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Abbaye de Tamié

Documents sur le Val-Sainte-Marie

1834-1849

blason - vsm

Documents relatifs au Val-Sainte-Marie
1834-1849

Archives de l'Abbaye de Tamié


La communauté avait acheté Bellevaux en 1817.
Elle s'exila en Suisse de 1830 à 1834.
Elle acquit un bâtiment agricole dans la commune de Malans (Doubs) à 30 km au sud de Besançon qu'elle baptisa Val-Sainte-Marie

Les pièces d'archives comprennent notamment :
- Une longue notice historique sur la communauté
au début du registre des prises-d'habit ;
- La correspondance de dom Jérôme supérieur du Val-Sainte-Marie
avec l'abbé Breuillot à Besançon ;
- Divers pièces officielles

 

Registre des prises d'habit de Bellevaux

Registre des religieux et convers du monastère de Bellevaux, depuis sa restauration par le T.R. dom Eugène Huvelin, profès de Sept-Fons en 1817. 

Par F. Stanislas prieur indigne

Notes préliminaires

Le 28 juillet 1817, l’abbaye de Bellevaux fut acquise par les religieux de Sept-Fons aidés de M. l’abbé Barlay ; ladite acquisition ainsi que la réunion des dits religieux a été ensuite autorisée par Monseigneur l’Archevêque de Besançon, avec la permission d’y admettre les sujets qui auraient la volonté d’embrasser le genre de vie établie dans la dite maison. Cette réunion a encore été approuvée par monsieur le préfet de la Haute-Saône, ainsi que cela parait par sa lettre en datte du 8 octobre 1817.

Les supérieurs ecclésiastiques ayant permis de consacrer une aile du cloître en chapelle privée et encore une autre chapelle extérieure en l’honneur de saint Pierre de Tarentaise, la première fut bénite le 5 juin 1818 par dom Eugène Huvelin, supérieur de la maison, ainsi que la seconde qu’il bénit le 20 février 1820. Le saint Sacrement est déposé dans ces deux chapelles où il doit se dire tous les jours la sainte messe.

En 1830 la maison se trouvant sans supérieur depuis deux ans, les religieux demandèrent unanimement à l’unir à l’abbaye du Gard, au diocèse d’Amiens et à embrasser la réforme de M. de Rancé. Le R. P. Germain Gillon, alors abbé du Gard, consentit à devenir le père immédiat de Bellevaux et leur envoya 6 de ses religieux, trois de chœur, et trois convers. Ils furent installés le 7 du mois de juillet de l’année 1830 par Monseigneur le Duc de Rohan, prince de Léon, cardinal nommé, archevêque de Besançon.

Cette communauté religieuse en suite d’une certaine vexation qu’elle éprouva de la part de quelque mauvais sujet, un mois après cette nouvelle installation, se retira dans le courrant du mois de septembre et d’octobre [1830] suivants, dans le canton de Fribourg en Suisse à l’effet d’obtenir la maison de la Val-Sainte actuellement abandonnée et appartenant au gouvernement de ce canton et où s’étaient déjà réfugiés et avaient séjourné avec toutes sortes d’édification et répandant au loin la bonne odeur de J.C. par la pratique de toutes les vertus chrétiennes et religieuses, lors de la première révolution française, les bons religieux de la Trappe les dignes Pères de ce nouveau rejeton. Mais le nouveau gouvernement de ce canton, mu par un esprit vraiment infernal, contre le gré et au grand dépit de tout le peuple et de tous les gens bien pensant, rejeta la pétition de ces pauvres religieux ; ce qui les obligea à chercher un autre asile, qu’ils trouvèrent heureusement dans la bonhomie et la religion des braves Valaisans qui se félicitèrent et se crurent bien honorés de pouvoir fournir à cette chétive portion de l’Église militante, un refuge et un logement. Ces pieux cénobites entrèrent en jouissance le sept juillet dix-huit cent trente un de la maison de Géronde, maison du séminaire du diocèse de Sion où ils firent l’objet autant de la vénération que de l’édification des habitants des environs, de tout le clergé et des autorités ecclésiastiques et civiles, comme il conte par plusieurs témoignages authentiques que ces bons et sincères Valaisans pour soulager leur douleur ne purent s’empêcher de leur donner lorsque ceux-ci à ??? de leur patrie et aux pressantes sollicitations des supérieurs ecclésiastiques de Besançon, retournèrent dans ce diocèse pour y entrer en jouissance et en possession sur le territoire de la paroisse de Malans, d’une propriété et d’une maison auxquelles ils donnèrent tant par reconnaissance que pour attirer de nouveau la protection bienfaisante de la Ste Vierge à leur égard, le nom du Val-Sainte-Marie.

Ce qui arriva le onze novembre dix-huit cent trente-quatre, et ce fut ainsi que ces religieux qui jusqu’alors se nommaient de Bellevaux, du nom de la maison qu’ils avaient quittés, se nommèrent désormais du Val-Sainte-Marie, s’efforçant avec les seuls secours de la divine Providence et la protection de la Sainte Mère de Dieu et de saint Pierre de Tarentaise dont ils avaient le bonheur, malgré toutes leurs disgrâces, de pouvoir conserver les précieuses reliques, s’efforçant dis-je, de rétablir la Trappe dans le diocèse de Besançon. C’est pourquoi, afin de témoigner leur gratitude à leur spéciale Patronne, la Reine des Anges et à saint Pierre de Tarentaise, dignes enfants de Saint Bernard et en mériter toujours de plus en plus leur protection, ils ont jeté leur premiers fondements d’une église dédiée à leur honneur.

Le R.P. Stanislas, prieur de cette même communauté et actuellement son père abbé immédiat, comme ayant succédé au R.P. Germain Gillon, précité abbé de la Trappe du Gard, a bénit la première pierre de cette église le dis 8 mai jour même de la fête de saint Pierre de Tarentaise, de l’an dix-huit cent trente huit, en présence de toute la communauté et de MM les curés de Malans et d’Amondans et du P. Jérôme prieur titulaire.


Lettres de dom Jérôme Verniolle, supérieur du Val-Sainte-Marie
à l'abbé Breuillot à Besançon

 

À Monsieur l’abbé Breuillot, directeur du grand séminaire de Besançon.

L’abbé Breuillot né en 1758, ordonné prêtre en 1784, refusa le serment constitutionnel, il resta sur place, arrêté en juillet 1796, il fut libéré au printemps de 1797. En 1800 il ouvrit des écoles et travailla au grand séminaire de Besançon où il mourut le 22 février 1837.

À Monsieur l’abbé Breuillot, directeur du grand séminaire de Besançon.

18 novembre 1834 - La Sainte Volonté de Dieu

Monsieur l’abbé Breuillot,

Je vous écris à 9 heures du soir, je suis obligé de prendre sur mon sommeil pour pouvoir vous écrire quelques lignes, car pendant la journée il ne faut pas que je pense à faire des lettres : il y a trop de besogne ici dans ces premiers momens et j’espère que pour cette raison que vous saurez fort bien apprécier en votre qualité d’ancien procureur, vous excuserez le retard que j’ai mis à vous donner de mes nouvelles depuis que je suis au Boucheret.

Dans le canton de Vaud un protestant a voulu nous faire loger chez lui, nous étions onze. En arrivant le samedi soir nous avons trouvé la table mise et onze lits tout prêts. Nous avons passé le dimanche chez lui, nous avons fait les offices dans une chapelle catholique que sa femme (qui l’est, et qui l’est tout de bon) entretient à ses frais. Cette chapelle se trouve dans une ancienne abbaye de bénédictins qui subsiste encore en son entier et tout près de l’ancienne église qui est maintenant le temple protestant. Nous chantions nos offices dans cette chapelle tandis que les protestants chantaient à leur manière dans cette église. La bonne dame catholique ne se possédait pas de joie de nous entendre : “Voilà, disait-elle, plus de trois siècles que les catholiques n’osaient pas chanter à Romainmôtier (c’est le nom de l’endroit). Aujourd’hui des religieux et qui plus est, des enfans de saint Benoît et de saint Bernard viennent rompre un si long silence, leurs voix semblent nous prédire que Romainmôtier reviendra bientôt au catholicisme.” Le monsieur, tout protestant qu’il est, et sa dame aussi voulaient à toute force nous retenir encore le lundi chez eux, mais nous n’avons pu condescendre à leur souhait, il nous tardait trop d’arriver à notre nouvelle destination. Ils nous ont fait conduire sur leur voiture un bon bout de chemin et nous ont mis quelques pains dans un sac pour qu’en arrivant au Boucheret nous eussions quelques chose à manger. Nous y sommes arrivés fort tard, il était bien nuit : Messieurs les curés ont tout fait pour nous retenir, que nous n’avons pu être chez M. le curé de Amondans que sur les 4 ou 5 heures du soir, il a fallu dîner avant de partir pour le Boucheret. Cependant la nuit nous a servi merveilleusement pour bien chanter le Te Deum que nous avons commencé en mettant les pieds sur notre propriété et que nous avons été finir à la chapelle.

Nous sommes très contents du peuple qui, à son tour, dit l’être aussi de nous. Nous n’avons qu’à nous féliciter du bon accueil qu’il nous a fait.

Nous avons reçu les provisions dont me parle Mr votre neveu [cf. billet du 5 janvier 1835, M. Bourdon, marchand épicier à Besançon, neveu de l’abbé Breuillot] dans une lettre, c’est-à-dire, des haricots, des oignons, des chandelles, des porreaux. Nous avons reçu aussi deux marmites dont l’une est beaucoup trop petite. Nous la gardons si on l’a donnée, autrement il faut la changer. Les grandes cuillers ne pourront guère nous servir parce qu’elles ne sont pas assez fortes. Nous ferons comme de la petite marmite. Chacun de nous a son couvert en buis que nous avons apporté du Valais ; vous voyez que les petites cuillers et fourchettes que vous nous avez envoyées ne nous sont pas nécessaires et que nous pourrions les rendre au marchand à moins qu’il ne nous les ait données.

Garnier va déménager entièrement, c’est-à-dire qu’il va tout transporter à Malans, même son bétail ainsi que son fourrage ; il nous rendra un grand service car il faut nécessairement prendre sur les écuries si nous voulons établir un peu de régularité dans cette maison qui du reste plaît beaucoup à nos frères à cause de sa grande solitude.

Je suis avec un profond respect, Monsieur l’abbé Breuillot, votre très humble et très obéissant serviteur. Fr. Jérôme.

Y aurait-il moyen de nous procurer une bible latine en gros caractères, pour la lecture du réfectoire ? Vous en trouverez peut-être dans la bibliothèque du séminaire.

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24 novembre 1834

J’ai reçu votre lettre du 19 ; la mienne du 18 courant a dû vous être remise le même jour que vous m’avez écrit. Je présume que vous aviez déjà envoyé la vôtre chez Madame Dubans lorsque la mienne vous est parvenue.

Il n’est pas nécessaire de vous dire que nous sommes bien pauvres, vous le savez assez, mais nous sommes contents dans notre pauvreté. Je crois vous avoir déjà dit qu’on nous a bien accueilli dans ce canton et que nous n’avons qu’à nous féliciter des communes voisines qui nous ont apporté des pommes de terre, des raves, des haricots, du turquie [maïs], des pois, des lentilles, pas beaucoup, il est vrai, assez néanmoins pour quelques mois. Dieu a pourvu aux premiers besoins, nous n’en devons pas demander d’avantage dans ce moment. Messieurs les curés ont voulu nous fournir du pain chacun à leur tour ; j’ai accepté celui qui nous est venu d’Amondans, d’Amancey, de Cléron, de Fertans ; j’ai remercié pour les autres, dans la crainte d’être trop à charge. Nous devons surtout des remerciements à M. les curés que notre arrivée dans ce pays a comblés de joie.

Garnier est encore ici, il déménage peu à peu, il n’y a pas moyen de nous mettre quelque peu à l’aise tant qu’il sera parmi nous.

Je tire aussi des plans que je change et rechange sans cesse. J’ai appris que (vous) vouliez nous venir voir et emmener avec vous deux architectes : il faut que l’affection que vous avec pour nous soit bien grande pour oser à votre âge et dans cette saison monter sur un cheval et vous engager dans des chemins qui, de votre avis, sont inabordables, même dans la plus belle saison. Il me semble que vous ferez beaucoup mieux de différer ce voyage jusqu’au printemps. En tout cas, je vous prie d’attendre que Garnier soit parti et que nous ayons pu mettre quelque ordre dans la maison.

Les religieux sont fatigués du voyage et se ressentent encore des travaux qu’ils ont souffert à Géronde. J’accorde es soulagements à tout le monde, il est de mon devoir de soigner leurs corps et de leur accorder tout ce qu’il faut pour les remettre en état de supporter plus tard d’autres fatigues. Il n’y a pas de religieux malades, seulement quelques uns sont un peu cassés par l’âge et les campagnes militaires qu’ils ont faites sous Bonaparte. Du reste tous se plaisent au Boucheret et j’ai lieu de croire que ce nouvel établissement ira bien dès que nous pourrons créer un bâtiment convenable. Personne n’a pensé au dortoir. Il est encore à faire et cependant c’est ce qui presse le plus : nous serons ici (… …) tandis que la communauté ne pourra pas coucher au grenier. Ne comptons pas sur les planches qu’on m’avait promises, je vais en acheter quelques douzaines pour faire le plancher du dortoir.

