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Abbaye de Tamié

Chronique d'Avril

Abbaye de Tamié - 2006

Chronique de Tamié
Avril 2006

Samedi 1 : Le soir, Père Abbé nous présente le rapport des monastères cisterciens situés en Asie et Pacifique. Les fondations sont nombreuses, dans des pays très différents : Japon, Indonésie, Nouvelle-Zélande, Australie, Philippines, Taiwan, Inde, Corée... Il est difficile pour les responsables des monastères de se rencontrer à cause des distances, des différences de langue, de culture. Le seul élément unificateur est l’appartenance à l’Ordre cistercien. La vie monastique doit prendre en compte les particularités locales pour réaliser une synthèse chaque fois originale, pour viser à la transformation des zones les plus profondes du coeur. Les jeunes sont nombreux. Les moyens de formation sont parfois limités.

Dimanche 2 : Il y a trois dimensions de l’autorité dans l’Église : personnelle, collégiale et communautaire. Le sensus fidelium : le peuple de Dieu jouit d’une autorité, les fidèles dans leur ensemble sous l’action du Saint Esprit ne peuvent faillir dans la foi. Les ministres dans l’Église exercent l’autorité par concertation collégiale. Tout collège doit être présidé, il y a un aspect personnel à l’autorité. Une juste articulation devrait exister entre les trois pôles. Il faut des débats ; les conflits peuvent être bénéfiques quand ils sont gérés. Chacun doit décider en conscience dans la docilité à l’Esprit Saint.
Mgr Henri Coudray vicaire apostolique à Mongo à l’est du Tchad nous envoie une longue lettre. Il a de sérieux ennuis de santé et le pays est dans une grave crise politique et économique, la guerre du Darfour traverse les frontières. Sur une photo il présente un des refoulés de Melila qui « exprime pour lui une nouvelle fois l’un des paradoxes de l’Afrique : en de nombreux pays la dramatique impasse qui marque les sociétés pousse beaucoup de citoyens à tenter d’y échapper par tous les moyens. Ces hommes tiennent debout malgré tout, au milieu de leur humiliation : la force de ce visage -lisible dans ces larmes qui le revêtent d’une grandeur surprenante- l’exprime de manière saisissante. »

Mardi 4 : Après le livre de John Kiser, Passion pour l’Algérie, Les moines de Tibhirine, nous abordons au réfectoire : Résistance et Pardon, de Michel Farin s.j. Juin 1940, Maïti Girtanner fonde un réseau de résistance. Arrêtée en 1943, elle est torturée par un jeune médecin de la Gestapo qui, par des atteintes du système nerveux, l'enferme définitivement dans « une résille de douleurs ». Quarante ans plus tard, ce médecin, terrifié devant la mort, entreprend toutes les démarches nécessaires pour retrouver celle qui, sous la torture, avait témoigné de sa foi et si bien décrit « l'après-mort ». Elle accepte de le recevoir et, à la fin de leur entretien, il lui demande pardon. Rentré dans son pays cet homme révélera à sa famille et à ses amis son passé. « Vous voyez, confie Maïti Girtanner, le mal n'est pas le plus fort ». Supplément à Vie chrétienne, 2003.

Dimanche 9 : Rameaux et Passion. La procession à lieu dans l’église à cause du temps incertain. Vers 22 h 15 notre Père Benoît accomplit sa Pâques et attend la résurrection. Les trois derniers jours les Frères s’étaient relayés à son chevet jour et nuit.

Lundi 10 : Veillée de prière autour de notre Père Benoît à 19h45. Il a beaucoup aimé lire J.-H. Newman.
Fr. Didier est à la messe chrismale à Bourg-St-Maurice.

Mardi 11 : Messe d’enterrement de Père Benoît à 15 h.

Samedi 15 : Fr. Ginepro dore à la feuille les inscriptions qu’il a ciselées dans la pierre pour le futur support du tabernacle de l’oratoire de l’hôtellerie. Il découvre que ces feuilles de métal extrêmement fines, laissent passer une lumière verte quand elles sont éclairées fortement en contre-jour : c’est « l’or vert » du psaume 67.

Dimanche 16 : Pâques.

Mardi 18 : Fr. Ginepro retrouve le jardin, mais pas beaucoup de bras pour l’aider à le mettre en valeur. Nous lisons au réfectoire la « Chronique de Syrie » de la pré-fondation des Sœurs trappistines de Valserena à Alep.

Jeudi 20 : La station de méthanisation souffre : une tuyauterie bouchée a entraîné une suite de disfonctionnements et l’ensemble est en convalescence.

Vendredi 21 : Nouveau livre au réfectoire : de Jacques Arnould, Teilhard de Chardin, Perrin, 2005. Pierre Teilhard de Chardin s’est intéressé autant à la paléontologie et à la philosophie qu’à la théologie. Religieux et mystique, il a vécu son engagement au sein de la Compagnie de Jésus avec une fidélité sans faille, malgré les sanctions dont il fut l’objet car son œuvre était suspectée de panthéisme par l’Église. Il n’a jamais cessé de chercher à unir sa quête de Dieu avec son amour pour les hommes et les femmes de son temps. L’auteur, dominicain, étudie les relations entre sciences, cultures et religions.
Fr. Jean va à Myans au conseil de pastorale du diocèse sur  l’accompagnement spirituel des divorcés remariés.

Samedi 22 : Le printemps est là : les bourgeons sortent, mais pas encore les vaches à notre altitude, dans la plaine elles sont déjà à l’herbe tendre et le travail du lait s’en ressent, les fromages deviennent mous et le rendement baisse, il faut modifier les paramètres de fabrication pour obtenir un résultat constant, c’est tout l’art du fromager !

Dimanche 23 : Chapitre de Père Abbé - L’avenir de l’unité ne peut résider que dans la conversion. Chercher ensemble les formes dans lesquelles l’exercice de l’autorité sera au service de l’amour ; s’écouter au-delà des polémiques. Une réforme est relativement facile : elle dépend de décisions extérieures ; la conversion est personnelle mais elle seule rend les réformes durables et efficaces. Les Églises ont des attitudes différentes face à l’autorité : l’Eglise catholique devrait davantage appliquer le principe de co-responsabilité et adopter un langage incitatif qui parle au cœur ; les Eglises protestantes devraient reconnaître la dimension personnelle de l’autorité. La coexistence pacifique n’est pas l’unité.

Jeudi 27 : Dans La Croix du jour, un article de Mgr Rouet sur les communautés locales : « La question aujourd’hui n’est plus de savoir qui vient vers l’Église, mais de savoir vers qui l’Église est capable d’aller. [...] Plus on crée de liens et plus la communauté devient missionnaire. [...] Ce que nous sommes comme chrétiens, comme prêtres, comme évêques nous le devons à la confiance que Dieu nous fait. Il n’y a pas de pauvreté sans confiance, ni de confiance sans pauvreté. Il y a une véritable épreuve de l’espérance dans notre monde. [...] Ce n’est pas parce qu’une manière d’organiser l’Église est obsolète que l’Église disparaît. Il y a d’autres manières d’être chrétiens. »

Dimanche 30 : Pensée de Frère Roger de Taizé. Dieu n’est qu’amour et nous sommes faits pour l’amour et le pardon, pour l’amitié et la fidélité. Au fond de chaque être il y a une présence d’amour qui peut être refusée, mais qui attend toujours. La communion avec le Ressuscité engage à vivre pour les autres.