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Abbaye de Tamié

Homélie - TO 26

Par Frère Patrice
arcabas - tamié
Homélie pour le 26ème dimanche
du temps ordinaire


 
Le scandale, il y en a partout dans le monde, depuis ses origines jusqu’à la fin !
Le scandale, ce qui fait trébucher et tomber les hommes dans un trou où ils se trouvent livrés à eux-mêmes.
Il y en a partout dans la Bible, comme il y en a partout dans l’Église mais aussi dans toutes les institutions humaines. Au point que St Benoît, dans sa Règle pour les moines, conseille de ne pas lire un certain nombre de passages de l’Ancien Testamernt avant de se coucher.
Il y en a souvent, profondément et parfois soigneusement caché au fond du cœur de l’homme qui, souvent aussi refuse de le reconnaître et vit dans le déni.
Et c’est pour cela et contre cela que Jésus aborde de front le problème, car il en va de notre vie ou de notre mort, lui qui proclame « je ne veux pas la mort du pêcheur, mais qu’il vive ».
Le monde prend souvent plaisir à monter en épingle les scandales. Les dénoncer est une chose, et parfois même un devoir ; les monter en épingle est autre chose. C’est un peu comme un bête sauvage qu’on lâche dans l’arène où les gens friands de spectacle viennent assister…sans se douter qu’un jour peut-être ils seront là, car le cœur de l’homme est malade dit si bien Pascal.
Une fois de plus c’est pour moi l’occasion de m’étonner sur la délicatesse de Jésus ; mais aussi sur sa finesse et j’allais dire sur sa psychologie. Autant St Paul peut être cru, virulent et presque violent lorsqu’il dénonce certains scandales ; autant Jésus ne s’attarde en rien sur ce qui a causé le scandale, mais cherche chaque fois à en pointer l’anomalie et appelle à y mettre un terme.
Il y a le jeune homme riche, il y a la femme adultère, il y a les publicains qui s’enrichissent aux dépens des citoyens, il y a la prostituée qui lave les pieds de Jésus, il y a les pharisiens qui ne cessent d’épier Jésus afin de le mettre en accusation : lisez l’évangile avec un regard critique et vous en trouverez bien d’autres ! Autant de comportements, autant de scandales possibles.
Que fait Jésus lorsqu’il est en face de tous ces personnages dont la conduite fait scandale ? Tout d’abord il parle avec eux, il ose les prendre de front lui qui sonde les cœurs et les reins comme dit le psaume. Il leur montre qu’il n’est pas dupe puisque comme il est dit si bien dans le psaume 138 « c’est toi qui m’a tissé dans le sein de ma mère » ; mais surtout il veut les amener à prendre conscience de leur état de vie.
Oui, Jésus pointe du doigt les comportements, mais avant tout il cherche à éveiller la conscience de l’interlocuteur. J’aime beaucoup ce passage où Jésus s’adresse à son interlocuteur « Simon, j’ai une question à te poser ». En fait, il pose la question, il met le doigt sur ce qui fait mal. Il ne prononce pas de jugement. A la femme adultère il demande « personne ne t’a condamnée ? Moi non plus je ne te condamne pas ; mais va et ne pèche plus ». Tout ce que fait et dit Jésus c’est pour aider l’autre à sortir du trou où son scandale l’a plongé.
Mais Jésus ne s’arrête pas là : il faut aller plus loin que la simple reconnaissance, il faut prendre une décision, et ce n’est pas facile.
Encore une fois Jésus ne veut pas la mort du pécheur, mais sa vie. C’est pourquoi il dit « il vaudrait mieux lui attacher une meule ». Au scandale de tous ceux qui font chuter les petits, ceux qui croient en sa parole, ceux qui comme dit le psaume 118 se demandent « comment jeune, garder pur son chemin », Jésus oppose une parole et une image de poids : attacher une meule au cou ! Image symbolique qui signifie qu’il faut mettre hors d’état de nuire celui qui est cause de scandale. La meule est là qui l’entraîne au fond d’un abîme où il ne peut plus nuire et où il se retrouve seul, bien seul.
Mais alors où est la délicatesse de Jésus…mais aussi où est sa justice, où est la liberté de l’homme ? C’est à l’homme de se prendre en main, c’est à lui de décider ce qu’il doit retrancher de sa vie. Couper sa main, son pied, son œil ?
Symboliquement Jésus s’attache à ces organes que sont les mains, les pieds, les yeux. Des organes doubles, tournés vers l’extérieur, tournés vers l’objet de nos désirs. Des organes doubles qui en un certain sens nous donnent d’appréhender un univers en 3 D et de prendre la vie dans toutes ses dimensions. Organes du désir, au cœur de la structure anthropologique fondamentale. Justement Jésus nous dit alors que sur le chemin qui conduit à la vie, tout être humain doit reconnaître qu’il n’est pas un homme unifié, qu’il y a souvent en lui deux hommes, et que s’il veut être l’homme d’un seul désir il doit accepter qu’une parole tranchante l’aide à couper ce qui entrave son chemin. Deux pieds, deux yeux, deux mains qui ne fonctionnent pas en parallèle ne peuvent que mener au désastre. Il ne s’agit pas d’une domination sur les membres, mais d’une affirmation de soi qui exige une rupture, une perte volontaire. Non pas une mutilation, mais une limite au champ d’action de nos yeux, de nos mains et de nos pieds

« Maître que dois-je faire pour avoir la vie éternelle demande le jeune homme riche ». Et la réponse de Jésus tombe presque comme un couperet, oui il faut savoir couper à un moment ou à un autre, « va, vends tout ce que tu possèdes et donne le aux pauvres ». Et Zachée chez qui Jésus s’invite impromptu dit spontanément « voici Seigneur je donne aux pauvres la moitié de mes biens ».
Un couperet tout comme un bistouri qui fait mal mais qui sauve et St Benoît lui-même parle encore dans sa Règle d’une amputation salvatrice. D’ailleurs certains au sortir d’une grosse opération disent :
« j’ai bénéficié d’une opération ». Laissons nous faire par Dieu et par l’Esprit-Saint.