Je vous prie de nous procurer un fourneau pour le chauffoir et de l’envoyer par le messager de Malans qui doit vous remettre cette lettre. Il me faut désormais attendre sur le froid. Le fourneau doit être un peu grand et avoir un tuyau proportionné et long. Un religieux me dit d’acheter un fourneau en terre parce qu’il est plus économique et qu’il n’en (…) pas. Il ajoute que pour un louis [9] on peut en avoir un assez grand pour la communauté. Je ne sais pas si vous connaissez ces fourneau en terre et s’il y en a à Besançon. Le tuyau se vend part et coûte 5 à 6 frs. Je vous prie de nous faire cette emplette le plutôt possible.

Je vous envoie l’échantillon de drap blanc dont nous avons un pressant besoin. Faites-en acheter 12 aunes conformes à cet échantillon, c’est-à-dire du drap blanc, croisé et grossier. Si on n’en trouve pas de croisé, on pourra en prendre de celui qui n’est pas croisé, mais qu’on tâche de bien choisir. Envoyez-le par le porteur de cette lettre. - Deux brosses pour les souliers - Un gros rouleau de toile commune qui fasse un long usage, nous la voulons pour faire les (…) pour le moment. Plus tard lorsque le dortoir sera fait, cette toile nous servira à autre chose, pour des caleçons, des sacs, etc.

Mr le curé d’Amondans m’apporte en ce moment votre lettre du 21 courant. On a trouvé le plan du Boucheret. Je vous l’envoie. Qu’on ne l’égare pas. Chacun dit qu’il y a moyen de nous arranger dans ce bâtiment, que la place ne manque pas. Nous allons établir deux corridors, l’un dans la première écurie, l’autre au-dessus, afin d’entrer dans les chambres sans traverser les autres. Il est vrai que les marchands de fer et de fonte ont l’(…) dure, mais vous avez vocation pour l’amollir et en tirer quelque chose, aussi j’espère que les marmites ne coûteront rien. Nous n’importunerons personne, soyez en sûr. Dans le moment, il a fallu emprunter quelques meubles que nous rendrons bientôt.

Il y a longtemps que la Trappe a l’approbation du St-Siège. Nous avons les bulles d’Innocent 11, de Benoît 14, de Pie 7, de Léon 12, et Grégoire 16 n’a fait que les confirmer ces bulles par son approbation. Tous les papes depuis Innocent 11 ont donné des éloges à notre réforme et nous ont fortement engagés d’y tenir. Le Père Stanislas Lapierre m’avait annoncé à son retour de Rome ce que vous venez d’apprendre et je suis bien aise que ce soit fini. Je suis surpris qu’il y ait à Besançon des trappistes italiens : la Trappe d’Italie n’a pas la réputation d’être pauvre, soyez sur vos gardes.

J’ai omis des circonstances bien importantes en vous parlant de notre voyage, je vous les dirai dans ma première, vous les lirez avec le plus grand plaisir. M. Brocard m’a promis un exemplaire des constitutions de la Trappe qu’il a dans sa bibliothèque et un rituel de l’Ordre, il nous obligerait beaucoup s’il veut les envoyer de suite. Nous n’avons pu porté avec nous que le bréviaire et les habits, nous avons dû ôter de la voiture quelques malles où nous avions mis les livres, parce que le cheval était trop chargé. Nous n’avons pas même le martyrologe ; nous nous servirions volontiers du romain au défaut de celui de l’Ordre, s’il y avait moyen d’en trouver un. De mon côté je renouvelle à Mr Brocard la promesse que je lui ai faite d’écrire pour la relique et l’espère l’obtenir.

Avec un profond respect,…

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29 novembre 1834

Monsieur l’abbé Breuillot

Je vous ai écrit il y a sept à huit jours par le messager de Malans qui m’avait promis si je ne me trompe, d’aller mardi ou mercredi dernier à Besançon. J’ai appris hier qu’il avait remis son voyage à lundi prochain. Je ne répéterai pas ici tout ce que je vous [écris] dans la lettre qu’il vous remettra. Celle-ci presse beaucoup et je vous l’envoye par la poste. J’ai reçu hier des nouvelles du Valais. M. le Pensionnaire, me dit le P. souprieur, est dans un état qui approche de celui du désespoir. On ne veut pas lui accorder du permis de séjour dans le Valais ; il va donc être arrêté, reconduit sur les frontières de France et puis entre les mains de la justice. Pas d’autre parti à prendre que de passer en Belgique s’il peut et d’aller s’enfermer à St-Sixte ; mais comment y passera-t-il sans passeport, sans aide de la part des supérieurs ? Faites-lui, je vous prie une (…) car le P. Maurice va partir bientôt pour revenir ici avec les frères que je lui ai laissés à Géronde.

Vous verrez par la lettre que vous remettra le messager de Malans que je vous demande un fourneau en terre comme on en fabrique dans la Russie? : je ne sais pas si vous en trouverez à Besançon. S’il n’y en a pas faites-en acheter un en fonte. Je vous demande aussi 8 ou 12 aunes de drap blanc et autant de brun. Vous trouverez les échantillons dans ma lettre : la qualité doit être entièrement conforme, s’il se peut, à celle des échantillons, il nous faut de drap grossier, fort, qui puisse faire un long usage. Je vous prie d’envoyer quelqu’un de suite chez les marchands (…) leur marchandise, car il faut que le messager puisse nous apporter ce drap, du moins le blanc, mardi prochain et le fourneau aussi. Comme vous pourriez être embarrassé pour nous trouver ce qui nous convient, je joins ici l’échantillon du drap. Si on n’en trouve pas de croisé tel que nous le demandons, on peut en prendre de non croisé, environ 6 aunes du blanc mais non pas du noir : ce peu suffira en attendant que j’en fasse venir de Lyon. Tâchez de nous trouver aussi un martyrologe romain qu’on nous le prête… … le nôtre doit… Nous n’avons pu apporter qu’un bréviaire pour chaque religieux et les habits, couvertures, etc. Tous les livres sont restés à Géronde, même les règlements. Si Mr. Brocard veut nous… ceux qu’il a, il nous ferai bien plaisir. J’entends les règlements de M. de Rancé en 2 volumes et le rituel de l’Ordre qu’il a aussi.

Je suis avec un profond respect, Monsieur Breuillot, votre très humble serviteur. Fr. Jérôme.

Il faut que le fourneau soit d’une grandeur médiocre et qu’il y ait une marmite pour faire chauffer de l’eau. L’autre lettre vous expliquera mieux.

M. le curé de Fertans va lundi prochain à Besançon. il y restera le mardi et le mercredi. Vous pouvez le prier de mettre sur son cheval ce que le messager de Malans ne pourra porter. Encore une fois, je vous conjure de nous délivrer de M. le Pensionnaire. Tâchez de le faire partir en Belgique.

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Besançon le 3 décembre 1834 [Brouillon de lettre - de Breuillot]

Mr. RP Prieur

Hier on m’avait promis le fourneau en fonte pour une heure après-midi, on ne l’amena au séminaire que le soir, il y avait longtemps que le messager de Malans était parti. Avec trois messagers, celui d’Amondans, celui de Malans et celui d’Amancey, vous serez toujours mal servi parce qu’ils n’ont pas de jour de départ fixé.

Je n’ai pas vue M. le curé d’Amondans et je n’ai point reçu le plan de la maison.

M. Garnier est-il enfin parti, il doit… …que la maison est déjà trop petite pour votre communauté.

Notre cuisinier du séminaire Romaric, brave garçon, parle d’aller se présenter chez vous pour être tra…

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Le 10 décembre 1834 - La Sainte Volonté de Dieu - Val-Ste-Marie - À l’abbé Breuillot

Nos frères qui sont encore à Géronde en partiront incessamment pour nous venir joindre, il arriveront le 22 ou le 23 décembre à Jougne et emmèneront avec eux une voiture de bagage, habits, livres, outils de jardinage, c’est-à-dire fosseux, pioches, etc. Je vous prie d’en prévenir de suite le directeur de la douane, afin qu’il écrive au receveur de la douane de Jougne et lui dise de laisser passer ce butin des trappistes : il faut lui observer qu’il est venu de France et qu’en y rentrant il ne doit rien payer. Ces effets passeront aussi par Pontarlier,… et Chautran. Il sera temps bientôt de déchirer le premier acte de vente, il doit être dans votre secrétaire.

Le Père abbé du Gard m’a écrit : “C’est une belle idée d’appeler votre établissement le Val-Ste-Marie, je l’approuve de tout mon cœur : sous les auspices de la Ste Vierge, vous ne pourrez manquer de prospérer.” On l’approuve aussi à Besançon, ainsi je vous prie de m’adresser désormais vos lettres au Val-Sainte-Marie. Nous devons à cette Vierge cette marque de reconnaissance puisque malgré tous nos soins et nos diligences, nous n’avons (pu) en finir avec Garnier que le 8 septembre, jour de la Nativité de la Ste-Vierge. Elle est d’ailleurs, comme vous savez, la patronne de l’Ordre.

J’ai écris à Lyon pour demander du drap. On l’adressera au séminaire.

Garnier ne met guère d’activité dans son déménagement. Chaque jour il se propose de faire beaucoup et il ne fait presque rien. Il nous faut une bien grande patience pour vivre ainsi dans l’embarras. Nous avons réussi à lui faire vider la première écurie que nous sommes occupés à nettoyer pour y mettre provisoirement notre dortoir : il pourra contenir 18 couches. Nous faisons le réfectoire dans la chambre où est le four, elle a, y compris le petite chambre qui est à côté, 26 pieds de long, nous pourrons y être 24 sans gêne. Nous avons fait deux corridors dans la cuisine, l’un pour monter pour aller au réfectoire et au dortoir, l’autre pour aller au… qui est à présent le vestiaire ; la cuisine qui était la plus belle pièce se trouve maintenant la plus petite. Il n’a pas été possible de faire autrement. Notre chapelle est sur le… qui est du côté de la fontaine. La chambre de l’autre bout du côté du jardin sera le chapitre et celle du milieu servira de sacristie et de passage. La petite chambre qui est sur la chambre… sera le cabinet du… La chambre du bas, du côté du jardin, il faut la partager au moyen d’une cloison en planches pour mettre d’un côté un fourneau et de l’autre la sellerie. Après avoir bien combiné, nous avons cru qu’il n’y avait pas moyen de faire mieux dans ce moment.

Nous serons bien vite au 1er janvier ; aurons-nous 4 000 frs pour le payement qui tombe à cette époque ? J’ai acheté à Garnier 12 milliers de foin et autant de paille à 30 frs et à 17 frs : 3 vaches, 3 génisses et un jeune bœuf, une charrue, une houe, la forge qui est à Matthieu, 120 mesures de blé de 30 * à 3 frs 2 sols la mesure, de l’orge, du seigle, des pommes de terre, le tout se monte à 1 200 frs environ. Il faut travailler au dortoir du grenier, au chemin du bas pour détruire celui qui passe devant la maison ; mettons 600 frs pour cela. Il faut acheter le morceau du communal de Malans qui est devant la maison, c’est d’absolu nécessité. Quand nous l’aurons, les religieux qui se trouvent bien ici, s’y trouveront parfaitement. Chaque jour ils me disent : “Oh ! mon, Père, si nous pouvions avoir ce morceau de communal qui est devant la maison !” Je leur réponds que nous l’aurons certainement et bientôt. Vous voyez, Monsieur Breuillot, que notre petite bourse de Géronde suffira à peine pour les dépenses que je viens d’indiquer. J’espère que Mgr nous obtiendra quelque chose du roi et même que M. le préfet fera pour le même objet quelques démarches auprès du gouvernement. Il m’a répondu et je suis fort content de la réponse, il me dit que je dois lui… une demande qu’il transmettra lui-même au ministre compétent, cette demande est pour obtenir du gouvernement l’autorisation de vivre ici comme corporation religieuse. Je l’ai faite et envoyée à l’évêché.

Je suis…

S’il arrive au séminaire quelques lettres à mon adresse, vous pourrez me l’envoyer ici. Je ne puis vous dire quand j’irai à Besançon ; ce n’est pas dans ce moment que je puis faire des absences.

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15 décembre 1834 - La Ste-Volonté de Dieu - Val-Ste-Marie -

J’ai reçu hier vos deux lettres du 10, du 12, avec un petit billet du 11 courant. Il ne sera pas aisé de trouver mieux du côté de Châtillon, cependant, je m’informerai : j’ai reçu aussi ce que vous avez remis pour nous au messager de Malans. La communauté va bien grâce à Dieu, ce n’est pas qu’elle n’ait beaucoup à souffrir, car comme vous dites fort bien, ce n’est pas ici le cas de dire : “De nouveau tout est beau”.

Je suis obligé de vous envoyer ces mots par la poste pour avoir une prompte réponse : je désire savoir au… si les 860 frs que mon frère de Pamiers a fait passer à M. Cuenot sont pour des messes. Je n’en doute pas et n’ai aucun… d’en douter. Il faut cependant que j’ai là dessus une réponse claire.

Nous avons fini toutes les messes, j’ai dû en demander il y a 15 jours à M. le curé de Malans qui m’en a remis 45. Dans 4 jours nous n’en aurons plus. Nous commencerons celles de mon frère. Bien à la hâte car le commissaire attend après ce billet.

Avec un profond respect…

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19 décembre 1834 - SVD - VSM -

Je réponds à votre lettre du 16 courant que je viens de recevoir.

Il paraît qu’il est survenu des changements dans l’administration des finances. Autrefois je touchais toujours au bout d’un mois l’argent que mon frère de Pamiers me faisait passer au moyen d’un mandat sur le Trésor. Maintenant il n’en va plus ainsi : mon frère me marque qu’il a eu toute la peine du monde à faire… le receveur général de Foix à lui délivrer un mandat à 3 mois de terme.

