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Abbaye de Tamié

Homélie TO 29

Par Frère Antoine
croix - arcabas
29ème dimanche du temps ordinaire

Les empires sont dans la main de Dieu (Is 45, 1.4-6a)   Lecture du livre d'Isaïe
Parole du Seigneur au roi Cyrus, qu'il a consacré, qu'il a pris par la main, pour lui soumettre les nations et désarmer les rois, pour lui ouvrir les portes à deux battants, car aucune porte ne restera fermée : « À cause de mon serviteur Jacob et d'Israël mon élu, je t'ai appelé par ton nom, je t'ai décerné un titre, alors que tu ne me connaissais pas.
Je suis le Seigneur, il n'y en a pas d'autre : en dehors de moi, il n'y a pas de Dieu. Je t'ai rendu puissant, alors que tu ne me connaissais pas, pour que l'on sache, de l'orient à l'occident, qu'il n'y a rien en dehors de moi. »

Psaume : 95

R/ Au Seigneur notre Dieu,
tout honneur et toute gloire

Chantez au Seigneur un chant nouveau,
racontez à tous les peuples sa gloire,
à toutes les nations ses merveilles !

Il est grand, le Seigneur, hautement loué,
redoutable au-dessus de tous les dieux :
lui, le Seigneur, a fait les cieux.

Rendez au Seigneur, familles des peuples,
rendez au Seigneur la gloire et la puissance,
rendez au Seigneur la gloire de son nom.

Adorez le Seigneur, éblouissant de sainteté :
Allez dire aux nations : « Le Seigneur est roi ! »
Il gouverne les peuples avec droiture.

La foi, l'espérance et la charité de la communauté (1Th 1, 1-5b)
Commencement de la lettre de saint Paul apôtre aux Thessaloniciens
Nous, Paul, Silvain et Timothée, nous nous adressons à vous, l'Église de Thessalonique qui est en Dieu le Père et en Jésus Christ le Seigneur. Que la grâce et la paix soient avec vous.
À tout instant, nous rendons grâce à Dieu à cause de vous tous, en faisant mention de vous dans nos prières. Sans cesse, nous nous souvenons que votre foi est active, que votre charité se donne de la peine, que votre espérance tient bon en notre Seigneur Jésus Christ, en présence de Dieu notre Père. Nous le savons, frères bien-aimés de Dieu, vous avez été choisis par lui. En effet, notre annonce de l'Évangile chez vous n'a pas été simple parole, mais puissance, action de l'Esprit Saint, certitude absolue.

À César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu (Mt 22, 15-21)   Acclamation : Alléluia. Alléluia. Rendez au Seigneur, vous les dieux, rendez au Seigneur gloire et puissance, rendez au Seigneur la gloire de son nom. Alléluia. (cf. Ps 28, 1-2)
Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu
Les pharisiens se concertèrent pour voir comment prendre en faute Jésus en le faisant parler. Ils lui envoient leurs disciples, accompagnés des partisans d'Hérode : « Maître, lui disent-ils, nous le savons : tu es toujours vrai et tu enseignes le vrai chemin de Dieu ; tu ne te laisses influencer par personne, car tu ne fais pas de différence entre les gens. Donne-nous ton avis : Est-il permis, oui ou non, de payer l'impôt à l'empereur ? » Mais Jésus, connaissant leur perversité, riposta : « Hypocrites ! Pourquoi voulez-vous me mettre à l'épreuve ? Montrez-moi la monnaie de l'impôt. » Ils lui présentèrent une pièce d'argent. Il leur dit : « Cette effigie et cette légende, de qui sont-elles ? - De l'empereur César », répondirent-ils.
Alors il leur dit : « Rendez donc à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu. »

© AELF - Paris 1980

Schéma de l'homélie

Un homme d’affaire chrétien me confiait un jour son embarras d’être riche. Il était culpabilisé de posséder de grands biens  et d’entendre  Jésus dire qu’on ne peut servir Dieu et l’argent. Je lui demandais alors s’il payait ses impôts. En effet, payer ses impôts c’est accepter d’être solidaire de ses concitoyens, y compris les plus pauvres. À l’époque de Jésus, les juifs devaient payer deux sortes d’impôts l’un à l’occupant romain et l’autre au Temple.

