !). J’ai été blessé avec cinq ou six éclats d’obus dans la colonne. »

            Beaucoup plus tard il fera de cet évènement tragique une parabole. Pour bien la comprendre il faut savoir qu’un obus de mortier part d’abord vers le ciel avant de retomber sur la cible. « Ce tir de mortier me rappelait une autre trajectoire : l’artilleur avait visé un point dans le ciel et le résultat très efficace, était retombé sur nous tous. La voie aérienne était efficace : dans l’ordre spirituel l’était-elle moins ? « Quoi que vous demandiez, croyez que vous l’avez reçu : vous l’aurez. »…Cette assurance de la prière toujours exaucée m’inspira d’aller là où tout est organisé pour elle : au monastère, patrie de la prière. Partie de là et passant par Dieu, elle atteint tous les hommes, mes frères de partout. »

            P. Anthelme n’aimait guère parler de lui-même mais nous avons la chance de posséder le texte d’une interview qu’il a acceptée avec grande simplicité avec Blandine Dahéron en 2005. Ces paroles demeurent pour nous comme son testament :

            « Plutôt que de revenir sur ma vie, je préfère insister sur une chose importante : je suis aimé. Dieu compte sur moi pour sa joie. Il m’a choisi pour sa joie. La seule chose qui compte, c’est que nous sommes là pour la joie de Dieu.  C’est une réalité que l’on oublie trop souvent… Il y a quelque temps, je me disais souvent : ‘Pauv’ type !’ car je pensais avoir raté ceci, ou cela, ou avoir mal parlé, mal compris… Mais c’est une tentation du malin. Maintenant, j’ai changé, je me dis simplement ‘joie’. Ah, si je pouvais être sa joie !

            J’attends le paradis où nous serons beaucoup plus heureux qu’ici. Nous y sommes attendus à bras ouverts ! J’ai vécu 60 ans à Tamié (dont 4 ans en Afrique) et je ne regrette rien, pas même mes fautes ! 

            Dieu est heureux de ma venue au monde. Il sera heureux quand il me verra près de lui. Il ne lui manque qu’une chose : ma joie. » Dieu est donc heureux aujourd’hui !

            Mais il a soin de préciser à Blandine qui l’interroge : « Ecris dans ton interview que ‘je suis toujours joyeux dans l’espérance’ comme le dit saint Paul, c’est la formulation la plus juste au fond. Car c’est vrai, il y a des jours où ça ne va pas. Je suis inquiet pour mes oreilles qui entendent mal, il y a les tracasseries de la vie… La grande tentation, c’est le doute. Quand je parle de la joie, je te parle de la vraie joie, la joie profonde, pas des petites joies superficielles : la joie est un combat. Je connais des moments de cafards terribles…En ce cas, il ne faut pas rester seul. Faire une petite prière à l’église, aller à la rencontre du Saint Sacrement. Il en sera heureux. Dans la confession, je reçois le pardon et la grâce de Jésus. Je pense à ce vieil homme de l’église d’Ars, qui disait ‘je l’avise et il m’avise’. C’est tout ce qui est nécessaire

            Hier et ce matin, j’en avais assez. Je n’avais envie de rien, sauf de me coucher ! Je n’avais pas envie de prier ! Le démon de la tristesse n’est pas loin. J’ai prié la Vierge, j’attends que cela passe. Pourtant, on m’appelle le père ‘la joie’, ou ‘frère joyeux’ ; mais il y a une tempête en moi, et je ne sais pourquoi.

            Pourtant, je crois que Dieu nous a créés pour sa joie. Je prie Marie ‘cause de notre joie’; je lui confie mon désir d’être cause de sa joie, pour qu’elle en fasse plusieurs parts : je désire être la joie de Dieu, de Marie et de l’univers entier. Et je ne l’ai pas, pour le moment.