Je crois que je peux me charger de vos 200 messes à condition d’en dire 4 par semaine jusqu’à ce qu’elles soient finies : vous me direz mardi prochain par le messager de Malans si vous pouvez nous les laisser à cette condition.

J’ai donné cette semaine l’habit à deux novices, l’un pour le chœur et l’autre pour (les) fr. convers. L’un est arrivé ici avant nous, l’autre en même temps. Les embarras où nous avons été pendant plus de 5 semaines, loin de ralentir leur zèle et leur ferveur, n’ont servi qu’à les augmenter. Pour récompenser leur persévérance, je leur ai donné l’habit de la religion. Voilà les premiers fruits du Val-Ste-Marie, j’espère qu’ils feront honneur à la Ste-Vierge.

Il n’y a que Sombocour qui nous ait envoyé quelques planches, encore de mauvais calibre, elles n’ont pu servir que pour faire les couches des religieux.

Votre cuisinier Romaric m’a écrit, ma réponse est faite depuis quelques jours, je voulais la lui faire passer par le messager de Malans, mais puisque vous m’en parler, je vous prie de lui dire qu’il pourra venir après Pâques, c’est ce que je lui disais dans ma réponse, nous serons plus à l’aise quand le dortoir du grenier sera fait : d’ailleurs après Pâques on ne jeûne pas, jusqu’au mois de septembre, ainsi Romaric pourra se faire alors plus aisément à notre genre de vie. Il me parle dans sa lettre de votre marmiton que je recevrai aussi, pourvu qu’il témoigne plus de confiance.

Préparez, je vous prie, les brosses pour les souliers, quelque peu de toile et 8 couvertures de laine comme celles de vos séminaristes. Il y a longtems que nous n’avons aucune complète de ce genre : il en résulte que presque toutes nos couvertures sont fort usées.

Nos trois menuisiers travaillent à force, il y a 24 couches de faites, les corridors de la cuisine le sont aussi, les tables aussi, le dortoir et le réfectoire encore : j’espère que nous passerons l’hyver dans une grande tranquillité. Du reste nous faisons tout avec la plus grande simplicité, si vous pouviez venir nous voir, j’espère que vous reconnaîtrez la Trappe et la pauvreté religieuse parmi nous.

Le père abbé du Gard m’a écrit ; il me parle de la réponse que vous avez faite à sa lettre, il en est tout content.

Ménagez votre santé, à qui m’adresserai-je quand vous ne serez plus ? Je serais heureux de partir avec vous pour l’autre monde.

J’ai reçu le décret du Pape G XVI qui termine l’affaire de la Trappe. J’espère vous allez voir aussitôt que le P. souprieur sera arrivé, c’est-à-dire après Noèl, car il arrivera l’avant-veille de Noèl. Je vous parlerai alors de bien des choses qu’on ne peut mettre dans les lettres, il faudrait trop de papier. Je suis avec…

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20 décembre 1834 - SVD - VSM

Je vous prie de bien recommander au messager de Malans qu’il fasse toutes les commissions que je lui ai données, particulièrement celle pour de la poterie : le potier de… n’a rien… qu’il nous faut, et le messager de Malans ne m’apporte jamais de Besançon ce que je lui demande : il nous faut 24 pots de nuit, 24 soupières, 24 petites écuelles. J’ai dit au messager de quelle grandeur elles doivent être. S’il manque de les apporter, nous serons obligés de manger à la gamèle le jour de Noèl et qu’il soit exact aussi pour les autres choses dont je lui parle dans ma note.

Pour lui épargner la peine d’aller à l’archevêché, je vous prie de faire remettre pour vos domestiques les deux lettres ci-jointes à leur adresse le plutôt possible.

Les 8 couvertures, les brosses pour les souliers et la toile, tâchez de les remettre au messager. Faites-nous faire 8 autres cierges de cire jaune. Informez-vous du postulant de Vesoul, s’il est bon sujet, qu’il vienne après Pâques.

Son Excellence le grand Baillif du Valais a voulu nous faire porter le butin jusqu’à Romainmôtier par les chevaux, c’est là que nous l’irons chercher avec notre voiture lorsque nous en aurons le loisir.

Rien autre chose à vous marquer.

Je suis…

Marquez-moi si nous devons commencer vos 200 messes nous en dirons 4 par semaines

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5 janvier 1835

Je, soussigné Bourdon, marchand épicier rue St-Paule, n° 16, déclare avoir reçu de Monsieur Breuillot mon oncle, directeur du séminaire, la somme de soixante et seize francs, trente centimes pour solde et montant de ma facture du 31 décembre, des marchandises et autres articles que j’ai payé pour le compte du Révérend Père Jérôme, supérieur des trappistes de Malans, dont quittance.

Besançon le 5 janvier 1835.                                                                                     Bourdon

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9 janvier 1835 - SVD - VSM

Adolphe Garnier va chercher les quatre mille francs. Vous pouvez les lui donner, il m’en a fait un reçu signé par tous les membres de sa famille. J’écris aussi à Mgr Gousset pour lui dire de donner au dit Garnier ce qu’il y a à l’archevêché. Je pense que dans la huitaine qui vient de s’écouler, il est arrivé de nouveaux secours et que vous avez maintenant plus de 4 000 frs.

Je désir qu’on s’informe auprès du directeur des contributions indirectes si nous pouvons faire de la bière pour notre usage, sans payer des droits, et si en cas qu’il en faille payer, il n’y aurait pas moyen en payant chaque année une certaine somme, nous exempter des visites du comis, nous aurions soin de déclarer nous-mêmes au bureau de la Régie combien nous en faisons chaque fois.

Je suis surpris que vous ne receviez rien de Son Excellence le grand baillif du Valais. -Je suis…

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18 janvier 1835 - SVD - VSM

Nous pensons à faire des plantations d’arbres : un de nos frères a déjà transplanté beaucoup de sauvageons dont il a formé une pépinière dans notre jardin. S’il n’en trouve pas d’assez gros pour pouvoir être greffés, nous nous proposons d’en acheter à Ornans ou à Besançon.

Je vous remercie de m’avoir donné connaissance de la décision des tribunaux au sujet des quêtes.

Si nous entreprenons de bâtir une chapelle, je crois que le mieux sera de la faire assez grande pour contenir de 40 à 50 religieux et quelques séculiers dans le fons. Mais dans tous les cas ce ne sera qu’une chapelle en attendant, qui deviendra corps de logis lorsque nous serons à même de donner plus de régularité à notre maison. Il faudra donc bâtir cette chapelle de manière que plus tard elle puisse servir pour cloître, chapitre, salle de conférence, etc. plusieurs personnes m’ont dit que la Mère Claire avait beaucoup de crédit auprès de M. Portalis. Ne conviendrait-il pas qu’elle fit aussi des démarches ? Je pense bien qu’on obtiendra quelque chose de M. Portalis, mais il faut tâcher d’obtenir beaucoup. Si j’étais sûr de réussir passablement bien, j’irais moi-même à Fribourg trouver Mgr l’évêque qui ne manquerait pas de me donner une bonne recommandation pour la dame Portalis, belle-sœur du Portalis qui a du bois dans ces environs. Je prierai Mgr l’archevêque de Besançon de me donner une lettre pour l’évêque de Fribourg. Dites-moi ce que vous en pensez. Si nous voulons bâtir l’été prochain, il est plus que temps de faire des démarches pour nous procurer du bois et autre chose.

Je désire que vous me procuriez une bonne serrure pour la porte de mon cabinet et que vous la remettiez au messager de Malans.

Nous allons entreprendre de changer le chemin qui passe devant la maison. Il faudra bien des coups de pioche pour réussir.

La souscription fournit-elle quelque chose ?

Je suis…

J’apprends avec une grande joie que votre santé va beaucoup mieux. je ne désespère pas de voir (…) au Val-Ste-Marie au mois de mai.

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22 janvier 1835 - SVD - VSM

J’avais chargé le messager de Malans de nous acheter neuf ‚ d’oublon pour faire la bière, il n’en a rien fait parce que le brasseur a qui il s’est adressé en a demandé 5 frs la *. En vérité c’est un prix exhorbitant. Je vous prie de vous informer s’il n’y a pas des marchands d’oublon à Besançon. Le prix ordinaire est de 25 à 30 sous. Notre orge est déjà germé, nos comptions faire la bière la semaine prochaine ; mais sans oublon et sans levure nous n’avancerons guère.

Deux mille francs nous seraient d’une grand secours dans ce moment, mais je ne puis me résoudre de les demander soit au P. abbé du Gard, soit au P. Stanislas Lapierre, ni de vous autoriser d’en faire la demande pour moi : ils savent assez que nous sommes bien gênés. Nous comptons sur la Providence.

Informez-vous, je vous prie, de M. Gousset, s’il approuve que j’aille à Neufchâtel solliciter quelques chênes de M. Portalis et au cas d’affirmative, si Mgr l’archevêque me donnera une lettre pour Mgr de Fribourg.

Il nous faut de l’oublon nécessairement. Si vous n’en trouvez pas à bon marché, je vous prie d’en acheter 5* quand même il doit coûter 5 frs la * et de nous l’envoyer le plutôt possible.

Le messager de Malans ne retournera à Besançon que jeudi de la semaine prochaine.

Nous travaillons toujours beaucoup, mais plus nous faisons, plus nous voyons qu’il y a à faire. Sans cette dernière neige j’allais entreprendre avec 10 frères convers le nouveau chemin que M. le maire de Fertans est venu tracer lundi dernier.

Dans 15 jours nos menuisiers se mettront au travail du dortoir au grenier.

Si quelqu’un voulait nous faire un don de 600 frs seulement pour faire dans cette maison les dispositions convenables pour une communauté, vous seriez agréablement (surpris) au printemps lorsque vous nous viendrez voir. J’ai communiqué nos plans à M. le maire de Fertans qui en a été bien satisfait.

Je suis…

Si je dois faire le voyage de Fribourg et de Neufchâtel, je désire que ce soit avant le carême.

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27 janvier 1835 - SVD - VSM

D’après les informations que j’ai prises, il n’y a pas de danger de différer encore de quelques mois de passer l’acte devant notaire : sans doute qu’il vaudrait mieux de le passer de suite, mais où prendre 2 000 frs ? Je verrai aujourd’hui M. le curé d’Amondans, je lui parlerai de cette affaire.

Si la personne qui a 300 mesures de seigle à vendre veut les laisser à 35 sous la mesure, prenez-le sans (…), prenez-le tout (…) il n’y en a pas trop. Mais il faut mettre sous condition qu’il le transporte à ses frais jusqu’à Besançon, au séminaire ou nous irons le prendre avec notre voiture.

Quand est-ce enfin qu’on (…) à M. Voisart ? Voilà 600 frs qui viendraient bien à propos. Je ne vois pas qu’il soit possible de toucher à l’argent du Valais à poins que vous ne vouliez vouliez fournir aux dépenses de la communauté. Je ne pense pas toucher aux 65 louis ; il les faut pour acheter le communal. Le reste pourra servir pour payer les frais d’enregistrement s’il ne vient pas d’autre ressource.

Le Boucheret qui ne me plaisait guère les premières fois que j’y suis venu pour ‘examiner, est maintenant pour moi un paradis terrestre, mes frères m’en disent autant chaque jour : “Dieu soit béni !”

Avec un profond respect…

Je m’en rapporte à vous. Faites-nous une bonne emplête de seigle. Je serai toujours content du prix et de la quantité que vous prendrez.

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28 janvier 1835 - SVD - VSM

Demandez je vous prie à M. Fevre, professeur au séminaire, le décret de la Sacrée Congrégation concernant notre saint Ordre : je le lui ai laissé parce qu’il a désiré le voir. Comme j’en ai besoin, envoyez-le moi le plus tôt possible.

Informez-vous du prix de l’orge, de l’orge et de l’avoine au marché de Besançon et donnez m’en connaissance.

Si vous avez trouvé de l’houblon remettez-le au messager de Malans qui doit vous porter cette lettre, si vous l’avez déjà remis à quelqu’un d’autre, dites lui de ne pas en acheter chez les brasseurs car je l’en ai chargé expressément, au cas que vous n’ayez pas fait cette emplette. Il doit acheter aussi un litre de levure de bière.

Avec un profond respect…

Pensez-vous toujours à notre chapelle et aux moyens de trouver de l’argent pour bâtir ?

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6 février 1835 - SVD - VSM

En relisant vos lettres des 24, 25 et 26 janvier, je vois qu’effectivement je n’ai pas répondu à toutes vos demandes.

1°- Tâchez de nous procurer de vieux linges pour des infirmes qui en ont besoin pour pauser des vésicatoires, etc. les vieux draps de lits, vieilles chemines, vieilles serviettes, tout cela est fort bon.

2°- Nous prendrons aussi toute espèce de linges pour les hôtes : draps de lit, serviettes, nappes, chemises de toile, etc. mais à condition qu’on les donnera. Les chemises de toiles serviront pour les frères donnés et les frères convers qui ont besoin de changer de linge.

3°- Nous prendrions aussi plusieurs tonneaux, d’un, de deux ou de trois muids si on nous les donnait, ainsi qu’une douzaine de chaises les les hôtes. Nous autres nous nous servons de bancs.

4°- J’avais aussi qu’il faut faire une bonne provision de blé pour au moins jusqu’au mois de novembre prochain. Faites-en acheter 300 mesures par M. Picoux et gardez-le dans vos magasins du séminaire où nous irons le prendre dans nos momens de loisir.

5°- Garnier a plus de 140 mesures d’orge à nous vendre, nous en semons assez sur nos terres pour notre usage, orge, avoine et orge.

