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Abbaye de Tamié

Chronique de Juin

L'essentiel de ce qui se vit est inconnu du chroniqueur

Chronique de Tamié
Juin 2006

Vendredi 2 : Père Abbé commente le Statut de la gestion des biens - Les revenus proviennent autant que possible du travail de la communauté. Il est des pays où le travail fourni n’est pas apprécié et les revenus ne permettent pas de faire face aux dépenses de formation, de déplacements, de bâtiments. Dans l’usage des biens, veiller à la simplicité et la frugalité, tout en étant attentif à la beauté.

Mercredi 14 : L’après-midi deux heures de conférence par Soeur Maryline Darbellay, présentant Adolphe Gesché (1928-2003) prêtre du diocèse de Malines et Bruxelles. Il s’est fait connaître par des travaux originaux dans lesquels il s’est efforcé de relire l’existence humaine à la lumière de la foi en se référant aussi aux recherches de philosophes et de penseurs contemporains. Son projet a été de montrer que le mystère chrétien, loin d’étouffer ces recherches, permet de leur donner une nouvelle ampleur et une plus profonde résonance. Il a pris comme hypothèse que l'idée de Dieu peut aider l'homme à penser, qu'il soit croyant ou non. Ce projet est, en soi, celui de toute une branche de la théologie mais Adolphe Gesché l’honorait par un souci spécial du dialogue avec les incroyants.
L’exposé de Soeur Maryline se basait sur plusieurs ouvrages de la série « Dieu pour penser ». Les thèmes : l'homme est créé créateur, la liberté appartient à sa vocation, - l'identité comme confrontation avec Dieu - la révélation chrétienne interroge nos conceptions de la transcendance et de l'altérité de Dieu. L’homme ne disparaît pas en face du Dieu transcendant, il n’est pas étouffé mais au contraire suscité par lui, ce vis-à-vis, loin d’être surplombant et menaçant est la chance d’une liberté qui va pouvoir prendre toute sa mesure.

Jeudi 15 : Un Petit Frère de Jésus, responsable de la Province de France, nous parle de la béatification de Charles de Foucauld à Rome. Une grande veillée de prière fut organisée à l’abbaye cistercienne de Tre Fontane, entre autre il y eut le témoignage d’une algérienne musulmane qui s’était intéressée au Frère Charles, bientôt elle fut captivée par son sujet mais un malaise s’est créé : le prêtre était d’une autre culture, d’une autre religion et elle sentait qu’elle perdait ses repères à continuer dans ce sens. Mais à la réflexion elle a compris que Frère Charles n’était pas venu à Tamanrasset pour convertir les musulmans ni pour imposer sa culture aux Touaregs, elle pouvait continuer d’approfondir son sujet et rester elle-même ; son malaise a alors disparu.

Dimanche 18 : Le groupe Foi et Constitution lié au Conseil œcuménique des Églises tient un séminaire à Faverges et se propose de venir participer à notre Eucharistie dominicale. Ils seront une trentaine, de différentes Églises et de tous les continents (Suède, Zambie, Chypre, Inde, Brésil, Angleterre, Vatican, Jérusalem…) Leur président Mgr Vasilios, de Chypre, présente le groupe au début de la célébration. Nous leur confions les lectures et après la messe nous partageons dans le cloître le verre de l’amitié.

Lundi 19
: Session de formation animée par Soeur Claire Hamel de l’IFHIM (Institut de Formation Humaine Intégrale de Montréal), pour des supérieurs de communautés contemplatives. La session ne comporte pas d’exposé théorique, chacun propose une expérience concrète, l’animatrice aide à percevoir les forces mises en jeu sur lesquelles faire fond par la suite ; les échecs aussi, les obstacles rencontrés, la manière dont ils ont pu être surmontés ou contournés.
Nous profitons de la présence de membres d’autres monastères pour mieux connaître leur maison en invitant tel ou tel à nous parler. Certaines communautés se dotent d’un nouveau projet comme de s’établir près d’un lieu touristique à dimension spirituelle pour lui insuffler un esprit et permettre aux visiteurs de pressentir que l’émotion éprouvée dans ce lieu a un fondement plus profond que l’esthétique. Lors de son transfert une autre communauté choisit de privilégier les relations avec des protestants. La présence de membres venus de l’étranger est voulue comme témoignage de vie ensemble dans les différences.

Vendredi 23 - Attaque de loup dans le troupeau de Yves Lachenal au Drison : 13 chèvres tuées ; cet alpage est le plus proche de l’Abbaye. Il y a 8 ans, 6 de nos agneaux avaient été tués et les dépouilles découvertes : tête avec la peau du cou, laissaient pressentir l’attaque d’un prédateur, non identifié alors. A la mi-juillet, 2 autres chèvres égorgées à La Bouchasse, alpage voisin.