              Retiens cela : quoi que tu fasses, tu es sa joie. Mon programme, c’est la joie. »

            Il aime parler du paradis : « Oh, il y a une représentation du paradis de Fra Angelico qui est très belle… J’ai été heureux toute ma vie ! Je n’ai pas le droit de me plaindre ! J’ai quelques accrocs…c’est bien. J’aurai quelque chose à apporter au pique-nique ! [Blandine lui fait préciser, en riant : « le pique-nique, c’est le Festin du Royaume ? »] Oui, ce sera comme un pique-nique. Au Festin, on apporte ses joies, ses peines, ses souffrances… Chacun apporte sa part, mais dans un pique-nique partagé on reçoit plus que l’on ne donne. »

            Ne plus pouvoir présider l’Eucharistie fut pour lui un grand renoncement : « Ce qui me manque c’est la sensation physique, c’est difficile de ne plus pouvoir prendre dans mes mains l’hostie, le calice... Mais on ne peut faire n’importe quoi…à cause de la maladie de Parkinson… »

            Tant qu’il a pu il a aimé célébrer le sacrement de réconciliation, le sacrement de l’amitié avec Dieu, pour ceux de ses frères qui avaient la joie d’être ses pénitents et pour quelques hôtes. Il avait une façon très personnelle de dire la formule sacramentelle, ce qui me surprenait, vu sa tendance un peu scrupuleuse. Dans sa relation avec Dieu il avait trouvé une grande liberté, une liberté d’enfant. « Le Sacrement de la réconciliation est le sacrement des trois joies, sais-tu ? Joie pour toi, joie pour le confesseur, et joie pour le Seigneur. »

             C’est dans le domaine affectif qu’il sait mettre les nuances, écrivait de lui un psychologue. Père Anthelme était très aimé car il savait aimer. S’il fallait énumérer ses amis de la terre il faudrait mentionner tous les membres de sa famille et chacun des frères de la communauté. Il ne laissait passer aucune enveloppe destinée à un frère, même une lettre réexpédiée, sans y ajouter une ou deux lignes au verso !

            Quant à ses amis du ciel, ils sont innombrables. Viennent d’abord les anges, si admirablement représentés par Fra Angelico. « Je crois que mon ange est mon meilleur ami. Il a veillé sur moi pendant toute la guerre et il continue encore aujourd’hui. »

            Parmi les saints, Thérèse de l’Enfant Jésus occupe une place toute particulière : « Avec sainte Thérèse, il y a une complicité, vécue dans la communion des saints. Quand j’avais trois ou quatre ans, j’ai été paralysé. On a posé une relique de sainte Thérèse sur moi, et j’ai été guéri d’un coup. Elle a beaucoup prié le père Arminjon, qui était le parrain de mon père. Avec sainte Thérèse, nous avons des accointances… » 

            On peut mentionner aujourd’hui, jour de sa fête, le Bx Isidore Bakanja, jeune congolais fouetté à mort par son patron à cause de sa fidélité à la prière en 1909. Il fut béatifié par Jean-Paul II au cours du synode pour l’Afrique en 1994 pendant le génocide rwandais.

            Je garde la Vierge Marie pour terminer puisque nous approchons de sa plus grande fête et sa plus grande joie. Elle est venue le chercher un samedi pour fêter avec lui son Assomption : « A Notre Dame de Tamié, nous aimons beaucoup Marie. J’ai la certitude d’être son préféré. Mais nous le sommes tous…La vie de l’homme est mystère d’hospitalité réciproque avec Dieu. Aussi le moine se reconnaît-il en la Vierge Marie dont la vie tout entière est sous le signe de l’accueil et du don…Après une vie de foi silencieuse, effacée, son Assomption dans le ciel est pour notre monde inquiet et sans espérance, l’assurance joyeuse que dans un univers de lumière et de beauté, de tendresse et de joie, nous sommes aimés, attendus.

            Ce tableau est très incomplet. Je mentionnerai encore l’amour exceptionnel de P. Anthelme pour la Bible, son unique livre. Il la commentait avec une âme d’enfant selon une exégèse toujours très personnelle mais riche en surprises qui ravissaient son auditoire.