6°- Je m’étonne que le houblon de ce pays ne vaille rien, nous nous proposons cependant d’en cultiver un coin dans nos champs. Dans le Valais nous nous servions de houblon sauvage ; au temps de la récolte nos frères s’en allaient au nombre de 10 une après-midi et en ramassaient assez pour une année. Ce houblon était excellent, il conservait très bien la boisson, il ne coûtait que la peine de le cueillir. Je ne sais si l’on pourrait en faire venir d’Allemagne par la Suisse. On peut s’en informer. Procurez-nous en encore 12 livres, j’espère que nous n’en achèterons pas davantage.

On me dit que Mortharans où il faut aller chercher le bois sec de M. Perrot est assez loin d’ici et qu’il y a de fort mauvais chemins. M. Perrot pourrait nous donner de l’argent sur place. Regardez-moi là dessus.

Avec respect…

Le houblon se conserve plusieurs années quand il est bien sec.

Le messager d’Amondans va lundi à Besançon tâchez de lui faire prendre un banc de menuisier avec le valet. Il nous faudrait trois rabots avec de bons fers et deux ou trois varlopes, sans cela nos 4 menuisiers ne pourront pas travailler tous en même temps.

Faites savoir à Mme Duban que nous sommes contens de l’aube qu’elle nous a faites, la seconde qu’elle va faire pourrait avoir les manches un peu moins larges, un pouce de largeur de moins. Ne trouveriez-vous pas quelque âme charitable qui voulût nous faire cadeau d’une douzaine d’amics, les nôtres sont tout usés, il faut les (…) nécessairement, ces amics doivent avoir deux pieds et demi de toute face, ils vous paraîtront fort grands, mais ils ne le sont pas trop parce que nous les mettons sur la tête du capuchon.

Il me tarde que les beaux jours du printemps arrivent pour avoir l’honneur et le plaisir de vous voir au Val-Ste-Marie. Fr. Jérôme.

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16 février 1835 - SVD - VSM

Je viens de recevoir votre lettre du 13 courant, dans laquelle j’ai trouvé le reçu que vous a fait An. Garnier pour les 60 frs que vous lui avez avancés. Vous ne marquez que vous avec reçu 188 frs 35 c pour le Fr. Brigaudet de Cult. Si l’on vous en apportait autant chaque jour, nous serions bientôt sans dettes.

J’ai û samedi dernier me transporter à Malans et me rendre au conseil municipal qui a délibéré de nouveau au sujet du communal. Il y a eu unanimité pour nous le céder à raison de 500 frs. le journal ; tout ce que j’ai pu obtenir c’est qu’on mettrait un demi journal par dessus le marché.

MM. les curés qui étaient instruits de cette affaire m’avaient fort recommandé de ne pas reculer, quand même je devrais en donner 300 frs le journal, j’ai suivi leur avis et je suis loin de m’en repentir : il y en a 7 journaux et demi, bonne mesure.

Notre voisin Jean Pierre Garnier, frère d’Anatole Garnier n’est pas des plus contens, il dit qu’il veut faire opposition parce que la vente de ce communal lui nuirait trop pour son bétail, mais on n’aura aucun égard à ses réclamations parce que la très grande majorité veut vendre. Je vous prie, M. Breuillot, de faire savoir à M. Duban cette opposition de Garnier afin qu’il s’engage à le faire et même à donner son consentement, ce qu’il fera si M. Duban le veut, car il respecte les volontés de M. Duban à qui il doit de l’argent. Ne manquez pas, je vous prie, de me faire cette commission. Malans a autant d’intérêt à vendre que nous autres à acheter.

Vous m’avez parlé de chaises, nous en prendrons volontiers, si on les donne gratis.

N’y aurait-il pas moyen de savoir si le gouvernement a répondu à la demande du préfet en notre faveur et comment il a répondu ?

Les commis des droits réunis sont venus voir notre bière, ils l’ont trouvé si mauvaise qu’ils ont dit qu’il ne valait pas la peine de l’assujettir aux droits ordinaires. Tant mieux ! Nous en avons fait 700 pots, 1400 bouteilles.

Je suis…

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9 mars 1835 - SVD - VSM

Je ne vois pas que la Trappe du Boucheret dépende en quoique ce soit de l’ancienne Trappe de Bellevaux. M. Voisard n’a rien à faire avec nous, rien à démêler avec nous : la preuve c’est qu’il cherche à nous arracher des aveux.

Nous ne pouvons guère différer de passer l’acte d’Amancey de nous passer cet acte gratis, ou du moins de se contenter d’un petit salaire, je ne sais pas encore ce qu’il a répondu.

Pourriez-vous me dire si la souscription va toujours son train.

Les 600 frs que vous m’avez envoyés et qui ont été pris au bureau de l’archevêché, sont arrivés ici en même temps qu’un (…) de M. Gousset et date du 25 janvier.

J’ai reçu par le messager de Malans tous les paquets que j’avais laissé dans votre chambre et dont vous me parlez dans votre lettre du 1° mars.

Il me semble que M. le curé de (…) dit qu’il voulait nous donner sa bibliothèque. Je ne sais pas s’il le fera.

Je désirerais que M. (Pincheau?) vint le plutôt possible pour examiner quel parti nous pouvons tirer de notre maison quoiqu’il ait songé beaucoup faire encore, nous approchons de la belle saison, il sera temps bientôt de mettre la main à l’œuvre.

Vous recevrez pour nous 840 frs de la mère de notre religieux de Louis le (…) vous les recevrez bientôt.

Je crois qu’il faut pousser M. Voisard au sujet des 1 600 frs.

Je suis…

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11 mars 1835 - SVD - VSM

Nous avons tout obtenu de M. Carry, il veut faire l’acte gratis, nous n’aurons à payer que les frais d’expédition qui, comme vous savez, sont peu de chose. Il désire passer l’acte lundi prochain 16 du courant, et nous le désirons aussi. Nous le passerions même demain jeudi 12 mars si vous ne m’aviez pas écrit votre lettre du 2 mars pour me dire qu’il faut attendre encore quelque temps. Encore une fois Voisard n’a rien à démêler avec nous, je ne vois pas qu’il puisse nous actionner et avoir quelque recours sur notre propriété du Boucheret. Consultez s’il est besoin et répondez moi avant samedi. Le receveur d’enregistrement trouve que nous attendons trop à passer l’acte devant notaire et le vérificateur pense de même, ils ont eu l’un et l’autre une (… …) à ce sujet avec le fils de Garnier.

Je crois vous avoir dit, du mois j’ai voulu vous dire que le propriétaire de Bellevaux voit gagné le procès contre les gens des Vieilles-Granges qui avaient voulu l’inquiéter pour cette (…) qui est à l’entrée de Bellevaux : une des peines auxquelles ils ont été condamnés, c’est la prison. Les juges ont donné tout droit au propriétaire et ont sévèrement défendu à la commune des Vieilles-Granges de l’inquiéter jamais plus dans la jouissance de son droit. S’il est vrai que Voisard soit troublé à cet égard, ce n’est pas à nous qu’il peut s’en prendre.

Je pense que le drap que j’attends de Lyon est maintenant rendu chez vous au séminaire, le fournisseur m’a écrit qu’il l’avait expédié le 21 février dernier à l’adresse de M. Breuillot, supérieur au séminaire de Besançon.

Je suis…

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11 mars 1835 - De La Chapelle les Rennes - À M. Breuillot, encien procureur du Séminaire

Monsieur le Procureur

Il est vrai que j’étais à Bellevaux quand on défricha l’avenue. C’est moi-même qui fis faire cet ouvrage en dépit des gens des Neuves-Granges qui s’oposèrent à ce défrichement, cela ne m’empêcha pas de faire continuer les travaux malgré les vociférations qu’ils vomirent contre nous pendant l’espace de deux mois que nous mîmes pour les achever. Nous avions le titre de ce morceau de terre donné par J. L. Pichegru qui accusait en avoir reçu le montant. Le 31 de mars 1830 à midi, les gens de Neuves-Granges virent avec toutes les voitures du village charger de pierres qu’ils mirent sur nos travaux. Le lendemain, je portai plaintes à M. le préfet et M. le procureur du roi fut chargé de poursuivre les délinquants qui furent condamnés aux frais et dépens et les quatre meneurs furent mis en prison. Vous dites dans votre lettre qu’ils gagnèrent leur procès, quand on gagne on ne va pas en prison et on est pas condamné à payer les frais. Je fis ôter les pierres le 11 de may suivant, j’ensemençai le dit terrain d’orge et il en vint plus de 30 mesures la première année, en suite j’y mis du blé qui avait au moins cinq pieds de hauteur. Je ne l’ai pas vu moissonner car M. Dulongpray étant venu par l’ordre de M. de Rohan se fixer à Bellevaux, révolta tous les religieux contre moi, j’eus beau instruire Mgr de ce qui se passait, il ne daigna pas me répondre. Enfin, quand ces cinq religieux du Gard furent venus et que Mgr en eût nommé un d’entre eux pour être supérieur, celui-ci me dit de lui donner 3 000 fr pour être agréé parmi eux, quelques jours après il vont auprès de moi pour me dire qu’il devait tout à M. Dulongpray que comme il voyait bien que je ne m’accorderais pas avec ce dernier qui lui promettait beaucoup d’argent, je pouvais me retirer… convenait-il à un religieux qui n’était pas encore né quand je fis mes vœux, de se conduire ainsi à mon égard ? Si je lui en avais donné le sujet, je dirai c’est bien fait, mais après avoir gouverné cette communauté pendant 29 mois avec des peines incroyables et en avoir augmenté les propriétés des deux tiers, je n’aurai pas dû être traité de la sorte. M. Dulongpray savait bien que tant que je serais à la maison il ne pourait pas la faire tomber. Il fallait donc me sacrifier pour pouvoir venir à bout de son dessein.

J’ignore si après mon départ les religieux se sont désistés de cette terre en faveur des Neuves-Granges, si cela est, M. Voisard n’a rien à répéter. D’ailleurs s’il réclame 2 800 fr, on peut dire en bonne conscience qu’il réclame 100 louis de trop. Après ce qu’on m’en a dit, il paraît qu’il est bien afamé d’argent, si j’avais à traiter cet affaire avec ce banquier, je ne serais pas bien en peine de le débouter de sa demande, mais comme il n’a à faire qu’à des enfants, ils auront de la peine à s’en tirer.

Je suis, avec un profond respect, Monsieur le procureur, votre très humble et obéissant serviteur. Dunand, prêtre.

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17 mars 1835 - SVD - VSM

Observation de M. l’abbé Breuillot, concernant les trappistes. - Cette année 1835

Calcul fait aujourd’hui 17 mars 1835 avec P. Jérôme, prieur : les religieux auront à payer

1°- Pour 3° terme du payement de la maison achetée : 2 000 fr
2°- Pour intérêt de 20 000 fr 1 000 fr
3°- Pour les écritures et les frais d’enregistrement 2 000 fr
4°- Pour acheter 7 journaux et demi de communal 3 500 fr
5°- Pour frais du contrat d’enregistrement 200 fr
6°- Pour un dortoir neuf 600 fr
7°- Pour acheter du bétail 1 000 fr
8°- Pour dépenses journalières 1 000 fr
9°- Pour la nourriture des religieux 2 000 fr
10°- Pour du drap 1 000 fr
11°- Pour du bétail, fourrage, etc. acheté à Garnier 1 700 fr
Total 16 000 fr

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24 mars 1835 - SVD - VSM

Nous avons passé hier l’acte d’enregistrement. Mr Carry qui a passé l’acte m’a dit que je lui ferais plaisir si je voulais lui donner un mot d’écrit pour vous prier de lui compter à Besançon 1815 fr qu’il faut payer pour les frais d’enregistrement. Qu’en sortant de chez vous il irait les verser chez le receveur général qui lui remettrait un Bon pour le bureau d’Ornans. Je lui ai donné ce mot d’écrit dont je vous envoie copie.

Je vous conjure par l’amour que vous nous portez, de tenir ferme pour que la demoiselle D. fasse son testament en notre faveur : vous savez combien nous sommes gênés. Garnier c’est aussi, il souhaite fort que nous lui fassions le plutôt possible un acompte considérable. Nous comptons pour cela sur la Delle D…

Avec un profond respect…

Voyez si les matelas et les garnitures de lit que vous avez aux sourds-muets pourraient nous convenir.

Copie du billet que j’ai remis au notaire d’Amancey, M. Carry pour M. Breuillot

Je prie M. Breuillot de remettre à M. Carry notaire d’Amancey qui a fait l’acte d’acquisition du Boucheret aujourd’hui 24 mars, dix huit cent quinze francs pour payer les frais d’enregistrement. Cette somme doit être versée entre ses mains, c’est lui qui devra la déposer chez le receveur de l’enregistrement d’arrondissement d’Ornans. Mention en sera faite sur l’expédition de l’acte que M. Carry me remettra.

Au Boucheret, commune de Malans, ce 24 mars 1835. Jérôme Jn Verniolle

Note. Quoiqu’il ne nous soit pas encore possible de loger les hôtes, nous espérons que M. Breuillot voudra bien passer deux ou trois jours chez nous lorsqu’il nous viendra voir pendant la belle saison. Nous le logerons dans une petite chambre à cheminée. Nous le soignerons comme notre père, un religieux bon cuisinier lui préparera sa nourriture, bonne soupe, bon rôti, etc, etc, etc… nous assurons M. Breuillot qu’il ne sera pas moins bien soigné au Val-Ste-Marie qu’au séminaire. Fr Jérôme.

J’enverrai dans quelque temps mon fr. Antoine à Besançon avec la voiture pour prendre le banc de menuisier qu’on n’a pas pu charger la dernière fois, et quelques autres tonneaux.