Le contexte historique nous aide à comprendre le passage de l’évangile d’aujourd’hui. Les historiens nous apprennent, en effet, qu’en l’an 6 ( Jésus devait avoir 10 ou 12 ans), il y avait eu un soulèvement  des juifs qui ne voulaient pas payer le tribut à l’empereur sous prétexte que Dieu est le seul seigneur et maitre en Israël et que payer le tribut à César revient à nier la suzeraineté du  Dieu de l’Alliance sur Israël. Il s’agissait donc d’un problème réel.   

Il y a aussi le contexte littéraire de notre évangile : il vient après trois paraboles enseignées par Jésus dans le Temple. Des paraboles pour parler du Royaume, difficile à définir  par des mots aussi Jésus préfère parler de manière analogique. La réalité est complexe. En revanche, les pharisiens, eux, n’hésitent pas à poser une question «  fermée » à laquelle on ne peut répondre que par oui ou par non.

Et la question se transforme en piège : si Jésus dit « non », il devient un opposant, un résistant par rapport à l’occupant. De faux témoins diront à son procès qu’il « sème le trouble dans la nation, il empêche de payer le tribut à César et se dit « messie-roi » (Luc 23,2). Si, inversement, Jésus  dit « oui », il passera pour un collaborateur. Dans les deux cas, il parait coincé !

La sortie du piège  « montrez –moi la monnaie qui sert à payer l’impôt ». Le texte précise : une pièce d’argent. Les symboles inscrits sur la pièce sont à la foi politique et religieux : en plus de l’effigie de  l’empereur Tibère, il y a l’inscription, en latin, « Tibère César, fils du divin Auguste » et à l’avers « Pontifex maximus » (souverain pontife, un titre qu’on attribuera ensuite aux papes !).Il y a donc collusion entre les deux.  En sortant une pièce de leur poche, les opposants à Jésus montrent qu’en fait, ils collaborent  avec l’occupant. En effet, ils ont déjà résolu la question. Hypocrites !

« Rendez à César… » En parlant ainsi, Jésus limite les pouvoirs de César. Tout  homme, fut-il empereur, ne se définit pas seulement par la place qu’il tient dans la société terrestre .Jésus le rappellera à Pilate au cours de sa passion : « tu n’aurais aucun pouvoir sur moi s’il ne t’avait été donné d’en haut » (Jean 19,11). L’homme n’est pas créé à l’image de César mais à l’image de Dieu.

 « Rendez  à Dieu ce qui est à Dieu : Qu’est-ce qui est à Dieu ?  Tout ! Jésus demande donc de distinguer les domaines sans les séparer. Il nous rappelle que notre vie est un passage vers une patrie définitive. Il  est venu apporter aux hommes la capacité de devenir citoyen d’un Royaume qui n’est pas en concurrence terrestre avec les pouvoirs temporels. En fait, l’histoire montre des relations parfois bonnes, souvent conflictuelles entre les Etats et la papauté. En France, cette histoire va de  Pépin le Bref à Charles X, en passant par Napoléon pour arriver à nos sociétés sécularisées. Les questions de pouvoirs ont remplacées celles de la filiation divine et de la fraternité universelle. Notre pape François  demande aux chrétiens de revenir à l’essentiel : aimer Dieu et aimer son prochain. Voilà toute la Loi ! En ce dimanche des missions, le rappel tombe bien !

Conclusion : Une idée : « tu donnes à César une monnaie et à Dieu ta propre personne » (St Augustin).

Une image : la pièce de monnaie avec l’effigie de César et la devise : « Pontifex maximus » ; la  liberté des enfants de Dieu : avec Jésus, nous pouvons «  échapper au filet de l’oiseleur » (Psaume 123), en rétablissant la hiérarchie des valeurs  dans notre vie.