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Un texte que Père Anthelme avait composé en novembre 2006 pour la revue des vocations de Haute-Savoie.
« On interrogeait un vieil homme sur le pourquoi de son existence prolongée : les médecins sans doute, mais aussi... Dieu donne les jours pour la prière et pour la joie, et s'en veut le partenaire.
La joie c'est d'être aimé de Celui qui l'aime. Prière et joie sont des soeurs jumelles, (et parler de l'une c'est aussi parler de l'autre). Toutes deux sont filles de Dieu et don de Dieu. Dieu est l'océan, sans rivages, de la joie ; joie qu'il canalise en ma direction.
La joie de Dieu : je voudrais tant l'être que je le suis ; et il désire la restituer. Dieu a plus besoin de moi (et de ma prière) que moi de Lui : de deux amoureux, quel est le plus dépendant de l'autre ? Celui qui aime davantage, évidemment ! Et moi, j'ai besoin de sa joie. Toute ma joie vient de lui.
Mais comme dans la parabole des talents : de la joie qu'Il me donne il distrait une part que je lui restitue avec les intérêts. Goutte d'eau qui surélève le niveau tout entier de l'océan.
De cette joie que Dieu me donne, je garde ma part inaliénable, que cependant je diffuse tout autour de moi : c'est le rôle de la prière que d'être partagée.
Elle est comme ces fleurs jaunes qui par milliers jonchent les prés du printemps (on les appelle tout bonnement des pissenlits !).
Elles portent fruit : une petite graine équipée d'une aigrette que le vent parachute dans toute les directions, très loin, plus loin que nos prières.
Et ces involucres (puisque tel est en botanique leur nom savant) deviennent à leur tour source de prière et de joie.
Dans ce parcours des trois joies (pour Dieu, pour moi-même et pour les autres) Notre Dame des prières a sa part, bien sûr ! »


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Interview accordée par Père Anthelme à Vie Chrétienne en 2006
Recueillie par Blandine Dahéron


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Témoignage de Père Claude

A la veillée de prière autour de Père Anthelme - 12 août 2007

Mon cher Frère Anthelme

Je suis frappé de penser que de toi en ce moment, près de l’autel, il n’y a pas grand-chose.

Ton corps physique bien amaigri par la maladie va commencer sous peu à connaître la corruption et ton âme, elle n’est pas là, elle est dans la clarté du monde trinitaire, mais je pense que dans la communion des saints, un mystère que tu as beaucoup aimé et auquel tu croyais beaucoup, tu vas nous être présent maintenant, mystérieusement, pour que nous rendions grâce tous ensemble pour ce qu’a été ta vie.

Tu devines que c’est un peu dur pour moi, après 60 années d’un beau compagnonnage, de te parler comme à un absent-présent.

On nous appelait souvent « les jumeaux » et j’acceptais volontiers cet adjectif. Mais tu sais la joie domine la peine en te sachant maintenant au Paradis qui doit être infiniment plus beau que celui du Bienheureux Fra Angelico dont tu as tellement aimé parler.

Quelle joie d’avoir entendu ce matin [celui du dimanche] dans l’évangile, Jésus te dire qu’il était lui-même en tenue de service pour te faire passer à table. Oui, maintenant, c’est une bonne nouvelle.

Tu as beaucoup servi dans ta longue vie monastique et maintenant tu es servi à la table du Seigneur à laquelle nous sommes tous invités pour des retrouvailles éternelles.

Les derniers jours tu avais du mal à respirer, mais maintenant tu es en plénitude dans le souffle de l’Esprit, tu respires à pleins poumons l’air pur de la vie éternelle.

Ce soir, je voudrais surtout te dire merci pour une chose, pour l’amour extrêmement fort que tu avais pour la Parole de Dieu, toi qui étais un homme cultivé, comme tous les membres de ta famille, la Parole c’était ton grand livre. C’est cela qui te parlait de Dieu et avec elle tu parlais beaucoup à Dieu.

Je crois que tu as usé au moins une synopse des évangiles dans ta vie de moines. Ce fut parmi d’autre, un de tes charismes particuliers.

Merci à toi, merci à Jésus que tu as découvert dans son grand livre de vie. Merci à Marie, la fidèle associée de Jésus qui a déjà dû t’ouvrir les portes du Paradis.

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Homélie de dom Victor
à la messe de sépulture de Père Anthelme

Je suis le chemin. Pour P. Anthelme, dès sa petite enfance, le Christ a été ce chemin. Sa vocation de moine était un cheminement avec le Christ : là était le sens de sa vie. Car il savait où conduisait ce chemin. N’appelait-il pas Tamié lieu de passage et de rencontre ? Rencontre qui était une halte sur ce chemin. C’est de lui qu’est le texte du montage audio-visuel : lieu de passage et de rencontre, la vocation de Tamié déjà s’inscrit dans son site…et malgré guerres et incendies, crises et exils, depuis plus de huit siècles se perpétue la marche de ces hommes vers Dieu.

            Jamais P. Anthelme ne s’est considéré comme premier de cordée. Il savait que sur ce chemin nous sommes devancés par une foule innombrable, celle des saints. Il avait un tel amour des saints que, vivant en leur compagnie, durant plusieurs années il a travaillé à élaborer et à mettre à jour, un martyrologe qui se trouve sur notre site. L’histoire de Tamié, écrivait-il, est l’histoire de ses saints, Dieu seul les connaît vraiment.