Quand est-ce que M. Ponchau viendra ? Fr J.

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24 mars 1835 - SVD - VSM

Je prie Monsieur l’abbé Breuillot de remettre à Mr. Carry notaire d’Amancey qui a fait l’acte d’acquisition du Boucheret aujourd’hui 24 mars, dix huit cent quinze francs pour payer les frais d’enregistrement. Cette somme doit être versée entre ses mains. C’est lui qui devra la déposer chez le receveur de l’enregistrement d’arrondissement où sera faite sur l’expédition de l’acte que M. Carry me remettra.

Du Boucheret, commune de Malans, ce 24 mars 1835. Jérôme Jn Verniolle.

J’ai reçu de Mr Breuillot la somme de dix huit cent quinze francs dont mention ci-dessus.

Besançon le trente un mars 1835.                                                                                  Signé Carry

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25 mars 1835 - Note de l’abbé Breuillot

Réclamation de 1 000 fr dûs à Melle Décicourt. Lettre à ce propos, envoyé à Mgr de Forbin Janson, évêque de Nancy, adressée au bureau de l’archevêché à Paris.

Note de M. Burnel, pas envoyé (…)

Note à Mgr de Forbin Janson à Paris, le 25 mars 1835, en voir la copie?

Madame de Rougeville décédée le… devait aux demoiselles Denicourt 1 000 fr, Mgr de Forbin Janson, l’évêque de Nancy est le parent de cette dame, et de Marcourt paire de France est son gendre etc. Tous les papiers sont entre les mains du (… …)

Mgr de Janson est parfaitement au court de cette affaire, on peut lui croire.

Nota si on peut obtenir les 1 000 fr Melle Desicourd aînée la cède aux trappistes.

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24 mars 1835 - SVD - VSM

Adolphe Garnier m’a fait un reçu de dix-sept cent francs dont deux cents francs lui sont payés par M. Duban, je vous prie de lui compter les 1 500 fr restants pour le bétail, fourrage, blé, orge, qu’il nous a livrés, et quelques autres objets qu’il nous livrera plus tard.

Profitez de son occasion ou de celle du messager pour m’écrire : occupez-vous avec M. Gousset de la quête et marquez-moi ce que vous avez décidé.

Je suis…

Note de l’abbé Breuillot : Le RP Jérôme (… … …) a remettre 1 500 fr à M. Adolphe Garnier, ce que j’ai fait le 26 mars 1835, sur les 2 502 fr 50 reçus du Valais par Lausanne, pour le P. Jérôme. Je n’ai point demandé de reçu des 1 500 fr ( ) Adolphe en avait besoin.

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1° avril 1835 - SVD - VSM

Je vous renvoye la procuration que vous trouverez ci-jointe.

J’ai reçu votre lettre du 26 mars où vous avez inséré un bon de 100 fr sur Garnier.

M. Gousset m’a dit de retourner à Besançon dans trois semaines pour y faire la quête : il me semble que je ne ramasserai pas grand chose à cause de la quête que M. le curé d’Yverdon a faite dernièrement. : écrivez-moi là-dessus et dites-moi si je dois aller ou non à Besançon. C’est sans contredit mon plus grand fardeau que cette quête.

Nous allons brasser pour avoir notre provision de bière jusqu’en automne : il nous manque 4 * de houblon, adressez le messager au brave homme qui vous a vendu les 12 * que vous nous avez envoyés.

Pouvez-vous nous avancer de 800 fr à 1 000 fr pour arranger notre maison ? Ce qui est au bureau de l’archevêché et ce qui doit venir de Lons-le-Saunier, il le faut pour payer le communal.

M. le curé de Deservillers nous est tout dévoué, il fera tout ce que vous voudrez auprès de la demoiselle. Mais dit-il le secret.

Avec un profond respect, fr. Jérôme.

Faut-il prévenir de nouveau les commis d’Ornans que nous allons faire de la bière, on n’a demandé aucun droit pour la première que nous avons faites.

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4 septembre [1835?] - M. l’abbé Breuillot

J’ai examiné de nouveau les revenus du monier [meunier], ils m’ont paru bien peu de chose.

1°- 600 mesures de grain à 5 F. la mesure 3 000 F
2°- Les prés 1 000 F
3°- Les vignes 500 F
4°- Le moulin 600 F
Total 5 100 F

Ôtez les impositions foncières 1 200 F

Reste :   

 3 900 F

L’impôt foncier comprend les portes et les fenêtres qui sont en grand nombre. Il paye au moins de 4 à 500 F. pour ce seul article. La diminution qu’il obtiendra sur l’autre impôt n’arrivera pas à 200 F. Il doit compter sur 1 000 F. d’imposition. Ainsi son revenu du monier ne passera pas 4 000 F. Ôtez encore les frais d’entretien des bâtiments qui sont considérables car le monier a 10 ou 12 maisons, je crois pouvoir assurer qu’il n’en est pas quitte pour 1 000 F.par an. Resterait enfin 3 000 F. de revenu.

Lorsque vous aurez occasion de voir M. Grillet, tâchez de le faire entrez en matière, parcourez tous les points et il devra convenir du calcul que je fais. Si M. de L… nous aide, il ne faut pas hésiter à prendre le monier, et quand il ne nous aiderait pas, achetons pourvu que M. Grillet veuille vendre pour cent vingt mille francs, qu’il nous donne 30 années pour payer et qu’il n’exige pas d’intérêts, que du moins il se contente de 1 500 F. à 2 000 F. Nous pourrons lui payez 10 000 F. par an sans trop nous gêner. Quelqu’un m’a dit que M. Grillet ferait volontiers une remise de 1 000 F. sur le bail en faveur des trappistes, s’ils voulaient prendre son monier en qualité de fermiers. Il aura les mêmes égards, je n’en doute pas, si nous voulons l’acheter.

Votre très humble serviteur, Fr. Jérôme prieur.

4 septembre [1835-1839] nous avons fini hier la quarantaine. Nous commençons aujourd’hui la neuvaine pour M. Grillet. Dieu peut tout.

Si vous vous rappelez combien le neveu de Madame Noirot a retenu sur les 1 000 F., daignez me le dire lorsque vous m’écrirez. Je ne trouve rien de marqué ici.     Fr Jérôme.

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11 mai 1835 - Lettre du Père Stanislas, abbé du Gard (par Picquigny)

Monsieur,

Je ne sais trop que vous répondre au sujet du procès dont vous me parlez. Je ne conçois pas comment ces pauvres religieux peuvent encore être menacés de ce côté. Il me semble que Voisard ne pourrait avoir de recourt que contre Dulongpray. On voit que ce n’est qu’une pure chicane dénuée de tout fondement et je ne crois pas qu’elle puisse avoir de suite fâcheuse. D’où vient par exemple qu’on attaque aussi M. Barbey ? Il n’a pas vendu à M. Dulongpray. En arrivant à Bellevaux j’avais acheté de lui et du P. Hypolyte sa propriété conjointement avec les autres religieux et ce sont eux seuls avec moi qui l’avons revendue à M. Dulongpray.

Quant à l’avenue, je ne saurais me rappeler ce qui en était. C’est une affaire qui s’est passée sous le P. Marie Joseph Dunand. Les anciens de la maison, le P. Théophile surtout, seront mieux instruits que moi là-dessus.

J’ai bien compassion de ces excellents frères. Hélas ! si nous n’étions pas nous-mêmes si malheureusement engagés…

Vous désirez mes faibles prières. Ne doutez pas de mon empressement à vous satisfaire. La reconnaissance m’en fait d’ailleurs un devoir. jamais je n’oublierai les bontés que vous avez eues pour moi et pour les nôtres. Toujours je serai avec la plus profonde vénération, Monsieur, votre très humble et très dévoué et très obéissant serviteur, F. Stanislas.

PS - Je pars demain pour le Chapitre général. Je crains de ne pas y trouver le F. Jérôme.

Pardon s.v.p. - Je voudrais bien savoir combien reviendrait la livre de fromage du Jura (dit gruyère) acheté sur les lieux et rendu ici.

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22 avril 1835 - Lettre de recommandation de dom Stanislas, abbé du Gard pour P. Pacôme, prêtre et pour F. Ignace (Texte en latin)

D. Stanislas les envoie pour 2 ans aider la fondation du Val-Ste-Marie au diocèse de Besançon. Qu’ils aillent tout droit au but dans les 10 jours. Pendant ce temps-là, l’abbé les recommande aux prêtres rencontrés pour ce qui est de célébrer ou de recevoir les sacrements.

Ils ne sont liés par aucun empêchement canonique.

Donné en mon monastère du Gard, le 22 avril 1835. Fr. Stanislas, abbé.

Sur ordre du R.P., le secrétaire.

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31 mai 1835 - De Lons-le-Saunier - À Monsieur Breuillot, prêtre au séminaire de Besançon

Monsieur

J’ai eu l’honneur de vous adresser le 2 avril dernier pour le compte de Monsieur Marie Bernard, trapiste, un mandat de 900 fr payable le 2 du courant ; comme il importe à la mère de ce dernier d’avoir une décharge de cette somme, je viens vous prier, Monsieur, de vouloir bien m’accuser réception de ce mandat.

Je suis, avec une parfaite considération, votre tout dévoué serviteur.                           Mareau

Nota : La personne qui vous portera cette lettre doit passer à Besançon les journées du 3 et 4 juin. Je vous serais bien obligé de remettre votre accusé de réception les dits jours chez M. Bozonnes à l’hôtel National où logera la personne de Lons-le-Saunier.

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12 mai 1838 - Décision du chapitre du Gard concernant le changement de stabilité des Frères Pacôme et Ignace

Les religieux de chœur de l’abbaye du Gard de la congrégation cistercienne de ND de la Trappe, étant rassemblés en chapitre après prime,

Le Père prieur qui y présidait ayant fait retirer les novices et non stabilié, a fait lecture d’une lettre dans laquelle le révérend dom Stanislas, abbé du Gard, lui écrivait de prendre les suffrages des religieux pour savoir s’ils consentaient à ce que le P. Pacôme (André-Joseph Guilbaud) et le P. Ignace (François Taillan) tous deux religieux profès de la dite abbaye du Gard, fissent leur nouvelle stabilité dans le prieuré du Val-Ste-Marie, de la même congrégation cistercienne de N.D. de la Trappe, au diocèse de Besançon.

(…) Le relevé des suffrages a présenté quinze fève blanches et quatre noires, tous les religieux interpellés ayant convenu que ce suffrage passerait également pour l’un comme pour l’autre de ces deux religieux Pacôme et Ignace.

En foi de quoi avons signé en notre monastère du Gard, les jour, mois et an que dessus.

Fr. Albert, prieur ; F. Athanase, sous-prieur ; Fr. Marie-Joseph Prêtre

Par mandement du P. Prieur, le Rd dom Abbé, absent, F. Louis, secrétaire conventuel.

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28 mai 1839 - Du petit séminaire de Vaux [3]- Lettre de Mgr Antoine Jacques, évêque de Saint-Claude, au Révérend Père Jérôme, prieur du monastère de la Trappe du Val-Ste-Marie, par Ornans (Doubs)

Mon Révérend Père !

M. le chanoine Poux vous a informé de ma part que je ne pouvais ni ne voulais modifier la condition dont nous sommes convenus, vous et moi, lorsque je vous ai accordé la permission de faire une quête dans mon diocèse pour la construction de votre église. Veuillez donc, je vous prie, mon Révérend Père, faire parvenir aux religieuses clarisse de Poligny la moitié du produit de la collecte que vous avez faite déjà sur les paroisses du diocèse de Saint-Claude, le plutôt possible : ces bonnes sœurs en ont le plus grand besoin pour faire reprendre les travaux de leur église, que le défaut de moyens les a forcées de suspendre. Je vous prie aussi de leur envoyez bien exactement la moitié du produit de la quête qui vous reste à faire dans la place. Je viens de leur réitérer la dessus d’en faire une. Je vous ai recommandé aux curés de mon diocèse pour la vôtre, en les prévenant que vous quêtiez pour nos clarisses et pour vous, et que les clarisses ne paraîtront point dans leur paroisse. Vous avez été bien accueilli et vous le serez de même p… coopérateur, surtout parce qu’ils savent à présent que la moitié du produit de vos quêtes sera pour les clarisses de Poligny.

Vous n’avez, mon Révérend Père, aucunement réponse à me faire qu’en envoyant promptement aux clarisses ce qui leur revient.

Veuillez recevoir, mon Révérend Père, la nouvelle assurance de mon bien sincère et entier dévouement.            † Antoine Jacques, évêque de Saint-Claude

Je partirai d’ici demain pour continuer ma visite pastorale.

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1839 septembre [12] - La Trappe — Document relatif à la charge de Commissaire du Val-Sainte-Marie confiée à dom Genès

Le Chapitre général de la Congrégation de la Bienheureuse Marie de la Trappe souhaite à notre très cher et vénérable père Genès, prêtre, profès du monastère de Melleray un esprit de force et de discrétion.

Comme il nous est apparu que le révérend dom Jérôme, prieur du Val-Sainte-Marie a besoin, en raison de sa mauvaise santé, d’être pour un temps déchargé de tout souci, la chose ayant été mûrement discutée et connaissant ton zèle et ta piété, avons décidé de t’établir commissaire dudit monastère, si bien que selon la teneur des présentes, en vertu de notre autorité paternelle nous t’instituons et te constituons tel, jusqu’à décision contraire.