Samedi 24 : Dans plus de la moitié des pays du monde, de simples citoyens sont torturés : les opposants politiques, ceux qui défient l’ordre établi, ceux qui militent pour la défense des droits de l’homme disparaissent… Dans de nombreux pays, les détenus de droit commun aussi sont frappés, mal nourris, confinés dans des prisons surpeuplées et insalubres, privés de soins médicaux.
C’est face à ces situations que l’Acat (Action des Chrétiens pour l’Abolition de la Torture) – association œcuménique – se propose d’agir en s’informant, priant, intervenant auprès des instances politiques nationales et internationales, éduquant aux droits de l’homme, participant à des actions communes avec d’autres organisations… La communauté de Tamié participe à cette action depuis le début, par la prière principalement et par l’envoi de lettres aux autorités et aux gouvernements concernés.
A l’occasion du 26 juin, Journée internationale de soutien aux victimes de la torture, créée par l’ONU en 1997, l’Acat a organisé la Nuit des Veilleurs. Il s’agissait d’une proposition faite aux chrétiens de toutes confessions de s’engager à prier pour les victimes de la torture, seuls ou en groupe, en se relayant dans la nuit du 24 au 25 juin 2006. Prier dans la nuit du samedi au dimanche, comme lors de la vigile pascale, évoque le passage de la mort à la résurrection et celui de l’emprisonnement à la liberté pour les prisonniers. Un groupe est venu débuter cette veillée à Tamié.

Dimanche 25 : Père Abbé reprend une intervention de Mgr Blondel évêque de Viviers, délégué à la Vie religieuse de l’épiscopat - « La vie religieuse correspond non pas à une efficacité d’œuvre d’abord, mais à une consécration de vie, à un don de soi qui a sa vérité et son sens, c’est un mystère et un don au coeur de l’Église. - Je suis convaincu de l’originalité de la vie consacrée, en communauté, avec des vœux. (…) Pour moi, ce qui est premier, c’est la vocation de la personne, sa liberté, sa recherche de Dieu, sa marche vers la sainteté. Une congrégation, un monastère est toujours au service de cette avancée. (…) La vie religieuse est au cœur de l’Église par ce qu’elle y fait, par ce dont elle témoigne. »

Mercredi 28 : Fr. Didier présente un trait de Frère Roger de Taizé : le cardinal Gerlier fut le premier à fait confiance à la communauté de Taizé ; il a demandé à ce que la première audience de Jean XXIII fût pour le Fr. Roger, ils ont parlé de réconciliation et le pape s’est montré enthousiaste. « Nous ne chercherons pas à savoir qui a raison, nous ne chercherons pas à savoir qui a tort, nous devons seulement nous réconcilier. »

Jeudi 29 : P. Georges Maurice, prêtre de Grenoble, nous parle de son engagement de 40 ans dans le dialogue avec le peuple juif. La question du judaïsme revient lentement, mais fortement dans la conscience de l’Église, depuis la Shoah. Il y eu la déclaration Nostra Aetate du concile ; Jean-Paul II a vraiment eu une influence, connaissant les Juifs dès son enfance, Auschwitz était proche de chez lui. En 1981 il a donné un discours à Mayence, commentaire fort sur Rm 11, 29 : « Les dons et les appels de Dieu (à Israël) sont sans repentance ». En avril 1986, il effectua un voyage d’un km jusqu’à la synagogue de Rome, qui a marqué les imaginations grâce aux medias. En 2000 pendant son voyage en Terre Sainte il posa des gestes inconcevables il y a 20 ans, au Mémorial Yad-Vashem, au Mur occidental en glissant une prière dans une fente, ce qui valait tous les discours. - En France il y a une renaissance de l’anticléricalisme. Les Chrétiens montrent de l’intérêt pour le judaïsme pour retrouver leurs racines. Les grandes questions actuelles pour les penseurs, les philosophes, les théologiens, les exégètes : la valeur théologique et spirituelle du midrash, de la tradition, du talmud qui est une approche de la Bible savoureuse et profonde, différente de l’exégèse pratiquée par les chrétiens. La place du judaïsme actuel dans le dessein de Dieu : est-il encore acteur dans le salut ? L’Église s’était découverte comme se substituant à Israël, les Juifs vivant à côté d’elle n’avaient pas de place. Mais si les dons de Dieu sont sans repentance, quel est le statut du peuple juif pour l’Église ?