            Ce chemin n’a pas toujours été facile, mais au détour d’un sentier, un parfum soudain nous attire : on cherche, on découvre un buisson d’églantier : c’est l’image d’un Dieu attirant que souvent à notre insu, nous poursuivons, tourmentés et joyeux…L’appel de Dieu reste souvent l’invitation discrète qui, chaque jour, se précise, voix murmurant au fond du cœur.

            Je suis la vérité. Cette vérité P. Anthelme s’en est nourri jour après jour dans la méditation de la Parole de Dieu. On peut dire que la Bible était son unique livre. Je ne sais qui lui a donné ce goût exceptionnel pour la Bible car ce ne sera que dans la fin des années 50, et donc après ses études théologiques que débutera le grand renouveau biblique qui transformera en profondeur la vision théologique de l’Eglise et préparera le renouveau du Concile. Chaque année nous avons la coutume de choisir un livre qui nous accompagne durant le Carême et que nous recevons solennellement le mercredi des Cendres. Invariablement, P. Anthelme se faisait donner la Bible. Il la lisait de façon très personnelle et ne s’embarrassait guère d’exégèse scientifique. Il rejoignait plutôt la façon d’habiter l’Ecriture que recommandaient les Pères et particulièrement les Pères Cisterciens. Le Bienheureux Guerric, ami de saint Bernard, dont on célèbre cette année le 850e anniversaire de la mort, disait à ses moines : « Vous donc qui vous promenez dans les jardins des Ecritures, gardez-vous de les traverser d’un vol rapide et inactif ; mais scrutez chaque chose, comme les abeilles diligentes recueillent le miel des fleurs, recueillez l’esprit dans les mots…Quand vous expérimenterez la saveur de la manne cachée, cette parole de David jaillira de vos lèvres : ‘que tes paroles sont douces à mon palais, plus douces à ma bouche que le miel et le rayon de miel’… A mon avis, celui qui entre dans le jardin du Seigneur devient lui-même un jardin à qui l’Epoux dira : ‘Tu es un jardin fermé, ma sœur, mon épouse’ ».  P. Anthelme a exactement vécu cela.

            Je suis la vie. La vie, celle qui donne sens à notre vie d’ici-bas et qui est son épanouissement, c’est la vie éternelle dans laquelle est entré maintenant notre frère. La compagnie des saints, la nourriture de la Parole de Dieu, les sacrements et l’amour fraternel lui laissaient déjà entrevoir cette vie et en goûter la joie. Cette joie, dont il parlait si souvent et qu’il souhaitait à tous ceux qu’il rencontrait, n’était pas simple optimisme, car il était plutôt de tempérament inquiet, c’était la joie de Dieu : une joie en espérance. La grande tentation, disait-il, c’est le doute. Quand je parle de la joie, je te parle de la vraie joie, la joie profonde, pas des petites joies superficielles : la joie est un combat. Je connais des moments de cafards terribles…En ce cas, il ne faut pas rester seul. Faire une petite prière à l’église, aller à la rencontre du Saint Sacrement. Il en sera heureux… Dieu nous a créés pour sa joie. Je prie Marie ‘cause de notre joie’; je lui confie mon désir d’être cause de sa joie, pour qu’elle en fasse plusieurs parts : je désire être la joie de Dieu, de Marie et de l’univers entier.  

            N’est-ce pas ce que nous disait s. Pierre dans la première lecture ? « Dans sa grande miséricorde Dieu nous a fait renaître grâce à la résurrection de Jésus Christ pour une vivante espérance…Vous en tressaillez de joie, même s’il faut que vous soyez attristés, pour un peu de temps encore, par toutes sortes d’épreuves ; elles vérifieront la qualité de votre foi. Tout cela doit donner à Dieu louange, gloire et honneur quand se révèlera Jésus Christ, lui que vous aimez sans l’avoir vu, en qui vous croyez sans le voir encore, et vous tressaillez d’une joie inexprimable qui vous transfigure. » (1 P. 1, 3-8)

            Cette Eucharistie fait de la mort de notre frère un sacrifice parfait de louange pour la gloire et l’honneur de Dieu. Seule la Pâque du Christ peut nous donner cette joie inexprimable qui nous transfigure comme elle a transfiguré la vie de P. Anthelme.


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