Nous te donnons toutes facultés afférent à ta charge, tant en matière temporelle que spirituelle, pour que de tout ton pouvoir tu gouvernes en bon intendant, la maison qui t’a été confiée et qu’avec l’aide du Seigneur, tu aies un gouvernement prospère.

Nous ordonnons donc, en vertu de la sainte obéissance, à tous et à chaque personne de ce monastère, de te reconnaître comme vrai et légitime supérieur et qu’en tant que tel, ils t’obéissent avec respect, jusqu’à ce qu’il en soit décidé autrement.

Donné au monastère de la Grande Trappe, durant la session du Chapitre général, sous son sceau et nos signatures.

F. Joseph Marie abbé de la Trappe et vic. gén.
F. Maxime abbé de Melleray

F. Fulgence abbé de Bellefontaine
F. Orsise abbé d’Aiguebelle

F. Stanislas abbé du Gard 
F. Jérôme prieur titulaire du monastère du VSM

F. Athanase prieur du Mont-des-Cats

F. François d’Assise, abbé du Port-du-Salut secrétaire du CG.

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12 mars 1842 - De Fribourg, lettre de Caumont, à l’abbé Jérôme, au grand séminaire de Rouen

Mon très digne Père,

Vous avez raison de supporter que nous serions bien surpris de recevoir de Rouen une lettre de notre respectable ami le bon Père Jérôme, car nous étions loin de nous y attendre. Nous vous remercions de votre bon souvenir et nous vous souhaitons tout le succès possible dans votre quête. Si je me fusse trouvé à Rouen, j’aurais fait tout ce qui aurait dépendu de moi pour vous y être de quelque utilité et je me serais fait un plaisir de vous accompagner chez les personnes de ma connaissance. Je vous nommerais bien encore quelques personnes chez lesquelles vous pourriez vous présenter en vous réclamant de moi, mais le nombre de nos anciennes connaissances est bien diminué depuis près de douze ans que nous sommes éloignés de Rouen ; d’ailleurs je ne pourrais guère vous indiquer que deux ou trois familles religieuses dont déjà, bien certainement, on vous aura parlé, tels que mon bon ami M. Delaage, receveur de la Douane, M. de Bosmélet ; je n’en vois vraiment pas beaucoup d’autres. Je suis heureux du bon accueil que vous a fait notre respectable cardinal ; veuillez, lorsque vous aurez occasion de le voir, lui présenter nos hommages bien respectueux. Je suppose qu’il vous aura recommandé aux différents curés de notre ville et entre autres à M. Mac Cartan, curé de St-Ouen auquel je me serais aussi fait un plaisir de vous recommander, c’est un ancien ami et condisciple de mon fils aîné avec lequel il a étudié dans l’ancien établissement de M. l’abbé Liautard, qui est actuellement curé de Fontainebleau et dont la maison d’éducation à Paris est devenu le collège Stanislas. M. le curé de St-Ouen, au bon souvenir duquel je vous prie de me rappeler, était un bon ami de l’abbaye du Gard et le bon Père Palémon logeait chez Madame sa mère lorsqu’il venait à Rouen. Je vous aurais aussi recommandé à mon ancien confesseur, M. Motte, curé de Notre-Dame, auquel je vous prie aussi de dire mille choses bien affectueuses de ma part et de la part de Madame Caumont.

Si vos quêtes s’étendent jusque dans les faubourgs, je vous recommanderais encore à l’excellent et digne curé de St-Paul, qui m’a rendu un signalé service dont je conserverai à jamais le souvenir : c’est lui qui a bien voulu, quoique nous ne nous connussions ni l’un ni l’autre, se charger de conduire au pensionnat de Fribourg mon plus jeune fils Henri, âgé de 8 ans. Si vous avez occasion de le voir, il vous racontera comment cela s’est passé et comment le Seigneur nous l’envoyé pour être l’archange Raphaèl de notre jeune Tobie ; dites-lui bien que nous en conservons une vive reconnaissance et que nous saisissons avec beaucoup de plaisir cette occasion de la lui témoigner et de lui donner de nos nouvelles ; nous avons quelques fois des siennes par nos anciens et fidèles domestiques que nous avons priés d’aller de temps en temps s’informer de lui de notre part.

Si vous allez au Havre, nous avons à 2 lieues de cette ville une bonne et digne amie, Madame de Rumare, à Escure, près de la petite ville de Montivilliers qui a fait très bon accueil au Père Palémon que je lui avais recommandé dans le temps.

À Dieppe, où nous allions dans la saison des bains de mer, nous connaissions particulièrement l’excellente famille Delamotte.

Si vous allez à Bayeux, vous y verrez mon fils aîné, receveur des finances, qui j’espère, sera revenu de Paris où il est maintenant. Je n’oublierai pas de lui parler de vous, lorsque je lui écrirai. Vous pourrez aussi parler de moi à Monseigneur l’évêque de Bayeux, dont j’ai l’honneur d’être très bien connu. J’ai fait aussi la connaissance particulière, pendant une retraite à St-Acheul, de Messieurs les Comtes d’Osseville, dont l’un demeure à Caen, l’autre à Evrecy, près Caen.

Voilà, mon digne Père, à peu près toutes les personnes de notre pays que je crois pouvoir vous indiquer.

Vous voyez que nous prenons racine à Fribourg et dire quand nous le quitterons, nous n’en savons rien. J’ai fait il y a quelques années, comme placement de fonds l’acquisition d’une ferme et la position nous en a paru si agréable que nous nous sommes décidés, cette année, à faire adjoindre à la maison de ferme, quelques appartements pour pouvoir y passer commodément l’été. Nous sommes dans le pays de la Gruyère et nous ne sommes séparés de la Valsainte que par la montagne de la Beira ; nous voyons de notre domaine la chartreuse de la Part-Dieu et le château de Gruyère. Je vous dirai même (mais tout à fait entre nous et je vous prie de ne pas en parler à notre famille dont beaucoup ne partagent pas nos idées à ce sujet) que nous y faisons construire une petite chapelle, étant assez éloignés de l’église. Tout cela met pour le moment notre bourse un peu à sec, mais j’espère que le bon Dieu permettra qu’elle se remplisse plus tard et nous permettre de faire notre petite offrande au bon père Jérôme, avant que son église soit finie.

J’ai pris des informations sur ce que vous me demandez au sujet de l’affaire de la Valsainte, mais on n’a pas encore pu me rendre réponse ; si je la reçois, je vous la donnerai à la fin de ma lettre. Notre petite colonie française est bien diminuée et je crois qu’il en reste très peu de ceux que vous connaissiez : nous avons encore les bonnes familles de Brisault et O’Mahony, avec lesquelles nous vivons dans une agréable intimité.

Vous vous rappelez notre petit compagnon de voyage, mon fils Félix, dans la course pédestre que nous fîmes ensemble chez Madame de Portalis à Grin ? C’est maintenant un grand garçon qui a voulu prendre le parti des armes et qui sert comme cadet dans un régiment suisse au service du pape. Il est dans la compagnie d’un brave capitaine de notre connaissance, M. Louis de Boccard, bon catholique, mais nous sommes toujours dans de grandes incertitudes sur son compte, pour tous les dangers auxquels il est exposé, sous le rapport moral et religieux et nous le recommandons bien à vos prières, ainsi que son jeune frère Henri, qui fait sa dernière au pensionnat et qui ne sait pas encore quelle carrière il suivra. Enfin, mon bon Père, priez pour toute la famille

Ma chère femme se joint à moi pour vous assurer de nos sentiments bien respectueux et bien affectueux et vous demander votre bénédiction pour nous et pour nos enfants.

Votre tout dévoué et affectionné                                                                              Caumont

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18 mars 1842 - De Fribourg, lettre de Caumont, à l’abbé Jérôme, au grand séminaire de Rouen

Mon très digne et révérend Père,

Depuis la lettre que je vous écrite le 12 de ce mois, j’ai été mis à même de répondre à votre demande, ainsi que vous le verrez par l’extrait du journal Le Véridique, à la fin de la présente lettre.

Dans les diverses personnes que vous indiquait ma dernière, tant à Rouen que dans notre province, je ne vous ai pas parlé de notre famille, pensant que notre chère sœur Madame Vidal vous aurait déjà désigné ceux chez lesquels vous pourriez vous présenter. Je ne vous ai point parlé non plus de mes frères et de mes sœurs qui habitent Avranches, dans la Basse-Normandie, ne sachant pas si vous iriez jusques là, mais je crois que si vous y allez, (c’est à une petite journée de Bayeux) et si vous vous réclamez de moi, ils vous feront bon accueil.

Je ne connais point encore votre établissement du Val-Ste-Marie et nous n’avons point fait de voyage l’été dernier, comme vous le supposez, mais c’est notre jeune fils Henri qui a fait un fort joli voyage en Italie et dans le Tirol, pendans les vacances dernières, en compagnie d’une douzaine de ses condisciples, sous la conduite de deux pères du pensionnat. Quant à nous, nous avons passé notre été sur notre ferme, dans la Gruyère et c’est l’agrément que nous y avons trouvé, la beauté des sites, qui nous ont fait prendre le parti de nous y faire construire une petite habitation d’été, ainsi que je vous le marquais dans ma dernière lettre. Ma femme n’aime pas beaucoup les voyages ; moi qui en ai fait beaucoup dans ma vie, je trouve que le repos est une chose assez convenable à mon âge (de bientôt 68 ans) ainsi, mon bon Père, je ne sais pas si je puis bien vous promettre une visite au Val-Ste-Marie, malgré le désir que j’en aurais, mais cela est subordonnée à la volonté du Seigneur.

Si vous n’avez pas le temps de m’écrire pendant vos courses, j’espère que vous nous donnerez de vos nouvelles quand vous serez de retour dans votre saint asyle du Val-Ste-Marie, et que vous nous marquerez comment vous aurez été content de vos quêtes à Rouen et en Normandie.

Votre tout dévoué                                                                                                    Caumont

P.S. Nous vous remercions de nous avoir donné des nouvelles de notre vénérable ami, le bon P. Palémon et si vous en avez l’occasion, nous prions de nous rappeler à son bon souvenir ; nous sommes heureux de penser que nous avons part aux bonnes prières de l’abbaye du Gard.

Nous nous recommandons à vos bonnes prières et à celle de votre sainte communauté, nous et nos chers enfants.

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• Extrait du Supplément du journal Le Véridique de Fribourg, le 28 mai 1831

Dans sa séance du 26 courant, le Grand Conseil etc…

L’assemblée a eu ensuite à s’occuper de la question présentée dans l’une des séances précédentes sur l’admission à la Valsainte des PP trappistes appartenant à la maison de Belvaux, diocèse de Besançon…

La commission nommée pour examinée cette affaire ayant fait son rapport, la discussion est ouverte…

La discussion ayant été déclarée close, la demande d’admission a été rejettée par 44 voix contre 32.

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1842 - Pourquoi et comment j’ai fait la quête

Le Chapitre de 1839 décida que je ferais la quête, tant à cause de ma maladie que pour tirer le Val-Ste-Marie d’embarras. Après cette décision du Chapitre l’abbé de Bellefontaine demanda si je quêterais toujours. Celui de Laval lui répondit que je quêterais tant que le monastère aurait des besoins. Après cette réplique on ne fit plus d’observation.

Je commençai ma quête au nom et avec les recommandations de Mgr l’archevêque de Besançon. Les évêques à qui je m’adressai de sa part me firent tous bon accueil et s’empressèrent de me recommander dans leurs diocèse respectifs.

Souvent messieurs les curés voulurent m’accompagner eux-mêmes chez leurs meilleurs paroissiens et quand ils ne purent me rendre ce service, ils me firent introduire dans les bonnes maisons par des personnes respectables.

Je me bornai toujours à voir quelques pieux fidèles, évitant avec le plus grand soin, d’aller de porte en porte : j’ose affirmer que je mis tant de prudence dans mes démarches que je pus quêter trois années de suite sans aucun désagrément. Il doit m’être permis de rapporter ici ce que me dit M. Dordillon, économe du grand séminaire de Rouen, à l’occasion de ma quête : « Il n’est pas étonnant que vous fassiez de si bonnes collectes. Votre manière d’agir inspire partout la plus grande confiance. »

Or voici ma manière d’agir. Lorsque j’avais une certaine somme, comme deux ou trois cents francs, je la déposais chez M. le curé du lieu où je me trouvais, en le priant de la faire parvenir au bureau de l’évêché ou au grand séminaire qui m’accordait ordinairement l’hospitalité tandis que je faisais ma tournée dans la ville épiscopale. Et quand ma collecte était terminée dans le diocèse, je priais le secrétaire de l’évêché ou M. le supérieur du séminaire chez qui le montant de ma quête était déposé, de l’envoyer à l’archevêché de Besançon pour le Val-Ste-Marie. Fort sensible à ce procédé de ma part, l’autorité ecclésiastique (…) se félicitait toujours de m’avoir recommandé et faisait des vœux pour le succès de ma quête dans les autres diocèses que je me proposais de parcourir.

Je répète que j’inspirais tellement la confiance que chacun se plaisait à me donner des lettres de recommandation. J’en ai encore des paquets pour la France et l’étranger. Je ne passais jamais une seconde fois dans les mêmes endroits pour renouveler mes demandes. Je disais que mon intention n’était pas de revenir plus tard et que je ne voulais point lasser la charité des fidèles. Il en résultait qu’en général chacun me faisait son offrande avec plaisir.

Il arrivait assez souvent que quelques bons catholiques, après avoir entendu comment le Val-Ste-Marie s’était établi, disaient : « Pourquoi ne reviendriez-vous pas chez nous ? Nous nous estimerons heureux de vous renouveler notre don chaque fois que vous viendrez le demander. » Je prenais les noms de ces personnes, je les associais aux prières de la communauté, ce qui leur faisait grand plaisir et ils réitéraient alors l’assurance qu’ils voulaient continuer pendant quelques années leur offrande au Val-Ste-Marie.

Comme les supérieurs majeurs connaissent les résultats avantageux de mes démarches depuis trois ans, je n’en parlerai point ici : je me contenterai de dire que si on me laisse continuer mes collectes pendant deux ou trois ans encore, le Val-Ste-Marie aura en 1845, ou 1846 au plus tard, terminé toutes ses constructions et pourra en outre subsister sans quêter davantage. Ainsi dans le court espace de onze ou douze ans, une communauté, sans ressource quand elle est arrivée au Val-Ste-Marie, aura reçu de la charité des fidèles une propriété assez productive pour fournir du pain à 40 religieux, une église, un monastère et d’autres revenus de sept à huit mille francs par an.

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Construction de l’église des trappistes du Val-Ste-Marie
dans le diocèse de Besançon

En mil huit cent trente les trappistes du diocèse de Besançon ont éprouvé de grands malheurs. Ils sont perdu leur propriété et leur monastère de Bellevaux et pendant quatre ans ils ont eu à souffrir toutes les rigueurs de la plus affreuse pauvreté.

En mil huit cent trente-quatre, vers la même époque où ils avaient tout perdu, la Ste Vierge, qu’ils n’avaient pas cessée d’invoquer dans leurs épreuves, leur a donné des marques bien sensibles de sa tendresse et de sa protection. ils ont trouvé dans le département du Doubs, entre Ornans et Salins un domaine qui leur convenait. Ils ont surmonté les obstacles qui s’opposaient à ce qu’ils (…) et ils en ont fait l’acquisition le jour de l’octave de la Nativité de la Ste Vierge. Le onze novembre ils sont venus habiter ce nouveau désert auquel pour témoigner leur reconnaissance envers leur Patronne, ils ont donné le nom du Val-Ste-Marie.

Mgr l’archevêque de Besançon appuie de tout son zèle et de toute sa protection ce monastère naissant ; le clergé et les fidèles du diocèse suivent son exemple et grâce à leur charité, les trappistes ont réussi à payer la plus grande partie de la dette qu’ils ont contractée par cette acquisition et tout ce qu’ils ont dû dépenser pour se procurer du mobilier et distribuer convenablement la maison afin de pouvoir s’y loger.

Maintenant le principal objet des prières et des vœux des trappistes c’est une église dont ils ne peuvent se passer plus longtemps. Cette église qui doit être consacrée sous l’invocation de Marie Mère de Dieu et patronne des trappistes, c’est à Marie qu’ils la demandent avec la ferme confiance qu’elle achèvera son ouvrage. Elle ne manquera pas d’inspirer à quelques unes de ces âmes ferventes qui l’ont prise aussi pour mère et pour patronne, le désir de les aider dans une si sainte entreprise. Malgré le refroidissement de la charité, on trouve encore un grand nombre de fervents chrétiens qui ne reculent jamais devant les bonnes œuvres. Les trappistes ont la confiance qu’il suffira de leur présenter celle-ci pour qu’ils s’y prêtent de tout leur cœur. Oui, il se trouvera des âmes charitables qui leur fourniront les moyens de construire une église pour y chanter nuit et jour les louanges de Dieu et de la Ste Vierge.

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Chapitre général de 1843

(Excerpta?) ex actis capituli generalis anni 1843

De Valle S. Mariae definivit capitulum aedificationibus finem imponendum esse, neminem egressurum eleemosinas quaeritandi causa, novitios non admittendos fore nisi emolumenta monasterio afferant : prohibente sacro condilio tridentino (esse. XXXV cap. I), ne monasterium plures recipiat quam alere possit. Cujus definitionis exemplar mittetur ad praedictum monasterium ut legatur publice, atque in archiviis servetur.

F. Joseph-Maria abbas trappensis Vic. gen. Cong. in Gallia

F. Maximus abbas de Melleario - F. Fulgentius abbas Bellofonte - F. Stanislaus abbas gardiensis - F. Orsisius abbas Aquaebellae - F. Athanasius prior Mont. Cat. - F. Petrus abbas Montis Olivarum - F. Augustinus abbas Bricquebensis - F. Fr assinatis abbas Portus-Salutis cap. gen. secret.

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21 septembre 1843 - Lettre de l’archevêque de Besançon à l’abbé de la Trappe - N° 1

Mon Révérend Père

J’ai fait cette année, au mois de juillet, la visite canonique de la Trappe du Val-Ste-Marie en mon diocèse, comme délégué du St-Siège

J’avais, en faisant cette visite, un double but, le premier de m’acquitter d’un devoir, le second d’examiner par moi-même l’état des lieux par rapport à l’emplacement occupé par les religieux et aux constructions faites et à faire.

Sous le premier rapport, j’ai été entièrement satisfait : j’ai vu tous les religieux en particulier, et je les ai trouvés animés de l’esprit d’un saint zèle pour leur perfection, vivant dans la pauvreté, la régularité, la ferveur et la charité.

Quant aux lieux, je les ai trouvés retirés, solitaires, avec abondance d’eau, un pays bon pour les céréales et les légumes et facilité de s’étendre avec le temps.

Les religieux sont très bien vus du clergé, des habitants et des autorités civiles, tant locales que départementales, de sorte qu’il n’y a rien à craindre de ce côté.

Restait l’habitation. Celle qui existe actuellement n’est ni suffisante ni convenable : les religieux ne sont pas fermés, ils sont entassés, surtout à la chapelle qui n’est qu’un grenier à peine aménagé.

Un agrandissement était donc indispensable. Deux projets se trouvaient en présence, l’adjonction de quelques bâtiments à ceux qui existent, ou la reprise des travaux déjà commencés.

Pour ne rien donner au hazard dans une affaire de cette importance, j’ai envoyé un architecte sur les lieux : il m’a certifié l’impossibilité de l’adjonction de quelques bâtiments à ceux qui existent, à cause de la situation des bâtiments et un faux niveau de terrain, ainsi que de la qualité humide du sol en cette partie. Il lui a semblé qu’il fallait sans hésiter, continuer les travaux commencés en se bornant à la chapelle et à une aile suffisante pour la communauté. Il a arbitré ces travaux par approximation à 40 000 F.

Quoique la communauté en aie maintenant 30 000 F, il m’a semblé qu’il fallait chercher à se procurer des secours, afin de ne pas entamer, si ce n’est provisoirement, cette réserve, et d’avoir quelques revenus fixes.

Le parti préférable m’a paru une souscription que j’ai recommandée par un éloge de la communauté et un exposé de ses besoins, et en tête de laquelle je me suis mis pour 1 200 F.

C’est au moment où je mettais ainsi en mouvement d’une manière aussi mesurée et avantageuse que possible l’affaire du Val-Ste-Marie que le F. Genès m’a communiqué à Paris, où je me trouve maintenant et à son retour du Chapitre général, la décision relative au Val-Ste-Marie.

Cette décision contient quatre choses :

• 1°- Ne point bâtir ;

• 2°- Ne point sortir pour quêter ;

• 3°- Ne point admettre de novices sans un profit à en espérer ;

• 4°- Lire cette décision publiquement dans le chapitre et l’insérer dans les archives.

Ainsi, c’est presqu’aussitôt après ma visite, après les précautions que j’ai prises dans l’intérêt de la communauté et de l’Ordre tout entier, que, sans égards, sans information préalable, le Chapitre général prend une décision qui équivaut au renversement de la maison et l’amènera infailliblement.

Comme je ne veux pas en porter la responsabilité, j’ai demandé au F. Genès de suspendre la publication du décret, et j’en réclame la non-exécution de votre affection pour la communauté et du sentiment de justice et de loyauté qui vous anime. Mais, comme ce décret a été pris en Chapitre général, et que je conçois que votre fonction (…) j’envoye en même temps copie de cette lettre à tous les membres du Chapitre qui ont signé le décret.

Veuillez agréer, Mon Révérend Père, l’expression de mes sentiments respectueux.

Signé : † Césaire, archevêque de Besançon.

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14 octobre 1843 - Lettre de l’archevêque de Besançon au R.P. Genès, prieur du Val-Ste-Marie

Mon Révérend Père,

Conformément à ce que je vous ai dis au moment de votre passage à Paris, lorsque vous m’avez montré le décret du Chapitre général relatif au Val-Ste-Marie, j’ai écrit au R.P. abbé vicaire général le 21 septembre la lettre ci-jointe n° 1. Sa réponse ayant été entièrement négative, j’ai dû lui répondre la lettre également ci-jointe n° 2, et envoyer des copies de ces lettres à tous les abbés et prieurs qui avaient signé le décret.

Le R.P. abbé vicaire général persévérant dans ses intentions, il faut obéir, et je vous invite à lire le décret dans votre communauté et à le faire insérer dans les archives.

Il faudra également cesser de donner suite aux projets de construction et de souscription, et ne point admettre de novices, à moins qu’ils n’apportent des avantages au monastère.

Je vous prierais de me faire savoir pour quel motif vous avez demandé la faculté d’élever le F. Guillaume au rang de choriste et même à la prêtrise, et pourquoi vous avez fait cette demande sans consulter le P. Vicaire général.

Recevez, mon Révérend Père, l’assurance de mon parfait dévouement.

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1844
Observations que j’ai faites au Chapitre général de 1843

Observations que j’ai faites au Chapitre général de 1843 pour le prier de me débarrasser de la supériorité du Val-Ste-Marie et de me permettre de rentrer dans mon monastère. J’ai allégué mon peu d’aptitude ou plutôt ma négation de toute capacité pour les fonctions de supérieur et dans les choses spirituelles et dans les choses matérielles.

1°- Dans le spirituel : peu de fermeté toutes les fois que l’amour-propre en souffrirait, ne savoir pas prendre sur ma pusillanimité bien des corrections qui seraient nécessaires, de là [sans] s’en appercevoir, la régularité s’éteint s’affaiblit.

2°- Point de tranquillité : peines de conscience continuelles. Je ne fais presque aucune fonction sacrée sans en être tourmentée, surtout après les confessions. Point de paix pour moi que je trouvais pourtant dans la condition de simple religieux.

3°- Pour le temporel : un supérieur doit s’entendre un peu à l’administration d’un bien. Indépendamment que je suis inapte pour tout cela, j’éprouve la plus grande répugnance pour m’y appliquer et quand à l’âge de 55 ans on n’a pas d’aptitude, on ne commencera pas alors.

Il faut faire des constructions, elles sont urgentes et je suis moins apte encore de m’en occupper. Je commence d’être chargé d’infirmités qui me rendent impropre à quoi que ce soit ; mais surtout j’ai perdu la paix que je suis venu chercher à la Trappe. J’ai observé que M. de Rancé avait déchargé de la supériorité un de ses successeurs pour cette dernière raison et assurément ce supérieur choisi de sa main était un autre homme que Fr Genès.

Toutes ces raisons ont touché le Chapitre de compassion. Il m’a déchargé à l’unanimité des voix de la supériorité du Val-Ste-Marie, d’une manière si prononcée que ne croyant pas trouver un autre supérieur pour cette maison, il préfère la remise à celle du Gard, que de m’obliger de nouveau d’y rentrer à ce titre. Ce n’était que pour quelques jours que je devais y paraître et voilà un an que j’y ai resté, faute de remplaçant. Les raisons qui m’obligent à me retirer n’ont fait qu’augmenter.

Dans les deux Observances on trouvera plus de 20 sujets si le RRPP veulent les chercher et l’on (doit?) faire le sacrifice d’un seul, très capable de remplir avec honneur les fonctions importantes de supérieur. À Aiguebelle surtout, on a sous la main le prieur qu’on destinait à (?)

Si on allègue que les sujets appartenant à une autre Observance ne voudraient pas venir au Val-Ste-Marie, je pourrai répondre que j’étais dans le même cas et qu’on ne m’a pas consulté, que j’ai obéi malgré mon incapacité et presque contre ma conscience, et que s’il est permis à un religieux quel qu’il soit qui sera choisi, de ne pas accepter par la même raison, il est est libre de me retirer.

La communauté est digne de l’attention du Chapitre général. Depuis qu’elle est établie, aucun des membres n’a démenti la sainteté de sa profession : point d’apostat, point de demande de dispenses. Elle n’a plus de dettes, elle a quelques avances.

Je supplie les RRPP de pourvoir à sa perpétuité en fesant pour elle ce que chacun voudrait qu’on fît pour son propre monastère dans le choix d’un bon supérieur, puisque d’après le décret de Sa Sainteté, nos maisons sont réunies dans la même Observance et que la Carte de Charité n’a établi parmi elles qu’un cœur et qu’une âme.

Signé † Césaire, archevêque de Besançon.

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Approbations du livre de dom Jérôme : Histoire des Trappistes du Val-Sainte-Marie

12 janvier 1843 - Paris - par L. de Jouenne d’Esgrigny

Le Père Jérôme, de la Trappe du Val-Ste-Marie près Besançon m’ayant confié son ouvrage intitulé : Histoire des Trappistes du Val-Ste-Marie, et m’ayant demandé mon avis sur le style et la composition de ce livre, je m’empresse de déclarer ici que le style m’en a paru naturel, simple, d’une lecture agréable et facile, le récit plein d’onction et d’intérêt, en un mot que les âmes pieuses et les bons chrétiens n’y trouveront rien qui ne doive les édifier, affermir leur foi et les encourager dans les voies du salut. L. de Jouenne d’Esgrigny

18 mars 1843 - Rouen, Cardinal Prince de Croÿ

Gustave Maximilien Juste, par la miséricorde Divine et la grâce du Saint-Siège Apostolique, Cardinal prêtre de la Sainte Église Romaine, du Titre de Sainte-Sabine, Archevêque de Rouen, Primat de Normandie, etc.

Avons approuvé et approuvons par les présentes un volume de format in-8°, ayant pour titre : Histoire des Trappistes du Val-Ste-Marie etc. soumis à notre examen par l’auteur. C’est un recueil très intéressant des vies de plusieurs abbés et autres religieux de cet Ordre, qui en ont été l’ornement et en même tems l’édification de l’Église. L’histoire sommaire de la plupart des fondateurs de leur maison, et des persécutions auxquelles ces vénérables religieux ont été en butte, depuis la grande révolution de France, et enfin un précis de leur régime, de leurs règles, de leurs maximes, présentent une lecture aussi curieuse que touchante, où tout respire l’esprit de pénitence d’humilité et de charité, dont il ne peut qu’être fort utile de recommander la méditation aux fidèles.

Donné à Rouen le 18 mars 1843.                                                        † G. Cardinal Prince de Croÿ

6 janvier 1844 - Grenoble - Philibert, évêque de Grenoble

Nous avons fait examiner un ouvrage intitulé : Histoire des Trappistes du Val-Sainte-Marie, un volume in-8° et sur le rapport avantageux qui nous en a été fait, nous l’avons approuvé et l’approuvons par les présentes comme un livre très propre à réveiller la foi des uns, à exciter la ferveur des autres et à satisfaire la louable curiosité de ceux qui veulent connaître l’origine, l’histoire, le règle et le régime de ces étonnants religieux que nous voyons retracé dans ce siècle de préjugé et de mollesse les austérités à peine croyables des anciens solitaires de la Thébaïde.

Nous verrions donc avec plaisir ce livre se répandre dans notre diocèse, nous invitons même notre clergé et les fidèles à se le procurer, non seulement parce qu’ils y trouveront instruction et édification, mais encore parce qu’ils contribueront à une bonne œuvre, le produit de la vente du livre étant destiné à subvenir aux besoins du monastère du Val-Sainte-Marie.

Donné à Grenoble le 6 janvier 1844                                               † Philibert, Évêque de Grenoble.

7 janvier 1844 - Grenoble - Lettre de Mgr Philibert, évêque de Grenoble, au P. Prieur du Val-Ste-Marie

Mon Révérend Père,

Mon affection toute filiale pour St Bernard m’inspire vénération et sincère intérêt pour ses disciples. Je fais donc des vœux pour que le Seigneur répande sa bénédiction temporelle et surtout spirituelle sur votre fervente communauté.

J’ai uni avec empressement mon approbation à celle de plusieurs de mes honorables collègues par rapport à l’Histoire des Trappistes du Val-Sainte-Marie et je désir que ce livre édifiant soit connu, lu et répandu dans mon diocèse.

Je profite de l’occasion pour me recommander aux prières et saints sacrifices de votre pieux monastère et je vous prie d’agréer l’assurance de mes respectueux sentiments.

† Philibert évêque de Grenoble

3 février 1844 - Approbation du livre de dom Jérôme : Histoire des Trappistes du Val-Sainte-Marie, par l’évêque de Lausanne et de Genève

Pïerre-Tobie, par la grâce de Dieu et du S. Siège apostolique, évêque de Lausanne et Genève, etc.

Ayant fait examiner Histoire des Trappistes du Val-Sainte-Marie etc. et l’ayant lu nous-même, nous l’approuvons, et en recommandons la lecture à nos diocésains comme bien propre à ranimer la ferveur et à inspirer l’amour et la pratique de l’humilité et de la mortification, de la soumission à toute autorité légitime et de la charité. Mis à portée de voir souvent quelques uns de ces vénérables religieux avant qu’ils quittassent, ainsi que les religieuses trappistines, le canton de Fribourg, nous n’avons cessé d’admirer leurs vertus et nous vous assurons que le public, surtout les habitants du Val de Charmey où se trouve la Val-Sainte et des paroisses voisines ou peu éloignées de la Riederaz où demeuraient les trappistines, environnaient ces enfans de S. Benoît et de S. Bernard de leur amour et de leur vénération.

Donné à Fribourg en Suisse le 3 février 184            † Pierre-Tobie, évêque de Lausanne et Genève.

3 Février 1844 - Fribourg - Lettre de l’évêque de Lausanne… au révérend Père Jérôme

Très révérend Père,

Vous savez sans doute déjà que votre R. Père Guillaume n’a fait qu’une bien courte apparition à Fribourg et que je n’ai point pu lui remettre l’approbation que vous me demandiez par votre lettre du 6 janvier. J’ai eu dès lors le temps de lire votre excellent Histoire … et j’en ai été bien édifié, bien touché. J’ai eu souvent l’occasion de voir plusieurs de vos vénérables Père et même dom Augustin Lestranges ; c’est aussi dans ma paroisse que les religieuses trappistines avaient leur établissement.

Je mets sous ce pli l’approbation de l’ouvrage et je désire qu’elle vous soit agréable.

Veuillez, très Révérend Père, me continuer le secours de vos prières et agréer l’assurance des sentiments bien respectueux avec lesquels je suis et serai toujours, Très Rd Père, votre très humble et tout dévoué serviteur.   † P.-T. évêque de Lausanne et Genève.

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4 février 1844 - Fribourg, de Caumont au Révérend Père Jérôme, prieur de la Trappe du Val-Ste-Marie, près Ornans (Doubs)

Très digne et révérend Père,

Je me disposais à remettre à notre vénérable évêque l’approbation que m’apportait votre lettre du 26 janvier, lorsque je reçus sa propre approbation qu’il me chargeait très obligeament de vous transmettre de sa part, ainsi que la lettre qui l’accompagne. Je compte aller le voir demain et je lui remettrai la copie de l’approbation de Mgr de Grenoble, mais je suis sûr qu’il sera content que la sienne me soit parvenue avant qu’il ait eu connaissance de celle-là. Je ne dis cela que parce que je crois qu’il sera bien aise que vous voyiez qu’il n’avait pas besoin d’être influencé davantage pour remplir vos désirs. Je vous dirai que j’avais très fortement plaidé votre cause à la première visite que j’avais faite à Mgr, à ce sujet, parce que la première inspection de votre ouvrage, il y avait certains passages au sujet du refus du gouvernement de Fribourg de vous admettre à la Val-Sainte, qui l’avaient un peu embarrassé. L’avoyer de Montenach (qui n’existe plus) et qui à ce qu’il parait, était alors très disposé en votre faveur, a depuis, donné des chagrins à notre digne évêque et je pourrais dire à tous les bons catholiques, par ses opinions sur divers sujets religieux, entre autres lors de la conférence de Baden. Je crois aussi que sa Grandeur aurait autant aimé que n’eussiez pas donné avec détail l’opinion qui vous était contraire, et qui malheureusement a prévalu parce que ce bon pasteur qui, dans sa charité, se regarde comme le père de tous, qui les porte tous dans son cœur et qui voudrait n’en affliger aucuns, pensait peut-être que son approbation de l’ouvrage pourrait paraître la condamnation de quelques uns, qui peut-être sont revenus à de meilleurs sentiments depuis. Du reste, mon digne Père, je vous prie bien, dans la lettre de remerciement que vous lui écrierez, de ne faire aucune mention de ce que je viens de vous marquer parce que Mgr ne s’en est pas expliqué tout à fait aussi clairement avec moi et comme il ne vous en dit absolument rien dans la lettre qu’il vous écrit, et que je vous envoye, peut-être me trouverait-il indiscret de vous en parler.

Nous espérons que le respectable Père Guillaume Marie aura fait un heureux voyage et sera arrivé auprès de vous en bonne santé.

Aussitôt que je serai en état de faire quelques courses, je les consacrerai à répandre quelques unes de vos ouvrages.

En attendant, mon jeune fils Henri qui avait pris beaucoup d’affection pour le Rév. Père Guillaume Marie, a obtenu du P. Recteur du pensionnat qu’il en prendrait un certain nombre qu’il tâcherait de faire placer dans son établissement.

C’est bien mon intention aussi de faire une visite à Madame de Fegely et de lui persuader d’en prendre quelques uns pour tâcher de les placer parmi ses connaissances. Mon fils en a porté un à M. Théodore de Diesbach qui lui a remis 20 £ de France ; il attend que le temps soit un peu passable pour en porter un à M. de Diesbach du Breitfeld qui demeure à la campagne.

Nos santés sont un peu meilleures, mais celle de ma femme a bien de la peine à se rétablir complettement. Je recommande toujours à vos bonnes prières le père, la mère et les enfants, et je vous prie d’agréer, l’assurance du bien sincère attachement de votre tout dévoué serviteur,

Caumont.

Vous savez sans doute que le Seigneur a appelé à lui notre digne archevêque de Rouen, le bon prince de Croÿ, qui a cessé d’exister la dernière nuit de décembre. on nous a marqué de Rouen qu’il y avait été très regretté, et qu’on lui avait fait des obsèques très solennelles, auxquels avaient assisté les évêques de Bayeux et d’Évreux et Mgr de Forbin Janson.

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29 août 1844 - Paris - Lettre du Nonce apostolique, au Père abbé de la Trappe du Val-Sainte-Marie

Révérend Père abbé,

La Sacrée Congrégation des Évêques et Réguliers ayant décidé que le Chapitre général qui devait être tenu le 14 du mois de septembre prochain, ainsi que la visite des monastères, par le R.P. vicaire général seraient différés jusqu’à nouvelle participation de la même Sacrée Congrégation, je m’empresse de vous en prévenir, conformément aux ordres que je viens de recevoir de Rome. En attendant, pour ce qui concerne l’administration, regant qui regunt, suivant les intentions de la dites Sacrée Congrégation.

J’ai communiqué cette même disposition au TRP vicaire général qui vous en donnera connaissance.

Recevez, Révérend Père, l’assurance de mes sentiments bien distingués et dévoués.

Votre très humble et très dévoué serviteur                 † L. Archevêque de Nicée, Nonce apostolique.

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13 janvier 1848 - Besançon - Lettre de Cuenot, sup. v.g. au Père Théophile religieux trappiste au Val-Sainte-Marie

Bien révérend Père,

J’ai reçu votre lettre du 11 courant, et pour y répondre je vous observerai que je ne connais et que nous ne connaissons au séminaire d’autres abrégés de la théologie que la Théologie pratique par Vernier, en deux assez forts volumes in-8° qui est en latin et celle en français par Mgr Goupet aussi en deux volumes in-8°, mais il est bien difficile d’apprendre suffisamment sa théologie avec ces deux abrégés ou seulement l’un deux, car ils sont fait moins pour apprendre que pour la répéter après avoir fait ses cours ordinaires de théologie.

Vous devez aussi savoir que votre propre supérieur que pour confesser les étranger, tant ecclésiastiques que laïques, qui se présentent chez vous, il faut savoir autant de théologie à tout le moins, que pour être confesseur dans les paroisses ordinaires. Nous ne pensons pas savoir que Bailly soit beaucoup trop étendu pour servir de théologie élémentaire à vos jeunes religieux, du moins pour ceux que l’on pense devoir être un jour chargés d’entendre les confessions.

Si vous n’avez pas encore les abrégés dont j’ai parlé au commencement de la présente, je crois que mon libraire de Besançon les doivent avoir et il est facile de vous les trouver et de vous les envoyer, si vous le désirez. Vous pouvez profiter du prochain voyage que me dit devoir faire à Besançon, le frère qui est venu avec le frère Guillaume pour me faire connaître s’il faut vous les procurer.

Je compte sur une petite part à vos prières et suis bien affectueusement, Bien révérend Père, votre tout dévoué serviteur, C.F. Cuenot, sup. v.g.

P.S. Un respectueux hommage au bien révérend père Benoît, votre supérieur.


Notes

[1] Chancey, Haute-Saône, arrondissement.Vesoul, canton Pesmes, proche des départements du Jura, du Doubs et de la Côte-d’Or, à 7 km de l’abbaye d’Acey.
[2] Pouilley-les-Vignes, Doubs, arrondissement Besançon, canton Audeux.
[3] Vaux-les-Prés, Doubs, arrondissement. Besançon, canton Audeux
[4] Vaucluse : monastère de bénédictins fondé en 870, diocèse de Besançon, canton de Maiche, arrondissement Montbéliard, sur un affluent du Dessoubre, pas très éloigné de Consolation. Doubs
[5] Une rivière se nommant Dessoubre coule près de Vaucluse.
[6] Chancey, Haute-Saône, arrondissement. Vesoul, canton de Pesmes, proche des départements du Jura, du Doubs et de la Côte-d’Or, à 7 km de l’abbaye d’Acey.
[7] Sornay, Haute-Saône, arrondissement. Vesoul, canton Marnay, à la limite des départements du Jura et du Doubs, à 4 km de l’abbaye d’Acey.
[8] Scey-sur-Saône-et-Saint-Paulin, Haute-Saône, arrondissement de Vesoul, à 16 km à l’ouest de Vesoul.
[9] Un louis = 20 francs.
[10] Chemilly, Haute-Saône, arrondissement. Vesoul, canton de Scey-sur-Saône, à 10 km à l’ouest de Vesoul. Couvent de Picpus
[11] Provenchère, Doubs, arrondissement. Montbéliard, canton Maîche, à 13 km à l’ouest de Maîche, à 6 km de Vaucluse et 8 km de Cour-St-Maurice.
[12] Voray-sur-l’Ognon, Haute-Saône, arrondissement Vesoul, canton de Rioz.